‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 11 sur 55 · S XXIV · texte numérisé non relu

S XXIV

(Première esp^dttion des chrëtiens en Egypte. — Leurs revers

en Syrie.

Jusqu'ici les guerres des chre'tiens n'ont guère eu d'autre théâtre que la Syrie et la Palestine. S'ib sont sortis quelquefois de ces limites, c'e'tait seulement pour défendre Edesse et les villes qu'ils possédaient en Mésopotamie. Lorsque le comté d'Édesse tomba au pouvoir des musulmans, l'ambition des chrétiens se borna à prendre Ascfdon. Dès ce moment ils occupèrent sans partage toute l'étendue de pays qui a pour confins vers le nord la Cilicie et les terres d'Alep ; à l'orient, Damas et le désert; au sud, la Mer Rouge et les sables qui Pentourent; et a l'occident, FEeypte et la Mer Méditerranée. II est vrai qu'il s'était forme contre eux un ennemi redoutable : déjà Noureddin s'était empare d'une partie de la principauté d'Antioche, et avait à sa disposition toutes les forces musulmanes de la Syrie et de la Mésopotamie. Malgré ces inconvéniens , la situation des chrétiens sembla être devenue plus sure , et ils crurent pouvoir s'étendre au-debors.

Désormais les auteurs arabes seront plus riches en détails. Presque tous ceux que nous mettrons à contribution seront contemporains des événemens ; quelques-uns même y auront prb part : leur récit en- aura plus d'intérêt et les faits seront mieux connus. Pour ce qui concerne les guerres qui vont suivre, l'auteur que nous citerons de préférence, outre Ibnalatir , est Ibn-aboutaï , natif d'Alep , qui vivait dans ce temps. Son récit est clair et précis, et tout porte à croire qu'il est en général véridique.

An 559 [1i64]. La première origine des invasions des chrétiens en Egypte fut due aux divisions qui d^biraient cette contrée. Ibn-aboutaï est entré à cet égard dans de

114 BIBUOrmEQUE

longs détails. Plusieurs émirs prétendaient à ia dignité dé ▼isir ou premier ministre. Dargam finit par chasser son compétiteur Schaver et se rendit maître de l'autorité; mais une partie des émirs ayant conspiré contre lui , ils furent tous gorgés dans un repas , an nombre de plus de soixantedix. I/auteur arabe fait obsenrer que ce massacre fut trèsfuneste à l'Egypte et la principale cause de la chute des califes ; car l'armée se trouva très-affaiblie par la mort d'un si grand nombre d'émirs. ^ Cependant Schaver, ne pouvant plus se maintenir en

Siypte , passa en Syrie pour implorer Passistance de Nour> din (1).

Schaver demanda à Noureddin une armée pour rentrer en Egypte y et lui offrit le tiers des revenus de ce royaume ,

(l) Voici en queb termes Ibn-abonttT rend compte de la première entrevae da viiir et de Noareddin. Ce puiage donnera vne idée de b politeiee des Orientanz à cette époque :

An moment où Schaver se rendit en Syrie, Noareddin ëtsit étahU à Damai. Dès qn*il fnt instruit de rapproche dn visir» ii Tenvoja complimenter et ini assigna peur logement un palais à ia place Verte (prairie à peu de distance de la ville ). Sept fours après , il appela quelquesuns des principaux de la ville , et leur dit : ■ Ailes

• trouver cet homme ; salnex-Ie de notre part, et foites-Ini nos excuses » de ce que nous ne le recevons pas comme il le mérite. Demandes- « lui pourquoi il est venu ici, et s*il a besoin de quelque chose. Si » c'est de plein gré et pour se fixer dons nos états , otsuret-le que » nous ferons notre possible pour lui foire oublier ses malheurs. Si

• c'est pour autre chose , qu'à s'explique. » Les députés s'étant donc présentés à Schaver , fl se répandit en remerciemens sur Taccueil que lui faisait Noureddin; mois il évita de s'expliquer dayantage, disant qu'un dessein qui n'a pas au moins passé fat nuit n'est pas encore assea mûr. Les députés s'en retournèrent avec cette réponse. Le lendemain ib revinrent par ordre de Noureddin , et Schaver refusa encore de s'expliquer; puis il ajouta : ■ Ah! si Noureddin voulait s'aboucher » avec moi ; H a tant de prudence 1 » Les députés ayant rapporté ces paroles à leur maître, Noureddin comprit ce que voulait le visîr; en conséquence , il loi fit proposer pour le lendemain une entrevue à b place Verte. A l'heure convenue, il monta à chevid avec les grands de sa cour , dans le costume le plus magnifique et avec une pompe très-grande. Schaver, en le voyant, monta aussi à cheval, et ib se rencontrèrent au milieu de b place. Ni Tun ni Fautre ne descendit de cheval; ib se saluèrent très-poliment, et, après s'être promenés quelque temps, ib se séparèrent. »

DBS CBOiaADBS. ' 116

se cbargeant de plus de Tentretien des troupes , et s'engageaot à les laisser agir d'après les ordres et les désirs de Nonreddin. « Ce prince, remarque Ibn-alatir, tantôt penehait pour les offires du yisir , et tantôt il y répugnait : il désirait par-dessus tout étendre sa domination et se faire de nouvelles ressources contre la puissance des chrétiens ; mais il était eflfrayé du danger auquel son armée s'exposait en se portant en Egypte , les chemins étant alors occupés par les Francs (1) ; Noureddin craignait aussi que Schaver, une fois raffermi dans son autorité, ne ^nt pas ses promesses. Cependant il se décida à cette expédition, et fit choix, pour la commander, de Schircou (S) , le plus puissant et le plus brave de ses émirs. C'était, dit Ibn*alatir, un homme pleia d'audace et inaccessible à la crainte. Il se mit en marche au mois de giownadi F avril], et arriva sans accident i Belbéis sQr la branche la plus orientale du Nil. »

Darran, à la première nouvelle du danger qui le menafait, frétait hâté de rassembler une armée. Au rapport dlbnabontai, un de ses émirs lui proposa d'aller au-devant de Farmée de Syrie et de l'attaquer au sortir du désert, persuadé que les Syriens ne pourraient pas tenir après une marche si pénible ; car telle est la disette d'eau dans le désert, que ceux qui font cette route sont obligés de se charger, à E2a, sur les extrémités de la Mer Rouge, de l'eau nécessaire pour plusieurs jours. Mais cet avjjs fut rejeté.

Cependant , lorsque les armées se trouvèrent en présence , Schircou commença A s'effrayer. « Vous nous assuriez, dit-0 • à Schaver, que rÉgypte n'avait point de soldats, et noifft ^ voilà en butte à une armée formidable. — Ne vous épou- » vantez pas de cette midtitude, répondit Schaver; la plus 9 grande partie se compose d'artisans et de paysans que le 9 tambour rassemble et que le bâton disperse. 9 En effet , dans l'action qui eut lieu , Schaver fit attaquer les Egyptiens an moment de la plus grande chaleur, pendant que la plupart

(l) En effet, les provinces chrétiennes, par leur position entre Damas et FÉgypte , fermaient le passage ; et les Syriens qni voulaient se rendre dans cette dernière contrée , étaient obligés de s*engager dans les sables de TArabie Pétréc , ronte dangereuse et interceptée par les troupes chrétiennes.

(t) Gniiiaiime de Tyr fappelle toujours Siraconus pour Siraeouus; c'est sans doute une erreur de copiste.

116 AlBUOTHfcQDB

d'entre eux avaient quitte' leurs armes et s'étaient assis k Fombre. Heureux ceux qui purent remonter à cheval et prendre ia fuite ! tous les autres furent tues ou faits prison* niers. Dargam périt peu de temps après, charge des malédictions du peuple, et aussitôt Schaver fut rétabli dans la dignité de visir.

Ibn-alatir reprend ici en ces termes : « Après ces succès , l'armée de Syrie campa sous les murs du Caire. Mais bientôt Schaver oublia ses promesses et négligea de remplir ses engagemens. II voulut même forcer Schircou d'évacuer le pays et de s'en retourner en Syrie ; et Schircou , indigné , s'empara de force de Belbéis. Dans ces conjonctures , Scha* ver eut recours aux chrétiens ; il leur représenta le danger qui les menaçait si Noureddin occupait à-Ia-fois l'Egypte et la Syrie et entourait de toute part les provinces chrétiennes. Pour achever de les séduire , il offrit de les défrayer sur toute la route (l). Les chrétiens se laissèrent persuader. En vain Noureddin fit irruption sur leurs terres pour les retenir chez eux; les Francs comprirent qu'il valait mieux s'exposer à la perte de quelques villages que ae laisser prendre l'Egypte par Noureddin. Ils se contentèrent donc décaisser des garnisons dans les places menacées, et allèrent en Egypte, ayant leur roi à leur tête; ce prince s'appelait Atnauri, Aucun des rois de Jérusalem, depuis l'invasion des chrétiens en Palestine , n'avait montre autant d'adresse et de courage. Comme, à cette époque, il était venu un grand nombre de chrétiens d'Occident, dans le but de vbiter la ville sainte, Amauri les engagea à prendre part à cette guerre : les uns se rendirent avec lui en Egypte ; les antres demeurèrent en Syrie à la garde des forteresses.

9 A l'approche de l'armée chrétienne, Schircou s'enferma dans Belbéis; les Égyptiens et les Francs l'y assiégèrent pendant trois mois : mais comme sur ces entrefaites les chrétiens de Syrie avaient essuyé de grands revers, ils proposèrent la paix à Schircou , à condition qu'il sartirait de l'Egypte , et celui-ci y consentit , parce qu'il commençait à manquer de vivres. »

(l) Saivant Ibn-abonta?, il leur offrit mille pièces d*or par foomëe de marche , et promit de nourrir les bétes de gomme et de faire qaelqae avantage ans chevaliers de i*H6pital, qui formaient la nerf des armées chrétiennes.

' Ibn-aboutaï rapporte que Noureddin , après avoir envahi les provinces chrétiennes et pousse au loin ses ravages , avait recueillî les drapeaux et la chevelure des chrétiens tues dans les combats, et que, les mettant dans un sac , il avait charge' un de ses gens d'aller les remettre à Schircou, dans Belbeis même , lui disant : « Tu donneras cela à Schircou ; il Fexpo- 9 sera sur les remparts , et ee spectaùle remplira d'effroi les » infidèles. » En effet , les Francs demandèrent à Schaver la permission de se retirer ; mais le visir craignit que ce départ ne ruinât ses affajres, et fit tant par ses prières , qu'ils consentirent à rester encore quelques jours. Pendant ce temps , il tint conseil avec ses 'émirs et se décida à traiter avec Shircou. Il écrivit à Schircou ces paroles : cr Sache que je n'ai « rien néglige' pour te sauver la vie ;> à quoi j'ai été porte' par 9 deux raisons : l'une , parce que c'eut été une honte pour n l'islamisme que les chrétiens triomphassent; l'autre, parce 9 que s'ils avaient pris Belbéis , ils auraient voulu la garder y n SOUS prétexte qu'ils l'avaient conquise à la pointe de leur • épée. II ne se passait pas de jour que je ne fisse quelque 9 largesse aux seigneurs chréuens pour les détourner de 9 vous attaquer, n L'accord ayant donc été fait , Schircou se mit en devoir de reprendre le chemin de la Syrie, n

On lit à ce sujet dans Ibn-alatîr une anecdote que l'auteur déclare tenir d'un témoin oculaire , et qui montre la haute idée que Schircou avait inspirée aux chrétiens. « Pendant l'évacuation de Belbeis , dit-il , Schircou se plaça à l'arrièregarde, tenant une massue de fer à la main , el étant l'objet de l'attention générale. Tout-à-coup un des chrétiens nouvellement arrivés d'Occident s'approche de lui et lui dit : Cl N'as-tu pas peur que les Égyptiens et les Francs , sans 9 égard à leurs promesses, ne se jettent sur toi, à présent 9 qu% t'entourent de toute part? — Plut à Dieu qu'ils le 9 fissent , répondit Schircou ; tu verrais comme je les rece- 9 vrais. Pardien! pour un des miens qu'ils tueraient, mon 9 épée en ferait périr un grand nombre. Pendant ce temps , 9 Nooreddin attaquerait leurs provinces ; ils sont déjà aftai- 9 bKs , leurs braves sont morts ; nous prendrions leurs places 9 et nous exterminerions ceux qui restent encore. Ah ! si 9 mes soldats m'avaient voulu croire, j'aurais fait une sortie 9 pour m'ouvrir un passage de force ; mais ik s'y sont refu- 9 ses. 9 A ces roots, le Franc fit un signe de croix et dit : u Nous nous étonnions de ce que les Francs de Syrie

118 BIBUOTHSQDB

9 rmcontent de toi et de la penr que ta leur fais. A praent 9 |e ne mVn étonne plus, n En diiant cela il se retira, n

Les clire'tiens et les troapes de Noureddin retonmèrent chacun dans leur pays. Les Francs suivirent les bords de la mer et rentrèrent chez eux par les plaines de Gaza. Schiroou , au contraire , prît la route au désert et longea les bords de la Mer Morte. Ibn-aboutai rapporte à ce sujet un bit qui ^ s'il était rrai , ne tournerait pas à Fhonneur des chrétiens. Après avoir dît que les deux nations avaient promis de ne pas s'in»

Juiéter dans leur marche, il ajoute que Renaud, seigneur e Carac, qui, suivant lui, avait pris part à cette guerre, interpréta ainsi son serment : « J'ai promis , se dit-fl à lui- » même, de ne pas inquiéter Shircou ni son armée par terre; » mais rien n'empêche que j'aille Fattaquer par mer. » En conséquence , à son déjMirt d'Egypte , il s'embarqua pour Ascalon , d'où il se rendit & son château de Carac , où il attendit Schircou au passage. L'auteur arabe ajoute que Schîrcou n'échappa à ce piège que parce qu'il s'était douté de la ruse et qu'a avait pris un autre chemin. Mais ce qui

Krouve qu'il y a erreur, au moins dans les noms, c'est que Lenaud, seigneur de Carac, était encore à cette é[x>que retenu prisonnier à Alep , et qu'il ne recouvra sa liberté que long-temps après (l).

Passons maintenant aux succès remportés pendant ce tero|Mi4à par Noureddin en Syrie. En vain l'armée chrétienne s'était hatee d'évacuer l'Egjrpte pour venir au secours de son propre territoire: die ne put arriver à temps. Noureddin avait fait une première invasion sur les terres chrétiennes , au moment que Schircou se mit en route pour i'Egyjite , afin d'empêcher les Francs de troubler la marche de son lieutenant. Il en fit une seconde , lorsqu'il apprit que Parmée chrétienne se disposait à entrer aussi en Egypte. Enfin, voyant qae les circonstances devenaient toujours plus critiques, il se prépara à une attaque terrible. En conséquence, au rapport dlbn-alatir , il rassembla toutes ses forces , et ré» clama rappui de son frère Kotb-eddin , prince de Moussoul, de Fakr-eddin , prince de Hisn-cufa , de Negm^eddin ,

(i) Voyez GuiUaaine deTyr, lib. xviii, cap. ss, et lib. xxi, cap. 1 it et Kemal-eddin , Histoire d'AUp, aux mmées 566 et 6 TS de i*hëgire.

DBS CRÔI8ADB8. 119

prince de Maridin , et des autres princes musulmans de la* Mésopotamie. Son frère fit aussitôt partir ses troupes. A VégBrd de Fakr-eddîn y il refusa d'abord de prendre part à cette expédition. Les gens de son conseil et ses courtisans loi ayant demande ce qu'il comptait faire : « Rester trann quille, repondit-îl; voilà qneNoureddin s'exte'nue de jeunes « et de prières : il se perdra lui et les siens, n A ces mots , tous applaudirent Cependant le lendemain Fakr-«ddin ordonna à ses émirs de se préparer à marcher, a Quoi , lui » dirent alors ses courtisans , hier tous étiez cPun ayis et 9 aujourdliui tous êtes d'un autre? » Le prince repondit: * L^ choses entre Noureddin et moi en sont venues au point 9 Que si je ne lui envoie pas mes troupes , je perdrai mes « états , et mes vassaux se soustrairont à mon obe'issance. 9 Voilà que Noureddin a écrit aux dévots et aux personnes 9 retirées du monde ; il leur a fait connaître les ravages 9 commis par les Francs , le nombre des musulmans tués ou n faits prisonniers ; il a réclamé le secours de leurs prières , 9 et veut qu'ils excitent les musulmans à prendre les armes. 9 Tous sont accourus : ils lisent la lettre de Noureddin , ils 9 versent des larmes , ils me maudissent , ib font des impré- 9 cations contre moi. Je ne puis me dispenser d'aller le 9 joindra. 9 II se mit donc en marche , et les autres princes suivirent son exemple.

« Quand Noureddin eut réuni son armée, il se porta contre Harem , dans la principauté d'Antioche , et l'assié-

(i) Cest à propos de ce éïége que les auteurs arabes font poar U première fois mention du f enne Sidadin , qui se rendît si ftunenx paf la soite. Voici ce qn'on lit à ce sa)et dans ï Histoire des Atmbees; c'est un certain Ahmed , fib de Massond , qui parie : ■ Vit tronvant , dit-if ^ » an siëge de Harem , f*aDai m'asseoir par hasard sons an arbre avec « un de mes amis, et fy trouvai Vémvt Megd-eddin Ibn-dalë et Sala-

• din qui s'entretenaient ensemble. Piàt à Dieu, disait Megd-eddin , » que noos prissions Harem , et qne Noureddin m'en fît présent. — « Et moi, dit Sabdin, plàt à Dien qne Ji|oareddin thi maître de « FEgjpte et qu'il m'en donnât le gouvernement. Puis , se tournant

• véra moi : Et toi , me dit-il , n'as-jn pas de demande à faire? ^^ Mais , » rëpondis-f e , quand tu auras FEgypte et Megd-eddin Harem , if ne

• restera pfus rien. Comme if insistait, fe repris : Puisqu'if en est " ainsi , je me réserve le château de Amm. Voilà comment nous par^ « fions pour passer fe temps. Cependant te Dieu très-haut n'eki altail

ISO BIBUOTHEQUB

^a (!)• La principale des armées chrétiennes était alors en Egypte ; il n'était reste en Sjrie que quelques troupes , ainsi que les forces de la principauté d'Antiocne et du comte de Tripoli. A cette nouvelle, tous les chrétiens qui étaient dis-*

Knibles se rassemblèrent avec leurs princes , leurs cfaevi^ rs, leurs prêtres et leurs moines. On y remarquait Boémond, prince d'Antiocfae, le comte de Tripoli, le fils de Josselin, le fils de Léon, prince de la petite Arménie, et le Grec Ducas. Noureddîn , feignant d'avoir peur , fit d'abord semblant de se retirer et se laissa poursuivre quelque temps. Faisant ensuite volte-face, il poursuivit les chrétiens à son tour et leur livra bataille. L'aile droite musulmane plia d'abord. On rapporte que cette fuite était concertée pour attirer la cavalerie chrétienne hors des rangs (1). Quoi qu'il en soit, les musulmans profitèrent de l'instant où linfanterie chrétienne était sans défense pour Fattaquer et en faire un horrible carnage. Le. combat ne finit que par la ruine entière des chrétiens. Le nombre des prisonniers fut considérable; on remarqua parmi eux le prince d'Antioche, le comte de Tripoli Satan des chrétiens et l'ennemi le plus acharné des musulmans, le général grec Ducas et le fils de Josselia. Le nombre des morts fut estimé à plus de dix mille. Noureddin fdia ensuite s'emparer de Harem ; après quoi il envoya quelques détachemens ravager les terres d'Andoche, Quelqu'un lui ayant alors conseillé de marche^ sur Antioche même , qu'il aurait trouvée sans dé-<

m pas moins à ses fins ; il décida dans aa sagesse que les Fnmcs aéraient 9 battos, que Harem ouvrirait ses portes et serait donné à Megd- 9 eddin , qne f aurais ^mm pour ma part , et que Saladin ne ferait » qu*nn empire de FEgypte , de ia Syrie , de TArabie-Heureuse et » d'une partie de la Mâopotamie. •

(l) li paraîtrait, d'après un paaaage de V Histoire desAtabees, qne cette fuite n*était rien moins que concertée, et qne Noureddîn se crut un moment perdu, « Quand le prince, dit Fauteur arabe , vit son aile en déroute , ii descendit de cheval, se découvrit la tète , et, se prosternant devant le Dieu suprême , dit assez haut pour qu'on fentendit : « O mon seigneur et mon Dieu , 6 mon souverain maître ! fe suis » Mahmoud ton serviteur, fib de Zengui, fils d'Acsancar; ne Faban- » donne pas. En prenant aa défense, c'est ta religion que tu défends, » cette religion qne tu as révélée à ton prophète. Accorde-moi ma « prière; donne-moi une bonne fin, et ne fais pas la joie de mes 9 ennemis. » Ii ne cessa de s'humilier, il pleura, il se roula la face

DES CROIAADBS. 191

fense, il repondit : « La ville est facile à prendre , mais la » citadelle est bien fortifiée. Les chrétiens se remettraient m entre les mains de Fempereur. de Constantinople ; car le 9 prince d'Antioche est fils de sa sœur, et j'aime mieux le » voisinage de Boémond que celui de l'empereur. » Noureddin se contenta donc de ces avantages , et rendit plus tard la liberté à Boémond moyennant nne grande somme d'argent et la liberté de plusieurs prisonniers musulmans.

Ensuite Noureddin se porta contre Tibériade , puis alla attaquer Panéas f qui se rendit. Dans une des attaques livrées contre la place, son frère Nasseret-eddin , qui était rentré en grâce auprès de lui , ayant eu l'œil crevé d'une flèche, il lui dit : « Ah! si tu savais quelle belle récompense 9 t'est préparée dans le ciel, comme tu serais impatient de

* passer à l'autre vie ! 9 C'est Moyn-eddin-anar , vîsir de Damas, qui avait livré Pfinéas aux chrétiens (l) , ce qui avait fort scandalisé les musulmans et leur avait paru un grand péché. Son fils se trouvant à la conquête que les musulmans firent cette année de cette ville, quelqu'un lui dit : « Cet événement nous cause de la joie ; mais à toi il en doit V causer davantage. — Et comment? demanda le fils de

* M oyn-eddin. — «- C'est qu'aujourd'hui , reprit le musulman , 9 Dieu n retiré du feu de l'enfer la peau de ton père. «

coaire terre et tes foues .t'arrosèrent de larmes , f osqa'à ce qa'enfin Dien exaoça ses vœaz et mit ses ennemis en fuite. »

A regard de ce mot Mfthmoud, il faut observer que les urnsolmans de distinction de cette époque , outre le nom proprement dit , avaient encore un surnom et de plus un titre honorifique \ ainsi le mot Noureddm n'ëtaît qn*un surnom qui signifie lumière de religion; le nom du prince était liahmoud, ce qui revient à-pen-pris à notre nom de baptême, et il portait encore ie titre honorifique de Maieh-adel on roi juste. Cet noms , titres et tumoms , se mettaient dans les actes du prince ■asti bieii que sur ses monnaies , ainsi qu'on le voit par les médailles de Noureddin qui nous sont parvenues , et dont plusieurs se. trouvent dans le cabinet de M. le duc de Blacas : mais en particulier, on n'appelait le prince que du nom de Mahmoud; et c'est dans un sens d'humilité» on si Ton veut de respectueuse familiarité, que Nouraddin se désigne ainsi en s'adressant a Dien. On verra ci-dessous d'autres exemples du même genre.

(1) Voyex ci-detsns pag, 96.

f.XXV.

Seconde expédition d'Egypte. — Conunencenient de Sabdin.

An 5€2 [H €7], Schircon , soirant h remarque «Tlbnalatir, à son retour en Sjriey ne cessait de penser à ill^jpte et aux moyens Hf retourner. Noureddîn s*opposa tant quH pilt à son desseip ; mais comme Schircon faisait toujours de nouvelles instances, il finît par céder, et lui remit une nouvelie armée avec mille hommes de cavalerie. Schircou fut accompagné dans cette expédition par le jeune Saladin , fib de son frère Ajoub, qui ne tarda pas à se distinguer.

Ibn-«boutiûf est celui des auteurs arabes qui est entré sur cette guerre dans de plus longs détails (1).

cr Schircou, dit*il,se mit en route au mois de rébi premier [mois de janvier]. Sa marche fut si secrète , que Schaver n en fut instruit que par l'avis que lui en donnèrent les Francs. Il pria aussitôt le roi Amaury de lui amener du secours aux mêmes conditions que dans l'expédition précédente, ce qui fut accordé. Le rot se mit donc en marche et suivit les bords delà mer. Schircou, au contraire, avait pris la route du désert; son dessein était de se rendre devant Belbéis : comme il fut prévenu par les Francs, auxquels s'étaient unis les Égyptiens, il se porta d'un autre cAté; et, Iirenant le chemin des montagnes , il arriva près d'Atfih , sur e Nil , au sjkA du Caire , d'où il passa jusqu'à Scherouné dans la haute Egypte , toujours poursuivi par les Francs et les Égyptiens. En ce lieu il passa le Nil sur des barques, et redescendit les bords du fleuve jusqu'à Gizé en face du Caire. Alors, eilrayé des suites de son entreprise , il écrivît en ces termes au visir : <r Je te jure parle Dieu qui n'a point d'égal, n et par tout ce qui lie les mustdmans ensemble , quç je suis n prêt à quitter rÉgypte; que je n'y reviendrai plus, et que n je ne souflirirai point que personne y apporte la guerre , n décidé à m'unir à toi contre quiconque viendra t'attaquer ,

(l) Son nfcit servira à éclaircir celui de Gniilaame de Tyr, nn peu obscur dans certaines parties. Voyez X Histoire de ce dernier, iib. XIX, cap. it etsuiv.

DBS CaOIgàOES. 1^3

9 pourra que tu me promettes de prendre en main la cause V de Pislamisoie. Mainteiiant l'ennemi est dans le cœur du » royaume , il est éloigné de tout secours , il lui sera difficile

• de s'échapper ; re'uaissons nos efibrts pour Faccabler. L'oc- 9 casîon est favorable; peut«étre ne se presentera-t-eilephis;

* exterminons donc cette nation. » Mais Schaver communiqua la lettre aux chrétiens et fit mourir celui qui l'avait apportée. A cette nouvelle , Schircou se mordit les doigts de douleur. « Si Schaver avait voulu me croire, dît-il, il ne 9 serait pas resté un seul chrétien d'Occident. 9

9 Cependant Schircou dressa ses tentes à Gizé , où il séjourna plus de cinquante jours. Pour les Francs et les Égyptiens , us s'établirent aux environs du Caire : le Nil séparait les deux armées. Le visir fit construire un pont (t) entre l'île voisine et Gizé, et tenta de tourner l'armée de Schircou. Dans ces conjonctures , Schircou vint à bout de mettre dans ses intérêts les habitans d'Alexandrie, qui étaient indignés de voir le visir agir de concert avec les chrétiens et faire an si mauvais usage des trésors de Pislamisme. La situation de l'armée de Noureddin ne laissait pas de devenir toujours plus critique. Je tiens du. scbérif Ëdrisi , citoyen d'AIep (t) , qai, en ce moment , se trouvait à Alexandrie, et qui alia, au nom des habitans, annoncer à Schircou l'envoi ae prompts aecoars, que, deux jours après son arrivée à Gizé, Scfiircou pensa être accablé par les Égjrptiens et les Francs : il n'eut que le temps de partir précipitamment, abandonnant ses tentes et ses bagages. L armée prit de nouveau le chemin de ia Haute-Egypte. Une nuit , e)ie se trouva si vivement pressée , qu'a peine elle s'était arrêtée pour prendre du re-<

f»os; il lui fallut se remettre en marche, ce qu'elle fit dana obscurité et aux flambeaux : c'est ainsi qu'elle arriva à Dalgé^

(l) L'aateur arabe se strt dn niot>-M^. Le sens de te mot es| parfiûtemeBt détermine per liv pliage coiresp^Midant de Guilaimiç de Tyr, iib. zix, csp. si : • Le roi Amaoxy, dit-il, fit rassemble^

• un grand nombre de barqaes sur lesquelles on étendit des troncs

• de palmiers, ce qui donna nn passage à Farmëe. » Cest nn point Gantant pins essentiel que nons y reviendrons par la suite.

(t) Cest probablement ie même Édrisi qui est devenu fameux en Enrope par une géographie arabe qui a été imprimée sous son nom. Ce qui suit était resté ignoré de tons ceux qui ont eu à parier de ce personnage. Voyez la Biogrofhie universelle, t. XII, p. 5S7 et suiv.

If 4 BIBUOTHBQDB

Déjà l'ennemi avait atteint Aschmounein (l). Bientôt les deux armées se trouvèrent en présence , et Ton dut en venir aux mains. »

L'action eut lieu dans les environs de Babein. Ibn-alatir rapporte que l'armée combinée des Francs et des Égyptiens était fort nombreuse , bien approvbionne'e et très-impatiente de combattre , ce qui jeta d'aoord l'effroi dans l'ame de Schircou. Ce n'est pas que pour lui il eut refuse le combat ; mab il craignait que ses troupes ne perdissent courage, étant dans une position telle qu'il n'y avait pas d'apparence de succès y tant u cause de leur petit nombre, que parce Qu'elles étaient loin de leur patrie. II voulut donc consulter crabord ses émirs , qui furent d'avis de repasser le Nil et de reprendre le chemin de Sjrie : 0 Si nous étions vaincus, direntj» ils, et c'est la chance la plus probable, où irions-nous , et 9 qui prendrait notre défense? Il n'y a pas dails ce pays de j» paysans ni de soldats qui ne soient contre nous. » Alors un brave mamelouc de Noureddin se leva et dit : « Celui qui 9 craint la mort ou les fers n'est pas digne de servir les rois ; « il ferait mieux de rester dans sa maison avec ses femmes , 9 ou bien d'aller cultiver son champ.' Pardieu ! si nous re- « tournions auprès de Noureddin sans victoire et sans excuse, « il nous âtcrait les terres qu'il nous a données et tout ce 9 que nous avons reçu de lui depuis que nous sommes à 9 son service, et nous dirait avec vérité : Quoi, vous jouisn sez des biens de l'islamisme , et vous fuyez devant ses* en^ n nemis ? Vous abandonnez aux infidèles un pays tel que » T Egypte? « A ces mots, Scbircou s'écria que Témir avait raison. Son neveu Saladin parla dans le même sens , et il fut décidé Qu'on en viendrait aux mains.

Ibn-alatir ajoute que l'armée fut rangée dans l'ordre suivant : les bagages furent placés au centre , ce qui le faisait paraître plus redoutable qu'il n'était en effet Sfdadin eut le commandement de ce centre , et son oncle lui dit : « Il est a n présumer que l'ennemi me croira au centre et qu'il se por* « tera de ce câté. Vous opposerez une faible résistance , et n vous fuirez devant lui ; et lorsqu'il cessera de vous pour- » suivre , vous reviendrez sur vos pas. « Pour Schircou , il fit choix des soldats les plus vaillans et de ceux dont il oonnais-

(f) L'ancienne Hermopolis magna»

OEff CROISADES. 195

sait Paudace et le sang-fVoid , et se plaça avec eux à l'aile droite. Au moment de T'action , les Francs ^ comme il l'avait preVu y se portèrent contre le centre : Saladin fit une légère résistance et commença à plier, mais sans rompre ses rangs et toujours poursuivi par l'ennemi. Alors Schircou se précipita sur les troupes qui lui faisaient face et en fit un grahd carnage. Les chre'tiens, à leur retour, trouvèrent leurs frères tués oa en déroute et prirent aussi la fuite. Une chose bien digne de remarque, c'est que Schircou n'eut besoin que d'un ou^deux mille cavaliers pour triompher des Francs et des Egyptiens (l). >» -

ibn-aboutaï a décrit un peu autrement cette bataille, d'à» près Edrisi, témoin oculaire. Il rapporte que Schircou essuya d'abord de grandes pertes. Suivant lui, Saladin avec le corps

J[u'il commandait avait eu ordre de tourner l'ennemi, et ce ut ce qui occasionna cet échec. Mais i\ la fin , les Syriens , voyant qu'il n'y avait plus de sfdut pour eux, firent un dernier effort : Saladin attaqua en même temps par derrière ; le combat dura jusqu'à la nuit. Enfin les chrétiens et les Egyptiens furent mis en pleine déroute. Peu s'en ffdlut que le roi Amaury ne (ut fait prisonnier.

« Ensuite , continue Edrisi , Schaver et son armée se retirèrent à Elmonié, ville voisine (9). Pour Schircou, il se rendit à travers la province de Faioum à Alexandrie , ou il déposa ses mfdades et ses prisonniers. Puis, dans la crainte d être bientôt assiégé dans cette ville , il y laissa Saladin avec une partie de l'armée, et, après s'être fait prêter serment par les habitans, il retourna dans la Haute-Egypte. II y resta jusqu'à la nouvelle que les Francs et les Egyptiens , après s'être ralliés au Caire, étaient allés faire le siège d'A-

(l) Ces deux mille cavafien n*ëtaient pas seids. Gaillaome de Tyr fait monter farmëe de Scfaircoa à douze mille Turcs , sans compter les Arabes et les gens du jMiys. On verra ci-dessoos que Noureddin donna de nouveau à Schircou deux mille cavaliers et six mille Tïtrcomans; il y avait donc une diffiérence entre ces deux sortes de troupes. Sans doute il fiiut entendre par les cavaliers, des troupes réglées et entretenues sur les revenus des fiefs et des bénéfices militaires, au lieu que les Turcomans étaient des mercenaires qui ne 8*engageaient que pour une campagne.

(s) Ce doit être la ville que Guiilaume de 1^ appelle Lamoma , et qu'il piace à dix milles du champ de bataille.

1S6 BDUOTBBODB

lezandrîe et étaieot à la Teilie de ffen rendre miâtrcs. Afcm U partit de Goosy sur les berds<hi NU, dansIaliaitfe-EgypIe, eamenent a sa suite on grand nombre d'Arabes et de gens du peuple qoi avaient pns parti pour loL Sor ees entrefaites, le visir et les Francs proposèrent la paix, ^e se fitparTen* tremise dn roi Amanrj. Il fîit conTcnn qoe Scbîrcon garde* rait Fargent qull avait levé sur les wovinces. De son cdlé , Schaver promit trente mille pièces d'or anx Francs pour ks dédommager des fatignes de cette gnerre, et diacnn s^enga> gea à retourner chez soi. »

Le siège d'Alexandrie avait duré trois mois. On lit dans Ibn^alatîr que les habîfans montrèrent en cette oceasi<Hi beanconp de zèle pour la canse de Schiroon, et se rési« gnèrent coorageosement à tontes les borrenrs de la famine.

Ainsi se termina cette expédition. B est dit dans Ibn« abontaî qne Saladin, avant d'évacuer Alexandrie, exigea de Scbaver une amnistie complète en faveur des habitans et de tous ceux qui avaient pris parti pour lui, et quecomme le visir , malgré ses promesses, cherchait à les inquiéter, Amanry s'interposa dans la qnordle et fit donner satisfiic* tion à Saladin. Amaniy consentit même à fournir des vais* seaux à Sala^ pour transporter ses malades en Sjrie : Edrîsi fut du nombre. A l'arrivée des malades à Acre , le commandant les fit arrêter pour les occuper dans un pressoir à sucre; mais le roi Amanrj s'en montra coorroiicé et ordonna de renvoyer les musulmans chez eux.

S XXVL

Troisième expédiûoo cTEgypte. — Les chrétîeiis chinés do pays.

An 564 [1168-69]. U avait été convenu, dans Pexpédition précédente, que les chrétiens et les musulmans rentreraient chacun chez eux et que l'Egypte jouirait d'une entière indépendance. Cependant,suivant laremarque dlbn-atatir, il était resté au Caire un corps d'élite de troupes chrétiennes pour h garde des portes (l). C'était afin d'éter a Noureddin toute

(i) L'aatear dit de pins q«e les chrétieiis entretcosient sa Csin un whshas ÂjdB on commia»irc Cënit probsUeaient an magistni charge' de vider les différeat qni 8*e1eTcnicQt psnai les Ffsbcs «ta-

DE» CROiaADBS. ISY

idée de faire une nouTelIe ioTMios en Egjpte. De plus, Schaver tétait oblige à remettre tous les ans au ror Amaurj cent mifle pièces d or. Tous ces arrangemens tétaient faits à Finsu du calife : ce prince arait été dépouilléile son auto« rité ; il vivait enfermé dans son palais et avait perdu toute communication au dehors. On le nommaàt AdeMiditHilUfh , et il n'était âgé que d'environ vingt ans.

La vérité est qu'Amaury et Schircou avaient un égal désir de retourner en Egypte. Il>n-at>outtti rapporte que Schircou avait prévu, par une sorte d'inspiration, que les Francs essaieraient tftt ou tard de conquérir FEgypte; c'est pour^ quoi il écrivît ces mots au roi Amaurj : <r Les Egyptiens » exigent de vous la promesse que vous n'envahirez pas leurs » terres et que vous ne leur ferez aucun mal. » Le roi s'y refusa d'abord; mais craignant que Schircou et le visir ne finissent par se tourner contre lui, il s'engagea par serment » lui et ses officiers, à ne plus reprendre les armes. Quant à Schircou, il était sans cesse occupé de l'Ecypte; il songeait à la fertilité de son territoire et à la facilite de s'en emparer» Noureddin seul avait sincèrement renoncé à cette concpi^te : aussi Schaver, qui avait eu d'abord l'idée de lui offrir , pour le gagner, un tribut annuel , lui écrivit à ce sufet une lettre flatteuse, ou il le remerciait de ses bons sentimens.

Telle était la disposition des esprits , lorsque les chrétiens reprirent injustement les armes et commencèrent une guerre qui leur devint funeste.

« Les Francs, dit Ibn-alatir^ jaloux d'étendre leur domination en Egypte, voulurent s'y rendre entièrement maîtres. Dans cette vue, ils s'adressèrent au roi Amanry, et lui représentèrent la facilité de cette conquête. Les chevaliers surtout montrèrent une grande ardeur. En vain Amaury leur dit que ce pays était maintenant à leur discrétion ; que ses richesses et ses ressources leur étaient d'une grande utilité, et que, si Pon y entrait en ennemi , le maître du pays , Parmée,

— — ^— — ^ I m ,,• I I II

hU» en Eg3rpte. En ce osa ce mot reviendrtit à ce qne nous appelons ■MÎntenmnt consal. L*vMge était déj^, cbea les républiques conimer<> faates , d'entretenir des agent dans les places de commerce miisnlmanei. Voyez an reste du Cange, Glossmire de la basse iaimiié, an mot Consul, vP 4. On trouvera aaisi des détaib tnr cette question dans la Ckrestomathù arakt de M. Silvestre de Saey, t. II, p. 40 et SUIT.

198 BIBUOTHBQUB

ie peuple, les paysans, toos se lèveraient contre eux; que peut-être les Égyptiens se remettraient entre les mains de Noureddin, qui alors accablerait sans peine les colonies chrétiennes. Us ne goûtèrent pas ces raisons, et répondirent : u Personne n'est en état de prendre la défense de l'Egypte. 9 Avant que Noureddin ait pu seulement rassembler ses ff troupes , nous en serons maîtres, et alors le salut de Nour- » eddin sera dans nos mains. « Amaury céda donc , quoique a regret, à ces raisons (1) , et l'on fit aussitôt les préparatifs. Les chrétiens, pour donner le change ^ firent répandre le bruit qu'ils allaient faire une irruption du câté d'Ëmesse, et, pendant que les musulmans se dirigeaient de ce câté^ ils marchèrent vers l'Egypte. »

Ibn-aboutaï raconte que lorsque les chrétiens furent arrivés à Daroum , sur les frontières d'Egypte , le visir se hâta d'envoyer un de ses émirs pour demander le motif de cette invasion. « Le roi, poursuit -il, hésita un moment à répondre; puis il chercha a corrompre le député, et lui promit treize villages, s'il parvenait à abuser le visir et à lui faire croire que cette guerre n'était pas sérieuse. Schaver se douta de la ruse et confia la négociation à l'émir Schemselkhelafé (9). Le roi et cet émir se connaissaient depuis longtemps. Lorsque le roi le vit entrer dans sa tente, il lui dit : tt Salut a Schems-eikhelafé. — Salut au roi perfide ! répondit » l'émir. Oui, ajouta-t-il , si vos intentions étaient droites, 9 comment auriez-vous fait une invasion si subite ? v A cela

(l) Ibn-abontai a aa contraire représente le roi Amaary comme

e premier auteur de cette guerre. « Du moment, dit-il, qa*Amaury connut les îmmenies resaonrces de TÉgypte et ia faiblesse de son gouvernement , il ne cessa d*étre tonrmentë du désir de s'en emparer. Dans cette vue , il assembla les princes et les grands de son royaume, ainsi qne les hospitaliers, et lenr demanda conseil : tons furent d*ayis d'entreprendre cette guerre. Alors , continue Tautear arabe , Amaury fit venir son intendant, et ie chargea de distribuer d'avance aux cheyaliers et aux guerriers les yillages et les terres de rÉgypte. En effet, dans Texpëdition précédente , !e roi avait fait faire le relevé de tous les bourgs et villages, avec un eut de leurs revenus. » Le récit d'Ibn-aboutal est confirmé par les monnmens

du temps. Voyez le Codice diplomaiieo delV ordhie di Maita, par

Sebastiano Paoli, 1. 1, p. 4 S etsuiv.

(s) Ces deux mots signifient soieil du califat; c*est probablement

ie titre de quelque charge de la cour du calife.

DBS CROISADES. 199

Amanry repondit qu'il était instruit que le fils du vîsir avait épouse la sœur de Saladin , et qu'il avait du regarder cet incident comme une rupture. « Ce bruit est faux , reprit n l'émir; mais quand il serait vrai , ce ne serait pas une inn fraction aux traités. — La vérité est, répliqua le roi , que les f» chrétiens d'outre-mer m'ont pressé de subjuguer l'Egypte. » Je viens ici pour servir de médiateur entre eux et vous. V — Que veulent-ils donc? demanda l'émir. — Deux millions « de pièces d'or, répartit le roi. — Eh bien ! répliqua l'emir ^ » \e vais en instruire le visir : attendez ici sa réponse, n

n Quelques-uns , continue l'auteur arabe, prétendent, au contraire , que le roi , dès qu'il fut arrivé a Daroum , avait écrit a Schaver une lettre conçue en ces termes : « Je viens m pour réclamer la somme que vous devez me remettre tous * les ans. n A quoi le visir répondit : « Je me suis engagé à J9 vous payer cette somme tout le temps que j'aurais besoin 9 de vous; mais à présent je n'ai aucun ennemi sur les bras 9 et je puis me passer de vos secours, n On ajoute que le roi répliqua : a Rien ne pourra m'éloigner d'ici que vous ne n m'ayez donné ce que je demande, n Quoi qu'il en soit, le visir comprit que le roi se jouait de sa parole et qu'il en voulait à l'Egypte.' II rassembla donc les troupes et les milices et en envoya une pai*tie au secours de Belbéis.

n Cependant le roi était arrivé devant cette ville et en avait commencé le siège. Plusieurs Egyptiens s'étaient enr&<les dans son armée. On était alors au commencement de safar ( novembre 1 168 de J. C. ). Sur ces entrefaites, Amaury écrivit ces mots au petit-fib du visir qui commandait dans ht place : « Où camperons-nous? — Sur la pointe de nos lances, 9 répondit le jeune homme. Croyez-vous donc, ajoutant-il, 9 que Belbéis soit un fromage bon à manger? — Sans doute ^ 9 reprit le roi , et le Caire en est la crème. 9 La résistance de Belbéis ne fut pas longue. Les chrétiens y entrèrent de force et mirent le feu à la ville. Après quoi , Amaury réunit les prisonniers hors des murs, au milieu d'une vaste plaine, et, se faisant un passage avec sa lance, il les sépara en deux

Farts : il prît pour lui celle qui était à sa droite et abandonna autre à ses soldats. Tous ceux qui lui échurent en partage furent renvoyés libres, a Je vous donne la liberté , leur dit- 'y il, en reconnaissance de la faveur que Dieu vient de me 9 faire; car à présent, c'est comme si j'étais maître de i'E- 9 gypte. 9 A Pégard des autres, les soldats se les partagèrent:

f 30 KUUOTBfiaCI

fis restèrent etcUvet josqa'à ce que pins tard Sabdin les racheta. 9

La nouvelle des malheurs de Belbeis jeta Tefiroi dansFaHie du Tisir; il comprit que le roi TÎsaît i la conquête de FEgypte, et il désespéra de lui résister. Aussitôt il demanda une audience au calife , et lui dit les larmes aux jeux : « Voilà que n Fennemi est dans le cœur de l'Egypte. Nous n'avons plos w d'espoir que dans Noureddin. 9 En conséquence, le calife cfcrivit une lettre a ce prince , et le vîsir en ajouta une autre de lui. Ibn-alatir reporte que le calife , pour intéresser davantage Noureddiuy joignit àsa lettre des cheveux des femmes de son palais : « Ce sont , lui dit-il , les cheveux de mes femmes : n elles te conjurent de venir les dérober aux outrages des n Francs (1). n En même temps, il promit à Noureddin ie tiers de FEgjpte.

Sur ces entrefaites, reprend Ibn-aboutaî, les chrétiens s'étaient avancés sur le Caire et en avaient commencé le siège. A leur approche, le visîr, craignant de ne pouvoir défendre le vieux Caire-(ville située sur le Nil, à quelque dis* tance du Caire actuel) , la fit évacuer et ordonna d'y mettre ie feu. L'incendie se prolongea pendant cinquante -quatre jours. Les Francs avaient dressé leurs tentes sur les bords de l'étang de Habesch , non loin du Caire. Tout-à coup l'émir Schems-eikhelafé se présenta a la tente du roi Amaurj , et, ie faisant venir à la porte , il lui dit : a Voyez - vous cette n flamme qui monte jusqu'aux cieux? — Oui, dit le roi. — 9 Eh bien ! reprit l'émir , c'est le vieux Caire qui brule. J'ai n fait répandre vingt mille fioles de naphte et aDumer dix n mille mèches. J'ai, voulu que tout périt sans retour. Mainn tenant il n'est plus temps : il faut vous retirer. -^ Vous fi avez raison , répondit le roi ; mais je ne suis pas libre. » Il faut absolument que je prenne le Caire; les Francs n d'Occident qui sont dans mon armée ne me pardonneraient 9 pas de m'être retiré. 9 Là-dessus Amaury se rapprocha de

(1) CVuit la plas grande marque de donleur qne pussent donner les femmei du calife. En Orient, la chevelure des femmes et la barbe des hommes passent pour sacrées. D*après le U^moignage de Mahomet , les anges chantent dans le ciel, entre antres paroles , celles-ci : Gloire à celui qui a donné la barbé aux hommes pour ornement et les eàepeux aux femmes^ Vojex ie Tabloau de l'empire ottoman, par Meuradgea d*Ohsson, t. VI , p. 98 1.

DBS CROISADES. 131

la ci^pitele et dressa son camp devant ia porte de Barkîe. La distance était si petite, que ies flèches parties de la ville arrivaient jusque dans sa tente. Alors Schaver résolut d'user cTartifice et de (gagner du temps jusqu'à Parrîvee des secours promis par Noureddin. Il renvoja au roi Ternir Schems-elkhclafe' avec une longue lettre dans laquelle il cherchait à Fabuser : il lui disait que le Caire était une ville d'une immense e'tendue ; que les habitans ne consentiraient jamais à capituler y et que si l'on prenait la ville, ce serait par ia mort d'un nombre ipfini de guerriers. « Ni vous ni moi , ajoutait- « il, ne savons à qui restera la victoire; il vaudrait mieux 9 épargner le sane et accepter ce que je vous ofire. » Il lui proposa en conséquence une somme de quatre cent mille pièces d'or; d'autres disent un million. Le roi Amaurj souscrivit à ces conditions , d'autant plus qu'il éprouvait une vive résistance (l). Il reçut a divers intervalles cent mille pièces cTor et accorda un délai pour le reste. 9

Cependant Noureddin avait reçu les lettres du calife et du visir. A la nouvelle du danger qui menaçait l'Egypte , il fut très-emu. Il était alors à Alep. Son premier soin , au rapport dlbn-alatir , fut de répondre qu'il idiait faire partir toutes ses troupes. En même temps, il dépêcha un courrier à Emesse , auprès de Schircou , qui possédait cette ville en fief, pour qu'il hâtât sa marche : mais le courrier rencontra Schircou i la porte même d'Alep. C'est que cet émir avait des correspondances particulières avec l'Egypte , et qu'ayant appris ce qui se passait, il était venu précipitamment Noureddin , qui l'ignorait, fut surpris de sa prompte arrivée, et regarda cette circonstance comme d'un bon augure. II fit aussîtât mettre Schircou en marche avec une armée et le pourvut abondamment d'argent et de provisions (9).

(1) Ibn-«IatiT attribae le coontge dont les habitans da Caire firent alors preuve , an dëseipoir que leur avaient inspire les malhenrs de Bcibëii. Ils craignirent Savoir k snbir on sort semblable , et cette idét releva lenrs forces abattues. « Si les Francs , ajoute raotenr, sVtaient » montrés humains envers Belbéis, nui doute que le Caire et le vieux

* Caire ne se fussent rendus sans résistance. Mais en cela Dieu voulait

• raccomplissement de ses desseins. »

(9) L'auteur arabe dit que Schircou emmena avec lui deux mille cavaliers d'élite et six mille Turcomans. Noureddin Taccompagna jusqu'à Rasselma; et en ie quittant, ii donna à chaque cavalier vingt

il dcsijspcra de lui résister. Aussitôt ,/0 / /cordait,

dîence au calife , et lui dit les larmes 7 .y, If rennemi est dans le cœur de lEgy Vv^ /

1 3Q MBUOTHBaCB

ils restèrent esclaves jusqu'à ce que plus Urd Sf / les

L ^ f d Avisir

cheta. » , « tf '• • * »*// k -...

La nouvelle des malheurs de Belbeis |eU . // ^m»^;

du visir; il compritque le roi visait à lacor^// / 41e quii

et il désespéra de lui r

AB comme

DUS mon-

I que vous

rvenu quel-

AÎson , feprit

ièreS| et vous

vous conseille

l'argent qui

Schircou , et nous

iieVsiriTÉ^ypte. ./'// -«^«^ .«««« pourrons. -

Sur ces cntrefaitcr ;/ *^me si je puis vous être de

s'étaient avancés siV ' -re disposiuon. n I^-dessus,

siège. A leur appr^/ ^ ses états, trbte et déçu dans

défendre le vieux.

tance du Caire/ 4" * son retour , d fit des reproches a

le feu. L'incr ii* conseillé cette expédition. Suivant cet iours. Les ^ avait agi que dans des vues coupables, et, de rétangr' ^ les offres du visir, ce n'était que par la Schems-< ./^li^ ^^ Noureddin ; au fond du cceur, il espérait le faisa .^«-«l^tir lui fait dire à ce sujet : « Prenons tou- ' n flair yji grg^w* • '' nons servira contre Noureddin ; puis

y £j V?* rfoDS. » Ainsi, ajoute l'auteur, les Francs agisn ^ /^ rec ruse : mais Dieu les trompa; car Dieu est plus r ^r^ les g^*** rusés. » ^

f^ ^Jaat ce temps, Noureddin était dans la joie, et faisût ^ dans tous ses états la nouvelle de la retraite des

j j^^^ d'or commQ supplément de solde : de plus , il avait remif à

L^ircoQ , outre fee objets d'équipement , ane somme de deux cent ipHle pièces d'or poar les cas imprévus. Aucun prince musnlmui ft^nt Noureddin, depuis le commencement des croîiades , n*eùt es les moyens de faire une telle dépense.

DBS CROISADES. 133

s XXVII.

Silice des gaerrea pHc^dente*. — Révolations d'Egypte.

Schircou arriva au Caire le 7 de rebi second [ 4 janvier 11691. Aussitôt il songea aux grands desseins qu'if avait formes. E^ vain le visir , au rapport d'Ibn-aboutaï , lui proposa de se mettre a la poursuite de l'arrae'e chre'tienne: ii repondit que les Francs étaient à une trop grande distance , que d'ailleurs il était fatigue et qu'il voulait prendre quelque repos. Ii commenta par faire sa cour au calife, qui l'accueillit très-bien et lui fit de riches presens.

Ibn-alatir fait observer que le peuple égyptien , par haine contre les chrétiens , avait en ge'ne'ral vu avec plaisir la retraite des Francs ; Schaver seul n'e'tait pas content. Ce n'est pas que le visir osât rien refuser aux Syriens ; car ils étaient campes sous les murs de la capitale , et le calife les traitait avec beaucoup d'amitié'; mais il usait d'artifice, et s'excusait sous divers prétextes de remplir ses promesses (l). Il alla, continue Ibn-alatir, jusqu'à former le dessein de donner un grand dîner à Schircou et à ses e'mîrs, et de les faire arrêter au milieu du repas. Son projet était de séduire une partie des troupes de Syrie, de chasser Tautre, et de se défendre à-Ia-

(l) Les antears arabes disent qu*il sVtaiC engagé à remettre k

Nonreddtn le tiers de TEgypte et à poamcoir son arme'e de ^tont ce

qui ini était nécessaire. Mais en qaoi consistait ce tiers de riSgypte ?

Il ne peut guère être question ici que du tiers des revenus de TËgypte ;

car pour le territoire , TÉgypte et les provinces de Noureddin n'étant

pas limitrophes , il eût été in^ossible de procéder jt un tel partages

à moins qu*on ne voulût entendre par oe tiers de TÉgypte, les terres

destinées à être distribuées en fiefs aux officiers de Tarmée de Syrie.

Il est certain que plus tard Schircou et Saladin distribuèrent dea

terres considérables à leurs familles et aux compagnons de leurs

victoires. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que ces partages eurent

snr^tout lieu aux dépens des chrétiens du pays. Les chrétiens d'Égalité

avmieBt été en général traités avec douceur sous les califes fatimides^

et les. couvens s'étaient enrichis sous leur règne. Saladin les dépouilla

d'une grande partie de leurs biens. Voyez à cet égard les Mémoires

géographiques et historiques sur l'Egypte, par M. Etienne Qua-

tremère, tom. I, p. 119, 136 et 154.

134 BlBUOTH£QC£

fois contre Noureddin et contre les Francs. Son fils chercha à l'en dîssaader, lui disant : «Par Dieu! si tu e'tais capable n d'une telle perfidie, je le dirais à Scbircou. — Mais, si je n ne le fais , reprit le père , nous sommes perdus. «—J'en conf9 viens, dit le fils; mais mourir pour mourir, il vaut encore n mieux mourir musulmans et laisser le pajs à des musulj» mans, que d'attirer les chrétiens ici et de mourir ensuite, j» Les Francs n'auraient pas piutdt appris cet événement « qu'ils accourraient avec toutes leurs forces ; et si alors le j» calife implorait de nouveau le secours de Noureddin , il « nous refuserait tout appui, n Schaver ne renonça qu'avec peine à son dessein.

De son cÂte, Schircou n'était pas mieux dispose pour le visir. Ibn*Aboutaï rapporte qu'il n attendait qu'une occasion pour s'en de'faire, et qu'il j était excite par le calife lui-même. Telle était Fimpatience du prince, que, contre sa dignité', il sortait pendant la nuit de son palais et allait trouver Schircou dans sa tente , où ils se concertaient ensemble. « Au reste , poursuit l'auteur, les troupes de Syrie n'avaient pu voir sans etonnement la fertilité de l'Egypte et Fimmensité de ses ressources. Ainsi, tout concourait à exciter l'ambition de Schircou. Un jour il convoqua ses émirs, et leur dit : « Vous savez j» quel est mon désir d'être maître de ce pays , sur-tout depuis j» que je sais que les Francs nourrissent la même envie. Ils V se sont attachés à connaître l'intérieur de FEgypte et tous les 9 chemins qui y mènent Je suis 8ur,^que si nous nous reti* » rions , ils reviendraient aussitôt L'Egypte est la plus belle 9 des provinces musulmanes ; c'est une source inépuisable de 9 richesses. Tâchons de prévenir les chrétiens ; mais il faut 9 avant tout nous deliarrasser de Schaver : il se joue d'eux 9 et de nous; il cherche à les abuser comme il nous abuse 9 nous-mêmes; il flotte entre les deux partis. En attendant, 9 il disssipe mal à propos les trésors ae l'Egypte et les fak 9 servir à armer les Francs contre nous. 9 A ces mots, les émirs applaudirent, et la mort du visir fut résolue. »

Pendant ce temps , Schaver croyait son autorite plus ferme que jamais. Ce n'est pas qu'on ne l'eut averti de ce qui se tramait; mais il se faisait illusion. Au rapport dlbn*aboutaï, il paraissait en public avec une pompe toute royale; suivant la preVogative des visirs, il ne se montrait qu'au bruit des tymbales et des clairons. Il sortait cependant le moins qu'il pouvait

DBS CROIiADBS. 135

La mort de Schaver est ainsi racontée par Ibn*alatir : « Les e'mirs , voyant la mauvaise volonté de Schaver, rnrèrent sa perte; Saladin était un de ceux qui montraient le pins d'impatience. Les émirs communiquèrent leur dessein à SchircoUy qui s'y opposa. Mais, dirent-iis, tant que cet homme restera, nous ne sommes sûrs de rien. Schircou demeura inflexible. Alors les émirs attendirent une occasion favorable : efle ne tarda pas a se présenter. Un jour, que Schircou était allé par dévotion visiter le tombeau de Schaféi, célèbre docteur musulman, enterré dans le voisinage, le visir se présenta à sa tente ; Saladin et un autre émir allèrent le recevoir et lui proposèrent de se rendre ensemble auprès de Schircou : le vîsir y consentit ; mais en route Saladin et son compagnon se jetèrent sur lui et le chargèrent de chaînes. Le calife envoya aussitât demander sa tête. Un eunuque du palais était porteur de l'ordre (1) ; il était chargé en mémo temps des patentes de la dignité de visir pour Schircou. La téce de Schaver fut sur-le-champ remise à f eunuque (9) ; ensuite Schircou fit son entrée dans la ville , s'acheminant vers le palais du calife. En avançant, il rencontra sur ses pas une foule immense : plein de frayeur , il permit au peuple d'aller piller le palais de Schaver , et la foule se dissipa. Le calife lui fit un bel accueil; il le revêtit d'un liabit d'honneur et lui donna le commandement suprême des troupes , avec le titre de Malek-mansour, ou général invincible, Schircou prit donc les rênes de Fempire; il donna les charges et les gouvernemens de l'Egypte à ses créatures , et partagea les terres et les domaines à ses troupes.

(i) « II faut, à ce qae laî fait dire Remal-eddin , il faot que je me « mette en règle. le ne puis retourner sans la tète. En effet, continue « Kemal-eddin, tel était l'usage en Egypte; quand un visir perdait

• sa place, en perdant la place il perdait la yie. «

(s) II paraît que c'est Saiadin lui-même qui tua le visir. Votci les propres expressions d*Ibn-aboutal : « Schaver, dit-ii, fut arrêté et ■ conduit à pied dans une tente magnifique. Saladin aurait bien voulu

• lui couper sur-le-champ la tète; mais il n'osait contrevenir aux » ordres de son oncle. Tout-à-coup , Tordre arriva de tuer Schaver ;

• aussitôt Saladin lui coupa la tête et Tenvoya au calife. • Ibn-aboutaj afonte que le calife, en recevant la tète de Schaver, envoya en retour à Schircou les tètes du fib du visir et de setf neveux étalées sur un plat (fargent. Voyez sur cet usage barbare le Tableau de l'empire ottoman, par Mouradgea d*Ohsson, t VI, p. tss.

136 BIBUOTHàaOB

Schircou montra une joie extrême de son élévation. II fat surtout flatte des expressions dont s'était servi le calife dans les patentes. Ces patentes e'taient, suivant l'usage, enveloppées dans une étoffe de soie blanche. Schircou se les fit lire plusieurs fois de suite, en présence de ses émirs. Aboulfeda nous en a conserve le commencement ; le voici :

« Au jiom de Dieu clément et miséricordieux. Le serviteur » et ami de Dieu, Abou-Mohammed , i'imam Aded-Iidin4diah, 9 commandeur des crojans, au seigneur illustre Malek-man- * sour, sultan des armées, ami des imams et des califes lëgi- 9 times, défenseur du peuple fidèle, Assad-eddin Schircou, « puisse le Seigneur en faire le soutien de sa religion et le a conserver long-temps pour le bien du calife. Salut. Louons » Dieu de t'avoir si heureusement suscite'. » Puis, continue Aboulfeda, venaient les de'tails analogues au sujet, que nous passons pour abréger. On lisait sur un des plis du diplôme ces mots écrits de la main du calife : « C'est une faveur dont » aucun visir jusqu'ici n'avait ëte honore. Accepte avec con- « fiance le fardeau par lequel le commandeur des crojans 9 veut re'compenser ton mérite. Prends hardiment la dignité j» qu'il te confère , et laisse traîner la queue de ta robe dans 9 la gloire; car l'honneur que tu reçois se perpétuera jus- 9 qu'a la dernière géàération. »

De si grands succès excitèrent la verve des poètes. Aboulfeda nous a conservé une pièce de vers composée à cette occasion. On y remarquait les deux vers suivans. Le poète s'adresse à Schircou :

u C'est par le travail et non en te jouant que tu as acquis 9 ce que tu possèdes. Oh ! quel beau repos tu as cueili en 9 te promenant dans le verger de la fatigue!

« Les rois, dans leur carrière, n'ont pu en allant au galop 9 faire autant de chemin que toi qui n allais qu'à f amble. 9

Le repos de Schircou ne fut pas long, u Schircou , dît Ibn-alatir , mourut après deux mois et cinq jours de visirat , au moment où il pouvait enfin vivre tranquille. C'est ainsi que Dijsu a dit dans i'AIcoran : « Pendant qu'ils jouissaient n du fruit de nos bienfaits , nous les avons appelés à nous au ff moment où ils s'y attendaient le moins (1). '^

(l) Ibn-ftboata! attribue la mort de Schircou à un goût excessif pour ia Tiande et à un appe'tit que rien ne pouvait satisfaire. LVmir moarnt d'une indigestion suivie d'une esqninancie.

DBS CROISADES. 137

Schircoa était cPorîgîne carde. II fut long-temps , avec son frère Ajoub, an service de Zengui, qui leur donna des terres considérables. Après la mort de ce prince j ^Schircou s'attacha à Noureddin , qui lui donna Rababa et Ëmesse en fief, et le mit a la tête de ses armées. Pour son frère Ayoub , il était d'abord entré au service du prince de Damas, et il contribua beaucoup à faire passer cette ville sous le pouvoir de Noureddin. Dès ce moment il jouit d'une grande faveur auprès de ce dernieri et tous ses enfans reçurent des emplois considérables.

S xxvm.

EléTation de Saladin.

Suite de tannée 564 ou il 69 de J. C. Après la mort de Schircou, plusieurs émirs de l'armée de Syrie se mirent sur les rangs pour occuper sa place : mais le calife fit choix de Saladin et lui conféra la dignité de visir, avec le titre deMaleknasser ou général protecteur. Au rapport de l'historien des Btabecs , « ce qui porta le calife à choisir Saladin préférabiement aux autres , ce furent sa jeunesse et sa faiblesse tout ensemble. II s'imagina qu'en nommant Saladin , c'est-à-dire, un homme sans armée et sans force , il le tiendrait sous sa dépendance et en ferait ce qu'il voudrait. II espérait aussi séduire une partie de l'armée de Syrie et chasser l'autre, ce qui à-Ia-fois lui rendrait sa puissance et le mettrait en état de se maintenir contre Noureddin et les Francs (l). t»

Ibn-alatir fait ainsi parler en cette occasion les conseillers du calife : « Entre tous les émirs de l'armée de Syrie , il n'y J9 en a point de plus faible et de plus jeune que Joseph (9).

(l) IbDHiboaUî dit au contraire qae le cidife fit choix de Saladin à canse de la justesse de son esprit, de son coorage et de Taudace dont il arait fait preuve en arrêtant Schaver. « Quand Saladin , dit-il , reçut

* Tordre de tuer Schaver, il n'hësita pas, il ne fit pas la plus petite

* difficulté. Votlk ce qui Tavait rendu Si cher au cdife. • Mais cette raison n'est guère probable.

(s) Joseph ou loussouf était le nom particulier de Saladin. II porta le surnom de Salah-eddin ou bonheur de la religion, mot dont nous avons fait Saladin ; et enfin , en recevant la dignité de visir, ii prit le titre honorifique de Malek-nasser. Voyez ci-dessus, page isi, note.

138 BIBUOTHkQCB

n C'est celui qu'il faut nommer. Pour ceiui-lày il fera ce que 9 nous voudrons : nous préposerons' à i'armëe des gens qui n nous soient dévoues; nous nous mettrons en £tat de de- » fense , et alors nous verrons de nous saisir de Joseph ou 0 de le bannir de i'Egjpte (l). »

Mais, suivant la remarqua de l'historien des atabecs , Z>iiev en avait décidé autrement (9) , et le calife devait trouver sa ruine la où il fondait ses espeVances. « Au reste , continue le même auteur, Saladin fit d'abord de la résistance. Effraye du haut rang où on voulait l'élever , il se fit presser de toutes les manières, semblable à ces êtres dont il est dit, qu'iY faudra les tirer avec des chaînes pour les faire entrer au paradis (3). Enfin il se de'cida à se rendre au palais, et le cidife le revêtit de la robe, du bonnet et des autres marques de la dignité de visir (4).

(s) Au lieu de ces paroles, on lit dans le texte ces mots \Jt vcmkds Afnrou, mais Dieu en a voulu un autre, Cest ane expression proverbiale dont Ibn-kbalecan a donne' Texplication dans ses Vies des hommes illustres, à f article Saladin. Elle fait allusion aux troubles et aux révolutions qui, après la mort de Mahomet, bouleyersèrent Fempire des califes. Voyez notre Description des monumens musulmans du cabinet de M, le duc de Blacas, 1. 1 , p. 33 5 et suiv.

Ces paroles font idlusion à quelque fait qne nous ne connaissons pas.

(4) Voici, an rapport dlbn-aboutaf , en quoi consistaient les marques de cette dignité' : un turban blanc d*nne étoffe brochée dTor , et une robe avec une taniqne doublée dVcarlate, nn manteau dTune étoffe très-fine , et nn collier valant à lui seni dix mille pièces d'or; une épée enrichie de pierreries de la Taleur de cinq mille pièces d'or; une cavale aleaane, tirée des propres écuries do ealtfe, et la pins agHe

0B8 CROI8ADB8. 139

Le jour oà il prit possession de fhàtel dti visirat fat comme un jour de fête. Ibn-aboutai rapporte que tous les grands de l'état et les émirs d'Egypte et de Syrie se pressèrent autour de sa personne. On lut à l'assemblée les patentes du visirat , et chacun des assistans reçut de Saladin quelque riche présent. Tout le peuple prit part à la fête ; de tout câtë on entendait des cris de joie et des acclamations.

Saladin ne pensa plus qu'à se montrer digne du haut poste qu^l occupait. Jusque-là il s'était fait remarquer par un caractère impétueux et léger. « II s'interdit sévèrement , dit Abouiféda, le vin et les amusemens frivoles; tous ses soins se portèrent sur les devoirs qi^i lui étaient imposés , et il ne démentit plus jusqu'à sa mort la sage résolution qu'il venait de prendre. Il chercha constamment à s'attacher les cœurs par ses manières; il distribua en largesses au peuple et aux soldats l'argent amassé par son oncle , et se fit chérir de tout le monde. »

Au reste, Saladin était toujours censé le lieutenant de Noureddin, et il semblait agir d'après ses ordres. Dans ses lettres à Noureddin , il se disait son mamelouc ou esclave ; et Noureddiuy en lui écrivant, ne lui donnait que le titre Sesfehsalar ou général en chef. Les lettres étaient adressées, non à Saladin en particulier^ ma» à F émir Saladin et au corps des émirs de r armée d^ Egypte,

Quand Saladin fut bien établi en Égjpte, il songea à j attirer toute sa famille. Jusqne-là, son père et ses frères étaient restés à Damas , où ils possédaient de grands biens. II demanda à Noureddin la permission de les faire venir, voulant, suivant l'expression de Boha-eddin, avoir un nouveau rapport de plus avec le patriarche Joseph , dont il portait le nom, et qui, étant dans une situation semblable à la sienne, avait appelé auprès de lui ses frères et son père Jacob.

Noureddin ne tarda pas à voir avec peine une telle eléva^ tion. Si l'on en croit Ibn-Aboutaï, « autant il avait eu de joie de la conquête de l'Égjpte, autant il en eut plus tard de regret II avait d'abord remercié Dieu d'avoir permis qu'un si grand événement arrivât sous son règne et par ses con*

qu'on cAt pu trouver dans toute FÉgypte : eile ëtut estimëe huit mille pièces d'or; ie collier de la cavde, la sefle et la bride , étaient enricliis d'or et de perles ; les caparaçons ëtaieat d*or, &c.

seils; il en avait fait annoncer dans ses e'tats la nouvelle ao son des instruniens de musique; on illumina par-tout, et il reçut à ce sujet des félicitations publiques. Ensuite , quand il sut que Schircou , et après lui Saladin , s'étaient constitues visirs au calife , et qu'ils reconnaissaient tenir leur autorite' de lui , il en parut consterne' : le desordre qui régnait sur sa figure , et quelques mots qui lui échappèrent, furent pour tout le monde un signe non équivoque du déplaisir que cette nouvelle lui avait causé. Pendant trois jours il refusa de voir personne; et si ce n'eut été que la conquête de l'Egypte s'était faite en son nom , et qu'il en avait pour ainsi dire tout l'honneur, il n'aurait pu contenir son ressentiment. Ah ! s'il eût suffi d'un mot pour tout défaire , ce mot eut été bientôt dit. Combien de fois, dans ses lettres au calife, ne voit-on pas revenir ces paroles : u Votre serviteur vous prie de lu: ren- » .vojer Schircou ; sa présence est pour nous un gage assuré 0 de bonheur. Voilà que la multitude des infidèles profite n de son absence pour attaquer les musulmans. C'était* lui » jusqu'ici , lui seul qui foudroyait les démons de l'erreur de n ses feux dévorans , et qui accablait l'impiété de ses traits « perçans et inévitables. «

Ce passage , qui montre à découveit la passion de Noureddin , a scandalisé le compilateur des Deux Jardins, Après avoir rapporté le passage tout au long , il s'arrête pour faire cette réflexion : « Je ne sais si tout ce qui vient d'être dit au sujet de Noureddin a quelque fondement. Peut-être serait-il plus vrai de dire que ce prince vit avec douleur les succès de son armée par pur intérêt pour la religion et pour le salut de ses troupes. Le calife d'Egjpte et ses sujets suivaient uAe doctrine hétérodoxe, et 'A était à craindre que Farmée ne cédât aux suggestions pernicieuses des Egyptiens-. Mais Dieu sait ce qui en est. »

Ibn-aboutaï reprend ainsi : « On assure que Noureddin confessa en mourant que sa plus grande faute était d'avoir envoyé une troisième fois Schircou en Egypte, sur-tout lorsqu'il connaissait l'ambition démesurée de cet émir. Il avoua aussi qu'il avait peur de Saladin, et qu'il craignait beaucoup pour son fils, u Quand je serai mort , dit-il a ceux 9 qui l'entouraient, prenez mon fils Ismacl avec vous, et o menez-le dans Alep : c'est la seule ville qui lui restera de « toutes mes provinces. « Il ne se trompa pas

« Saladin n'ignorait aucun des propos tenus contre lui ; il

DBS CROI8ADB8. 141

s'en affligeait; mais il les prenait en patience /n'en ayant pas pour cela la poitrine moins à l'aise. Toujours il conserva la même e'galite d'âme, v

Telle est la manière dont les auteurs orientaux racontent la suite des eVenemens qui favorisèrent Ivevation de Saladin. Ils ont tous remarque avec etonnement que ce prince e'tait loin de s'attendre à une si haute fortune ; et ils citent une conversation qu'il tint plus tard, et où il disait qu'il avait ete si rebute par les fatigues des expéditions précédentes, qu'U était aile à cette guerre comme un homme qu'on mène à la mort. Cette hésitation de Saladin à prendre part à une entreprise qui devait lui être si heureuse , et Fardeur de Noureddtn pour une guerre qui devait renverser sa propre famille, ont donne lieu à Ibn-alatir de rappeler cette sentence de l'Alcoran, qqe a telle est la faiblesse de l'esprit V humain , qu'il repousse quelquefois ce qui lui est le plus 9 utile, et qu'il recherche ce qui doit le ruiner (1). 9

Cet auteur fait de plus une remarque fort juste sur les barbaries qui se commirent en cette occasion et sur les conséquences qui suivirent. Les auteurs arabes sont si sobres de reflexions de ce genre , que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter celles-ci. Voici ce que dit Ibn-alatir : tt Schircou avait un fds, et ce ne fut pas ce fils qui lui suecéda , mais le fils de son frère. La même chose arriva plus tard à Saladin , dont les enfans furent dépouilles par son frère Malek-adel. Si l'on étudie l'histoire , on verra qu'il en a etë presque toujours de même des conquerans et des princes qui ont été les premiers de leur race. La raison en est que celui qui se fîraie le chemin à la royauté est obligé de répandre beaucoup de sang, et que Dieu, irrité, rejette ordinairement ses enfans, le punissant ainsi lui-même en la personne de sa postérité (9). 9

On nous reprochera peut-être de nous être trop étendus sur ces événemens ; mais ils ne sont pas étrangers aux croi-

(1) Voyez TAicaran, sdnr. 11 , vers. 21s.

Aia^V iàî'^ J*ÂJj ^^( ^^ ^J^ ^*>^ ^

|4i BIBUOTHkaUB

sades » et ib eulrent de PiDduence sur les événement poste rieurs. Il fallait les faire connaître pour donner une véritable idée des mœurs de ces temps éloignés. Le moyen le plus simple n'était-il pas de présenter un extrait fidèle de ce qui a été rapporté par les auteurs musulmans contemporains?

Page 1