PANARD
DiscrtSlion.
Quand vous méditez un projet.
Ne publiez point votre affaire : On se repent toujours d'un langage indiscret,
Et presque jamais du mystère.
Le causeur dit tout ce qu'il sait ;
L'étourdi, ce qu'il ne sait guère; Les jeunes, ce qu'ils font; les vieux, ce qu'ils ont fait;
Et les sots, ce qu'ils veulent faire.
Le coq du clocher.
De la plupart des jeunes gens Le coq d'un clocher est l'image :
Souvent guindés jusqu'au nuage, Changeant et tournant à tous vents.
Il ne s'agit dans leur langage Que de la pluie et du beau temps.
VOLTAIRE \ Pour le portrait du maréchal de Saxe.
Ce héros que nos yeux aiment à contempler A frappé d'un seul coup l'envie et l'Angleterre ;
Il force l'histoire à parler
Et les courtisans à se taire.
A Grétry, sur son opéra du Jugement de Midas.
La cour a sifilé tes talents ; Paris applaudit tes merveilles :
Grétry, les oreilles des grands Sont souvent de grandes oreilles.
1 Né en 1C91, mort en 1763. — * Né en 1694, mort en 177S
ROLCHER '. Ses adieux.
Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux, Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage ; Lorsqu'un savant crayon dessinait cette image, J'attendais Téchafaud, et je pensais à vous.
LEBRUiN^.
L'opéra champêtre.
Qu'ils me sont doux ces champêtres concerts. Où rossignols, pinsons, merles, fauvettes. Sur leur théâtre, entre des rameaux verts. Viennent gratis m'offrir leurs chansonnettes ! Quels opéras me seraient aussi chers?
Là n'est point d'art, d'ennui scientifique ; Gluck, Piccini n'ont point noté les airs; Nature seule en a fait la musique,^ Et Marmontel n'en a point fait les vers.
Sur une dame poëte.
Chloé, belle et poëte^ a deux petits travers : Elle fait son visage, et ne fait pas ses vers^
La prose et les vers de Lubin.
En prose, en vers Lubin compose; Et je ne sais par quel travers Il met trop de vers dans sa prose Et trop de prose dans ses vers.
* En 1794, à la veille de monter sur l'échafand avec André Cbénier, l'anteur des Mois, enfermé à Saint-Lazare, fit faire son portrait par un de ses amis, prisonnier aussi, et l'envoya avec ces vers à sa femme et à ses enfants. (fiéCMei/ précédent, p. 76.) — 2 Né en 1729, mort en iS07. — 3 « Tout le monde sait que cette dame était la comtesse Fanny do Beanliarnais. » [Note de l'auteur.)
LEBRUX. 325
Dialogue eiilrc un pauvre poëtc cl l'auteur.
On vient de me voler ! — Que je plains ton malheur ! — Tous mes vers manuscrits ! —Que je plains le voleur!
Sur noire dictionnaire acailcmiquc.
On fait, défait, reiait ce beau dictionnaire,
Qui, toujours très-bien fait, sera toujours à faire.
Les Calacombcs.
Robert, jadis sous Kome errant, perdu.
Contait ce fait en prose bien naïve , Fait que Delille en beaux vers a rendu'. Aux deux récits une Grâce attentive Bien finement sut peindre leur effet.
Quelqu'un lui dit : De cette double scène Que pensez-vous? — Que Delille m'a fait Plus de plaisir, et Robert plus de peine.
Sur Laharpe, qui venait de parler du grand Corneille avec irrévérence.
Ce petit homme à son petit compas^ Veut sans pudeur asservir le génie ; Au bas du Pinde il trotte à petits pas, Et croit franchir les sommets d'Aonie.
Au grand Corneille il a fait avanie ; Mais, à vrai dire, on riait aux éclats De voir ce nain mesurer un Atlas; Et, redoublant ses efforts de pygmée, Burlesquement roidir ses petits bras Pour étouffer si haute renommée.
Défense de laharpe.
Non, Laharpe au serpent n'a jamais ressemblé : Le serpent sifl'le, et Laharpe est siilïé.
•Voyez le recueil précédent, p. 120.
326 ZPIGRAMMES.
L'aspir.
Au beau drame de Cléopâtre, Où fut l'aspic de Yaucanson •, Tant fut sifflé qu'à l'unisson Sifflaient et parterre et théâtre ; Et le souffleur, oyant cela, Croyant encor souffler, siffla.
Sur le Coriolan de Laharpe, représenté au proRt des pauvres.
Pour les pauvres la Comédie Donne une pauvre tragédie :
Il est bien juste, en vérité.
De l'applaudir par charité.
A l'auteur anonyme de quelques vers publiés contre moi dans un journal.
Quand on est lâche ou qu'on est sot.
On est à l'aise sous le masque.
Le brave ose lever son casque; Le vrai talent signe un bon mot.
Mais toi, faquin pusillanime, Jugeant, rimant comme Pradon, Tu pourrais bien signer ton nom Et rester encore anonyme.
Remède contre l'insomnie.
Dans les horreurs d'une ardente insonmie Au doux sommeil j'adressais maint soupir; Lors je lus Blin'*; et, ce n'est calomnie, Je bâillai tant que je crus m'assoupir. Puis j'essayai des vers académiques,
1 A la représentation de Cléopûtre, tragédie de Marmonlcl, un aspic fait par le célèbre mécanicien Vaucanson s'était élancé sur la reine d'Egypte en sifflant. Un des spectateurs, interrogé sur le mérite de la pièce, répondit qu'il était de l'avis de l'aspic. — ^ Blin de Sainmoro, poëtc fort médiocre, mort en 1807,