‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 12 sur 55 · S XXIX · texte numérisé non relu

S XXIX

Etat critique du rojamne de JéruMleiii. ^* Nouvelle invi^ion

en Egypte.

An 565 ou suite de Vannée ii69 de J, C. Il ne ponvut rien arriver de plus fâcheux pour les colonies chrétiennes d*Orient que l'occupation de TÉgypte par Noureddin. Elles allaient donc être attaquées à-Ia-fois au midi , à l'orient et au septentrion ; tout annonçait pour le royaume de Jérusdem une situation critique. Aussi les chrétiens songèrent-ils sur-lechamp aux moyens de se dérober au danger, et, dans cette vue, ils n'hésitèrent pas à profiter du mécontentement qui se manifesta bientât en Egypte.

Le gouvernement de Saladin rencontra d'abord beaucoup d'obstacles. On a vu que l'Egypte n'avait cessé jusque-là d'être en proie aux factions : on l'avait envahie, pillée, épuisée, sans que le peuple parut prendre part aux malheurs publics. Mais lorsque Saladin commença à disposer en maître de l'Egypte , il se forma un parti de mécontens. Une autre cause acheva d'irriter les esprits; ce fut l'horreur des Egyptiens pour la doctrine religieuse de Saladin. La haine entre les califes de Bagdad et ceux d'Egypte était encore dans toute sa force, et les Egyptiens semblaient être devenus plus zélés que jamais pour la cause de leurs cdifes. Une troisième cause de troubles, ce furent les nègres venus en très-grand nombre de Nubie et d'Abyssinie sur Piovitatioa des califes précédens , et qui étaient en possession de dominer à la cour et dans les armées. Ces nègres ne purent voir avec indifférence Saladin distribuer à ses troupes les places et les terres. De ces divers élémens il se forma un parti ter^ rible : tous les mécontens se réunirent pour renverser leur commun ennemi; ils eurent même l'attention, au rapport dlbn-alatir, de se mettre en relation avec les Francs de Syrie. Cefcii qui servait de médiateur était le maréchal du

palais du calife , autrement dit le moutamen eUthelafé, eunuque noir qui jouissait de beaucoup de créditai! invita le roi Amaiurj à revenir le plus tât possible en Egypte, u A 9 votre approcbe, lui disait-il, Salâdin ne manquera pas de « marcher contre vous avec toutes ses forces : pendant ce n temps , nous ferons soulever le Caire et nous attaquerons « Saladin par derrière, n Les chrétiens , qui étaient impatiens de reprendre les armes, firent aussitât leurs préparatifs. Heureusement pour Saladin qu'il parvint à découvrir la conspiration et à punir les coupables. Ce fait est ainsi raconté par Ibn-alatir :

cr Celui qui était chargé de la lettre du maréchal du piedaîs fat rencontré en chemin par un Turcoman; il portait la lettre cousue dans des sandales qu'il tenait sous le bras. Cette circonstance donna des soupçons au Turcoman : « S'il avait n ces- sandales pour s'en servir, se dit-il en lui-même, il les n aurait aux pieds, n En conséquence, il prit les sandales et les porta à Saladin , qui découvrit toute VafFaire. Aussitât il fit venir celui qui avait écrit la lettre et qui était un Juif, et l'obligea par ses menaces à tout révéler. Le Juif se fit musulman et eut son pardon. Quant au maréchal du palais, Saladin fit semblant de tout oublier. Mais un jour qu'il était sorti de la ville pour aller se divertir à la campagne, Saladin fit courir après lui et lui fit couper la tête. En même temps , il se rendit maître du palais. Tous ceux qui lui faisaient ombrage furent chassés et le palais fut gardé par des gens

surs.

n Les nègres, irrités de la mort du maréchal du palais, qui était leur compatriote et leur protecteur , se soulevèrent an nombre de plus de cinquante mille. On se battit pendant plusieurs jours dans les rues du Caire, et il j eut beaucoup de sang répandu. Saladin fut forcé, pour rétablir la tranquillité, de faire mettre le feu au quartier où s'étaient cantonnés les nègres. Chassés par les flammes , ils se retirèrent à Gizé, de l'autre côté du Nil, où ils furent de nouveau attaqués et presque tous passés au fils de l'épée.

9 Pendant ce tepips , les Francs de Syrie avaient fait leurs préparatifs. Ils avaient même écrit en Sicile et dans d'autres pays d'Occident pour demander du secours, u Les Turcs, ff disaient-ils, conduifs par Schircou et Saladin , se sont ren- * dus maîtres de l'Egypte. Jérusalem est en danger. 9 Ces paroles firent une grande impression en Occident. De tonte

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part on envoya aux chrétiens de Syrie de Fargent, deê hommes et des armes. Aussitât ils se mirent en marche et se portèrent contre Damiette. Leur dessein, en ^attaquant cette ville, était de se rendre par-là maîtres de l'Egypte. lia arrivèrent à l'embouchure du Nil au mois de safar [novembre]. A cette nouvelle, Saladîn envoya par le Nil des secours à Damiette , et instruisit en même temps Noureddin du danger ^ui le menaçait. Il lui disait : u Les Francs ont 9 attaqué Damiette; si je ne marche à sa délivrance , ils s'en 9 empareront. Si j'y vais , je laisse derrière moi les Égyptiens 9 qui dérangeront nos affaires, q Noureddin, effrayé, se hâta d'envoyer quelques troupes au secours de Damiette, et s'avança lui-même sur les terres chrétiennes pour faire diversion. Comme toutes les forces chrétiennes étaient alors devant Damiette, il ne rencontra pas d'obstacle et fit d'horribles ravages. Ces circonstances , et les secours qui arrivaient sans cesse aux assiégés , forcèrent les Francs à renoncer à leur dessein, et ils retournèrent dans leur pays. Le siège de Damiette avait duré cinquante jours. Ainsi les chrétiens n'obtinrent pas ce qu'ils voulaient , et ils eurent à leur retour la douleur de voir leurs frères tués ou faits prisonniers. C'était le cas de leur appliquer ce proverbe : La brebis est allée chercher des cornes et elle est revenue sans oreilles (l).

9 A l'égard de l'irruption faite par Noureddin , ce prince s'était avancé sur Carac , forteresse située aux environs de la

(i) La principale partie de la flotte chre'tienne consistait en navires grecs. Makrizi nous apprend que les chre'tiens comptaient en tout pîus de douze cents navires , et que la ville fut assiégée par terre et par mer. A leur départ, ils avaient eu trois cents de leurs vaisseaux submergés, et ils furent obligés de brûler leurs machines et tout ce qui était d'un transport difficile. Un grand nombre de leurs guerriers étaient morts pendant le siège. Voyez la dissertation de M. Hamaker, intitulée Narratio de expedUionibus à Grœeis Francisque adçersus Dimyatham susceptis. {Mémoires de tinstitiU royal des Pays-Bas, )

Il paraît qu*à la première nouvelle du danger qui menaçait Damiette, Noureddin avait été vivement affecté. Emad-eddin, cité par le compilateur AeA Deux Jardins, rapporte que lorsque cette nouvelle parvint an prince , on lisait devant lui un passage da recueil des traditions on paroles sorties de la bouche de Mahomet , qui excita le rire de rassemblée ; il prit un air sérieux : « QneiTe

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Mer Morte, et en avait forme' le ûëge. De la il sVtait porte vers Aschtera, poar y observer les mouvemens des troopes chrétiennes. Sur ees entrefaîtes , le prince d'Eibire , yille musulmane située sur l'Euphrate , étant en route avec deax cents cavaliers pour venir le joindre , rencontra par basard aux environs de Baaibec dans la Cœlesyrie, un parti de trois cents cavaliers chrétiens commandes par le grandmaître des hospitaliers , qui faisait du de'gat sur les terres musulmanes : aussitôt il marcha contre les chre'tiens, et , après UD rade combat , les mit en fuite. Ce prince se nommait

• hoote I dit-il avec homeor , de rire lorsqu'on sait que les mnsul- > mans sont en danger à Damiette I *

Le même Emad-eddin rapporte encore nn trait qni caractérise rëpoqne : « La nnit, dit-il, où les chrétiens se retirèrent de devant Damiette , un imam ou desservant de mosquée an service de Noureddm, vit en songe ie prophète BCahomet, qui lui dit : «Va vîte

• annoncer à Nonreddin qu*en ce moment même les chrétiens quittent

• Damiette. — O apôtre de Dieu, répondit fimam, peut-être qu'il » refusera de me croire; à quel signe lui ferai-je connaître la vérité ■ de ma mission ? — Dis-lui : A telles enseignes qu'au combat de

• Harem ta te prosternas devant le Seigneur, et tu lui dis : Oman

• souperain maître, viens au secours de ta religion; en prenant sa

• défense, ce n'est pas seulement Mahmoud que tu défends, ce

• Mahmoud qui n'est qu'un chien. * En conséquence, fimam, à son réreil, s'achemina vers fa mosquée où Noureddin avait coutume de se rendre dès avant le jour, et, allant droit à lui, il lui fit part de sa vision; seulement il s'abstenait de prononcer ie mot chien. Noareddin s'apei^ut de l'omission : il voulut que Timam lui dit tout; après quoi , il crut à ce que lui disait Fimam , et ne put retenir »eê larmes. Quant à fimam , il prit note de la nuit oii ce fait se passa, et il se trouva que c'était réellement celle où les chrétiens opérèrent leur retraite. Cest Fimam lui-même qui racontait tout cela. *

Les paroles qu'on met ici dans la bouche de Noureddin ne peuvent guère se rapporter qu'à ia prière que le prince adressa en effet à Dieu au combat de Harem , lorsqu'il vit Une partie de son armée en déroute. ( Voyex ci-dessus à Fa^ 664 , page iso , note.) II est cepen* dant question en cet endroit d'une prière prononcée à hante voix, an lieu qu'ici il doit s'agir de mots prononcés à Yoiz basse, et qui, dans la pensée de Fauteur arabe, ne pouvaient être connues que de Dieu, de liahomet et de Noureddin. A Fégard de Fépithète de chien que s'était donnée ce prince , c'était dans un esprit dliumifité. Il y a en dans le dernier siècle des schahs de Perse qui se sont aussi traités de chiens. Voyez notre Description des Monumens musulmans du embimet de M, le due de Blmcas, t. II, p. 159 et sniv.

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Schehab-eddîn Mahmoud. II se remît sar«ie-champ en route, faisant porter devant Inî les têtes de mort A son arrivée , Noureddin fêta les yeux sur les têtes, et reconnut dans le nombre celle du grand-maitre. Cette mort fut un grand sujet de joie pour Tes musulmans.

n Noureddin ne mit bas les armes que sur ia nouvelle d'un violent tremblement de terre qui s'était fait sentir en Syrie , et dont les ravages avaient ete épouvantables. Damas, BaiJbeo , Ëmesse, Hanrnh , Schaizar, Paneas , Aiep , eurent beaucoup à souffrir de ses secousses. Noureddin se porta successivement dans les villes endommagées et ordonna les re'parations nécessaires. Le même desastre s'était fait sentir dans les provinces chrétiennes ;. les Francs s'occupèrent aussi d'en reparer les effets, j»

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