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État da rojftome de Jënisalem. — • Préparatifii de
pour rstt^aer.
Nous voici arrivés au moment de la ruine des colonies chrétiennes d'Orient. Cette époque est grande pour les musulmans. Aussi les détaîb que nous offrent les écrivains arabes sont extrêmement abondans. Tel fut l'enthousiasme qu'inspirèrent les succès de Sidadin, que tous les écrivains du temps ont tenu à honneur de ies faire connaître. Notre intention n'est pas de répéter tout ce qu'ils ont dit ; il suffira de faire comme nous avons fait jusqu'ici y c'est-«-dire , d'extraire les faits et les circonstances dignes de mémoire, négligeant ce qui ne s'adresserait qu'à une curiosité stérile.
An 582 [1186]. Ibn-alatir fait observer que la première cause dti malheur des chrétiens fut la confusion qui se manifesta à cette époque dans le gouvernement. « Le roi Baudouin , dit le Lépreux, se voyant sans enfant, laissa le trône à un fils de sa sœur nommée Sibylle; et comme ce fils était encore en bas âge, il lui choisit pour tuteur Raymond*, comte de Tripoli. Aucun seigneur chrétien n'était alors plus puissant que Raymond; outre le comté de Tripoli, il possédait encore Tibériade du chef de sa femme. Aucun ne jouissait de plus de considération , et ne la méritait davantage par sa bravoure et sa prudence. Il prit donc en main les rênes du gouvernement et administra en qudité de régent Sur ces entrefaites , le jeune roi mourut et le sceptre passa aux mains de sa mère. Ainsi le comte de Tripoli, qui s'était flatté d'étr&roi, fut déçu dans ses espérances; la reine avait épousé un chrétien d'Occident nommé Guy, et lui mit la couronne sur la tête. La cérémonie eut lieu en présence du patriarche, des prêtres, des moines, des hospitaliers, des templiers et des barons du royaume : tous jurèrent obéissance au nouveau roi ; il n'y eut que Raymond qui trouva cette conduite extraordinaire. Peu de temps après , le nouveau roi lui ayant demandé compte de l'emploi des deniers publics , îl répondit
que ce qu'il avait dépense, il l'avait fait pour le bien de l'état. Mais cette demande avait irrite son mécontentement , et il parut vouloir se séparer de' la cause des chrétiens; ii écrivit même à Saladin pour implorer son appui. Le sultan fut trèsaise de cette division et promit au comte de l'aider à s'emparer du trâne. H lui renvoja sans rançon plusieurs chrétiens de ses sujets qui étaient prisonniers entre les mains des musulmans , et gagna tellement Raymond par ses manières , qu'il le mit tout-à-fait dans ses intérêts, n
Emad-eddin remarque que ces divisions furent la principale cause du triomphe de l'islamisme et de l'avilissement des chrétiens. A Fen croire , Raymond , dès avant ia mort du jeune roi , avait tenté de s'emparer du trdne ; ce furent les templiers qui l'en empéchèi:ent. II ajoute que Raymond était si dévoué à Saladin y qu'il se serait fait musulman s'il n'avait craint de mécontenter ses sujets. Il alla même jusqu'à en- Toyer ses troupes ravager les terres du roi de Jérusalem , de concert avec les troupes musulmanes.
Une autre cause du malheur prochain des chrétiens , selon Ibn-alatir, c'était la conduite de Renaud , seigneur de Carac. Renaud , peu de temps auparavant , se trouvant pressé par Saladin dans Carac, avait demandé la paix en suppliant; Saladin l'avait jaccordée : mais cette année , comme il vint à passer près de Carac une riche caravane musulmane, Renaud ne put résister à la tentation de s'en emparer, et l'enleva avec tout ce qu'elle possédait A cette nouvelle ^ Saladin lui écrivit pour lui rappeler ses sermens, et le menaça du plus terrible châtiment; mais Renaud resta sourd à toutes les remontrances. Alors Saladin jura de se venger de Renaud , s'il Pavait jamais entre les mains.
An 583 [4187]» « Le sultan , continue Ibn-alatir , fit un appel général à ses guerriers ; il écrivit à Moussoul en Mésopotamie, à Arbeles au-delà du Tigre, en Egypte, en Syrie , invitant tous les musulmans à la guerre sacrée. Pour loi, il quitta Damas au commencement de cette année (mois de mai ) avec sa garde particulière , et se rendit du cÂté de Carac, pour protéger la marche des pèlerins qui se rendaient du nord de la Syrie à I» Mecque et à Médine; ensuite il forma le siège de Carac.
n Sur ces entrefaites , son fils Afdal , auquel il avait laissé le corps de l'armée, remporta un éclatant succès sur les chrétiens. Par ses ordres , une partie de l'armée , conduite
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par Mockfier-eddin y prince de Haran et d'EdeMe, ptssa le Jourdain et se jeta sur les campagnes d'Acre. Les musulmans et les chrétiens en vinrent aux mains près de Seforîe. Dieu se déclara pour l'islamisme ; les Francs furent tues oa faits prisonniers : au nombre des premiers , se trouva le g^and-maitre des hospitaliers, chevalier illustre et ennemi jure des musulmans. Le comte de Tripoli ne porta aucan secours aux chre'tiens. Les musulmans, à leur retour, ayant traverse les terres de TibeViade , où le comte était alors , H les laissa passer avec leur butin, f* Ce combat fat, selon l'expression du compilateur des Deux Jardins , le commencement des bénédictions pour les musulmans (l).
« Saladin, à la nouvelle de cette victoire, quitta le siège de Carac et vint rejoindre l'armée principale. Déjà étaient rassemble'es toutes ses forces et celles de ses tributaires; dans la revue qu'il fit, il compta dix mille cavaliers de troupes réglées, non compris les volontaires (9). Le sultan rangea aussitôt son armée en ordre de bataille ; il forma un centre , une aile gauche , une aile droite , Une avant-garde et une arrière-garde, et arriva dans cet état à Akhouanë sur le territoire de Tiberiade.
n A cette nouvelle , les Francs réunirent aussi toutes leurs forcés ; ils cherchèrent même à ramener le comte de Tripoli. Le patriarche et quelques-uns des prêtres , des moines et des chevaliers allèrent le trouver. « Sans doute, lui dirent-ils, n VOUS avez embrasse' la foi de Mahomet; sans cela vous n'aun riez pas souffert ce que les musulmans viennent de faire : ils n ont tue les templiers et les hospitaliers; ils o.nt passe sur les n terres de Tibe'riade , et vous les avez laisses faire, n A ces mots les gens du comte se déclarèrent pour le patriarche ; et comme le comte faisait des difficultés, le patriarche le menaça de l'excommunier et de dissoudre son mariage avec la princesse de Tiberiade. Alors le comte s'humilia et demanda pardon. Il se re'concilia avec le roi de Jérusalem , et tous les chrétiens , cavalerie et infanterie , se portèrent aussitôt vers les plaines de SeTorie.
(i) Cest celui que les auteurs chrétiens nomment combat de Nazareth*
(2) Émftd-eddin, dans son enthousiasme, compare cède armée au genre humain tout entier assemblé pour le jugement dernier.
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I» Safculiny ayant appris cette nouvelle, assembla ses ëmirs et leur demanda conseil. La piapart étaient d'avis de se borner à affaiblir les chrétiens par le pillage et l'incendie de leurs campagnes ; mais un d'entre eux dit : u Mot je suis d'avis 9 que nous envahissions leurs terres , que nous les dévastions » parle fer et par le feu, et que, si nous rencontrons l'ennemi , » nous en venions aux mains : il est temps de faire cesser « les propos outrageans qu'on tient en Mésopotamie sur 9 notre compte ; on j dit que nous évitons à dessein de » combattre les chrétiens y que nous serions bien plus zélés
• s'il s'agissait de faire la ffuerre à des musulmans. Notre » intérêt est de nous signaler par quelque exploit éclatant » et de faire taire les mauvaises langues (1). » A ces mots , Saladin prit la parole et parla ainsi : a Moi je 9uis d'avis que
• nous en venions a une action générale. Les affaires ne se
• mènent pas au gré des hommes. Nous ignorons jusqu'où « s'étend !• terme de notre vie. Gardons-nous de renvoyer
• cette armée avant de lui avoir offert l'occasion de signaler » son zèle pour la religion (9). « En conséquence , l'armée quitta son camp d'Akhouané et laissa Tiberiade derrière, s'avancant vers l'occident dans la direction de Séforié. Quanu Sidadîn fut' arrivé près des chrétiens , il monta sur une colline pour les observer. Comme aucun d'eux ne se montra , comme aucun ne sortit de sa tente , il laissa là son armée; et prenant avec lui quelques troupes seulement, il alla se jeter sur Tiberiade. La citadelle seule résista; la ville fut prise et livrée aux flammes. Saladin , en faisant cette expédition , n'eut peur but que d'attirer les chrétiens hors de leurs positions ; ce moyen lui réussit. A la nouvelle de l'incendie de Tiberiade, les Francs tinrent conseil , et la plupart proposèrent de marcher au secours de la citadelle. Alors le
(l) Ceci doit Faire allusion à Fesprit de mécontentement qui rëgnait alors' en Mésopotamie , où Saladin sVtait montré si acharné contre les princes da sang de Zengui et de Nonreddin.
W OîrJ^f ^ jJLi c^l c50J^ iS^^ UtîoJt çX- JIa5
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comte de Tripoli paria ainsi : « Tibenada appartient & mon 9 épouse et à moi ; Saladin j a fait ce qu'il a voulu. La citadefle 9 seule tient encore et ma femme j est maintenant enfermée » avec mes enfans : cependant qu'il prenne j s'il veut , la n citadelle avec ma femme; fy consens d'avance; mais, pour n Dieu ! retournons sur nos pas. Jamais les musulmans ne 9 se sont présentes avec un appareil aussi nombreux et aussi « terrible. II sera impossible à Saladin de se maintenir dans » Tibériade ; il faudrait qu'if s'y enfermât avec toute son » armée , chose à laquelle ses troupes ne consentiront jamais , » par le désir qu'elles ont de revoir leurs fojers ; et alors » nous reprendrons sans peine la ville. « Ainsi paria Raymond. Là-dessus Renaud /seigneur de Carac, se leva, et se tournant vers le comte , il lui dit : « Vous cherebez à nous J9 faire peur des musulmans. Apparemment vous êtes pour » eux ; sans cela vous ne parleriez pas ainsi. Quant à ce que « vous dites de leur grand nombre y la quantité ^e bois ne n nuit pas au feu. — Je serai des vâtres , reprît le comte; si 9 vous avancez, j'avancerai; si vous reculez , je reculerai. » Vous verrez ce qui en arrivera (1). 9 II fut donc décide qu'on marcherait vers Tibériade. ^
A cette nouvelle , au rapport d'Emad-eddin , Sdadin se réjouit et dit : a Nous avons atteint notre but; nous Fem- 9 porterons par les armes. Si nous venons à bout de battre 9 l'ennemi, ni Tibériade, ni aucune des places chrétiennes 9 ne pourront nous résister; toutes les forces ennemies se- 9 ront détruites. » En effet, continue Emad-eddîn , les chrétiens avaient dégarni toutes leurs places pour rassembler plus de monde. Par-là ils étaient parvenus à former une armée de plus de cinquante mille hommes. Saladin commença par invoquer Je secours de Dieu, et allli rejoindre
(l) Le comte avait raison , et tont prouve qu'il ^ttit rev^mi de boDue foi à la cause des cLrëtiens. A cet éggrd , la plupart des auteurs latins sont d'accord. Voyez entre autres le témoignage de ^ Raoul de Coggeshale , ^tome I de la Bibliothèque des Croisades, page 364. Cependant Emad-eddin fait tenir ea cétia occasion à Raymond un tout autre langage ; il prétend que le comte » apprenant l'incendie de Tibériade , s'écria : « Nous ne pouvons demeurer plus » long-temps ici ; il faut marcher tout de suite à reanemi. Si ia ctta- • délie de Tibériade est prise, tout est perdu. Je ne puis me résigner » k un tel sacrifice, v
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son armée. Go était alors au jeudi 93 de rebi second [9 înillct 1187 de J. C.]. Les Francs sVtaient diriges vers TibeViade, semblables à des montagnes en mouvement ou aux flots d'une mer agitée. Le sultan se plaça devant eux, ajant le lac de TibeViade derrière. En ce moment fa chaleur du jour e'tait brûlante; Fennemî paraissait accable'; il souffrit de la disette d'eau; car la cavalerie musulmane, re'pandue sur les deux ailes, lui fermait l'accès au lac. Le sultan veilla toute la nuit et ordonna aux archers de remplir leurs carquois; il en fit distribuer quatre cents charges. Soixantedix archers furent désignes pour aller sur le champ de bataille , et donner des flèches à ceux qui en manqueraient. Au point du jour, les arcs retentirent, les cordes résonnèrent. Les musulmans montrèrent un courage opiniâtre. En vain les Francs firent les plus grands efforts pour s'ouvrir un passage vers les eaux. Déjà ils étaient tourmentes par la soif et embrases par la chaleur du jour. Cette première attaque eut lieu un vendredi. Les Francs parurent supporter la soif avec constance et courage. Ils avaient bu toute Peau des outres; ils avaient mis à sec leurs vases; ils avaient épuise jusqu'à Veau des larmes , et déjà ils allaient succomber à leurs maux, lorsque la nuit survint. Ils passèrent cette nuit dans leur camp, ne sachant ce qu'ils devaient faire. Cependant ils ne se laissèrent point abattre, et ils se dirent entre eux : u Demain nous trouverons de l'eau avec nos n epees. 9
Ibn-alatir représente au contraire les chrétiens comme tristes et sans courage, et comme disposes a prendre la fuite s'ils avaient trouve une issue. Quant aux musulmans , ajoutet-il , ib étaient impatiens d'en venir aux mains. Jusque-là ils avaient éprouve quelque crainte ; mais alors ils furent pleins d'espoir. Ils passèrent la nuit à s'exciter les uns les autres. On eût dit que déjà ils sentaient souffler le vent de la victoire. Toutes les fois qu'ils jetaient les yeux sur les Francs , ils les voyaient, contre leur coutume, faibles et abattus. Eux, au contraire, s'animaient mutuellement et brûlaient de combattre. Toute la nuit ils louèrent le Seigneur et le glorifièrent.
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5 xxxvn.
Bataille de Hittin ou Tibërîade. — Destine tion de Fannëe
chrétienne.
Enfin le samedi 95 de rébi second 583 [4 juillet 1187 de J. C], les deux armées en vinrent à une action décisive. Ecoutons Ibn-aiatir.
a Le samedi matin , les musulmans sortirent de leur camp en ordre de bataille; les Francs s'avançaient aussi, mais déjà affaiblis par la soif qui les touimentait. De part et d'autre l'action commença avec fureur. La première ligne musulmane lança une nuée de flèches , sembable à une nuée de sauterelles. Les flèches firent un grand ravage parmi les cavaliers chrétiens. L'infanterie chrétienne s'était ébranlée pour se porter vers le lac et j faire de l'eau. Aussitôt Saladin courut se placer sur son passage, animant les musulmans de la voix et du geste. Tout-à-coup un des jeunes mameloucks du sultan, emporte par son ardeur, s'elança sur les chre'tiens, et après des prodiges de bravoure fut tue. Les musulmans sWancèrent pour venger sa mort, et firent un grand carnage des infidèles. Bientôt il n'y eut plus pour les chrétiens d'espoir de salut. Le comte de Tripoli essaya de se frayer un passage ( 1 ) : Taki-eddin , neveu du sultan , e'tait place en face ; quand il vit le .comte s'avancer en désespère, il fit ouvrir les rangs , et le comte se sauva avec sa suite. L'armée chrétienne était alors dans une situation horrible. Comme le scJ où eUe combattait était couvert de bruyères et d'herbes sèches , les musulmans y mirent le feu et aUumèrent un vaste incendie. Ainsi la fumée , la chaleur du feu , celle du jour et celle du combat, tout sb réunit contre les chrétiens. Ils
(i) Aboolfarage, à Tezemple de quelques autears chrétiens latins da temps , dit dans sa Chronique syriaque que cette fuite était concertée, et que les musulmans ne laissèrent passer Raymond qn*à cause de rintelligence qui régnait entre eux et lui. La même accusation est répétée dans X Histoire fies patriarches d'AUsandrie, où le comte est comparé au traître Judas, qui vendit son maître. Ainsi ce sont les auteurs chrétiens qui ont montré le plus d*acharnement contre le comte de Tripoli. Au reste, Raymond ne put survivre an AéaêBtce de Tarméc chrétienne et mourut peu de temps après de douleur.
DBB CROISADES. 195
forent si consternés, que pea s'en fallut qu'ik ne demandassent quartier. A la fin , voyant qu'il n'j avait plus de salut , ils fondirent sur les musulmans avec tant d'impétuosité' , que sans le secours de Dieu on n'aurait pu leur résister. Cependant, à chaque attaque, ils perdaient du monde et s'afiaiblissaient ; enfin ils furent entoures de toute part et repoussés jusqu'à une colline voisine, près du hameau de Hittin. Là ils essayèrent de dresser quelques tentes et de se défendre^ Tout l'effort du combat se porta de ce câté. Les musulmans s'emparèrent de la grande croix que les chrétiens appellent la vraie croix, et dans laquelle se trouve un morceau de celle sur laquelle ils prétendent que fut attaché le messie (l). La perte de cette croix leur fut plus sensible que tout le reste; dès-lors ils se regardèrent comme perdus. Le roi n'eut bientôt phis autour de lui sur la colline que cent cinquante cavaliers des plus braves. Afdal était alors auprès du sultan son père. • J'étais , disait-îl lui-même dans la suite , à câté 9 de mon père quand le roi des Francs se fut retiré sur la • colline; les braves qui étaient autour de lui fondirent sur » nous et repoussèrent les mosulmanb jusqu'au bas de la
(l) Les masalmaDS ne veulent pas croire que J. C. soit mort lur la croix. Ils disent qu'an moment où les Juifs allaient ie faire mourir» Dieu envoya un de ses anges pour Tappeier waL ciel et mit à sa place an homme dn commun qui fut crucifié pour lui. Consultez notre Description du cabinet de M, le duc de Èlacas , 1 1, p. i si. Voici comment Emad-eddin, qui se trouvait présent à la bataille, raconte ia prise de la vraie croix : « La grande croix fut prise avant le roi , et beaucoup d'impies se firent tuer autour d'elle. Quand on la tenait levée , les infidèles fléchissaient le genou et inclinaient la tête. Ils disent que c'est le véritable bois où fut attaché le Dieu qu'ils adorent. Ils f avaient enrichie d'or fin et de pierres brillantes ; ils la portaient les jours de grande solennité; et lorsque leurs prêtres et leurs évéques la montraient an peuple » tous s'inclinaient avec respect. Ib regardaient comme leur premier devoir de la défendre ; celui qui l'aurait abandonnée ne pouvait plus jouir de la paix de Tame. La prise de cette croix leur fut plus douloureuse que la captivité de leur roi; rien ne put les consoler de cette perte. Ils Tadorent ; elle est leur Dieu ; ils se prosternent devant elle et f exaltent dans leurs cantiques. En la possédant, ils croient jouir de tous les biens de la terre; ils là rachèteraient volontiers de leur propre sang; ils espéraient par soft moyen obtenir la victoire. Ils ont aussi des croix de métal qu'ils gardent dans leurs maisons, et devant lesquelles ils font des prières. •
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n colline. Je regardai alors mon pcre et j'aperçus de la iriser tcsse sur son visage. Faites mentir le diable ! cria-t-il aux t> soldats en se prenant la barbe. A ces mots , notre armée se fi pre'cipita sur l'ennemi et fui fit regagner le haut de la col* n Une; et moi de m'e'crier plein de \oïe ^ Ils fuient , ils fuient! n Mais les Francs revinrent à la charge et s'avancèrent de n nouveau jusqu'au pied de la colline , puis furent repousses n encore une fois; et moi de m'ecrier derechef , Ils fuient, n ils fuient! Alors mon père me regarda et me dit : Taisn toi; ils ne seront vraiment défaits que lorsque le papillon n du roi tombera» Or , il finissait à peine de .parier que le 9 pavillon tomba. Aussdtât mon père descendit de cheval, n se prosterna devant Dieu et lui rendit grâces en versant n des larmes de joie. 9
n Voici comment le pavillon du roi tomba. Quand les Francs retires sur la colline attaquèrent les musulmans avec tant de furie , c'est qu'ils souffraient horriblement de la soif et qu'iU voulaient s'ouvrir un passage. Se voyant repousses , ils descendirent de chevd et s'assirent par terre. Alors les musulmans montèrent sur la colline et renversèrent la tente du roi. Tous les chre'tiens qui s'y trouvaient furent faits prisonniers. On remarquait dans le nombre, outre le roi, le prince Geoffroy 9on frère, Renaud, seigneur de Carac, le seigneur de Crebail , le fils de Honfroi , le grand-maître des templiers et plusieurs hospitaliers et tempiicFs. En voyant le nombre des morts, on ne croyait pas qu'il y eut des prisonniers; et en voyant les prisonniers, on ne croyait pas qu'il y eut des morts. Jamais les Francs, depuis leur invasion en Palestine , n'avaient essuyé' une telle deTaîtc. Moi-même un an après je passai sur le champ de bataille et j'y vis les ossemens amoncelés. Il y en avait aussi d'epars çà et la, sans compter ce que les torrens et les animaux carnassiers avaient emporte sur les montagnes et dans les vallées. »
L'historien Emad-eddin, qui se trouva à cette bataille, remarque avec etonnement que, tant que les cavaliers chre'tiens purent se tenir à cheval , ils restèrent intacts ; car ils e'taicnt couverts de la tête aux pieds d'une sorte de cuirasse tissue d'anneaux de fer qui les mettait à l'abri des coups; mais quand le cheval tombait, le cavalier était perdu, u Cette bataille, ajoute rauteur,se livra un samedi. Les chrétiens e'taicnt des lions au commencement du combat, et ne furent plus à itt fin que des brebis dispersées. De tant de milliers
.^l'hommes il ne s*en sauva qu'un petit nombre. Le clianip de bataille estait couvert de morts et de mourans : je traversai moi-même le mont Hîttin; il m'ofirit un horrible spectacle. Je vis tout ce qu'une nation heureuse avait fait à un peuple malheureux. Je vis Fétat de ses chefs : qui pourrait le décrire? Je vis des têtes tranchées, des yeux éteints ou crevés , des corps couverts de poussière, des membres disloques, des bras séparés, des os fendus, des cous taillés , des lombes brisés , des pieds qui ne tenaient plus à la jambe , des corps partagés en deux , des lèvres déchirées , des fronts fracasses. En voyant ces visages attachés à la ierre et couverts de sang et de blessures , je me rappelai i;es pffi*olcs de TAIcorau : a L'infidèle dira : Que ne sui$-jc ppussiire! Quelle odeur n suave s'exhalait de cette terrible victoire! n
Après ces réflexions, qui montrent le goût artbe, l'auteur présente un autre tableau : » Les cordes des tentes, dit-il, ne suffirent pas pour lier les prisonniers. J'ai vu trente à quarante cavaliers attachés à la même corde ; j'en ai vu cent ou deux cents mis ensemble et gardés par un seul homme« Ces guerriers qui naguère • montraient une force extraordinaire et qui jouissaient de la grandeur et du pouvoir, main* tenant, le front baissé, le corps nu, n'offraient plus qu'un aspect misérable. Les comtes et les seigneurs chrétiens étaient devenus la proie du chasseur, et les chevidlers celle du lion. Ceux qui avaient humilié les autres l'étaient à içur tour; l'homme libre était dans les fers; ceux qui accusaient la vérité de mensonge et qui traitaient l'A^coran d'imposture étaient tombés au pouvoir des vrais croyans. »
Après la bataille, Sàladin se retira dans sa tente et fit venir auprès de lui le roi Guy avec fes principaux prisonniers. Il voulut que le roi s'assît à ses cotés; et comme ce prince était pressé par la soif, il lui fit apporter de l'eau de neige. Le roi, après avoir bu, présenta le vase à Renaud; aussitôt Saladin s écria : « Ce n'est pas moi qui ai dit à ce 9 misérable de boire; je no suis pas lié envers lui. n En effet, suivant la remarque de Kemd-eddin , fa coutume était chez les Arabes de ne jamais mer un prisonnier auquel on avait offert à boire et à manger (l). Or, déjà deux fois Saladin
(i) Voyci sur cette coutnme la Bibliothèque on'eniale de d'Ilcrbelot, anx motg Uarmosan et Omar.
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avait foH vœu de tuer Renaud, s'il TavaU fomais entre ses mainil : la première^ lorsque celui-ci fit mine d'attaquer la Mecque et Medine; la seconde , quand il enleva ia caravane en pleine paix. Le sultan se tourna donc vers Renaud et lui reprocha d'un air terrible ses attentats; puis s'avançant vers lui, il lui déchargea un coup d'epee. A son exemple, les émirs se jetèrent sur Renaud et lui coupèrent ia t^. Le tronc aDa tomber aux pieds du roi. A cette vue, le roi devint tant tremblant; mais Saiadin se hâta de le rassurer et promit de respecter sa vie (l).
Kemal-eddin rapporte que ce qui avait le plus irrité Saiadin contre Renaud, c'est que, lorsque ce dernier enleva injustement ia caravane musulmane , il disait à ces mal^ heureux, par forme de raillerie, d'invoquer Mahomet, pour voir s'il viendrait à leur secours, et que ie sultan lui dit en cette occasion : « Eh bien ! que t'en semble? n'ai*je pas assea n vengé Mahomet de tes outrages T n Ensuite , ajoute Remaleddin , il proposa à Renaud de se faire musulman ; ceiui-ci s'y refusa , disant qu'il aimait mieux mourir.
Émad-eddin rapporte de son câté que quand Saiadin reprocha à Renaud ses perfidies et sa mauvaise foi , ce sei-
(i) Émad-eddin explique autrement le vœu de Saiadin ; et ton récit est si lingnlier» qui! mërîte d'être rapporté. « Denx ani auparavant y à Fëpoqne de la guerre de Saiadin contre ie prince de Mon»- •oui , pendant que le sultan était gravement malade et qn*on désesp^ rait de sa vie , le cadi Padel loi dit que sans doute Dieu Tavait voula punir de sa guerre impitoyable contre les musulmans, et que le seul moyen de recouvrer la santé était de promettre à Dieu de tourner désormais tous ses efforts contre les chrétiens. II ajouta que, comme marque de ferme propos , il devait commencer par jurer de tuer de sa main à la première occasion, Renaud, seigneur de Carac , pour son entreprise sacrilège contre ia Mecque et Médine , ainsi que le comte de Tripoli , qui Tannée précédente avait été le plus ferme soutien de Farmée chrétienne. Dans son opinioa, la victoire des musnimans ne pouvait être complète que par la mort de ces deux impies. A ces mots , poursuit Émad-eddin , le sultan donna la main au cadi en signe d'assentiment, et il recouvra bientdt la santé. Aussi deux ans après, lorsque la guerre commença, le cadi ne manqua pas de faire sonveuir ie sultan de son vœu , lui disant que ce n*étaît qu*à cette condition que Dieu lui avait rendu ses forces ; ce qui fit que Saiadin montra une ardeur extraordinaire. » Cest le cadi Padel lui-même qui avait raconté cette anecdote à un ami d*Émad-eddîn.
gneur répondît, par voie d'interprète , que telle était la coutume des princes, et qu'il n'avait fait que suivre le sentier battu.
Ensuite le sultan fit conduire à Damas le roi et les seigneurs qui étaient captifs avec lui. A i'egard des templiers et des hospitaliers, Ibn-alatir rapporte que le prince reunit tous ceux qu'il avait entre les mains et leur fit couper la tête. II ordonna aussi à tous ceux de son armée qui avaient de ces religieux entre les mains de les faire mourir; puis, jugeant que les soldats ne seraient pas assez geneVeux pour faire ce sacrifice, il promit cinquante pièces d'or pour chaque templier et hospitalier qu'on lui ce'derait. Deux cents de ces
i guerriers qu'on lui amena furent aussitôt décapites. Ce qui e porta à cette exécution , c'est que les templiers et les hos* pitaliers faisaient comme par e'tat la guerre à l'islamisme , et
Ju'ils étaient ses plus cruels ennemis. Aussi Aboulfarage, ans sa Chronique syriaque, met-il en cette occasion ces paroles dans la bouche de Sahtdin : « Puisque l'homicide, n quand il peut tourner au bien de leur religion , leur paraît 9 une chose si douce, faisons-les mourir à leur tour. » Saladin manda également à son lieutenant à Damas de faire mettre à mort tons les chevaliers qui seraient dans cette ville ,
Î[u'ib lui appartinssent ou qu'ils appartinssent à des particu« iers ; ce qui fut^ exécute'. «
On lit dans Emad-eddin , témoin oculaire, que, pendant le massacre des chevaliers , Saladin était assis le visage riant, et que les chevaliers avaient l'air abattu. L'armée musulmane était rangée en ordre de bataille et les émirs placés sur deux rangs; quelques-uns des exécuteurs, ajoute l'auteur, coupèrent la tête des prisonniers avec une adresse qui leur mérita des éloges j plusieurs cependant se refusèrent ù ce ministère; d'autres en chargèrent leurs voisins. Avant de les égoiger^ on leur proposait d'embraser Tislamisme, ce qui fèt accepté par un très-petit nombre.
Telle est la manière dont les auteurs arabes racontent la bataille de Ttbériade. Le compilateur des Deuf Jardins rapporte plusieurs lettres qui furent écrites en cette occasion. On lisait dans une de ces lettres, envoyée à Bagdad, que sur quarante-cinq mille hommes dont se composait Tarmée chrétienne , il en avait échappé a peine mille ; et qu'un vauvre soldat musulman, ayant un prisonnier entre les mains, réchangea contre une paire de sandales , afin , disait-il , qu'on
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sut dans la suite que le nombre des prisonniers avait ëte si grand , qu'on les vendait pour une chaussure.
Une autre de ces lettres commençait ainsi : « Quand nous n passerions le reste de notre vie à remercier Dieu de ce bienn fait, nous ne pourrions nous acquitter dignement n Une troisième s'exprimait de la sorte :« Non y ia victoire que je f> vous annonce n'a point eu de pareille. Je vais vous en ren tracer succinctement une petite partie ; car de vouloir vous 9 en dire seulement la moitié, cela serait impossible (l). «
Émad-eddin dit encore que l'islamisme se rejouit de cette victoire , qui fut comme le prélude de la conquête de Jérusalem et la source des. plus grands triomphes. Voyons maintenant ce que fit Saladin contre un royaume sans armée, sans chef, dont le roi était captif, les places dégarnies , les campagnes ouvertes , les peuples découragés.
5 XXXVffl.
Saiadin prend Tibériade , Ascalon et autres vifles chrétiennes.
Suite de Vannée 583 fi 187]. Suivant Ibn-alatir, Saladin passa toute la journée du samedi sur le champ de bataille. Le lendemain dimanche, il retourna contre la citadelle de
(i) Uauteur de la lettre, ponrsaiyant son rc'cit, raconte avec le plus grand sang-froid les détails les plus horribles. Après avoir dit qu*à Damas les prisonniers chrétiens se vendaient au marché k trois pièces d'or Fun , et que , vu leur trop grand nombre, on avait pris le parti de joindre ensemble fés maris,. les femmes et les enfans; il ajoute ^ Un* était pas rare de rencontrer dans les rues des têtes de chrétiens exposées en guise de melons. Cest qu'en Syrie, comme dans certaines villes d'Italie , on est dani Tusage d'exposer les melons coupés par le milieu sur^des espèces de chevalets en forme de pyramides , et il parait que les dévots musulmans avaient imaginé d*ach6ip ter des prisonniers pour leur couper la tête , et de donner ainsi ces têtes en spectacle. Le fait est qu'il est plus d'une. fois fait mention dans les auteurs arabes de pyramides de têtes de morts. Ces traits de barbarie nous étonnent; pour les comprendre, il faut se transporter on pays et au siècle oii ils se passèrent. Il y a une chose qu'il ne faut pas perdre de vue : c'est qu'à cette époque les prisonniers appartenaient aux personnes qui les avaient pris; c'était une propriété comme une autre; on pouvait les vendre, les tuer; en un mot, en disposer sefon son bon plaisir.
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Tiberiade, qui se rendît La comtesse de Tripoli, qui s'y trouvait, se retira à Tripoli avec son fils et sa suite. Après cette conquête (l), il tourna ses pas du coté de la ville d'Acre; et y entra sans presque rencontrer de résistance. Les habitans eurent la faculté de rester ; mais ils préférèrent quitter la ville, emportant avec eux tout ce qui était d'un transport facile. Les musulmans firent en entrant leur prière dans la principale église, qui, destinée dans l'origine à servir de mosquée, avait été convertie en temple chrétien. Les maisons et les terres furent distribuées aux émirs et aux gens de l'armée. L'auteur arabe fait observer que la ville d'Acre était alors i'entrepât principal du commerce de l'Europe avec FOrient « On y trouvait, dit-il, de l'or, de f argent, 'de l'écarlate, des étoffes de Venise, du sucre et d'autres objets de prix. C'était le rendez-vous de» marchands de la Grèce et de tous les pays des Francs. Les magasins regorgeaient de marchandises. Sidadin distribua toutes ces richesses à ses émirs et a ses troupes, n
Quelques jours après, poursuit le même auteur, Sdadin se porta contre les places voisines. Déjà il avait écrit à son frère Malek-adel, alors en Egypte, pour lui annoncer sa victoire; il lui mandait de s'avancer avec toutes les forces de l'Egypte contre les provinces chrétiennes limitrophes, et de les envahir pendant qu'ir attaquerait lui-même celles du nord. Malek-adel accourut et prit Yabna et Jafia; de son cÂté, Saladin envoya des détachemens chargés de' piller les campagnes de Nazareth, de Caïfa, de Césarée, de Séforié; tout fut mis à feu et a sang. Les hommes furent faits prisonniers , les femmes et les enfans emmenés en esclavage. Dans ce même temps , un autre détachement alla occuper Sébaste (l'ancienne Samarie) et Naplouse.
Émad-eddio remarque que <NapIouse et les campagnes du voisinage étaient habitées par des chrétiens et des musulmans qui avaient vécu jusque-là en bonne intelligence. Les' mu-
(l) Les auteurs arabes fout observer, au sujet de cette ville et de toutes celles que Saladin prit dans la suite, que ce prince les donna en fief à ses émirs. CVtait k-Ta-fois nne manière de les récompenser de lear zèle, et un moyen de les inte'resser à fa conservation de ses conquêtes. A cette c'poque , TÉgypte et la Syrie étaient à>peu-près régies par les mêmes lois féodales qoe certaines contrées d,e TEurope.
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suImaDs avaient toujours trouve surete eC protection dans ie gouvernement; moyennant un tribut annuel , ils jouissaient du libre exercice de leur religion. Les chre'tiens , ao contraire , après la bataille de Tiberiade , quand ib virent ie triste état de leurs affaires, n'osèrent plus rester dans le pays et prirent ia fuite. Alors les musulmans s'emparèrent de leurs maisons et pillèrent leurs biens. Cependant , au rapport d'Ibn-alatir, les chrétiens qui restèrent furent res* pectes ; mais on les soumit à leur tour à un tribut annuel.
A l'égard de la ville de Jaifa, prise par Midek-adel , Ibn* alatir raconte que les chrétiens y eurent plus à souflîrir que par^tout ailleurs ; elle fut saccagée et tous Ces habitans emmene's de divers câtes. Ibn-alatir cite le trait suivant : « J'avais , dit-il, à Alep pour esclave une femme chrétienne prise à Jaffay laquelle avait un enfant âge d'un an. Un jour cet enfant etont tombe et s'étant meurtri le visage , la mère se mit à verser de grosses larmes; et comme Ressayais de la calmer, lui disant que la blessure de son enfant e'tait pea de chose , elle repondit : <* Ce n'est pas sur cet enfant que je 9 pleure , mais sur les maux que nous avons éprouves; j'avais 0 six frères qui tous ont peVi; j'avais un mari et deux sœarS| J9 et j'ignore ce qu'ils sont devenus. 9 Voilà ca qui concerne une seule personne , ajoute l'auteur. Mais Pînfortnne de cette femme, beaucoup d'autres l'avaient éprouvée. Un autre jour je vis à Alep une esclave chrétienne qui accompagnait son maître à une maison voisine; tout-à-coup une autre femme paraît à la porte : la première jette un grand cri ; toutes deux s'embrassent d'un air attendri , puis s'asseyent et commencent à s'entretenir ensemble. Or c'étaient deux sœurs qui avaient ete re'duites en esclavage et amenées sans s'en douter dans la même ville, n
Cependant Saladin avait charge son neveu Takî-eddin du siège du château de Tebnin. Comme cette place opposait une vive résistance, il s'y rendit en personne et elle capitula. Plusieurs prisonniers musulmans s'y trouvaient enfermes. Saladin les fit venir en sa présence et les renvoya chez eux ,
1>ourvus d'argent et de tout ce qui leur était nécessaire. De à il se porta contre Sidon , une des meilleures places de la Phcnicic , qu'il trouva abandonnée. Après en avoir pris possession, il se rendit devant BeVyte, ville très«forte et des plus agréablement situées; elle capitula. A l'égard de Gébail (l'ancienne Byblos ) y le seigneur de cette ville , fait prisonnier à
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fai iNifainé de Tibériade, offrit de la donner pour sa rançon, ce qui fat accepte.
Il ne restait plus de ce c6ié qne Tjr à soamettre. Déjà, à rapproche des mumlnian», le comte de Tripoli, qui après la bataille deTiberiade tfj était reïug;ié, s'était enfui précipitamment è Tripoli , où U monrat peu de temps après. T jr passait «epeiidant pour une ville extrêmement forte. En cooséqoeoee, Saladin aima mieux commencer par les autres places chrétiennes; il avait sur-tout a cœur de prendre Asoalon , qui interoeplait ses communications avec l'Egypte, ainsi que Jérusalem y la capitale de la Pdestine. Il pensait qu'une fois maître de ces deux villes , toutes les parties de son empire seraient parfaitement liées. De plus, suivant la remarque d'Ibn-alatir, il comptait beaucoup sur la grande gloire, la récompense solide et la bonne renommée que lui procurerait la conquête de la ville sainte. II se porta donc sans délai vers Âscalon ,,où il fut joint par son frère Malekadel et les troupes d'Egypte. Mais avant de commencer l'attaque y il fit venir de Damas le roi Guy et le grand-maître des templiers, et leur offrit de les mettre en liberté s'ils enga»
feaient les chrétiens à se rendre. Le roi envoya donc aux abitans l'ordre d'ouvrir leurs portes ; mais loin d'obéir, les chrétiens insultèrent son envoyé et le chargèrent d'outrages. Alors Saladin fit dresser ses machines et le siège commença. Cependant le roi Guy ne cessait de faire de nouvelles instances. II disait aux habitans qu'une fois libre il ferait un appel aux chrétiens de tous les pays et viendrait reconquérir les villes perdues. Les premiers jours, les assiégés n'écou** tèrent aucune proposition. A la fin, comme leurs forces s'affaiblissaient et qu'ils n'avaient aucun secours à attendre, ib se rendirent deux-mêmes. Le siège n'avait duré que quatorze jours.- Les habitans se retirèrent à Jérusdem.
Saladin s'occupa aussitôt de soumettre toutes les places voisines, Ramla, Hébron , Bethléem,^ Gaza, Daroum. En même temps, 3 fit venir une flotte dIEgypte pour donner la chasse aux navires chrétiens. Il ne rendit pas pour le moment la liberté au Toi Guy et au grand-maître des templiers.
« Tel était alors , suivant Emad-eddin , l'état des anciennes provinces chrétiennes. Les musulmans, qui avaient toujours formé la meilleure partie de la population et qui jusoue-Ià avaient été à la merci des chrétiens, sortirent enfin Je cet état d'humiliation» Les églises furent dépouillées, les mos^
?|uees furent rouvertes ; rAlcoran se réjouit , le diable fut en ureur ; les cloches furent mises en pièces y les rites des cbretiens abolis ; les musulmans levèrent la tête. 9
Plusieurs lettres furent écrites de divers cdtes pour annoncer les triomphes de l'islamisme. Le compilateur des Deux Jardins en rapporte une où Saladin disait : «r On n'entend n plus dans la contrée que la voix de ceux qui crient Dieu n est grand! (l) Depuis Gébail, ajoutait-il, jusqu'aux fronn tières d'Egypte, il ne reste plus sur la cote aux infidèles n que Jérusalem et Tyr. Je vais d'abord prendre la ville » sainte ; et lorsque le grand Dieu nous l'aura livrée y nous n irons à Tyr. «