H AVERTISSEMENT
Poitiers. Entre ses successeurs, il y en a eu plusieurs qui ont esté célèbres par leur Sainteté et par leur Science.
L'Anjou à esté fertile en hommes doctes, qui ont laissé à la postérité des monuments éclatants de leur esprit et de leurs études, qui ne servent pas peu à illustrer l'Histoire de leur patrie et de tout le royaume^ Ses Comtes mesme depuis Charles le Chauve, qui sont si fameux dans nos Annales pour leur valeur et leurs grandes actions, estoient tous lettre^. On verra dans ce grand Recueil : des Théologiens^ des Philosophes, des Géomètres, des Grammairiens, des Historiens, des Jurisconsultes, des Orateurs et des Avocats trèscélèbres^ des Poètes, des Médecins fameux^ des Professeurs des Langues Orientales. Les Angevins ayant beaucoup d'esprit, ont cultivé toutes les Sciences et les Beaux- Arts. Ils sont naturellement éloquents, et comme ils ont l'esprit subtil et présent, on remarque que les quatre diseurs de bons mots du dernier siècle étaient Angevins, M. le Prince de Guémené, M. Bautru, M. le Comte du Lude et M. le marquis de Jersay. La langue ou la bouche angevine, a été célébrée par un scavant auteur de Paris. Mais laissons cela à V Historien futur d'Anjou.
Pour dire quelque chose de cet ouvrage, il s'est rencontré deux difficultei considérables dans son exécution. Vune vient de ce qu'il y a eu plusieurs auteurs, qui ne sont pas connus aujourd'huy, soit parce que leurs Ecrits n'ont pas été publie:^, ou parce qu'ils l'ont esté dans les commencements de l'Imprimerie, en sorte qu'il est très-difficile de les trouver, et quHl tCy a personne qui les ait fait connoistre. L'autre, consiste en ce qu'il y a des Auteurs dont on ne connoist pas la patrie avec certitude. D'où il arrive qu'on attribue quelquefois à une Province des Auteurs qui ne luy appartiennent pas, et qu'on en omet d'autres qui luy sont dûs. Ces deux difficulté^ ne se peuvent pas surmonter aisément, quelque précaution et quelque diligence qu'on y apporte. Quand je me suis vii dans l'incertitude^fay eu soin d'en avertir, et de ne rien avancer sans vraisemblance.
Comme il y a eu dans l'An; ou plusieurs personnes illustres par leur piété, qui en ont laissé quelques monuments ; et d'autres qui ont esté recommandables par leur esprit et leurs dignité:^; quUly a aussi des siècles fort stériles en écrivains, j'ay cru devoir, ou que je pouvois joindre à ceux-ci, quelques-uns des autres. Mais je n'ay pas pris trop de liberté sur cela, et je me suis renfermé dans des bornes asse\ étroites.
Je n'ay trouvé du côté des manuscrits, aucun secours pour ce long travail, sinon un cayer de vingt pages. C'est si peu de chose que je n'aurois jamais crû, qu'il fut l'ouvrage d'^un homme d'une aussi grande érudition que Claude Ménard, si je n'avois remarqué que M. Ménage a rapporté l'Article de Jacques Boutreux, comme il est dans ce cayer, qui m'a esté commu* nique par un Religieux Bénédictin. Il a été écrit par une asse:^ bonne main ; mais cette personne n'entendant pas la langue latine, et s' estant peut-être encore servie d'une copie très^ défectueuse, il y a plus de fautes que de lignes, mesme dans les noms propres, qui sont si
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défigure:; et aitere^, qu'on ne les devinerait Jamais, si on ne les connaissait par ailleurs. Ménard y renvoie souvent à son Traité des Professeurs, que Je vCay pas vu. Il y parle de plusieurs étrangers qui se sont établis à Angers ou dans l'Anjou, quoiqu'il connust leur patrie. Il écrit plutost en Orateur qu'en Historien. Son style est dur et obscur. Enfin c'est un ouvrage fort superficiel, et qui m'a esté peu utile. C'est pourquoy il a été nécessaire de lire beaucoup de livres, et de faire de grandes recherches pour former cette bibliothèque. Ceux qui la verront comprendront facilement ce qu'elle a dû me coûter. Mais avec tout cela. Je reconnois volontiers, qt^onj- pourra ajouter, et mesme changer et retrancher. Car il n'est guère possible de trouver hors d'Angers, et peut être mesme dans cette ville, tout ce qui est nécessaire pour s'instruire parfaitement, et pour ne rien omettre. Quoi qu'il en soit, Je serai content, si on me permet de dire avec un ancien :
Fungor vice cods.
Mais je désire aussi qt/on se souvienne de cette parole du mesme auteur :
Opère in longo fas est obrepere somnum.
on