‹ Bibliothèque d'AnjouChapitre 73 sur 89 · Hist, de VUniv. d'Ang,, preuves, p. 173, n* XVII · texte numérisé non relu

Hist, de VUniv. d'Ang,, preuves, p. 173, n* XVII

8. Hist. de r Université de Paris^ 1670, p. ai 3 et édit. de i663, p. 778.

7^ BIBUOTHiQUE o'aNJOD

Ce sentiment est non-seulement très-vrai-semblable, mais je croy qu'il doit passer pour certain. Car on trouve que sous FEvesque Ulger, et dans les commmencements de son Episcopat, Vaslet estoit Maistre de l'Ecole d^Angers; c'est ce que nous apprenons clairement d'une Lettre d'un certain Herbert, qui écrivant d'Angers à Hilaire d'Orléans *, luy dit : « Quanti te faciat D. Andega- « vensis recordare^ et.,, tandem ad nos revertere. Attende quoque, quia Magister Ulgerius bonos « clericos magni pendit^ et si unquàm eos retinere potestj amplis ipsos honoribus extollit. Boêmuna dum Archidiacorum Vasletum, Magistrum Scholarum, Radulfum et Petrum^ Canonicos tibi in « exemplum afferas; quos omnes prœfati Episcopi ad summos honores extulit benignitas* » Il est évident que, Magister Ulgerius est l'Evesque d'Angers, comme il est nommé ensuite, et qu'on continua de luy donner ce titre depuis son episcopat, comme il paroist par la Lettre que S. Bernard luy a écrite *, parce qu'il avait toujours esté célèbre par sa grande doctrine, outre qu'on ne peut pas dire, qu'un Maistre-Ecole donnast les dignitez de l'Eglise d'Angers. Il est donc évident que l'opinion de Jean Picard est insoutenable.

Ulger estant Maistre de l'Ecole d'Angers, et très-illustre par sa science et sa vertu, fut fait Archidiacre d'Outre-Loire, comme il nous l'apprend luy-mesme dans sa Relation au Pape Innocent II '. Et, Rainauld de Martigné, Evesque d'Angers, qui l'avoit appelle dans cette ville, ayant esté élu archevesque de Reims, l'an 1 1 24, il fut choisi, l'année suivante, pour remplir le siège de cette Eglise *.

D'autres supposent qu'Ulger estoit Angevin et qu'il fut élevé dès son enfance dans l'Eglise d'Angers, qu'il en fut fait Chanoine, puis Maistre de l'Ecole, ensuite Archidiacre d'outre Loire, Tan II 19 ou environ, et enfin élu Evesque et ordonné, le 20 de septembre l'an ii25, avec un applaudissement universel *. Orderic Vital s'est trompé en mettant son ordination un an plutost, ce qui se trouve aussi dans un Manuscrit de l'Abbaye de S. Aubin*. Mais les monuments de l'Eglise Cathédrale marquent le sacre d'Ulger, l'an 11 25. V^ Historien Vital \oi\e beaucoup la religion et la doctrine d'Ulger, et le soin qu'il prit de faire briller la lumière de la vérité parmi son peuple '. Des Auteurs contemporains ont écrit : « Qu'il surpassoit tous les Evesques de son temps « par sa sagesse, par la pureté de ses mœurs et par sa sainteté ; qu'il éclatoit entre eux comme le « lis entre les épines, comme la topaze entre les cailloux, comme le baume entre les autres « liqueurs; » c'est ainsi qu'en parle Vauteur de la vie de Gui^ Evesque du Mans, (Analect. to. 3) *. Il gouverna l'Eglise d'Angers durant 23 ans ou environ, car il mourut le 16 d'octobre Pan 1 148, estant dans un âge fort avancé *.

1. Duchesne, Histor. Franc. Scriptor,^ t. IV, p. 767; — Ménage, Vie de Mathieu Ménage^ p. 61 ; — Rangeard, Hist. de VUttiv, d'Ang,, t. II, Preuves^ n« XV, d'après un ms. de Tabbaye de S. Victor.

2. D. Bernard, Epist. 200 ; — Tresvaux, Hist, de VEgl, d*Ang,, 1. 1, p. 437, Append. XI ; -^ Cf. Rangeard, eod, loc. t. I, pp. 75 et 88.

3. D. Bouquet, Rer, GalHcar. scriptor,, t. XV, p. 384; — Gallia christ. ^ t. XIV, col. 567 d et Rangeard, t. I, pp. 73-74, ch. XXXVIII.

4. Gall, christ, notf.j t. XIV, col. 667, cap. XLVI, (ann. ii25) ; ^ Cf. Chron.des EgLd'Anj,: (S* Aubin}, p. 33,ann. II25; (S* Florent), p. 190 eod. ann. ; — Rangeard, t. I, p. 83 ; — Statuts du diocèse d'Angers, p. 126.

5. Gall, chr. vet,, t. IV, col. 794 ; — nov., t. XIV, col. 567» ; — Rangeard, t. II, p. 91, ch. IX; — Hist, littér, t. XII,

6. Orderic Vit., ad ann, 1 124,* — Script. Hist, Norman, p. 882 ;— Cart, Eccles, Andeg.; — Cf. Gallia christ, nov,<f col. 567, (ann. 1126).

7. Orderic Vital, liber XII ; — Rangeard, 1. 1, p. 75, note 3.

8. Mabillon, Analecta, t. III, p. 335 ; Rangeard, — Ibid. — note 2.

9. Chroniq. des Egl, d'Anj,: (S* Aubin), ann. 1 148, p. 33; (S* Serge), eod. ann., p. 146; (S* Florent), eod. ann., p. 191; — Calend, 5** Maurit,, (ann. 1 149) ; — Martyrolog. de S* Cosme de Tours, (ann. 1 149), (Baluze, armoire 3, fasc. 2, n* 2) ; ^ Obit, du Ronceray et de S« Serge, (ann. 1 149) ; — Gall, christ, nov., col. 569 a ; — Hist, littér, u XII, p. 304.

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Peu après son sacre, Ulger alla à Rome. On trouve qu'il y estoit, Tan 1 126, avec Gui, Evesque du Mans, successeur d'Hildebert, et Guillaume, Evesque de Poitiers*. Je ne scay si c'est en cette occasion qu'on termina un procez entre les Abbayes de Marmoutier et de S. Jacut, en Bretagne, et qu'Ulger fut un des juges de cette affaire *. Il revint dans son Eglise, fort content de son voyage, mais cette satisfaction ne dura pas long-temps, comme nous verrons dans la suite. Comme l'Ecole d'Angers avoit esté célèbre pendant qu'il la conduisoit et qu'il y enseignoit, il n'oublia rien, estant Evesque, pour la maintenir dans la mesme réputation •. Il attira dans son Eglise des Ecclésiastiques de mérite et scavants. On marque, entre ces Docteurs, Vaslet qu'il fit Maistre des Ecoles, Gordon, Ranufle ou Radulfe, Eutebûe ou peut-être Eusèbe, Hilaire d'Orléans, Herbert *. Ce dernier dans la Lettre dont j'ay parlé, exhorte fort Hilaire à instruire ses Disciples autant dans la vertu que dans les sciences, et à réprimer leur licence. Il luy rappelle pour cela ce qui estoit arrivé à Raoul de Chasteau-Gontier*, ce qui donne lieu de croire que ce Raoul avoit enseigné dans cette dernière ville si on ne veut dire qu'il estoit de Chasteau-Gontier, et qu'il avoit enseigné à Angers. Baudri, Abbé de Bourgueuil, depuis Evesque de Dol, a fait six Epitaphes d'un Clerc d'Angers, nommé Radulphe ou Raoul *. Mais il y a beaucoup d'apparence qu'il faut distinguer deux Raoul et qu'il y a: i® trois de ces Epitaphes pour un de ces Raoul et trois pour l'autre; 2* que ces deux Ecclésiastiques ont précédé l'Episcopat d'Ulger et l'an 11 24, auquel Baudri fut fait Evesque de Dol. Ainsi, )e n*en ay fait mention ici que pour ne les pas confondre avec ceux qui ont vescu sous Ulger.

Ulger estant dans une si haute réputation de piété, de sagesse et de science, il sembloit qu'il devoit gouverner en paix son troupeau et s'attirer le respect de ses voisins. Mais la condition des temps ne luy donna pas cette consolation, car il eut deux affaires très-fâcheuses à soutenir et qui durèrent très-long-temps. La seconde mesme eut des suites fort désagréables. Estant ordonné Evesque d'Angers, il trouva que son Eglise avoit un grand procès avec l'Abbaye de Vandôme, qui estoit gouvernée par Geoffroy, homme très-célèbre par son mérite, fort connu à Rome, estant Cardinal du titre de S^ Prisque et dans toute la France ; car les Monastères possédant alors un très grand nombre d'Eglises, qui leur avoient esté données par les Fondateurs et par les Seigneurs qui les possédoient, il estoit arrivé que les Evêques avoient permis aux Moines de les posséder, à condition qu'ils leur donneroient une certaine somme d'argent toutes les fois qu'on changeroit de Vicaires, ce qui s'appelloit le rachapt des Autels ou des Eglises^. Cette pratique ayant esté condamnée dans le Concile de Clermont, en Auvergne, à la fin du onzième siècle, comme criminelle

I. D. Bouq., Gall, Franc, scriptar.^ t. XV, pp. abg et 408; — Gall. chr. nw,, t. XIV, coll. 38i d et 567» comparées, (ad ann. 11 26) et 568 a ; — D. Martène, Thésaurus Anecdot, t. IV, p. iSg. 3. Gall, christ, nov., col. 568 a (ann. ii3i) ; et col. 748, (ann. 11 28).

3. Cf. Rangeard, Hist. de V Univers. d'Ang.^ 1. 1, p. 76; — L. Maître, Les Ecoles épîscopales et monastiq. de VOccidentj p. 162; — A. Parrot, Notice sur VEcole épiscop. d'Ang. dans le compte rendu des Sociétés savantes de 186 5, p. 905 ;— Hist. littér., t. VII, p. 37 et IX, pp. 3i et Sa; —A. Bigot, Discours de rentrée, le 3 novembre 1868, sur VEnseig^ du droit en Anj., p. 10.

4. S. Ropartz, Poèmes de Marbode^ introd.p. 5 ; — l'abbé Pasquier, Baudri, p. 32 ; — L. Emault, Marbode, p. 4; — Rangeard, eod. loc., 1. 1, ch. XLIII, pp. 83-88 ; — Cartul. Eccl. Andegav.

5. V. cette lettre, note 3 de la page 78, suprà, et sa traduction, Rangeard, 1. 1, p. 83.

6. V. Ms. n« 891 de la Bibl. de Tours, n- LXXXII et LXXXIII, f^ 148, v ; (Duchesne, t. IV, 267 et 258) et CXI, (Duchesne, t. IV, 263) ; — Romania 1872, notes de L. Delisle, pp. 32-33.

7. L'auteur, D. Liron, a traité particulièrement cette question dans ses Singularités historiques et littéraires (Paris, 1738, t. I, p. 392) ; — V. Hist. littér. de France, t. XI, p. 204 et XII, pp. 3o2-3ii ; — Mabillon, Ann. Benedict., t. V, p. 359; — Sirmond, Notes sur Us lettres de Geoff. de Vendôme, p. 52; - Rangeard, ubi suprà, t. IF, p. 96.

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et simoniaque *, il 7 eut des Evesques, qui au lieu de ce rachapt qui n'arrivoit que rarement, exigèrent un cens annuel, comme Ive de Chartres, Ranulfe de Saintes et les Evesques d'Angers *. Car Geoffr.07 de Vendôme, (Lit. 3j Epist. I2)\ attribue à Ulger d'avoir déclaré dans un Synode à ses Curez et Vicaires, que les Evesques estoient en droit d'exiger une rente annuelle des Moines pour le rachapt des Autels. Cet Abbé ajoute, qu'il avoit prié et averti souvent TEvesque d'Angers, de luy restituer ce qu'il avoit receu^ mais que ç'avoit esté inutilement ; que les Légats du Pape en avoient écrit jusqu'à quatre fois à Ulger * ; et Geoffroy l'accuse : de les avoir méprisez ainsi que l'Eglise Romaine ; ce n'est sans doute qu'une conséquence que tiroit ce bon abbé; enfin de s'estre plaint dans son synode, que l'abbé de Vendôme l'avoit appelle devant le Légat de Pape ; que cet Evesque avoit en conséquence jette l'interdit sur les Eglises qui dépendoient de son Abbaye ; que son Archidiacre Richard estoit le principal auteur de ses excez* ; que le comte d'Anjou avoit écrit au Légat en sa faveur *.

La Communauté de Vandôme écrivit au Pape Honorius II, qui fut élu l'an 1124, pour luy demander secours contre les vexations de l'Evesque d'Angers. Ces Moines, dont la Lettre a esté écrite par leur abbé Geoffroy ', luy représentent : qu'il avoit mandé à Ulger de maintenir, pour le respect de S. Pierre et le sien, le Monastère de Vandôme et ses biens» et de ne point inquiéter les Religieux ; que l'Evesque avoit reçu la Lettre du Pape, et celles qui estoient adressées à Hildebert, Archevesque de Tours et à Gui, Evesque du Mans, en présence de l'Evesque d'Angoulême, son Légat ; mais qu'il n'avoit pas daigné les lire, ni les rendre aux Moines de Vandôme, qui n'avoient pu par conséquent les monstrer à ceux à qui elles estoient écrites ; que l'Evesque d'Angers loin de réprimer les torts que les autres leur faisoient, les augmentoit de son costé et qu'il excitoit les ravisseurs par ses paroles et par son exemple. Enfin, que ce Prélat leur rendoit le mal pour le bien, l'ayant secouru avec beaucoup de soins dans sa nécessité ; que cela estant et ne pouvant aller à Rome, ils prient le Pape de nommer un juge qui ne leur soit point suspect. Cette Lettre a esté écrite vers l'an 1 1 29. Nous ne scavons point ce que l'Evesque répondoit à tout cela ; mais on peut assurer qu'il avoit ses raisons et qu'elles estoient considérables. Car, !<> S^ Bernard a écrit qu'on ne pouvoit rien reprocher à Ulger, que le différent qu'il eut avec l'Abbaye de Fontevrauld* ; 20 cette affaire ne fut pas terminée pendant la vie de Geoffroy, qui mourut, l'an 1 132, mais sous Innocent II ; il se fit un accord entre Ulger et Fromond, successeur de l'abbé Geoffroy, par lequel il fut réglé, que l'abbé de Vandôme renonceroit aux oblations des Baptistaires dans les églises de l'Evesque d'Angers, et que celuy-ci accorderoit dans la suite de l'abbé de Vandôme les oblations des Purifications, des noces, etc., comme il les avoit eues auparavant *.

La seconde affaire qui eut des suites beaucoup plus fâcheuses pour Ulger, regarde l'Abbaye de Fontevrauld. Il ne s'agissoit que d'une ferme, d'un moulin ou de quelque autre chose de cette

1. Ms. fonds lat. n* 18,402 de la collect. Fonteneau, t. XXVII, f" 81 r*.

2. V. Baluze, XLVII, f» 235, y; — Lettre de Pascal II, Recueil des Histor. de Fr,^ t. XV, p. 19.

3. V. Compain, Geoffroi de Vend., pp. 184-189, et Rangeard, t. II, p. 97 et note 2.

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