DES AUTEURS DE CETTE PROVINCE ET DE LEURS OUVRAGES
TALASK, EvuQiiK d'Awgkrs Ank. 477
Pn marque cet Eveaque pour le sixième qui i gouverné l'Eglise d'Angers, parce qu'on [ ne connoist pas les premiers ; et que les derniers Catalogues retranchent mime ; Auxilius ', qui se voit dans quelques autres, et qui a peut-être précédé Défenseur ; car je ne scaurois me persuader que celuy-cî qu'on met à la teste de tous tes autres, l'an 35o ait esté le premier Evesque de cette ville. On suppose aussi que Talase* a succédé à S. René que quelques critiques retranchent du catalogue des Evesques d'Angers, mais sans en donner des preuves assez solides. Ce fut l'an ^53 que Talase fut ordonné Evesque, le 3 ou le 4 d'octobre, dans un concile qui fut célébré A Angers, vrai-semblaî>lement pour son ordination. Il s'y trouva sept evesques qui firent douze canons pour conserver la discipline et le bon ordre dans les églises de la Métropole de Tours.
Peu de temps après son ordination, Talase envoya Arconce sous-diacre de son église, avec un mémoire adressé à S. Loup, Evesque de Troyes, et à S. Euphrone, Evesque d'Autun, qui estaient
1. V. /«• dinertation de Grandet (Bib. d'Aogen, n* (617). 9. Ou Talatlns (Grégoire de Ttnr*, lib. II, n* 19.
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très-célèbres dans les Eglises des Gaules. Il consultait ces grands Prélats sur les veilles des festes de Pasque, de Noël et de l'Epiphanie, les Clercs bigames et les Clercs mariez. S. Loup et S. Euphrone luy firent réponse et leur lettre s'est conservée ^. Ce fait est important et très remarquable. '
L'an 461, S. Perpétue ou Perpet, evesque de Tours, assembla un concile dans sa ville, ou Talase n'assista pas. Mais ayant reçeu les décrets des Evesques, il les relut, les souscrivit, et y donna son consentement dans sa petite ville : ce sont ses termes, qui sont remarquables. Il y avait neuf evesques dans ce Concile.
L'an 465 S. Perpétue convoqua un Concile à Vennes, où on ordonna Paterne Evesque de cette Eglise. Falase ne s'y trouva pas, non plus que S. Victorius, evesque du Mans. C'est pourquoi les Pères leur envoyèrent les Canons qu'ils avoient faits, les priant de les appuyer de leur autorité. Les autres Evesques de la Province de Tours assistèrent à ce concile, scavoir : Paterne de Vennes, Libéral de Léon ou des Ossismiens, Athenius de Rennes, Nuneque de Nantes et Albin de Quimper.
On met la mort de Talase vers l'an 477, mais on n'en a aucune preuve certaine.
S. AUBIN, EvESQUB d'Angers.
Ann. 550. — S. Aubin, dixième Evesque d'Angers, selon les Catalogues vulgaires, naquit dans le diocèse de Vennes en Bretagne l'an 469. Il fut abbé de Tintillac dans TAnjou * ; puis il fut élu Evesque d'Angers l'an 529 ou 53o, après la mort d'Adelphe. Je ne trouve pas qu'il ait laissé quelque chose à la postérité, ayant esté plus occupé à l'instruction de son peuple par ses discours et ses exemples, qu'à écrire. Il travailla beaucoup pour empescher les mariages incestueux; et c'est vraisemblablement ce qui l'engagea l'an 536, à entreprendre un grand voyage. Car il alla trouver S. Césaire Evesque d'Arles célèbre dans toutes les Gaules par sa sainteté et sa doctrine, pour le consulter touchant ces mariages. Deux ans après, il assista et souscrivit aux Décrets du Troisième Concile d'Orléans dont il soutint l'autorité de tout son pouvoir, c'est ce qui donne lieu de croire que ce fut l'an 536 ou 537 que S. Aubin fit le voyage d'Arles, avant ce Concile. Mais on s'est trompé de luy donner pour compagnon S. Lubin qui fut depuis Evesque de Chartres, mais qui n'estoit alors qu'abbé du Monastère de Brou.
L'an 549, S. Aubin estant âgé de 80 ans, députa l'abbé Sapandus au cinquième Concile qui fut assemblé à Orléans, pour y souscrire en son nom ; et il mourut peu de temps après. Venance Fortunat a écrit la vie de ce Saint Evesque*, et il y a dans la ville d'Angers une belle et ancienne abbaye de l'Ordre de S. Benoist qui porte son nom, dont nous parlerons beaucoup dans la suite. Quelques auteurs mettent la mort de S. Aubin Pan 55o : ce qui paroist certain, car il mourut le premier jour de Mars. Il vescut 80 ans, et gouverna l'Eglise d'Angers vingt ans et six mois.
S. Aubin fut honoré aussitost après sa mort ; car Fortunat nous apprend que Domitien Evesque d'Angers célébroit sa feste avec grande joye et solennité. Mais la Translation de son corps, ou sa
I. Gallia christiana nova éd. Hauréau, (t. XIV, col. 39, art. I; Instrumenta ad Ecclesiam Eduensem), réimprimée à \
la suite du t. I de V Histoire de VEglise d'Angers^ (Appendice, p. 419). !
a. Il paroist par Fortunat (Lib. II. Carm. 24), que Tintillac estoit entre Carières proche Touars, et Angers, comme le P. Mabillon Ta bien remarqué.
3. Vita 5. Albinif Fortunatus Venantius, évoque de Poitiers, poète latin, (Boll., tome I, 14 Martii.)
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Canonisation, fut faite par Eutrope successeur de S. Aubin, avec les Evesques de la Province et S. Germain, Evesque de Paris. Le corps de S. Aubin fut alors transféré dans une Eglise^ qui avoit esté bastie depuis peu sous le nom de S. Germain Evesque d^ Auxerre et qui a receu depuis le nom de S. Aubin, lorsqu'on y joignit un monastère; ce qui arriva peu de temps après, puisque S. Bertram, Evesque du Mans sous Clotaire II, fait mention de Boben ou Bobin, Abbé de TEglise de S. Aubin *.
DOMITIEN, Evesque d'Angers.
Ann. 669. — Quelques-uns le font successeur immédiat de S. Aubin. Mais les autres prétendent avec raison qu'il succéda à Eutrope, qui mourut Pan 556.
Domitien a esté célèbre dans le sixième siècle. Venance Fortunat en parle comme d'une colonne de l'Eglise et du soutien de son peuple.
En effet, dès l'an 557, il se trouva au troisième concile de Paris, où les Pères firent dix canons*. Dix ans après, il assista au second concile de Tours très-célèbre dans toute l'Eglise, où les Evesques presque tous saints dressèrent vingt-sept canons. Domitien après ce concile eut part et souscrivit à la Lettre que les Evesques de la Province de Tours adressèrent aux peuples pour les porter à faire pénitence, afin de détourner les malheurs publics qui estoient prests d'accabler le Royaume. Dans cette vûë, ils exhortèrent tout le monde à différer les noces, à payer fidèlement la dîme de toutes choses, à se réconcilier avec leurs ennemis ; à offrir même à Dieu la dîme des esclaves. Et pour ceux qui n'en ont point, à offrir un tiers de sol d'or, qui valoit environ 56 sous de notre monnoye, pour chacun de leurs enfants ; enfin à dissoudre les mariages incestueux.
Domitien eut aussi part à la Lettre que la plus part de ces Prélats écrivirent à S*« Radegonde qui avait fondé le Monastère de S*« Croix de Poitiers.
Cet illustre Evesque assista l'an 568 à la Dédicace de l'Eglise de S. Pierre de Nantes que Félix célèbre Evesque de cette ville avait fait bâtir avec grande magnificence. Les Evesques de la Métropole, à la réserve de ceux de la fiasse-Bretagne, s'y trouvèrent, savoir : Euphrone Métropolitain de Tours, Domitien d'Angers, Vîaorius de Rennes, Domnole du Mans, Maracaire de Venues, Félix de Nantes. Car nos Auteurs qui mettent Maracaire les uns à Coutance, et les autres à Angoulême, se sont beaucoup trompez, et n'ont pas examiné, comme ils dévoient, ce qu'en dit Fortunat (lib. 3. Carm. 4). Cet auteur estant allé à Angers peut estre à la feste de S. Aubin, Domitien le pria d'écrire la vie de ce saint Evesque, pour l'édification du peuple, afin que chacun pûst conserver la mémoire des actions admirables qu'il avoit faites, et remarquer par ce moyen ce qu'il devoit corriger dans la conduite de sa vie. Domitien envoya depuis à Fortunat un de ses disciples pour le porter à exécuter ce dessein, et qui luy promettoit de luy donner une connoissance exacte de ce que S. Aubin avoit fait. Cet homme n'avoit pourtant pas vu tout par luy-mesme, et il avoit oublié quelques actions du Saint. Mais pour ce qu'il avoit conservé dans sa mémoire, il en avoit pour témoins tous les citoyens d'Angers, outre que ce disciple de Domitien estoit capable d'écrire luy-mesme ce qu'il scavoit.
Fortunat écrivit donc la vie de S. Aubin, et l'adressa à Domitien. On voit dans son Epitre que cet
I. N. D. du Verger, (V. 33- dissertation de Grandet; Ms. Bib. d'Angers, 617, et N. D. Angevine, par Grandet, p. i^; Plainte apologétique de Cl. Ménard, p. 240);— Hiret, Des Antiquité:^ d*Anjou, (p. 80); — D. Chamard, Vies des Saints de VAnjou, p. 1 3, note 1 ; (Thorode, édit. E. Longin, abbaye de Saint-Aubin ; M. d'Espinay, Notices archéologiques (pp. 164 à i56).
a. V. T. I des Bolland. (mois de juin).
3. Cf. Hist. de l'Eglise d'Angers, par l'abbé Tresvaux, t. I, p. 47.
Evesque estoît éloquent et qu'il parloit facilement * ; et on en peut inférer qu'il n'estoit pas Angevin, puisqu'il n'avoit pas une connoissance particulière des actions de S. Aubin. Pour ce qui est de THistorien, il n'a rien écrit que le peuple ne pûst entendre. Car la langue latine, quoique fort altérée, estoit vulgaire parmi les Gaulois. Tout le monde la parloit ; mais il falloit se servir d'un stile simple, afin que dans l'Eglise on ne lûst rien qui ne fust intelligible aux plus simples d'entre le peuple. C'est ce qui paroistra encore dans l'article suivant. Nous sommes donc redevables à Domitien de la vie de S. Aubin. .
On croit que ce Prélat mourut l'an 569, et il eut pour successeur fiaudegise.
Anonyme Angevin
Ann. 579.— Le Père Mabillon trouva l'an i683, les anciennes Formules Angevines dans l'Abbaye de Wingarten ou Weignart en Souabe près Ravensbourg*. Cette copie fut écrite dans la troisième année du règne de Thierry fils de Clovis le jeune, c'est à dire l'an 679 ou 680. Mais ces Formules sont bien plus anciennes, ayant esté publiées l'an 4 de Childebert, que le P. Mabillon croit estre le second de ce nom, fils de Sigebert, qui commença à régner l'an 575; ainsi elles furent publiées l'an 579, et par conséquent elles sont bien plus anciennes que celles de Marculfe faites l'an 65i '.
L'Evesque d'Angers estoit alors en possession de rendre la justice à son peuple mesme en matière criminelle, avec le Comte de la Province et les Seigneurs du payls, appeliez hommes vénérables et magnifiques de la République. On suivoit la Loy Romaine^ la Coutume du payis, et les Loix Royales ; on y voit quelle estoit la forme des jugements, les différents Juges, et plusieurs Coutumes notables ; qu'il y avoit des monastères tant d'hommes que de femmes dans la ville d'Angers et dans les faux-bourgs ; que les époux, dont les humeurs ne s'accordoient pas, ne faisoient pas difficulté de se séparer pour cela seul» et de convoler ensuite à des secondes noces. On en voit ici la Formule. On en trouve une semblable dans Marculfe.
Le Latin de ces Formules est barbare et fort corrompu, tel en un mot que le peuple le parloit *. Elles estoient encore en usage dans le IX* siècle sous le règne de Charlemagne. Audouln* ou Audoen successeur de Baudegise estoit Evesque d'Angers, lorsqu'elles furent dressées, c'est vrai-semblablement l'ouvrage d'un moine ou d'un Ecclésiastique d'Angers, qui les avoit tirées^ des actes publics de la Province.
Le Père Mabillon les publia dans le 4* tome de ses Analectes, l'an i685*, et les inséra depuis dans le supplément à sa Diplomatique.
JUSTE, Prkstre d'Angers
Quelques auteurs ont écrit, que Juste Prestre de TEglise d'Angers a composé la vie de S. Maurille, Evesque de cette ville, qui a vescu ou gouverné selon les derniers Catalogues depuis 396
1. « Il ne faut pas chercher dans ses œuvres la pureté de la langue latine ; sa prose est d*ailleurs bien inférieure, « à ses vers où il montre de la facilité dans Tinvention. » (Histoire littéraire du Poitou, par Dreux du Radier t. II, p. 45).
2. Actuellement à Fulde; ont été publiées par M. de Rozière (Formula Andegavenses, Paris, 1844, in-8«).
3. Marculfl monachi aliorumque auctorum formula veteres, editœ ab Hieron. Bigonio, Parisiis, Cramoisy, i665 et Capitularia regum Francorum, (éd. Baluze, 1780).