XXXV
NonveHes conquêtes et usurpations de Saladin en Syrie
et en Mésopotamie*
An 577 [1181] et années suivantes. Le fils de Noureddin mourut à Alep, âgé de dix-neuf ans, ne laissant pas de postérité. Alep était tout ce qui lui restait des anciens états de son père. Ce prince était fort pieux ; on lit dans Kemaleddin qu*àson lit de mort, son médecin, qui était Juif, lui ordonnant de prendre du vin , il répondit : a Notre prophète n a déclaré que Dieu ne peut placer le sdut de son peuple » dans un objet que sa loi défend. Comment être sur que le 9 vin me sauvera, et qu'immédiatement après en avoir bu 9 je ne iseraî pas appelé devant Dieu pour lui rendre compte jo d'un tel péché ? Dieu me préserve d'un tel malheur ! II 0 viendrait maintenant un ange du ciel pour me dire que le « vin est le seul remède possible, que je n'en userais pas. »
Malek-sdeh choisit pour successeur son cousin Ezz-eddin , prince de Moussoul. Ezz-eddin était le prince le plus puissant de la maison des atabecs , et Malek-saleh espérait qu'un
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tel souverain saurait défendre son héritage contre les entreprises de Saladin; mais il en arriva antrement Un firère d'Ezz-eddin, nomme Émad-eddin, prince de Singar, se prétendant iese, força son frère à lui céder Alep et à recevoir Singar en échange.
Saladin était alors en Egjpte. Quand il sut que le prince de Moussoul avait été choisi pour régner sur la principauté d'AIep ) il fut affligé , et dit : « Voilà qu'Aiep m'échi^pe 9 des mains ! n Apprenant ensuite qu'Aiep était cédée au frère d'Ezz-eddin, il s'écria : « Pour cette fois, Alep est à n nous ! 9 Les courtisans étonnés lui demandèrent la raison de ce changement; il répondit : « Cest qu'Ezz-eddin s « à sa disposition des honime^ et de Taisent , au lien que « son frère n'a ni argent ni hommes. « H fit aussitôt ses préparatifs.
Mais avant d'entrer en campagne, il crut devoir mettre le calife de .Bagdad dans ses intérêts. Le compilateur des Deux Jardins nous a conservé la lettre qu'il écrivit en cette pccasion au pontife. Saladin fait un tableau pathétique de sa situation et ue la nécessité où il se trouvait 4e prendre lea armes ; ensuite il ajoute : « Au caiife seul appartient {a su- » prématie sur tous les pays de la terre. Aiep faisait partie 9 des provinces dont votre serviteur fut , il y a qudques 9 années, investi par vous : si jusqu'ici nous avons néglige 9 d'en prendre possession , c'est par égard pour la mémoire 9 de Noureddin ; mais a présent que le dernier rejeton de 9 Noureddin est mort , la justice veut que chacun rentre dans 9 ses droits et jouisse de son bien. 9 Un des principaux gric& ue Saladin alléguait contre Malek-saleh et les autres princes e la famille de Noureddin , c'est que tous entretenaient des relations avec les Francs et avec les baténiens ou assassins, ff De tels princes, disait-il, auraient du être, par le fait 9 même , déchus de toute autorité. « Saladin opposait à cette conduite la sienne propre^ Il rappelle les services qu'il avait rendus au calife ; la destruction des calif^^ d'Egypte, ennemis de ceux de Bagdad ; la soumission de l'Egypte , la conquête d'un grand nombre de villes chrétiennes. 11 finit par déclarer que dans tout cela il n'avait en vue aucun intérêt personnel, mais la défense de la religion outragée.
Le sultan se mit en marche au commencement de l'année 678 [il 83], et fit d'abord quelques courses sur le territoire chrétien du câté de Tiberîade et de Béryte. II avait
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ioteatîon d'attaquer Berjte par terre , tandis que sa flotte l'aurait attaquée par mer. En effet , Berjte, par son port commode, aurait offert à ses vaisseaux un sur abri sur les cÂtcs de Sjrie; mais la flotte n'arrivant pas, Saladin reprit ses premiers desseins.
Le sultan voulait sur-tout se venger du prince de Moussouly qu'il savait être en relation d'amitié avec les Francs. On apprend par une lettre de Saladin au calife , rapporte'e dans la compilation des Deux Jardins, que le prince de Moussoul avait fait avec les chrétiens un traite d'alliance pour douze années, et s'était obligé à leur payer annuellement une somme de dix mille pièces d'or. De plus , il avait promis de les aider a reconquérir Panéas et les autres places qu'ils avaient perdues. De leur côte, les Francs s'engageaient à attaquer Saladin en Syrie, en Egypte , en un mot en tous lieux.
Saladin mit dans ses intérêts les petits jprinces de Mésopotamie dont les états avoisin aient ceux du souverain de Moussoul; ensuite il s'empara d'Edesse , d'Amide , de Singar. U ne restait presque plus au prince de Moussoul que sa capitale.
Saladin, ayant vainement assiégé Moussoul, repassa i'Euphrate et vint attaquer Alep. Emad-eddin , qui régnait sur cette ville, fit d'abord de la résistance; les habitans, pleins d'attachement pour la mémoire de i^engui et de^Noureddîn , montraient la plus grande ardeur : à la fin , Emad-eddin , craignant de succomber, traita secrètement avec Saladin, et consentît à retourner dans son ancienne principauté de Singar.
Ce traité déplut beaucoup aux habitans d'AIep ; ce qui les choquait le plus, c'est qu'on eut osé mettre en balance deux villes telles qu'AIep et Singar. Dans leur colère, ils se iivrèreot aux injures et aux brocards contre Emad-eddin. Kemal-eddin cite ces deux vers, qui se chantaient dans les mes au bruit du tambour et d'une bruyante musique :
« Mes chers amis , laissez-moi faire ; Emad-eddin est vraiment fou :
m II cède Alep en échange des villes de Singar et de Nisibe (1). n
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Nulle part cependant Saladin ne rencontra delà résistance. Le gouverneur seul de Harem refusa de se soumettre, et menaça de livrer la place aux chrétiens ; mais ses soldats indignes se jetèrent sur lui et le remirent garrotte au sultan. Dès ce moment, Saladin posséda sans partage TEgypte , ia Nubie, TArabie-Heureuse et la Syrie jusqu'à l'Ëuphrate; il eut même à sa disposition les forces d'une partie des princes de la Mésopotamie. Songeant déjà à la guerre terrible qu'il devait entreprendre contre les chrétiens , il avait stipule dans son traite avec Émad-eddin, que celui-ci se reconnaîtrait son vassal et entretiendrait à son service un certain nombre de guerriers ; qu'il viendrait même en personne toutes les fois qu'on l'appellerut II imposa les mêmes conditions a tous les princes avec lesquels il traita dans la suite.
Pendant ce temps, les colonies chrétiennes étaient en proie à l'anarchie , et aucune mesure n'était prise pour prévenir le danger commun. L'ex|>edition la plus importante est celle que fit Renaud de Chatillon , seigneur de Carac , sur les câtes de la Mer Rouge.
Renaud, suivant Ibn-alatir, désirant rej^endre la ville d'Ela, située au nord de la Mer Rouge, fit transporter de Carac quelques navires à dos de chameau. On les mit ensuite en mer, et l'on commença le siège de la place; en même temps il fit faire des courses sur toute la côte. Comme les chrétiens ne s'étaient jamais montres dans ces parages , les musulmans furent attaque's à l'improviste, et les Francs firent un immense butin. Les chrétiens s'avancèrent jusqu'aux environs de fa Mecque et de Medine. A cette nouvelle, Malèk-adel , frère du sultan , lequel gouvernait alors l'Egypte, équipa une flotte dont il donna le commandement à un émir nomme Hossam-eddin Loulou. Loulou commença par délivrer Ela; ensuite I se portant contre les chre'tiens qui couraient la Mer Rouge , il les surprit sur la côte orientale , se disposant à envahir la Mecque et Me'dine. Aussitôt il fondit sur eux. En vain les chrétiens ejfraye^ mirent pied à terre; Loulou les poursuivit dans les montagnes voisines et les passa au fil de l'epee. Le petit nombre de ceux qui echa|)-
1>èrent au massacre, furent envoyés les uns à la Mecque, où es pèlerins musulmans les égorgèrent à la place des brebis et des agneaux qu'ils ont coutume d'immoler chaque année; les autres en Egypte, où ils périrent de la. main dessophis, des dévots et des docteurs de la loi.
On Ut dans l'ouvrage de Mogir-eddin , que le nombre des chrétiens qui avaient pris part à cette malheureuse expe'ditiony était d'environ trois cents , sans compter un grand nombre d'Arabes apostats qui s'étaient joints a eux. Leur intention était d'exhumer le corps de Mahomet, enterré à Médine, et de l'ehiporter dans leur pays , afin d'âter aux musulmans ce but de leur pèlerinage. Ils n'étaient plus qu'à une journée de distance de cette ville , lorsqu'ils furent exterminés.
Quoi qu'il en soit, Saiadin manifesta la plus violente colère, lorsqu'il apprit cette expédition , qu'il regardait comme sacrilège. Il paraît que ce fut par son ordre qu'on usa de tant de i*igueur envers les prisonniers chrétiens. Il écrivit à Malek-adei une lettre qui se trouve dans la compilation des Deux Jardina, et oii il disait : « Les infidèles ont violé le 9 berceau et l'asile de l'islamisme ; ils ont profané notre 9 sanctuaire ; ils l'ont souillé de leurs regards. Prenons garde 9 que les prisonniers et les Arabes qui ont fait route avec 99 eux ne servent plus tard de guide à ceux qui nourriraient n le même dessein. Ce serait nous rendre inexcusables aux n jeux de Dieu et aux jeux des hommes ; toutes les langues m s'élèveraient en imprécations contre nous en Orient comme 9 en Occident. Purgeons donc la terre de ces hommes qui n la déshonorent; c'est un devoir sacré pour nous : purgeons m l'air de l'air qu'ils respirent , et qu'ils soient voués à la 0 mort, n
Saiadin vint attaquer Renaud dans Carac. N'ajant pu réduire la place, il retourna l'année suivante avec une armée formidable et mit tous les pajs environ nans a feu et à sang. Déjà même il était maître des faubourgs de Carac , lorsque l'armée chrétienne s'avança au secours de la place. Il marcha à la rencontre de l'ennemi ; mais les Francs , qui ne cherchaient qu'à délivrer la ville, se retranchèrent dans des lieux inexpugnables et refusèrent le combat. Saiadin fut obligé de renoncer à son dessein, et se porta vers Damas, brûlant et dévastant tout ce qui se trouvait sur son passage.
Ainsi s'écoulèrent les années 578, 579 et 580 de l'hégire, L'année suivante, Saiadin se porta de nouveau en Mésopotamie et recommença le siège de Moussoul ; il était décidé a ne mettre bas les armes que lorsque toute la Mésopotamie aurait reconnu ses lois. Sur ces entrefaites , il tomba dangereusement malade. Le prince de Moussoul consentit à le reconnaître comme son suzerain et à lui fournir toutes len
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troupes dont il aarait besoin. Saladin , ne voyant plus parmi les princes musulmans d'ennemi en état de lui faire ombrage, accorda la paix et reprit le chemin de la Sjrie pour tourner tous ses efforts contre les chrétiens.