‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 76 sur 88 · BACHAUMONT ET CHAPELLE K · texte numérisé non relu

BACHAUMONT ET CHAPELLE K

Contre Scudéri, gouverneur du château de Notre-Dame de la Garde, près Marseille '.

Notre-Dame de la Garde, Gouvernement commode et beau, A qui suffit, pour toute garde.

Un suisse avec sa hallebarde.

Peint sur la porte du château !

Sur {'Agésilas, tragédie de Corneille. — 166» .

J'ai vu l'Agésilas ; Hélas !

Sur V Attila, du même auteur. --■ 1667.

Après TAgésilas,

Hélas !

Mais après l'Attila,

Holà!

' Née en 1607, morte en 1701. C'est l'auteur du roman de Clélie. Voyez cidessus, p. loi , note 5. — " Auteurs du Voyage de Languedoc et de Provence. Ils sont nés l'uu et l'autre en 1624; Chapelle mourut en 1686 et Bachauniont en 1702. — 3 Scudéri était fier de sa dignité de g'ouverneur ; il l'avait chantée en vers. Voyez ci-de?sus, p. 197, note 2. — * Né en 1636, mort en 1711.

Contre un athée ». — Avant U7r

Alitlor, assis dans sa chaise, Médisant du Ciel à son aise.

Peut bien médire aussi de moi.

Je ris de ses discours frivoles :

On sait fort bien que ses paroles Ne sont pas articles de foi.

Épitaplic de la mère de l'auteur. — 1870.

Épouse d'un mari doux, simple, officieux,' Par la même douceur je sus plaire à ses yeux : Nous ne sûmes jamais ni railler ni médire. Passant, ne t'enquiers point si de cette bonté

Tous mes enfants ont hérité ; Lis seulement ces vers, et garde-toi d'écrire.

A Racine, contre Desmarets de Saint-Sorlin 2, — 107».

Racine, plains ma destinée; C'est demain la triste journée Où le prophète Desmarais ',

» Contre Saint-Pa^in. Ce poëte, qui mourut en 1670, était incrédule et tellement goutteux qu'il ne pouvait sortir de son fauteuil. Il avait publié Tépigramrae suivante, faite sous la forme de sonnet;

Despréaux , grimpé sur Parnasse,

Avant que personne en sût rien,

Trouva Régnier avec Horace

Et reehercba leur entretien.

Sans choix et de mauvaise grâce

Il pilla presque tout leur bien

Il s'en servit avec audace

Et s'en para comme du sien.

Jaloux des plus fameux poêles,

Dans ses satires indiscrètes

Il choque leur gloire aujourd'hui.

En vérité, je lui pardonne :

S'il n'eiîl mal parlé de personne,

On n'eût jamais parlé da lui.

2 Auteur du poëme fort ennuyeux de Clovi<: et l'un des premiers membres de l'Académie française, mort en 1676. Il était visionnaire, et il faisait des prophéties. — ' Orthographe changée par l'auteur pour la richesse de la rime.

Armé de cette même foudre

Qui mit le Port-Royal en poudre S

Va me percer de mille traits.

C'en est fait, mon heure est venue !

Non que ma muse, soutenue

De tes judicieux avis.

N'ait assez de quoi le confondre :

Mais, cher ami , pour lui répondre,

Hélas ! il faut lire Clovis.

K un médecin. — 1674.

Oui, j'ai dit dans mes vers qu'un célèbre assassin. Laissant de Galien la science infertile. D'ignorant médecin devint maçon habile'; Mais de parler de vous je n'eus jamais dessein :

Lubin', ma muse est trop correcte; Vous êtes, je l'avoue, ignorant médecin.

Mais non pas habile architecte.

Contre Saint-Sorlin''.

Dans le Palais, hier Bilain ■* Voulait gager contre Ménage Qu'il était faux que Saint-Sorlain^ Contre Arnauld eût fait un ouvrage.

Il en a fait, j'en sais le temps.

Dit un des plus fameux libraires ; Attendez... c'est depuis vingt ans.

On en tira cent exemplaires.

* En 16C5 Desmarets avait attaqué les religieuses de Port-Royal; et, chose singulière, il avait été soutenu dans une lettre publiée par le même Racine à qui Boileau adressa cette épigramme. — ^ Voyez l'Art poétique, au début du quatrième chant. — 3 Claude Perrault, architecte illustré par la colonnade du Louvre, exerça la médecine avec succès, mais seulement en faveur de ses parents, de ses amis et des pauvres. Il avait guéri Boileau, qui le remercia par cette épigramme. — * Desmarets de Saint-Sorlin. Voyez à la page précédente. — » Avocat d'alors. — ' Orthographe changée pour la rime.

C'est beaucoup, dis-je en in'approchant ; La pièce n'est pas si publique.

11 faut compter, dit le marchand.

Tout est encor dans ma boutique.

('ontre Pradou et Bonnecorse •. — 168».

Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force, De vos vers recevoir le prix ; Venez prendre dans mes écrits La place que vos noms demandent:

Linière* et Perrin' vous attendent.

A Charles Perrault i, sur ses écrits contre les anciens, — 1687-1090.

Pour quelque vain discours sottement avancé

Contre Homère, Platon, Cicéron ou Virgile,

Caligula partout fut traité dMnsensé,

Néron de furieux, Adrien d'imbécile.

Vous donc qui, dans la même erreur,

Avec plus d'ignorance et non moins de fureur

Attaquez ces héros de la Grèce et de Rome, Perrault, fussiez-vous empereur.

Comment voulez-vous qu'on vous nomme?

Sur ce qu'on avait lu à l'Académie des vers contre Homère et contre Virgile 5. — 1687.

Clio vint, l'autre jour, se plaindre au dieu des vers

Qu'en certain lieu de l'univers On traitait d'auteurs froids, de poètes stériles

Les Homères et les Virgiles.

1 Voyez ci-dessus, satire septième de Boileau, p. 234, note 6, à quelle occasion cette épigramme fut faite. — - Recueil précédent, p. 219, note 2. — 3 Cidessus, p. 234, noie 3. — -i Frère de Claude Perrault. Il avait déprécié les anciens dans son poëme intitulé le Siècle de Louis le Grand , publié en 1667, et dans son Parallèle des anciens et des modernes, qui parut en 1690. — '" Ces vers étaient ceux du poëme de Charles Perrault , dont nous venons d'indiquer le titre.

Cela ne saurait être, on s'est moqué de vous.

Reprit Apollon en courroux ; Où peut-on avoir dit une telle infamie? Est-ce chez les Hurons, chez les Topinamboux? — C'est à Paris. — C'est donc dans l'hôpital des fous? — Non, c'est au Louvre, en pleine Académie !

Vers pour le portrait du père de l'auteur. — 1690.

Ce greffier, doux et pacifique.

De ses enfants, au sang critique.

N'eut point le talent redouté; Mais fameux par sa probité.

Reste de l'or du siècle antique.

Sa conduite, dans le Palais Partout pour exemple citée.

Mieux que leur plume si vantée Fit la satire des Rolets *.

A Charles Perrault. — 1687-1693.

Ton oncle', dis-tu, l'assassin M'a guéri d'une maladie.

La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin, C'est que je suis encore en vie.

Sur la manière dont Santeuil 3 récitait ses ver».

Quand j'aperçois sous ce portique Ce moine au regard fanatique *, Lisant ses vers audacieux.

Faits pour les habitants des cieux.

Ouvrir une bouche effroyable,

' Ci-dessus, p. 193, note i. — * C'était son frère. Vojez ci-dessus, p. 308, note 3. — 3 Né en 1G30, mort en 1G97, célèbre par ses hymnes latines à la louange des saints. On dit que ce poète, étant allé présenter ses hymnes au roi, en lut quelques-unes en s'agitant comme un possédé, avec contorsions et grimaces, suivant son habitude; que la cour on rit beaucoup, et que Boileau, présent à cette scène, fit sur-le-champ cette épigramme. — ^ Il était chanoine régulier de l'abbave de Saint-Victor.

BOILEAïïJ 314

S'agiter, se tordre les mains, Il me semble en lui voir le diable Que Dieu force à louer les saints.

Sur la réconciliation de l'auteur et de M. Perrault ', De 1694 à 1698.

Tout le trouble poétique A Paris s'en va cesser :

Perrault l'anti-pindarique ' Et Despréaux riiomérique Consentent de s'embrasser.

Quelque aigreur qui les anime.

Quand, malgré l'emportement.

Comme eux l'un l'autre on s'estime.

L'accord se fait aisément.

Mon embarras est comment On pourra finir la guerre De Pradon et du parterre ' ?

Sur un portrait de l'auteur. — 1«99.

Ne cherchez point comment s'appelle L'écrivain peint dans ce tableau :

A l'air dont il regarde et montre la Pucelle, Qui ne reconnaîtrait Boileau ■• ?

Sur Homère. - 1702.

Canlabam quidem ego, scribebat autcm dius Homerus.

Quand la dernière fois, dans le sacré vallon, La troupe des neuf sœurs, par l'ordre d'Apollon,

Lut l'Iliade et l'Odyssée, Ciiacune à les louer se montrant empressée,

• Cette réconciliation ent lieu en 1694. — - Ci-dessus, p. 309, notes 4 et 5. — * Ci-dessus, p. 309. — ■* Dans ce portrait, f.iit par Sauterre, il était représenté souriant avec finesse et montrant du doigt le poème de la Pucelle ouvert sur une table. — » « Vers grec de V Anthologie. i^ {Note de Boileau.)

Apprenez un secret qu'ignore l'univers.

Leur dit alors le dieu des vers :

Jadis avec Homère, aux rives du Permesse, Dans ce bois de lauriers où seul il me suivait. Je les fis toutes deux; plein d'une douce ivresse,

Je chantais, Homère écrivait.

Aux RR. PP. Jésuiles, auteurs du Journal de Trévoux '. — 1703,

Mes révérends pères en Dieu

Et mes confrères en satire.

Dans vos écrits, en plus d'un lieu, Je vois qu'à mes dépens vous affectez de rire; Mais ne craignez-vous point que, pour rire de vous. Relisant Juvénal, refeuilletant Horace, Je ne ranime encor ma satirique audace ?

Grands Aristarques de Trévoux, N'allez point de nouveau faire courir aux armes Un athlète tout prêt à prendre son congé. Qui, par vos traits malins au combat rengagé. Peut encore aux rieurs faire verser des larmes.

Apprenez un mot de Régnier,

Notre célèbre devancier :

Corsaires attaquant corsaires

Ne font pas, dit-il, leurs affaires*.

Réponse des journalistes

Les journalistes de Trévoux,

Illustre héros du Parnasse,

N'ont point cru vous mettre en courroux,

' Ces Pères, dans un article du mois de septembre 1703, à propos d'une édition annotée des Satires de Boileau , avaient fait remarquer ses nombreuses imitations des poètes latins, et avaient ajouté qu'il n'avait rien emprunté pour ses deux satires contre les femmes et sur l'amour de Dieu: et cette réflexion n'était pas sans malice, puisque ces deux pièces sont très-faibles. — * Régnier termine ainsi sa douzième satire :

Corsaires à corsaires, L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaire?.

Ni ranimer en vous la satirique audace^,

Hont par le grand Arnauld vous vous croyez absous*.

Ils vous blâment si peu d'avoir suivi la trace

De ces grands hommes, qu'avec grâce

Tous traduisez en plus d'un lieu, Que, pour l'amour de vous, ils voudraient bien qu'Horace

Eût traité de l'amour de Dieu.

L'amateur d'Iiorloges. — 1704. |

Sans cesse autour de six pendules, De deux montres, de trois cadrans, Lubin, depuis trente et quatre ans, Occupe ses soins ridicules.

Mais à ce métier, s'il vous plaît, A-t-il acquis quelque science ?

Sans doute ; et c'est l'homme de France Qui sait le mieux l'heure qu'il est.

Sur une satire que l'abbé Colin ' avait fait courir sous le nom de Boileau.

En vain, par mille et mille outrages.

Mes ennemis, dans leurs ouvrages.

Ont cru me rendre afï'reux aux yeux de l'univers. Cotin, pour décrier mon style, A pris un chemin plus facile :

C'est de m'attribuer ses vers^

Vers en style de Chapelain.

Maudit soit l'auteur dur, dont l'âpre et rude verve. Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve ; Et, de son lourd marteau martelant le bon sens, A fait de méchants vers douze fois douze cents !

> Le fameux .\ntoine Arnauld, le plus ardent et le plus habile défenseur du jansénisme, se déclara plusieurs fois pour Boileau, et surtout dans une lettre adressée à Charles Perrault le 5 mai 1694. Voyez le Recueil précédent, p. 239, note 6. — ^ Bafoué par Boileau dans ses satires, surtout dans la huitième, ci-dessus, p. 246, et dans la neuvième, p. 203, note 1. — ^ 11 parait que Cotin n'était pas l'auteur de ces vers, mais Boileau lui rendait la pareille.

314 ÉPlGRâMMES.

Sur une méchante gravure de l'un de ses portraits.

Du célèbre Boileau tu vois ici l'image. Quoi! c'est là, diras-tu, ce critique achevé? L"où vient le noir chagi-in qu'on lit sur son visage? — C'est de se voir si mal gravé.

BARATON.

Le président de Bauge.

Huissiers, qu'on fasse silence, Dit, en tenant l'audience.

Un président de Baugé; C'est un bruit à tête fendre :

Nous avons déjà jugé Dix causes sans les entendre.

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