‹ Bibliothèque des croisades (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · Ô BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

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inusulmaits, préparés à abandonner leur ue àatni' la voie de la religion , éclairaient jour et nuit le champ de bataille , des flammes de leurs épées. Cependant la beauté enchanteresse de la victoire, ne laissant point voir soti visage radieux y le prudent monarque rassembla les chefs éclairés de l'armée, et leur tint ce discours : « Ce côté de la place est ga«> » ranti par un fossé profond , et préservé par tous les moyens » possibles de défense. Nous ne pourrions sans beaucoup » de peine traverser le fossé, et le courrier des pensées » ne saurait trouver un passage au travers de ces solides » remparts. Les murs entourant la ville de trois côtés ; si » nous ne la battons que par un seul point ,' nous aurons » bien de la peine à en- triompher : d'aUleurs cette victoire » causerait la perte d'une grande partie de noé gens ; 3 9 faut donc trouver aussi le moyen d'attaquer la place par » mer. »

Mais une chaîne était tendue sur le canal qui sépare Constantinbple du faubourg de Galata , ce ^ui rendait ftor possible le passage des vaisseaux par cet endroit. Pour trouver un expédient , les grands de l'empire firent en vain parcourir le désert de la r^exion au coursier de leurs pert" sées. Enfin le sultan conquérant du inonde conçut le dessein de faire traîner les vaisseaux musulmans du fort qu'il avait fait construire (1) et de les faire parvenir jusqu'au port par derrière Galata.

Quoique l'exécution de ce projet pût être mise au' nombre des choses auxquelles il faut renoncer, toutefois, avec l'assistance de Dieu , on l'exécuta facilement. Par des dispositions surprenantes que firent d'habiles mécaniciens , les musulmans tirèrent de la mer sur le sol , leurs vaisseaux aussi grands que des ^nontagnes , et les ayant frottés de graisse et pavoises , ils les firent glisser sur la terre , dans les descentes et les montées , et les lancèrent sur les flots qnk baignaient les remparts de la ville. Ils dressèrent aussitôt après un pont sur ces navires, et y placèrent des retranchemens.

Les moines fortifiaient sans cesse le courage des assiégés en même temps qu'ils les consolaient. « La prise de Constan- » tinople est imposible , disaient-ils , parce que les présages » astrologiques de nos livres indiquent que notre ville ne » sera conquise que lorsqu'un souverain fera glisser sur la » terre des vaisseaux , les voiles déployées. » Mais lors-

(i) Boghat Kesîcn.

qu'ils eurent vu de leurs yeux cette merveille, ils comprirent que leur ruine allait s'accomplir ; aussi la parole ft'éteignit-éUe dans leurs bouches , et le feu du désespoir s'alluma dans leurs cœurs (1).

L'immonde empereur grec , ayant appris que les fortifications étaient aussi eptamées du côté de- la mer > en pensa perdre la raison ; néanmoins il renfor'Ça les troupes qui gardaient cet endroit , et s'appliqua à faire réparer les murailles tantôt d'un côté , tantôt d'un autre ; mais les soldats grecs ne pouvant y suffire , il chargei^' l'armée d^s Francs de remettre en état la partie des remparts «ituée au midi de la porte d'Andrinople. Les principaux d'entre les Grecs furent indignés de ce qu'on ne leur avait pas confié la garde d'un lieu qu'ils auraient selon eux d^endu mieux que personne , et qu'on l'eût laissée à des étrangers ; a^ssi la division se mit-elle parmi les assiégés , ce qui occasionna des fautes dans les ordres donnés pour faire agir ces -troupes de l'erreur. Les Ottomans ne. tardèrent pas à s'en apercevoir, et regardant leur vie comme une marchandise de vil prix , ils montèrent à l'assaut avec intrépidité , nar les brèches qui étaient au midi de la porte d'Andrinople. Ils allaient franchir les remparts, lorsque l'avant garde des ténèbres parut du haut de l'horizon^ occidental, et bientôt les astres de la nuit furent témoins de la supériorité des braves musulmans. Alors le monarque juste et valeureux donna à Tarmée victorieuse l'ordre de mettre des lanternes ou des bougies allumées au haut des piques et des lances , et , jusqu'à ce que l'astre du quatrième ciel jetât ses rayons sui: le monde , de continuer à combattre , afin de ne pas laisser de repos aux méprisables infidèles , ni }eur donner le temps de réparer les brèches. D'après l'ordre.impérial , la lumière des flambeaux et des lampes éclaira le devant de la place et les alentours qui devinrent semblables à un champ couvert de roses et de tulipes. Les musulmans réunirent dans. cette nuit le donble mérite de combattre et de prier ; avec lé sang du martyre , ils purifièrent des souillures de leurs péchés le pan de leurs robes. Bientôt le soleil étant sorti des ténèbres de l'Occident , et ayant niis en fuite avec des flèches et les dards de ses ravpns., les légions des astres , le généi^al des Francs artincieux monta sur les remparts , afin de repousser les cohortes de la foi. Au moment même un jeune musulman , se tenant à la

(i) Cet alinéa est tiré des Annales de SolakrZadeh.

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corde de la femue résolution, s'élança comme une araignée sui* les murs de la place ,- et ayant allonge d^ bas en haut son épee , semblable au croissant de 1^ lune , d'un seul coup il fit envoler le hibou de l'âme de cet infidèle, du -tiid impur dç son corps. A cette vue les Francs se préci* pitèrent dans le chemin de la fuite , et semblables À un torrent impétueux, ils allèrent vers la mer regagner leurs vaisseaux. En même temps les musulmans ceignirent la cein^ iure de ('ardeur y et, senîblafoles au lion qui est à la poursuite de sa proie, sans faire attention à la pluie continuelle des flèches, des pierres, des boulets de canon et de fusil, us coururent aur brèches , persuadés qu'elles étaient la porte de la victoire.

« La poussière du combiit s'élevait jusqu'aux ci6ux , «t ^ i Comme un voile , couvrait la voûte azurée. »

Les épées ne se reposaient pas un seul instant^, les dardé et les flèches perçaient sans cesse les cœurs de cette troupe rebellée. Bientôt les Ottomans élevèrent sur les murs de Constantinople Vétendard de la victoire, et proclamèrent avec la langue Ubre de leur épée , les surates du trionâphe et des remparts (1). La défense de la place se ralentissait, et la bonne nouvelle, exprimée par ces mots du Coran i Certes, noire armée remportera la victoire (2) , : fondait la confiance de l'armée musulmane et la remplissait d'un saint enthousiasme. ^ ■

Cependant l'empereur grec^ entouré de ses soldats les plus braves , était dans son palais , situé au nord de la porte d'Andrinople : ilcherchait à en défendre les avenues contre les guerriers musulmans , lorsque tout-à-coup il apprit que ceux qui arborent l'étendard élevé de la parole de Dieu , s'étaient introduits dans l'intérieur de la place. Il connatt alors que le drapeau de son bonheur est abattu ; son esprit se trouble; il se hâte de fuir loin de sa demeure. Pendant que se querellant lui*même sur sa mauvaise fortune , cet homme, dont l'habitation devait être l'enfer, se disait : « Où est le lieu pour fuir (5) ?» Il rencontra une poignée de fidèles qui, en pleine assurance , s'occupaient à recueiHir du butin. A cette vue , le feu de la haine embrase son cœur ténébreux, et la faux de son épée coupe de suite la moisson de la vie de ces paisibles musulmans. Un pauvre soldat dé

<i) Ce sont les sinrates XLVIll et Ï.XXXY. (2)Surale^XXVilI,v. 173.

(3) Surate LXX Vj v. ïo.

cette troupe avaijt été seuleuKiht blesse : noyé dans lé ^aiig qui coulait de ses blessures , et en prqie aux douleurs les plus vives , il attendait la mort. Le monarque grec ayant aperçu ce malheureux , leva son ëpée pour lui ôter le dernier souffle de la vie. Dans ce moment de désespoir , l^'infortuné, aid<^ du secours de Dieu , précipite cet ennemi de la religion de dessus sa selle , ornée d'or ^ le renverse sur la terre iloke , et, de son cimeterre guerrier , fait voler sa tête impie. .Cet exploit, qui apporta du soulagement aux souffrances du bon musulman, Init en déroute ceux qui sui:vaient Fi^mpereur. N'ayant que la mort devant les yeux^ ils s'enfuirent^ loin des regards; aucun d'eux ne resta dans le lieu 4u combat, et n'osa mettre la mainàTépée. Sur ce^ entrefaites i les musulmans ouvrirent les* portes de la ville , et les troupes , asiles de la victoire , qui étaient hors, de la place ^ commencèrent à y entrer au'-devant du roi puissant. Avec la permission du sultan, les troupes fortunées, pillèrent la vilfe durant trois nuits et trois jours, et firent jouir l'œil de leur espoir de la vue des^eautés grecques, au ris douxxomnte le sucre. Ce métal qui , pour l'insensé , est une source de Inalheurs et qui donne la réputation et la prééminence aux gens inconnus du inonde , fut le partage de ceux qui échangent la denrée de l'existence corporelle contre le capital de la vie éternelle. -

Le troisième jour , les hérauts de la cour^ sublime firent connaître la volonté de Mahomet, aussi absolue cme le' destin. C'était que les soldats cessassent le pillage , né fissent du mal à personne , et demeurassent tranquilles. Cet ordre auguste ayant été exécuté, les glaives rentrèrent dfinSvié fourreau et les arcs dans-Van^ du repos ^ ^ . '

iièi

généi'eiix

entendit , au lieu du bruit détestable^ dés cloches , la profession de foi musulmane et le cri , cinq fois répété par jour, de la religion du ^ophète (1). Les églises de Constan* tinople furent dépouillées des viles idoles qui les souillaient ; elles furent purifiées des impuretés abominables. des cérémonies chrétiennes. Les usages antiques furent entièrement changés ; plusieurs temples et chapelles des Nazaréens , par » ' ' '. ■ ■ .1 '

(i) L'auteur veut parler ici de Tappel à la prière, qui se fait Hu haut des tninàrets cinq fois par jour. Plus bas , il compare ces minarets h. des platanes touffus sur les rameaux desquels des rossignols dujUrdin de la sainteté viennent se poser et chanter V unité de Dieu,

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le placement du nuhrab et de la chaire des fidëles, rivaliseront ayec le paradis élevé. Les rayons lumineux de l'islamisme dissipèrent les sombres' ténèbres de la'mëdhanceté.

Apres que ce séjour enchanté ^.qui excite la jalousie du la citadelle verte du ciel, eut 4té, pendant tant d'années^ rempli d'insectes et de reptiles, il devint, par la grâce du Créateur, la demeure des unitaires; et la clé de ce pays, nouvellement conquis , ôm*rit la serrure de bien des choses difficiles. ' ^

. D'-après Achic-pâcha (1) , La célèbre prise de Cdnstantinôple eut lieu un dimanche , et le cinquante-unième jour depuis le commencement du siège. Toutefois , il esLdit dans lachronlquede Neçhri (2) , que le siège commença au milieu de rebind^-evel (vers la fin de mars) , et que la conquête n'eut lieu que le 20 dé joumazi-uïr^kir (5) 857 (27 juia 1455)- La date de la prise de cette superbe cité est Baldat-Thaibat, ville excellente (4).

Mahomet fit s^mrKirlouka, ministre de l'empereui' grec,et lé fit mettre dans les fers lui et ^es partisans.

Le^ vils infidèles qui avaient fui sur des vaisseaux, et qui

(i) Ahmed ben-Ihaia beD-Sqliman-ben-Achic , pacha , est aatéui' d*cf né histoire des Ottomans , intitulëe TanAh-i-al-i^Othman^ cjui ne se trouve plus depuis long-temps. G*est une des plus anciennes chroniques ottomanes, et elle est du nombre de celles que Saad-Uddin a consultées pour Composer la sienne. (Voyez, au sujet de cette histoire, une note de M. de Hammer, dan^ le Journal asiat, , tom. IV, pag. 34i )

(a) Mevla Mohammed en-Nechri el-Modarres, auteur d*atiTarik-i-al-i Othman ou histoire ottomane.

(3) Il va un abrégé en turc de Thistoire ottomane qui place la prise de Constantinople au ai de rebi-ul~evel 857 ( i'^*. avril ii(53).

(4) I/£s Turcs soùt dans. Tus âge de fixer la date des événemens important par une sentence anagrammatique d*un ou de plusieurs mots, ou par un ou plusieurs vers qui renferment Tanagramme de la date. Cette sentence ou ces vers ont ordinairement rapport à Vévénement. On obtient ces phrases mnémoniques par la valeur numérique des lettres de Talphabet arabe. Il est facile ^e se convaincre que les mots baldat thaibat ^tiiés du Coran, sur» XXiy, V. i4 ) équivalent à 857, en faisaht Faddition suivante :

B vaut. a ^

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