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Entrtfe de Saladhi dan» b TÎUe^ahite.
Saladin fit ensuite, avec ses troupes, son entrée dans
Jérusalem (l). Emad-«ddin rapporte que u ce jour fut pour les musulmans comme un jour de fête. Le sultan fit dresser hors de la ville une tente pour y recevoir les félicitations des grands , des émirs , des sophis et des docteurs de la loi. II s'j assit d'un air modeste et aVec un maintien grave : la joie brillait sur son visage; car ii espérait tirer an grand honneur de la conquête de la ville sainte. Les portes de sa tente restèrent ouvertes a tout le monde , et il fit de grandes largesses. Autour de lui étaient les lecteurs qui recitent les préceptes de la loi , les poètes qui chantent des vers et des hymnes. On lisait les lettres du prince qui annonçaient cet heureux eVenement; les trompettes les publiaient; tous les yeux versaient des larmes de joie ; tous les cœurs rapportaient humblement ces succès à Dieu ; toutes les bouches célébraient les louanges du Seigneur, n
Une foiile de savans et de deVots étaient accourus iit% contrées voisines pour être témoins de la prise de Jérusalem. Ces musulmans , suivant la remarque de Boha-eddin , témoignèrent leur joie chacun à leur manière. L'historien Émad-eddin , qui depuis quelque temps e'tait malade à Damas, rapporte lui-même qu'à fa première nouvelle du sie'ge de Jérusalem, il ne se sentit plus de mal, et accourut en toute hâte pour prendre port à la joie commune. II arriva le
les Orientaux étaient pour fe moins anasi orédnles que les Occidentaux. Conittltez an reste notre Dtscrvption du cabinet dû M. U due deJBlacas, t. II» p. 366.
(i) C'est à tort que liarin , dans son Histoire de Saladin, t. II , p. se , suppose que ce prince attendit, pour entrer, Texpiration da délai de quarante jours. A cette époque , il avait déjà fini de prendre possession de Jérusalem , et ii s'était rendu devant Tyr pour en faire le siège. D'après le témoignage unanime des auteurs arabes , il quitta Jérusalem pour se rendre devant Tyr, le ts de schaban, on commencement de novembre , moins d*nn mois après le fonr où Jéniaaiem capitula; ce qui suppose qu'il avait laissé à ses Uentenans le soin de fisire exécuter les conditions du tra,ité. )
DBS CROISADES. SU
lendemain de la capitulation. Gomme ii passait pour être fort éloquent y ses amis ae pressèrent autour de lui pour loi demander des lettres qu'ib Toulaient envoyer à leurs parens et à leurs amis« Le premier jour il en eerivit soixante-dix (l).
Pendant ce temps , les chefs des cbretiens évacuaient la ▼ille. Ibn-idatir oite dTabord une princesse gprecque , qui me* nait dans Jérusalem la vie monastique , et à qui Saladin permit de se retirer avec sa suite et ses richesses. Telle e'tait sa douleur, suivant l'expression d'Emad-eddin , que les larmes coulaient de ses yeux comme lês pluies descendent desnuages» On vit ensuite paraître la reine de Jnrusidem , dont le mari était idors captif entre les mains du sultan , et qui alla le rejoindre à Naplouse; puis s'avança la veuve de Renaud, seigneur de Carac , dont le fils était aussi prisonnier. La mère, en se retirant, demanda la liberté de son fils : le sultan j mit pour condition qu'on lui livrerait Carac (8). Comme cette condition ne fut pas remplie, sa demande fut rejetée. Enfin on vit sortir le patriarche , emportant avec lui les richesses des églises et des mosquées.
Le patriarche avait enlevé tous lés omemens d'or et d'argent qui couvraient le tombeau du Messie. Voyant qu'il emportait ces richesses , Fhistorien Emad-eddin dit au sultan : m Voilà des objets pour plus de deux cent mille pièces n d'or : vous avez accordé sûreté aux chrétiens pour leurs 9 efièts, mais non pour les omemens des églises. •*— Laisn sons-ies faire, répondit le sultan ; autrement ils nous accu- » seraient de mauvaise foi. Ils ne connaissent pas le véritable • sens dtt traité. Donnon»-ieur lieu de se louer de la bonté
(l) Une choie qui, snirantles anieufs arabes , contribua beanconp à augmenter renthouftiasme dei nrasohnans, c'est que fe four oà Jérusalem se rendit, était justement Fanniversaire de celui où, à les en croire, Mahomet monta miraculeusement au ciel, conduit par Fange Gabriel. Voyez à ce sujet notre Description des Monumens mumbnans du cabinet de M, le duc de Blaeas, t. II, p. 84 et snir. • (î) La TeuTe dc^ Renaud avait eu ce fils de Honfroy de Tboron Mn premier mari. Emad-eddin rapporte que Saladin fityenrr ce fenne homme de Damas, où il était prisonnier, et lui permit de voir sa mère. Puis il les confia ions deux à des émirs qui devaient aller en leur nom se faire remettre Carac et Scbaubec. Mais les chrétiens qui gardaient ces deux places refusèrent de les rendre, et le fils de Honfroy fut remis en prison. Quant k la mère , elle se réfugia à Tyr.
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n de notre religion. » En conséquence , on «'exigea da patriarche que dix pièces d'or , comme pour tons les autres.
Les chrétiens qui etùent en état de payer sortirent sac-* cessÎTefment de la ville. On. avait place aux portes des gens charse's de recevoir ie tribut Ibn^atir se plaint de la copij dite des émirs et de leurs subalternes ^ qui , au lieu de remettre cet argent au sultan, en détournèrent une partie à leur profit u S'ils s'étaient conduits fidèlement, dit-il, ie trésor eut été rempli. On avait estimé le nombre des chrétiens de la ville en état de porter les armes , à soixante mille, sans compter les femmes et les enfans. £n effet, la ville était grande et la population s'était accrue des habitans d'Ascidon, de Ramia et des autres villes dii^oisinage. La foule encombrait les rues et les églises, et l'on avait peine à se faire place. Une preuve de cette multitude, c'est qu'un très-grand nombre payèrent le tribut et furent renvoyés libres. Il sortit aussi ] dix-huit mille pauvres, pour lesquels Bâiian avait donné trente mille pièces d'or ; et pourtant il resta encore seize mille chrétiens qui , faute de rançon , furent faits esclaves. C'est un fait qui résulte des registres publics , et sur lequel il ne peut pas rester d'incertitude. Ajoutez à cela qu'un grand nombre - d'habitans sortirent par fraude , sans payer le tribut. Les uns se glissèrent furtivement du haut des murailles à l'aide de cordes ; d'autres empruntèrent i prix d'argent des habits mi»» sulmans , et sortirent sans rien payer. Enfin quelques émirs réclamèrent un certain nombre de chrétiens comme leur appartenant , et touchèrent eux-mêmes le prix de leur ran* çon (1). En un mot, ce ne fut qua la moindre partie de cet argent qui entra au trésor, n
Il avait été stipulé que les chrétiens laisseraient en sortant leurs chevaux et leurs armes ; aussi la ville s'en trouva remptie. Émad-eddin rapporte sur ce même sujet que les chré-
(i) Pour entendre ce fait, il faut savoir qnc les chrëtiena cTOrient de toutes les communions étaient et sont encore en nsage d'aller en pëierinage à Jérusalem. Il était donc faciie à ceux des émirs qni pos<^ sédaient des fiefs, de dire que certains chrétiens étaient de leurs sjBfets, et que c^étatt par hasard qn*ib se trouvaient à Jérusalem* Emadreddin cite Modaffer-eddin , prince de Haran et d*JEdesse , qui, sons ce prétexte, se fit ^remettre jusqu'à mille chrétiens , qu'il dinlt être des Arméniens d*£desse. Le prince d*Ef biré sur l'Euphrate en réclama pour sa part cinq cents.
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tiens vendirent en partant leurs meubles et leurs ^Seis\ maïs ce fat à si bas prix, qu'ils sembl^ent les donner,>ainsi qull. est dit dans l'Âlcoran m O combien ils laissèrent slcrs.de jaih) • dins et de fontaines , de cbamps ensemença , et d^ nobles m demeures , oui faisaient leur jouissance, et que noiJ3 dou*- 9 nâmes en héritage à un autrç, peuple (l).«
Le chrétiens, en sortant, ayaieutia liberté d'ailer où ils> voulaient : les uns se rendirent a Antioche et à Tripoli, d'autres à Tjr; quelques-uns en Égjjpte, où ils s'embfu^
Juèrent à Alexandrie pour les paj;^. d'occident Au rapport: e l'historien des patriarches d'Aie.^aqdrie^ Saladin montfjj^ en cette occasion les égards et les s^ptimens les plus gé* nereux. II donna> aux fugitifs une, escprte qui les protej^ea sur toute la route; ceux entre HutreSt .^ nombre de eînq> cents, qui se rendirent à Alexandrie, furent defraje^de. toute dépense. Comme en.ceDsiome.nt il; ne se trouvait- pas à Alexandrie de navire.qui pût les e^mener^ ils attendirent une occasion favorable. Leur séro^or en Egypte fut de plus, de six mois. Saladîn voulut quW foucnit à tous leurs ben soins, et paya même le prix de leur. voyage, afin, disaîl^il» qu'ils s'en allassent .contens. D'après son ordre, le. gouverneur d'Alexandrie et^&ss agens se mpntrèrent pleinsr d'attentjpn pour eux, et en eur^np ^q}ji jusqu'à leuren^t^er, embarquement (H). , * : .
A l'égard des chre'tiens qui restèrent à JeVusalem, particulièrement de ceux du rite gteo^ ^quî ne furent nullement
inquiètes , oh lit i^bxès Emad-eddin qu'ils conservèrent Uui:%
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(l) Ce pasMige fâSt allnsion à Pharaon et à.ses Boldatd , qui , YèDlânt poursuivre ies Israélites dans la Mer Rouge, se poyèrent et (Virent priwé» de la rie- beuréase qu'ils menaient en Egypte. L*A1coran* est rempli d*aiIusions semblables, et ies ëcrrrains mnsulmana ne manquent pas de le» tourner k Favantage de leur religion* Voyez sonrate XLiv, Tors. «4.
(s) Ces de'tails» ai honorables pour Saladin , se retrouvent presque, mot pour mot d^s Bernard le trésorier. Voyez Fextrait de sa Chronique , Biàliothèqtte des Croisades^ Bernard fait mention d'autres particularités qui, si çlles sont vraies, donnçnt tï\\è bien mauvaise idée de» cb rétiens de cette époque. Peut-être* Bernard o-t-il exagéré , comme il arrive presque toujours dans les tem ps d'anarchie et de désordre, où tous les partis ont quelque reproche à se faire , et o» tous se rejettent la faute les uns sur les autres Vojeit son récit.
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bieiM, è eondhîon de payer, outre ia ranooo comnittiie à touft) un tribut annuel. Quatre prêtres latins seulement eurent Ia£Mmlte de demeurer pour desservir l'église du Saint- Sépulcre I et furent exemptés du tribut. <r Quelques zélés mosulmans , poursuit fauteur , araient conseSIé à Satadtn de détruire cette église, prétendant qu'une fois que le tombeau du Messie serait comblé et que la cbarroe aurait passé sur le sol de l'égiise , il n'y aurait plus de motif pour les chrétiens d'y venir en pèlerinage; mais d'autres jugèrent plus convenable, d'épargner ce monument religieux, parce que ce n'était pas l'église , mais le calvaire et le tombeau qui excitaient la dévotion des chrétiens, et que, lors même que la terré eut été jointe au ciel, les nations chrétiennes n'auraient pas cessé d'affluer à Jérusriem. Ils firent observer que lorsque le calife Omar, dans le premier siècle de l'islamisme^ se rendit mtûtre de la ville sainte, il permit aux chrétiens d^ demeurer, et respecta Péglise du Saint-Sépulcre, n L'auteur arabe ajoute (|ue pourtant plusieurs tettibeaux de princes et de capitaines francs, élevés près de la chi^elle de la Sacra, furent 'renversés par les vainqueurs.
Pour ce qui est du séjour de Saladili dans Jérusalem , le récit des Arabes n'eât rempli qnv* de détails d'églises , d^e chapelles et db temples qui presque tous furent changés en mosquées. Nous idlons répeter ce qu'ils disent.
Ibn-aïadr rapporte qu'un des premiers soins de Saladin fut de faire restaurer la mosquée Alacsa, bade par le calife Omar, sur remplacement du temple de Salomon, et qu^ fournit pour cet objet des marbres, de Vargentdori de Constantinoph, et d'autres objets de prix. U ajoute que les musulmans, par suite de leur horreur ppur les images, ne laissèrent pas le moindre vestige des figures que les chrédena y avaient représentées.
De son cAté, le cadi Mogireddin nous apprend que tous les princes de la famille de Saladin s'empressèrent de venir en ce lieu rendre hommage & Dieu. Malek-adel se distingua pardessus tous les autres. Son neveu Taki-eddin fit aussi une action très- belle : il se rendit avec une grande suite à la chapelle de la Sacra (l); et prenant lui-même un balai, il nettoya
(i) Il y a enynron deux cents ans que Deibayes a obseirtf que fei mnaulmans ont une grande dëTOtion à cette chapelle, â Cenx, dit-if,
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le sol de toute ffirmondice ; ensaîté il lava avec de Peau les murs et les lambris , a plusieurs reprises \ puis il j passa de Feau de rose; et après avoir aîn^ ptirifte ce saint lieu , ii distribua d'abondantes aamânes aux pauvres. Afdal et Azr^ , f^I^ de Baladin, suivirent le même exemple, et déposèrent ïeiii'S* armes dans la chapelle, montrant par- là qu'ils n'avaîetot eu en vue dans cette guerre que la gfoirè de Dieu.
De plus, suivfitnt Emad-eddîn, le suhatt fit découvrir le /nibrab de la mosquée (i), devant lequel les templiers avaient eleve' un mur, et qu'ils avaient converti en grenier à ble\ d'antres disent éti un lieu d'aisance. Ce' lieu devint un emplacement Vaste et commode, oti;Ies musulmans pouvaient vaquer à lat. prière. Safadin y fit placer une chaire.' a Lé mîhràb, poursuit Emdd-eddin, fut purifie : on eterrdit par terre de beaux tapis; on suspendit des lampes à ÎK i'butej,' et on 7 lut les paroles descenaues du ciel (l'Âlcoran ). L'a vérité revint; le mensonge prit la fuite. L'Alcoran prévalut; févangife fut bantii. Tous nos rites se célébrèrent : on pria pour le calife et le'sultan; les béne'dictions devinrent générales, et la douleur s'enfuit. Ce qui e'itait caché fut decou* vert ; les anciennes institutions furent renouvelées ; les versets de l'Alcoran. lus en public; les signés de notre religion arborés. On entenditTa voix de ceux qui appellent à la prière j les .cloches se turent. La foi exilée revint dans son asile : les derviches, les dévots, les grands, les petits, tous vinrent adorer le Seigneur; du haut de (a chf^ire s'éleva une voix qui avertît les croyans du jour dé là résurrection et du jugement dernier. '9
Par-!u Pauté^r fart allusion à la céréi^onie qui eut lieu d^Ds la 'mosquée,' le premier vendredi qui suivit l'entrée des ikhisulmans dans la ville saiîi(;é. On sait que les jours de Vièttdredi la prière est pour les musulmans de précepte; on s^t aussi que ce jour-là, après Poffice, le prédicateur monte en chaire pour faire aux assistans \iùe espèce de prône,.
9 qui oQt qaelfpie aistbce , fondent de qnoi entretenir «près lenf • mort quelqu'un qui lise dans la chapelle FAIcoran à leur intention. » Vojez ï Itinéraire de M. de Chateaabriant , t. Il, p. 373 , et Guillaume de Tjr, dans Bongars , p. 748.
(1) Le mihr*b est ia partie de h mosquée qui se dirige du côte' de ia Mecque. Tons les musulmans, en faisant la prière , doiVent étr'é tournés de ce cdté. -
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Nous idlons laisser parler l'auteur arabe , qui fut temohi de ce qu'il raconte.
m Le sultan n'avait encore désigne personne pour prêcher ; quelque»-ans disaient : « Plut à Dieu que je fusse chargé des • honorables fonctions d'imam! si j'avais ce bonheur, peu » m'importe qui les remplirait après moi. n Le vendredi matin , au point du jour , on se demandait: « Qui le sultan a-t4l » nommé pour prêcher? .» Le temple était plein ; l'assemblée attendait avec impatience; tous les jeux étaient fixés sur la chaire ; les oreilles étaient attentives , et les cœurs vivement émus ; les larmes coulaient. On manquait de sièges pour la multitude des assistans; on se disait: « Heureux ceux qui ont » vécu jusqu'au jour où l'islamisme est ressuscité ! Quelle belle n fête ! quelle belle assemblée ! que la dignité d'imam e^t » glorieuse dans une pareille occasion ! Quel règne que celui 9 des Ayoubides! Y a-t-il eu dans les contrées musulmanes » une assemblée autant honorée de Dieu?»
« Enfin le sultan ordonna au cadi Mohi-eddin-aboulmaalimohammedy fils de Zeki, de faire lès fpnctions de katib ou
1»rédicateur. Cette déclaration répandit une sueur, subite sur e front de ceux qui aspiraient au même honneur. Pour moi, dit l'auteur, je prêtai au cadi le vêtement noir que j'avais reçu en don du calife. Le cadi monta en chaire : le discours qu il prononça excita notre admiration ; ses expressions étaient promptes et facile3 ; il joignit la prière à Fexhortation , et f exhortation à la prière ; il exposa les prérogatives et la sainteté de Jérusalem ; il parla de la purification de la mosquée ; il dît un mot sur la fuite des prêtres et le silence de$ cloches. Dans sa prière , il nomma le calife et le sultan , et termina son discours par un verset de l'ÂIcoran où Dieu ordonne la justice et les bonnes oeuvres. Son discours fini (l) , il descendît 4^ chaire et fit sa prière dans le mihrab , çn commei^çant par les mots : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux, n
ù Ensuite le sultan fit sa prière dans la chapelle de !a Sacra. Les assistans étaient rangés autour de lui, faisant des vœux pour l'éternelle durée de sa gloire. Tous les visages étaient tournés vers la Kibla, du côté de la Mecque; toutes
(l) Le discours doiu a été conserrë tout entier par Ibn-kbalecan dans ses Fies des Hommes illustres, à l'article Saladin. On en trou-» yera un extrait dans V Histoire des Croisades, t. II , p. S4S.
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les mains étalent élevées vers le ciel. Le sultan put entendre les vœux qu'on faisait pour lui.
«r Les Francs avaient bâti une église au-dessus de la chapelle de la Sacra. C^t édifice avait courbé la forme de la chapelle et altéré ses traces antiques. Les chrétiens avaient cou-/ vert la chapelle de peintures plus laides que la nudité même des pierres; ils y avaient élevé des statues. On j voyait unautel et des logemens pour les prêtres. Là était déposé le * livre des évangiles ; une coupole dorée avait été construite ; au-dessus de l'endroit marqué par l'empreinte du- pied de Mahomet y et que les chrétiens dkaient être la trace du pied du christ La coupole était supportée par des colonnes de marbre de la plus grande élégance. Le sultan fit tout rétablir dans son. ancien état, et la roche fut revêtue d'une griUe de fer.
On lit au sujet de la roche, dans Ibn-alatir, « que leschrétiens l'avaient recouverte de marbre, et cela parce que plusieurs fois^on avait surpris les prêtres détachant des morceaux de cette pierre pour la vendre, au poids de l'or, à leurs frères d'occident ; cette pierre passait pour porter bonheur. A leur retour, les chrétiens bâtissaient des églises et plaçaient ces fragmens sur l'autel principe. Tel fut le motif qui porta on des rois préoédens à faire revêtir la roche de marbre , de peur qu'il n en restât bientôt plus de trace ; mais le sultan la fit découvrir et ordonnad'j tenir des exemplaires de l'Alcoran
Eour l'usage de ceux qui viendraient faire la pfière en ce eu. n y établit même des lecteurs de l'Alcoran, et affecta à' leur entretien des biens considérables. Aussi L'islamisme reprit bientôt racine , semblable à un jeune arbre plein de vigueur. Personne, ajoute l'auteur, depuis le calife Omar jusqu'à Saladiui à qui Dieu fasse miséricorde, n'atait eu la gloire de prendre Jérusalem sur les chrétiens. 0
ail fut ensuite question de placer une chaire dons Ja chapelle ; on fit idors souvenir le sultan que vingt ans auparavant Nonreddin en avait fait faire à Alep une très-bonne et très-solide , dans la vue de l'envoyer à Jérusalem , si jamais il en étattmakre ; on ajouta que cette chaire avait coûté plusieurs années de travail, et qu'il n'existait rien de si Jbeau dans Fislamisme. Saladin la fit cionc apporter d'Alep et la plaça dans un lieu convenable. C'était un -monument de. la pieté de Noureddin et une de ses meilleures œuvres. Dieu lui fasse miséricorde! 9
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« II j arait «or la «caupole de la Sacra une graade croix d'or. Le jour qae la ville se rendit, plastenrs nàmuiiBans mon* tereot au haut pour l'abattre. A ce spectacle les jexa des chrétieos aussi bien que des musulmans se tournèrent de ot cÂte'. Quand la croix tomba, il s'élcTa un cri gênerai dans la ville et les -environs : c'étaient des cris de foie de la part des musulmans, des cris de douleur et de rage de la part des chrétiens; le bruit fut tel» qu'on eut cru que le monde allait s'abîmer, v
Le cadi Mogir-eddin n^porte qae Saladia , après avoir retai>li le mihrab de la mosquée Alapsa, j fit placer nné inscription en lettres d'or, qu'il: dit avoir lue plus tard de ses jeuix ; elle était ainsi conçue : a Au nom du Dieu clemeal m et mitcrîcordieox. Ce ssiint mibrab a été rétabli, et la mes* n quée Alaesa , ouvrage de la piété' des fidèles , a été restaurés 9 psr ordre du serviteur et amide Dieu , Josepfc , fils d'A voub , • le victorieux Malek-nasser Saiai&i,. lorsque Dieii lai ouvrit « lea portes de la ville sainte , dans le cours.de Fan née MS. D 9 prie Dieu.de lui faire I» grâce qu'il soit reconnaissant de ce 9 bienfait,. et de lui accorder une bonne part à scb' bontés et à 9 sa miséricorde (l).0
De plus, au rapport d'ânad^din, Saladniv établit dans l'égUae de Sainte-Anne un coUége de faqum de la secte de SchafifL U s'j décida sur l'afvis de plusieors decteurs et gens pieux; La aiaison du patriarche, près de l'église du Sainl- Sépolcre^ fut donnée à une communauté de soplits. Le sul* tan assigna à ces deaz étaUissemens des re vernis eonsidé-
(i) N<nu ignorons si cette inscription existe encore. IViirr lâ oomnwdittf des .penonnet qui annient à visiter le motqoëe , nons eu donnerons le texte :
Jl>.l, igoJI O0j£m Aeljjf.W jL^yj «U.>j CJVU^J
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rsbies; il instHmi plusieurs fondations semblables en faveur des lantres commiinaates musulmanes: II établit aussi des eoUeges pour Tiostruction de la jeunesse.
Saiadin distribua tout le butin fait dans la riHe sainte à ses serviteurs. Les richesses qu'il donna en eette occasion furent immenses; et comme qoelqu^ln lui eonseittait de resé^rer cet argtmt fMr tes cas imprévus , il répondit : « J'espère en 9 Dieu, qnîf ne <r^ûmipe jamais. 9 Au moment de son ehtre'e dans la ville ;. cmq mille musulmans s'y trouvaient retenus prisonniers. Il leur donna à tous des vétemens, leur parla avec bonté» et les renvoya ebest euY.
Sur ces entrefaites , le cookmandant de Sidon et dé Bér jte manda au sultan que les chrétiens tfe fcNrtifiaient de plus en plus dans' Tyr, et qu'il était tttjgent d'arrêter ees pi^épara* tifs. Saladin se- hâta- de mettre ordre aux affaires de fat ville sainte-! il adressa «u calife de Bagdad une longue lettre, où il lui rendait edtnpte de fa victoire de Tibériade et de ses brilipmtes con^uétes^; il en écrivit une antre, sur le même sujet, à son fràre Soîf-elislam , gouverneurde l'Arabie (1). Cdafinr, il se mit en uhéfdie. ...
s XLL
Saudin aniége Tjt«— II ^fft repooMé.
Suite de tannée 583 [novembre H87]. Ibn^Iatir fait observer que la viJte de Tyr, quoique^des plus fortes et des plus importantes de. la Paiestine-i eut été dfabord prise, «si Saladin Favait atta^ve'e tout de suite après la bataille de Tibériade \ elle était alors sans défense. oRfalbeureusement, dit-il, le sultan S exagéra la force de ses murailles et crut devoir çomiijP^ii^er par les places voisines ; et quand il revint pour l'attaquer , il rencontra der obstacles insurmontables. En vérité on ne peut aller contre le décret de Dieu. 9 ^
Vers le temps de la bataille de Tibériade, un Franc d'occident, nofludé le Marquis, que Dieu maudisse (9)! tiéuh
(1) Ces deux lettres ont été mppmrt^es par le compiistenr des* Dem» JmrdiiÊS,' Comme elles n*olfrent rieo de partieulier, nimsles' passons MHS «lence.
(s) Ccst le fcaieaz Coarsd , nurqais de MoBtferrat.
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^ mis en mer arec quelques marchandises pour venir com* " mercer en Syrie. II se présenta à l'entrée du p<H*t d'Acre, au moment où cette ville venait de tomber au pouvoir «les musulmans. II ne tarda pas à s'apercevoir d'un changement : il n'entendit pas le son des cloches ; les habitans lui parurent autrement habillés qu'à l'ordinaire ; tout cela lui donna des soupcona, et il s'arrêta dans l'attente de qiielque nouvefle. D'ailleurs , l'air était calme et il ne pouvait se remettre en ; men.Afdal, fils de Saladin , avait alors le gouvernement \ d'Acre. Afdal ayant fait demander au marquis c.e qu'il voulait, il commença par questionner le député, .et.apprit de lui la défiûte de l'armée chrétienne, la prise d'Aere^t des villes voisines; il apprit aussi que Tjr et Ascalon tenaîe»! encore. Alors il fit semblant de se résigner et de voulc^ir de'bi^quer dans le port avec ses marchandises (l) , etjpriaie«d^Kité d'en aller demander la permission. Sa demande aj^ant été acoor* dée, il en fit une seconde, puis une troisième, jusqu'à ce
Iu'enfin le vent ayant change, il remit à la voile et abordai *yr. Tyr renfermait à «cette- époque une mttititude înaombrable ; cette ville avut servi de refuge aux habita ns d'Acre^ de Béryte, et de la plupart de» places de la câte prises par Saladin : mais 1<^ chrétiens manquaient de chef, et n'avaient avec eux aucun homme exercé dans l'art de la guerre ; telle était leur frayeur, que déjà ils pensaient à écrire à Saladin pour lui demander a se rçndre. L'arrivée du marquis releva les cœurs abattus. Il se fit livrer la ville en souveraineté, et les habitans lui prêtèrent serment de fidélité. L^'mariquis était un diable incarné poat l'artifice et le courage. Il fortifia Tyr avec le plus grand soin; il fit creuser de nouveaux fosses , répara les murs , sépara la presqu'île où est bâtie la vjHe du continent, et fit de Tyr une espèce d'île itiaccessible au milieu des eaux (9).
(0 Cette proposition ii*étaît qaune femte, et fe mftH|aM Conrad venait » non pour faire le commerce , mais pour sesignàlerpèr qneiqae exploit. Cependant les antenrs arabes ont tons prisCMinui poorun riche marchand.
(s) On aura une idëe du bon efiet des mesures du marquis Conrad et du grand nombre de chrétiens qui s'étaient réfo^ëB.àTyry par lea expressions dont se sert Emad-eddin : « Cette viHe était devenue le siège des fraudes des infidèles, le md de leurs perfidies, ïmeàie des fugitifs et le refuge des vagabonds. Le marquis était le plos perfide
DSS CR0IBA0B8. f%i
« Saladîn arrira devant Tjr le 19 de ramadan [mois de novembre], et campa près d'un ruisseau dans le voisinage. Son întentiod , pour le moment, n'était que d'ejinminer les environs de la place, en attendant l'arrivée de toutes ses troupes. Le 99 , il transféra son camp sur une montagne voisine , pour mieux diriger de ce lieu élevé les travaux du siège. Les postes furent distribués à l'armée, et chaque division eut ses heures particulières pour combattre. L'attaque commença sar-Ie-champ ; mais les Francs , favorisés par leur position , auraient pu faire face à une multitude innombrable. La ville ressemblait à une main avancée dans la mer, et ne tenant que par le bras à la terre. C'était sur ce bras que devait se
f>orter tout l'effort du combat. Les musulmans employèrent es pierriers, les bidistes, les catapultes, et les autres machines de guerre. Les fils de Saiadin , son frère Malek-adel , son ne» veu Taki-eddin , avancèrent tour-à-tour ; leur exemple fut suivi • par les émirs : mais les assiégés, montant sur des barques etd'autres petits bâtimens, se montraient à -la -fois sur les deux cÂtés de Fisthme, et repoussaient ks assailians; leurs traits s'avançaient d'un cAté de l'isthme à l'autre. En vain le sultan fit venir une flotte de dix vaisseaux d'Acre pour éloigner les navires chrétiens et assiéger Tyr par mer et par terre : un matin que les équipages de cinq^ vaisseaux musulmans placés à l'entrée du port étaient endormis , les assiégés les attaquèrent à l'improvbte et s'en emparèrent; les vaisseaux qui restaient n'étaient plus en état de fermer l'accès aux navires chrétiens , et ils reçurent ordre de se rendre a Béiyte. En route, les chrétiens les poursuivirent et les obligèrent d'échouer sur la c6te; ainsi cette flotte ne fut d'aucune utilité. Vers le même temps , les assiégés firent une sortie hors de ristfame et livrèrent aux.musulmans un combat terrible (l).
« Alors le sultan assembla ses émirs pour leur demander conseil. Les avis furent partagés. Les uns dirent qu'il valait mieux se retirer à cause des pertes énormes essuyées par l'armée et du découragement général; ils prétendirent que
et le plus redoutable des Francs , le plus adroit des loups de Tyr, le plus impur de ses chiens et le plas rase' qai se pàt imaginer. •
(i) Les e'ye'nemens sont ici racontés d^ane manière fort incomplète; cest dans les auteurs cbrëtîens -qu*il faut chercher un récit plus satisfaisaot.
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rhiver etaaC proche , un plus long retard pouvait rendre la retraite désastreuse. «Vous prendrez du repos, dîrent-iia au j» sultan; vous en ferez prendre à vos troupes; et lorsque le » printemps sera venu, nous-nous rassemblerons de nouveau; n nous recommencerons le siège; nous achèverons de sou* V mettre les places chrétiennes, n Tel fut l'avis des riches , qui craignaient que le sultan ne leur demandât de l'argent ; car le ti*ésor était épuisé, et il n'y restait pas une dragme. D'autres soutinrent, et avec raison , qu'il valait mieux poursuivre le. siège, a Tjr, dirent-ils, est devenu le principal bonn levart des Francs : hatons-nous de nous en rendre maîtres. n Alors nous n'aurons plus rien à craindre des chrétiens • d'Occident, et nous prendrons facilement ce qne les Francs m possèdent encore (l). » Le sultan, indécis, resta encore un moment ; mais ceux qui avaient opiné pour la retraite refusant de le seconde, il fut forcé de se retirer. On était alors à la fin de schoual [ commencement de décembre]. Les troupes musulmanes reçurent congé jusqu'au printemps; les guerriers de MoussquI et de la Mésopotamie rentrèrent dans leurs foyers; ceux d'Egypte et de Syrie suivirent le même exemple; et Saladin resta seul avec sa garde dans Acre.
Telle fut l'ift^e du fameux siège de Tyr. On ne peut nier que , sans la résistance qu'opposa le marquis , c'en était fait de cette ville, et avec elle du reste des colonies chrétiennes. Ibn-alatir accuse ici Saladin de légèreté et d'imprévoyance. «Sidadin, dit-il, n'aimait pas les longues entreprises: sa coutume, quand un siège aurait trop long-temps, était de se dégoûter et de s'occuper d'autre chose. Aussi , toutes les villes qu'U conquit, il les prit en quelques jours. A la vérité, au siège de Tyr, ce furent les troupes musulmanes qui se rebutèrent les premières ; mais Saladin seul était coupable d'imprévoyance. N'est-ce pas lui qui avait laissé aller i Tyr ks habitant d'Acre, de Jernsdem et d'autres villes! N'est-ce pas lui qui avait donné aux chrétiens le temps d'envoyer demander des secours en Occident et d'en recevoir une réponse
(l) Dans Xéi».t où se troavaient les colonies chrétienaes, i^nr seul espoir devait être dans l'Occident; et le port de Tyr éuit nn asfie ouvert aux flottes d*£urope : ii était donc de Fintërét de Saladin dV entrer le plus tàt possible , afin d'ôter aux chrëtiens cette dernière ressource.
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favorable? En effet, les Francs d'Occident avaient recommande à leurs frères de conserver Tjr comme un lieu de rendez-vous pour les troupes qu'ils allaient envoyer, et cette re'ponse avait ranime leur courage. Nous montrerons, s'il plaît à Dieu, par la suite, quel fut le résultat d'une telle conduite. C'est afin que l'on sache que le chef d'un état ne doit pas ainsi négliger le succès de son entreprise. II est bien plus glorieux de savoir décider la fortune en sa faveur , et de ne pas rester au-dessous par son courage, que de triompher par la temeVite et par une fausse hardiesse , et d'être justifie par le succès aux yeux de la foule (l). «
Saladin, pendant son séjour à Acre, s'occupa des préparatifs de la campagne prochaine. Dans ce même temps, il fit écrire à ses parens et à tous les princes voisins , de longues lettres où il retraçait en style pompeux et déclamatoire les événemens de cette guerre. Ces lettres ont e'te conservées par le compilateur des Veux Jardins, D'autres sont citées dans i. l'Histoire des patriarches d'Alexandrie. Celles-ci, adressées aux gouverneurs des provinces d'Egypte , se terminent ordinairement par une invitation aux musulmans de se livrer à la foie, de remercier Dieu de ses bienfaits, d'illuminer, de tapisser lea rues, &c. Ces usages, pratiqués en Orient ainsi que chez nous, s'y retrouvent encore. Dans ces sortes d'occasions , on fait apparaître les corps des arts et métiers et les milices : la foule défile dans une marche solennelle; toute la population se livre à l'alégresse (9).
(l) Ces paroles sont si singulières , sur-tout dans la bouche d'un auteur arabe , qtt*il sera bon de donner le texte.
(«) Voyez les Voyages de Jean TheVenot, t. III, p. 119 etsuir. Voyez aussi le Tableau de V empire ottoman, par Mouradgea d'Ohsson, t. IV, p. 408 et suit. , et les Annales d*Aboulféda, t IV, notes de Reiske, n<> 41S.
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S XLn.
NoiiTefle» conquêtes de Sdadin far let clirëtîeiii.
An 584 [1188]. Dès que Iliiyer fut passe, Saladin se . mit en campagne. En ce moment j toute la Palestine était soumise, depuis la ville d'Acre jusqu'aux bords de la Mer Rouge. Il ne restait plus aux chrétiens , de ce côte et dans l'intérieur des terres, que Sefed, Carac, Schaubec et Kaukab. Kaa- Lab appartenait aux hospitaliers , Sefed aux templiers ; l'une et l'autre place étaient voisines de TibeViade. Pour Schaubec et Carac, elles étaient situées aux environs de la Mer Morte. Le sultan, suivant Ibn-alatir, eut vivement désire s'emparer de ces villes avant de se porter plus au nord ; mais jugeant à leur situation avantageuse que le siège en serait long, il laissa le soin de l'attaque de Kaukab a un de ses émirs. i Maleknidel eut ordre d'observer les villes de Carac et de I Schaubec : pour lui, il se rendit à Damas, où il reçut des ' lettres de felicitation des divers princes de l'Orient. II écrivit de tout cote pour qu'on pressât la marche des troupes. Le rendez- vous gênerai e'tait la cam^pagne qui avoisine le lac d'Émesse. Le premiei* arrive fut Émad-eddin , grince de Singar et de Nisibe en Mésopotamie ; vinrent ensuite les troupes de Mousson! et des autres contrées musulmanes.
Le prince de Singar est celui que Saladin avait dépouille ^ quelques années auparavant de la principauté d'AIep. Llis- * torien Emad-eddin rapporte qu'après avoir fait dresser se\ tentes, le prince invita le sultan à venir honorer son camp de sa présence. Saladin y consentit , et fixa au prince un autre jour pour le Tecevoir à son tour. Les deux souverains se firent mutuellement des presens et se témoignèrent une affection sincère. Comme on était alors dans la saison des abricots, Saladin en fit venir de Damas, qui servirent à égayer l'entrevue. Ces fruits , sur les assiettes , brillaient, dit l'auteur, comme des étoiles; on les eut pris pour des boules d'or natif, et l'ecIat qu'ils jetaient ressemblait à celui des fruits peints sur les drapeaux du sultan (1), On servit aussi de la neige
(l) Sdadin avdt adopte pour couleur la couleur jaune; cVtail ausfii celle de ses mameloucks et de ses gens, et ses drapeaux dtaient de la même couleur.
méiëe avec da miel. Les deux princes eurent ensemble des entretiens frequens , soh à pied , soit à che^d , sur les opérations de cette guerre.
L'armée ne tarda pas à se ^rassembler , et ie sultan se porta, non loin de la ville de Tripoli, yers le château des Curdes. « Je me trouvais dors àParmee, dit Ibn-idatir (l). Le sultan, ,
Ïres s'être arrête deux jours devant ie château des Curdes , i a ravager les campagnes de Tripoli. Sur ces entrefaites, on vit arriver celui qui servait de cadi ou juge aux musulmans de la ville de Gible, dans la principauté d'Antioche : ce cadi était un homme d'un grand sens , qui jouissait de beaucoup de crédit auprès du prince d'Antioche. II venait offrir à Saladtn de lui faire livrer Gible et plusieurs autres villes du voi- \ sînage. Aussitôt le sultan se porta vers le nord. En chemin il occupa Tortose, qui ne fit aucune résistance (9). II restait encore deux tours dans le voisinage : l'une se rendit et fut sur4echamp démolie; l'autre étant défendue par les templiers , Sidadin ne crut pas devoir l'attaquer et se remit en marche. Sur sa route était la forteresse de Marcab ; ce château appartenait aux hospitaliers , et pfltssait pour imprenable: Saladin n'osa pas en entreprendre le siège. Cependant ia n\ontagne où s'élève Marcab domine le chemin de Gible; d'un cote de la route , à gauche, est la mer; a droite est la montagne : ce chemin est si étroit que de^x hommes n'y peuvent passer de front. En ce temps là il était venu die Sicile une flotte chre'tienne de soixante vaisseaux commandée par un chef nommé Margarit : ce chef, étant instruit de la
(l) Cegt auMÎ à Ta même <fpoqne que rhistorien Boha-eddin, que nous citerons dësormais fort souvent, s'attacha à la personne de Saladin.
(9) Boha-eddin rapporte que Tortose fut enlerëe par surprise. La veille, Saladin «'attendant à Teffet de f attaque inopinée qu*il méditait , avait dit : Demain nous êtnerons à Tortose, An bruit que cet événement occasionna, ies valets et les ouvriers qui étaient occupés à dresser les tentes, accoururent aussi pour prendre part au pillage ; en un moment, tous les gens de f armée furent dans la ville. Marin rend ainsi ce passage (tome II de son Histoire de Saladin, page 106) : V Après la prise de Tortose , Saladin ajant demandé qu'on lui servît à manger, on lui répondit que tous les domestiques et les officiers de cuisine étaient dans la ville occupés à pilier. // faut espérer, réplrqua-t>il en souriant , qu'ils nous apporteront le diner de nos ennemis. •
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marche du sultan , Tint se placer à ia hauteur de Marcab , -pour couper le passage à l'armée musulmane. Saladîn fut oblige de faire placer le long de la route , du câté du rivage , des archers qui fermassent raccès aux chrétiens. Enfin il arriva, précédé du cadi, devant Giblé, qui ouvrit ses portes. En vain les chrétiens essayèrent de se défendre dans ta citadelle; le cadi, par ses représentations et ses menaces, les engagea à se soumettre. Dans ces conjonctures, les habitans des montagnes voisines vinrent faire leur soumission. Ce fut un événement très-heureux pour le sultan ; car ces montagnes étaient inaccessibles, et les chemins qui j mènent impraticables. Les chrétiens y avaient construit un château nommé Kesraïl, qui interceptait les communications de Hamah avec la mer ; les musulmans ayant pris possession du château, les communications furent rétablies.
tn Le suhan se porta ensuite à Laodicée, et trouva la ville abandonnée. Les chrétiens s'étaient retirés dans deux cfaa* teanx situés sur une montagne voisine; le cadi de Giblé Îarvint encore à leur faire peur. et les engagea à descendre, .aodicée était une ville bien bâtie et ornée de beaux édifices; on y voyait des marbres de toute espèce : les musulmans détruisirent tous les édifices, sur^tool les églises, et emportèrent les marbres. Saladin donna Laodicée à son neveu Taki-eddin , prince de Hamah , avec ordre d'y faire les réparations nécessaires.
n Tandis que Saladin était encore à Laodicée , l'amiral Margarit se présenta avec sa flotte à l'entrée du port Marga- I rit fut si inaigné du peu de résistance fait par les habitans, que dans sa colère il menaça de massacrer tous ceux d'entre eux qui tomberaient entre ses mains. Les habitans , efiirayés , se mirent sous la protection , du sultan, s'obligeant à lui ' payer un tribut annuel. Ils obtinrent à cette condition de rester dans la ville. Cependant Margarit fit demander une entrevue à Sidadin. En le voyant, il baisa la terre par respeet et parla à-peu-près ainsi : « Vous êtes un sultan plein de » bonté et de générosité : les maux que vous avez causés aux 9 chrétiens les ont réduits à l'humiliation. Laissez-les en paix n et ils seront vos esclaves; ils combattront sous vos ordres. , n Avec leur appui, vous soumettrez des cités et des royaumes; n mais avant tout, il faut leur rendre les villes qu'ils ont perj» dues; sans cela il viendra d'Occident des forces auxquelles 9 VOUS ne pourrez i*ésister. m Saladin répondit qu'il s,'inquié-
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tait fort peu des guerrierB d'Occident : u Qa'ib viennent^ n a)outart*iIy et ib subiront ce qu'ont subi leurs frères , la n mort et la captivité, n A ces mots , le commandant Margarit fit un signe de croix et se retira (l),
n Le sultan, ayant mis ordre aux araires de Laodicée, se porta contre la forteresse de Sobioun* Cette forteresse était située sur le prolongement d'une montagne , entourée dans presque toute sa circonférence d'une, vallée ]Nrofonde qui se rétrécissait en quelques endroits. Du câté où la forteresse était accessible, on avait creusé un fossé très-profond et pratiqué* trois enceintes l'une dans l'autrq.X'es xpusulmans firent jouer toutes leurs macbines i-Ia-fois, et parvinrent jusqu'à la première enceinte ; ils franchirent successivement la seconde , puis la troisième I et enÇn les assiégés capitulèrent aux mêmes conditions que la ville mainte..
» Quelques jours après, Sala4in alia devant le cfaateau de Becas, qu'il trouva abandonné; de là il se rendit devant la forteresse de Schoer, place si heureusement située que tous les efforts de l'armée musulmane furent d'abord vains. Aussi on émir dit ; «Je crois que ce ohateau est un de ceux de oui 9 Dieu dit : lU ne pourront les prendre, quelque effort qu ils » fassent 9 Saladin répondit paf cet antre passage de FAIcoran : « Enfin il nous vient du secours de Dieu, et la victoire est i9 proche, » En effet, le sultan prononçait à peine ces mots, qu'on vît paraître tout-à-coup un chrétien du haut de la forteresse, lequel demandait à traiter. Les chrétiens sollicitèrent un délai de trois jours , passé lequel Sis promettaient , s'ils n'étaient secourus , de se rendre. Déjà ils avaient écrit au prince d'Antîoche , dont ils dépendaient, pour l'instruire du danger qui les menaçait; comlne ils ne reçurent pas de réponse, ils ouvrirent leurs portes. La vérité est que Dieu avait rempli les chrétiens de frayeur; sans cela ils auraient pu tenir un temp^ infini. »
Sur ces entrefaites, Dahef , fils de Safadin, occupa Ser-
(1) Emad-eddi^ fait tenir ce discoart à Saladin : « Dieu uoqb a
• ordonné de faire régner la jostice rar I^ terre ; nona bbëironi à aes w ordres. Notre devoir est de faire la gnerre aux infidèles : Dien nous
• a mis en possession de leur pays; et quand tonte la terre se réunirait 9 contre nous , pleins de confiance dans le Seignenr, nous irions aux
• enneinis sans nous inqoiéter de leur nombre. *
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minie , et permit aux habitans de rester mojennant un tribut annuel. Ces villes dépendaient de fa principauté d'Antioche, ce qui affaiblit beaucoup le prince de cette ville, o Ce qu'il y eut de fort singulier, ajoute Ibn-alatir, c'est que toutes ces places furent prises un f ottr de vendredi , dans l'espacé de cinq semaines. Gloire à Dieu , qui a rendu facile ce qui était difficile! »
Boha*eddin remarque sur ce même sujet que les musulmans choisissaient de pre'ference , pour monter à l'assaut , les jours de vendredi , jours consacre's par les disciples de Mahomet a la prière. « Une circonstance si singulière, ajoute-til, est un signe manifeste que Dieu exauçait les vœux faits en ce jour par les fidèles à fa mosquée, et une preuve du bonheur du sultan ; puisque Dieu lui ouvrait les portes des forteresses le jour ou les bonnes œuvres doublent de prix. C'est assurément le seul exemple qui existe de conquêtes faites toutes un vendredi. Jairiaison ne vit tien dé semblable.»
Snice en conquêtes' de Sftladm.
Suite de Vannée 584 [1188»] Ibn-alatir reprend ainsi : u Saladin se porta ensuite contre la forteresse de Berzie, située dans le voisioage d'Âpame'e, dont e)Ie n'est sépare'e
Sue par le lac formé par i'Oronte et les sources qui descenent des montagnes voisines. Les musulmans avaient beaucoup à souffrir du voisinage de cette place, âaladin se présenta avec ses machines pour l'attaquer ; mois jugeant qu'un tel siège , conduit d'après les règles ordinaires , serait fort long, il résolut de brusquer l'attaque. Par ses .ordres, l'armée fut divisée en trois corps , qui devaient se relever sans interruption. Le premier corps s'avança sous la conduite du prince de Singar ; quand il fut fatigué, le second le remplaça ; celui-ci était composé de la garde du sultan , et il combattit avec beaucoup de valeur. L'air était alors fort chaud et les soldats souffraient beaucoup de la soif. Saladin, pour les animer, mit {'épée à la main ; son neveu TaLi-eddin on fit autant. On combattit ainsi jusqu'à midi; et au moment que les soldats, hai^assés de fatigue, commençaient à^eretii^er ,
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Soladin accourut pour les retenir; en même tempe ie troisième corps s'avança pour prendre part au combat Le mouvement se communiqua au premier, qui venait de se reposer. Toute l'armée fondit à-Ia^fois sur. les chrétiens , les culbuta et entra avec eux dans la place. En vain les chrétiens essayèrent de gagner le haut de la citadelle. Quelques prisonniers mu* sulmans qui s'y trouvaient enfermés y les ceps aux pieds , entendant le cri de victoire de leurs frères, y repondirent. A ces cris, les chrétiens s'imaginèrent que les prisonniers avaient rompu leurs chfûnes , et ils s'offirirent eux-mêmes prisonniers. La place fut aussitôt saccagée et évacuée (i). « Le seigneur de Berzié avait été, au milieu du tumulte, chargé de chunes avec si^ femme et ses enfans , et les soldats se les étaient tous partagés. Saladin se hâta de les racheter et les renvoya en liberté , chargés de présens. 0
Ibn-aliitir lijoute que le sultan en usa ainsi à cause que la femme du seigneur de Berzié était sœur de la femme du . prince d'Antioche; or la princesse, ^ajoute Fauteur, avait lfait part au sultan de plusieurs avis qui l'intéressaient, et elle '^] le mettait au courant des profels des Francs. Les chrétiens > se trahissaient donc les uns les autres et hâtaient leur propre ruine.
Le sultan se rendit ensuite au pont de fer ou Pont-Ferrat sur rOronte, non loin d'Antioche. Au raj^iort d'Émad-eddin , il eut un moment l'idée d'attaquer cette ville; il y renonça, aimant mieux commencer par les places voisines.
On lit dans Ibn-alatir qu'il se porta devant Darbessac , où il arriva quelques jours après. Darbessac était une pl|u;e très-
(1) Marin , dans son Histoire de Saladm, t. II , p. 1 1 4 , a snppoië que Sdadin wniya. le premier sur les remparts , et qne , pareil an grand Alexandre , il sauta tout seul dans la place ; ce qui , ajonte-t-ii , frappa les chrétiens d'une telle admiration , qu'ils mirent aussitôt bas les armes, filau Boha-eddin » qui sert de guide à Marin , n'a pas précisément, dit cela. II se contente de dire que Saladin mena lui-même ses troupes à Tassant, et qu'après avoir fait quelques pas, il s'arréu avec elles pour pousser un grand cri ; après quoi il courut vers les remparts suivi de ses soldats. Là les musulmans poussèrent un nonveau cri et chargèrent tous à-la-fois et comme un seul homme. Bobaeddin ajoute que la montagne où dominait le chAteau avait plus de cinq cents coudées de haut, et que, lorsque les gens du pays voulaient citer une ville forte , ils nommaient Berzié.
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forte 9 appartenaot aux templiers. Elle fit d*abord une vive résistance , dans l'espoir d'être secourue par le prince d'Antioche. Ne recevant aucun appui , elle finit par ouvrir ses portes. Les chrétiens sortirent avec les habits qu'ils avaient sur eux , sans pouvoir emporter rien de plus. Us se retirèrent à Ântioche.
Bohareddîn, qui se trouva à ce sie'ge, rend hommage à la bravoure des Francs. II atteste, avoir vu de ses yeux les assièges eu butte aux traits des assaîUans , et demeurer sur fat brèche aussi fermes qu'un mur. II dit que quand Tun d'eux tombait un autre prenait sa place (l).
Ibn-alatir reprend ainsi ; u Après cette conquête , Saladin proposa d'aller attaquer Bâgras. Cette place et celle de Cosséir étaient les seules qui restassent au prince d'An tioche. Les avis furent d'abord partagés ; les uns conseillaient cette expédition, les autres s'y opposaient « Bagras, dirent ces j» derniers , était jMresque aux portes d'Antioche ; assiéger
• l'une c'était assiéger Tautre : il faudra que la plus grande » partie de Farmée soit en observation devant Antioche ;
• nous n'aurons plus assez de forces pour attaquer Bagras. « Cependant Saladin persista dans son dessein : seulement il laissa la plus grande partie de l'armée en observation devant Antioche. La situation de Bagras était si escarpée , que les machines n'y pouvaient atteindre. Déjà l'on commençait à désespérer du succès, lorsque la porte de la forteresse s'ouvrit. Un député venait demander à capituler : le sultan lui remit sur-le-champ un drapeau qu'on arbora sur les remparts; les habitans obtinrent sûreté et la place fut occupée, ff
II ne restait plus à prendre qu'Antioche. Le sultan en eut un instant l'idée ; mais Boémond , prince de cette ville , se hâta de demander une trêve, offrant de mettre en liberté tous
(i) A cette occasion » Marin , dans son Histoire de Satadin, t. II , p. lis, suppose que Boha-eddin, tout cadî on homme de loi qu'il était, monta lui-même sur la brèche apee les soldats qu*il commandait. Rien de semblable ne se trouve dans le texte. Cependant Marin observe avec raison qu'en Orient les tavans et les gens de loi manient quelquefois IVpëe. Il est possible que Boha-eddin fait fait lui-même; car il dit plus bas, en pariant du siëge de Saint-Jean d'Acre, page i os du texte imprimé , qu'il décocba Iuî*méme quelques traits aux chrétiens.
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les musulmans qui étaient captifs entre ses mains. Saladin j consentit, de peur de mécontenter ses émirs. En effet, les émirs représentèrent avec force le besoin qu'avaient les troupes de repos. La vérité est que Saladin était arrête par la mollesse de ses soldats, et sur-tout des troupes auxiliaires de la Mésopotamie, qui soupiraient après le retour dans leurs foyers. La trêve entre lui et le prince d'Antioche fut de huit mois, à partir du i" de tisrin ou novembre, jusqu'au mois de iar ou juiflet (1). Boemond , prince d'Antioche, était dors . le plus puissant seigneur chrétien de la Palestine : outre An- . tîoche , il posse'dait le comté de Tripoli, que le dernier comte \ lui avait laissé , étant mort sans enfans. ]
Tout étant ainsi réglé, l'armée musulmane fut licenciée et Saladin se rendit à Damas (9). Il avait retenu auprès
(i) Cette trêve ne regardait que lei domaines particufien da prince , et il était libre à Saladin d*attaqner les autres provinces chrétiennes. II y a pins : si Ton en croit Ibn-khidecan , dans seê Vies des Hommes illustres, à Farticle Saladin, Boémond promit par ie traité
3 ne SI , dans Tintervalle des huit mots , il ne recevait aucun secours 'Occident, il se remettrait avec tout ce qu'il possédait à la discrétion de Saladin.
(s) Ibn-ahtir rapporte qu'en chemin il visita par dévotion le tombean du calife Omar, fils d'Abd-daziz, prince célèbre par sa piété. « II visita aussi le schéik Saleh , homme de bien et craignant Dieu, gui par des actes tenant dn prodige, s'était attiré f admiration générale. Le sultan était accompagné dans ce voyage par rémir Ezz-eddin Abou-foléita , prince de Médine, qui ne l'avait pas quitté dans toute cette guerre. Le regard de cet émir était pour lui une source de bénédictions, et sa présence un gage de bonheur. •
A ces détails , qne nous n'insérons ici que comme pouvant servir à faire connaître f esprit des musulmans de cette époque , Boha-eddin en ajoute d'une antre espèce : • Sdadin ayant eu occasion de passer dans le voisinage de Hamah , son neveu Taki-eddin , prince de cette ville , mit tout en œuvre pour rengager à honorer cette ville de sa présence et à aller loger chez lui. Le sultan y consentit. li y eut k ce sujet un grand festin , et après le repas on donna le semât, » Le semât est une espèce de spectacle moitié sacré , moitié profane , où figurent des musiciens , des musiciennes et des danseuses. On trouvera une description «omplète de ce genre de fêtes dans Fezplication que nous avons donnée des sujets représentés sur un vase arabe fabriqué à Monssoui à l'époque des croisades , Description du Cabinet de M» le duc de Blacas, t. II, p. 485 et suiv.
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de lui ses mameioucks et sa garde particulière; et comme quelqu'un lui conseillait de les renvoyer aussi dans leurs quartiers, il répondit : « La vie est courte et le terme en 9 est incertain : ies Francs ont encore entre les mains Rao- » cab , Schaubec , Carac et Séfed ; nous ne devons pas jv mettre bas ies armes que ces quatre places ne soient sou- » mises. Elles sont situées au milieu de nos nouvelles pro- J9 vinces ; si nous les négligions , nous aurions lieu de nous » en repentir. » Sur ces entrefaites , Carac et Schaubec, ayant épuisé toutes leurs provisions , ouvrirent leurs portes; ce fut Malek-adel, qui commandait de ce c6té, qui en prit possession.
Il ne restait donc plus que Kaucab et Séfed. Saladin quitta Damas au milieu de ramadan ou mois de jeune. Si l'on en croit Emad-eddin , Séfed était devenu une place très-incommode aux musulmans. «C'était, dit-il, comme une poutre » dans l'œil de l'islamisme. 0 Séfed capitula après une courte résistance 2 les habitans se rendirent à Tyr.
Le9 guerriers chrétiens enfermés à Tyr avaient fait tous leurs efforts pour arrêter les progrès du sultan. On commençait dès-lors à parler des immenses armemens qui se formaient en occident, et il était très-important pour les Francs de conserver quelques places dans l'intérieur des terres , afin de pouvoir s'établir de nouveau dans le pays. Les chrétiens, au rapport dlbn-alatir, se rassemblèrent en conseil et dirent : « Si les musulmans prennent Séfed, ils » prendront aussi Kaucab. Alors c'en est fait de tout le pays. n Hatons-nous d'envoyer du secours à la garnison, pour qu'elle 0 tienne jusqu'à l'arrivée de nos frères. « En conséquence, les chrétiens de Tyr firent choix de deux cents hommes des plus vaillans et les envoyèrent à Séfed ; mais en route ils furent surpris dans une embuscade, et tués ou faits prisonniers. Au nombre de ces derniers se trouvaient deux hospitaliers qui furent amenés au sultan. Le prince avait coutume de faire mourir tous les templiers et les hospitaliers qui tombaient entre ses mains ; il ordonna donc de massa- . crer ces deux chevaliers. Alors un d'eux lui dit : u Je n'au- I 9 rais pas cru qu'en paraissant devant votre auguste pré- ^ 0 sence, et en voyant votre face, il put nous arriver quelque 0 mal. 0 Le sultan était prompt à pardonner, et recevait volontiers les complimens ; il eut pitié des deux hospitaliers et se contenta de les faire enfermer.
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« Aussitât après la conquête de SeYed (l), le sultan tourna ses eflforts contre Kaucab. On était alors en hÎTer et les pluies rendaient ce siège fort difficile. Cependant, après un trèslong assaut, les musulmans parvinrent jusqu'à la première enceinte , et pénétrèrent enfin dans la place. Les habitans se reYugièrent aussi à Tjr. 0
E|nad - eddin , témoin oculaire , rend ainsi compte du siège de Kaucab : a Nous vînmes à Kaucab, et nous trouvâmes cette forteresse comme attachée aux astres : on l'eut prise, a cause de son eleVation , pour l'aire des aigles et le domicile de la lune. C'est là qu'habitaient les chiens aboyans et les loups perfides (9). Ib s'étaient dit entre eux : « Pourvu qu'il B reste seulement un de nous , il conservera la maison des ff hospitaliers et la préservera de l'infamie. Sans doute les n Francs reviendront dans ces contrées; deTendons*nous de » toutes nos forces, n Cependant les murs battus par nos machines commençaient à s'ebranler ; il se fit de larges brèches. La saison était dure, les pluies étaient abondantes; les torrens coulaient de toute part; le sol se couvrait de boue; à tout moment il fallait re'tablir les tentes ; les pierres se déplaçaient, les cordes se relâchaient , les tentes tombaient ; le ciel était obscurci par les nuages : et pourtant , malgré l'abondance des pluies, nous manquions d'eau bonne à boire. Les mulets tombaient sur le ventre; les chemins étaient glissans , et, quoique fort larges, ils étaient devenus comme étroits. Le sultan laissa
(1) L'historien Boha-eddin, qui accompagna Saladin an siège de Sëfed, fait observer que ce prince avait donne une bien belle preuve de zèle en se mettant en route au mois de ramadan , temps, dit-il , où les musulmans ont coutume de se n^unir en famille, et où celui qui est absent de sa maison ferait, s*ii le fallait, un long voyage pour rejoindre les siens. « O mon Dieu ! s'écrie Tautenr, c'est pour toi qu'il • se soumit à ce sacrifice ; c'était pour mériter tes bonnes grâces, v Moi-même, ajoute-t-il, je me trouvai à ce siège auprès de la personne du sultan. La première nuit, nous la passâmes toute entière occupés à dresser nos machines de guerre. Le matin , comme noua étions très-fatigués, je citai au sultan cette tradition si célèbre : Deux espèces d'yeux ne verront pas Ufeu de V enfer : ceux qui veilteni la nuit pour le service de Dieu , et ceux qui versent des larmes dans la crainte de ses jugemens. A ces mots, je vis le visage do sultan s'épanouir de satisfaction.
(s) L'auteur désigne ici les chevaliers de Thàpital qui gardaient la place.
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ses bagages au pied de la montagne, et se plaçant sur un lieu âeve il commença à battre la forteresse. Matin et soir nous allions le saluer : enfin les mineurs s'avancèrent sous les murs et la place fut obligée de se rendre, n
Dès lors il ne resta plus aux chrétiens que Tyr, Antioche ^ Tripoli et quelques autres places moins importantes : Saladin était impatient de s'en rendre maître et de prévenir les guerriers qui allaient arriver d'Occident; mais l'hiver était dans toute sa violence, et il fallait attendre le retour de Parmee musulmane. Dans ces conjonctures, le sultan écrivit à son frère JSaif-elisiam (1), gouverneur de l'Arabie. La lettre nous a e'te conservée par le compilateur des Deux Jardins ; la voici : m Kaucab était la demeure des hospitaliers et le séjour de » Finfidelité; c'était la résidence ordinaire des grands-maîtres 9 de l'ordre et leur principale place de guerrç. Nous avons at- 9 tendu long-temps pour 1 attaquer, et ce siège a couronné tous n les antres. Maintenant les routes sont sures : nous sommes n maîtres de toutes les forteresses; il ne nous manque plus de 9 ce câté que Tyr. Oh! si cette ville n'était secourue parles 9 chrétiens d'outre-mer , il y a long-temps au'elle serait en 9 notre pouvoir, et que nous aurions dompte les rebelles qui 9 s'y trouvent. Dieu soit loué! ils ne sont pas dans une arche 9 qui puisse les défendre, mais plutôt dans une prbon. Ils 9 sont comme morts , quoique vivans. Nous sommes venus 9 à Kaucab après avoir réduit Séfed , qui appartenait aux 9 templiers. Carac et les autres places chrétiennes sont aussi 9 en nos mains. Maintenant on n'entend plus dans le pays 9 les discours insensés des infidèles. Quand nous allâmes a 9 Kaucab , l'hiver déployait toutes ses rigueurs : le ciel était 9 obscurci par les nuages ; les monts étaient couverts de 9 neige ; les valléeg retentissaient du bruit des eaux; les tor- 9 rens débordés emportaient tout sur leur passage ; la boue 9 rendait les chemins difficiles , et l'homme libre y marchait 9 comme dans les entraves. Nous supportâmes avec courage 9 la fatigue de la routé, et nous bravâmes à-Ia-foîs l'ennemi 9 et la saison. Notre fortune l'emporta; Dieu connut nos in-
(l) Ce nom signifie le g^laiçe de l'islamisme. Tous ie« musulmans d'un certain rang, comme on a pu dëjà le remarquer, portaient, dans ces temps d*enthousiasme religieux , des noms et des titres qui déposaient de leur piëtë et de leur zèle.
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m tentions et il nous seconda; II vit notre bonne yolonte et il j» favorisa nos travaux.
» n uj a plus parmi les Francs que des chiens abojans , » trompes par Satan. Si nous niions attaque les chràiens 9 de toute part, ils seraient plus tard fondus sur nous comme n des lions y et le mensonge aurait triomphe de la vérité. n Voilà que nos frères d'Alexandrie et l'empereur de Cons- « tantinople (l), ainsi'que les musulmans d'Afrique, nous 99 mandent que les chrétiens d*Occident , animés par la con 1ère , s'apprêtent à rallumer le feu des combats ; que déjà n ils tirent l'épée. Les insensés ! ils remettront bientât leur 9 épée dans le fourreau. Les partisans de l'erreur se coalisent n ensemble. Dieu les confonde! Aidés du secours divin , nous » les repousserons. Supplions le Seigneur d'affermir nos » cœurs et de nous tenir unis. Si nos oœurs- étaient faibles, n et si nous nous divisions , nous serions perdus.
«Nous attaquerons cette année Antioche, et nous enver- 99 rons notre fils Taki-eddin (9) devant Tripoli. Quant à notre » frère Malek-adel , il restera en Egypte et veillera à sa dé* 9 fense. On dit que l'ennemi ^veut faire une descente de ce J9 côté y et attaquer à-la-fois l'Égjpte et la Syrie. Notre esprit n ne sera en repos que lorsque notre frère Saif-elislam 9 sera entré en Palestine, et qu'armé de son épée il garf> dera les villes que nous avons conquises et nous ouvrira 9 celles qui sont encore fermées. Il n'y a que les grands 9 hommes qui soient appelés à de grandes choses ; fl n'y a que 9 les hommes dlionnenr qui descendent dans Tarene. Quel 9 que soit le décret de Dieu , il aura son effet. Sa "volonté sùr- 9 montera tous les obstacles. Il n'a qu'à vouloir , et il nous 9 rendra vainqueurs de la plus grande multitude, îors même 9 que nous ne serionis qu'en petit nombre. Se pourrait-il , en 9 effet, que Dieu nous eût ouvert tant de forteresses pour 9 nous les âter, qu'il eut mis sous nos ordres une si grande 9 armée pour la disperser? »
Cette lettre peint parfaitement les espérances et les des* seins de Saladin. On verra bientôt à quoi tous ces projets
(i) Le prince grec était alors allié avec Sdadin ; il sera qnettion ci-deMoua de cette alliance.
(s) Taki-eddin n*était qne le neven de Sabdin. Sana doute Saladin rappelle ici son îi\sk par an terme de tendreaac.
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aboutirent. En attendant, le sultan visita Ascalon et les autres villes de la côte qu'il avait conquises. Il cftait à croire que les guerriers qui allaient arriver d'Occident commenceraient par les places maritimes, et Saladin se hâta de les mettre en état de défense ; il mit une attention particulière à fortifier Acre. Il passa presque tout le reste de l'hiver dans cette ville.
S XUV.
CSoDthnifttion da m^e sajet.
An 585 [il 89]. Au retour du printemps , Saladin se rendit à Damas et se hâta d'écrire de tous c6tes pour presser l'arrivée des troupes. En attendant, il reçut a Damas une solennelle ambassade du calife de Bagdad, qui venait le féliciter sur ses victoires. Saladin , au rapport d'Emad-eddin , accueillit très-bien l'ambassadeur ; et à son départ , il le fit accompagner d'un députe charge d'offrir de sa part au calife des presens d'un grand prix, entre autres la couronne du roi de Jérusalem, des parfums, et la croix d'or enleve'e de dessus la chapelle de la Sacra (l) dans la ville sainte. De
(i) Un autre antenr arabe nomme Abon-jali , et cîtëpar fe compiiatear des Deux Jardins , dit de pins que ceUe croix fîit enchisseé dans le seuil de la porte principale du pidais du calife , et qo*ou eut Vattention d*en laiser paraître un cdtë pour que ies passaos pussent la fouler aux pieds et cracher dessus. Abon-yali nomme la porte où la croix fut enchàsse'e , la porte de Noubi. Or la porte de Noubi est celle par laquelle entraient les rois et les princes musulmans qui venaient de tous les pays rendre hommage aux califes ; et Ton ne marchait pas sur cette porte, encore moins on j crachait; quiconque Teût seulement touchée, eât été sur-Ie*champ puni dé mort. Les passans pouvaient seulement baiser le seuil et le toucher avec leur front; aprfs quoi ils r«nfambaient. (VoycE les Annules d'Abouiféda, t. 111 > p. 678, et t. JV, p. 79S- Voyes aussi ies Voyages de Çàé^rdtn, t. VU , p. 368.) Abou-yali s'est sans doute trompé de porte; pour le fait en lui-méqie , il a pu réellement avoir lieu. On trouve un exemple analogue dans les Voyages de Chardin, tome VIII, p. 149. Il y est purié d'une' idole indienne qu*nn prince musulman fit renverser la face contre terre, et qui servait elie-méme de seuil à une niosqucr d*Ispahan. (Voyez d'Hcrbelot , Bibliothèque orientale, p. 606 et 630 ) Abou-yaii dit, au reste, que la croix dont i! s*agit ici était celle que
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ploS) il envoya au calife quelques prisonniers de marque qu'on fit entrer dans Bagdad, montes sur les mêmes chevaux et couverts de la même armure que le jour où on ies avait pris; ils étaient précèdes de leurs drapeaux renverses.
Cependant Safadin , eiïraje des grands pre'paratifs qui se faisaient en Occident, était impatient d'achever de soumettre les villes chrétiennes. Dans cette vue, au rapport dlbn-alatir , il se porta dans la plaine d'Oyoun, située entre Tyr et le cours du Jdurdain, et fit le siège du château de Schakif-arnoun. .; Le seigneur de Schakif se nommait Renaud; ce seigneur "i| avait un esprit subtil et ruse. Comme il craignait de nepècr» voir résister a force ouverte, ii alla se présenfer au sultan et lui fit de grandes protestations d-'amitie': «Je vous aime, lui » dit-il 9 et je reconnais les obligations que je vous ai; mais 9 en ce moment , mes enfans et mes pareils sont dans Tyr, et n il est à craindre que le marquis qui y commande ,- instruit » de mes relations avee vous, ne se venge sur eux^ accordez- 9 moi un délai et laissez^moi le temps de les faire venir. Dia «qu'ils seront arrivés, je vous remettrai Schakif, et nous en- « trerons tous à votre service; nons'accejkterons ce que vous j» voudrez bien nous donner. » Ces paroles flattèrent beaucoup Saladin, et il accorda à Renaud i(n délai de trois mois.
L'historien Boha^ddin , qui était alors auprès de Saladi n / et qui eut plusieurs fois occasion de voir Renaud, nous fe représente comme un homme artificieux. Il rapporte que Renaud, la première fois qu'il se présenta au sultan, affecta 'de venir sans suite, sans être annoncé^ en un mot à l'improviste. Saladin était alors à table , et il le fit manger aveC' lur. <c Renaud, ajoute-tt>iI , savait très-bien Parabe , et avait même une teinture de nos chroniques. On assure qu'il avait pris un musulman à son service pour apprendre de lui notre langue.' Il ofirit à Saladin de luî remettre Schakif, déclarant qu'il se contenterait d'une maison à Damas, «ree quelques terres qui lui permettraient de vivre à l'aise lui et sa famille. En attendant, il venait souvent nous voir, et nous disputions sur la religion ; il voulait nous prouver que la religion chrétienne
les chretienf appellent la vraie croix el que Saladin avait prise à la bataille de Tibenade. Le bruit de cet cVenemcnt se re'paudit inscjue chez le» chrétien». Mais Abou-yaii se contredit plus tard, et, comme on le verra, cette croix resta toujours entre ïf» mains de Sabdia. .
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etaïUIaineiOeure; nous, au contraire ^ nousaoïiteBÎonsqa'eHs ne valait rien. (C'est un musulman qui parle.) Au reste, il faisait bon converser avec lui , et son langage annonçait de l'instruction. »
Pendant ce temps , SaUdin était fort inquiet. La trêve faîte avec le prince d'Adtioche allait expirer y et il était à craindre que les chrétiens de cette ville. ne fissent des courses sur lea prpvipce» musuimanes. En conséquence y le sultan ordonna à' soq neveu Taki-eddin de se porter de ce oÂte< Ce qui l'inqui<(tait encore ^ cW que tous les jours il arrivait des guerriersi d'Occident h Tyr y. et qu'il devait ea airiver bien davantage. Un autre motif de crainte, ce fut l'aspect menaçant que prît tputrtt-coup Guj , Miciett roi de JeVusaienu
Boba^ddin rapporte qu'après la conquête de Jérusalem par SaladiU) le roi Guy fut mis en liberté, moyennant la promesse de se désister .de toute prétention au royaume de Jérusalem , et de se considérer comme le serviteur et Faf* franchi du sultan. Cependant, ajoute l'auteur, le roi Guy, que nieu^ maudisse! vida .sa parole et se rendit à Tyr. On lit dans Emad-eddiu que le», débris de l'armée chrétienne échappés à la défaite de Tibériade , et tous ceux qui s'étaient sauvés des villes conquises par Saladin, se rangèrent autour de leur roi et jurèrent de lui rendre son ancien ne puissance. Dans cette vue, ils se rendirent tous devant Tyr; mais le marquis refusa de leujr ouvrir les portes :- il dit pour raison que c'était lui qui avait sauvé Tyr, et qu'il devait en avoir la souveraineté; qu'il avait été reconnu en cette qualité par les rois de l'Occident, et que jusqu'à leur arrivée on ne devait pas admettre d'autre autorite que la sienne. 11 s'éleva en cette occasion une: violente querelle; à la fin il fut convenu que le marquis conserverait Tyr, et que le roi Guy tâcherait de reconquérir ses états tombés au pouvoir des musulmans. On se promit de se soutenir réciproquement et d'agir de concert contre l'ennemi commun. Dès-lors le roi Guy médita quelque grande entreprise. %
« Cette nouvelle, au rapport d'ibn-^datir, affligea beancoup Saladin : il ne savait plus quel parti prendre. II aurait désiré se porter sur-le-champ contre Tyr et arrêter les chrétiens' dans leur marche. D'un autre cêté, il n'osait laisser derrière lui une place aussi imj>ortante que Scbakif; car, s'il s'en allait, on pouvait craindre que Renaud n'approvisionnât la place, et ne se mît en état de défense. II ne pouvait
oon plos maDqner à sa parole , et se faire remettre Schakif ayant l'expiration des trois mois. Dans cette conjoncture, il reçut une lettre du corps d'armée qui était en observation devant Tjr, par laquelle on lui mandait que les Francs étaient sur le point de se mettre en marche, et qu% allaient attaquer Sidon. Saladin laissa quelques troupes devant Schakif , et se mit en route avec ses braves ; mais if ne put arriver à temps. Les Francs étaient déjà sortis de Tyt , et surpre^ i nant les musulmans dans un de'file, ils leur livrèrent un { combat si épouvantable que la téie des enfaru en eût blahchi ' de frayeur. Ce combat fut également funeste aux deux armées. A la fin, les chrétiens rencontrant une résistance opiniâtre , retournèrent sur leurs pas et revinrent sous les murs deTyr (l).
n L'issue de ce combat affecta vivement Saladin ; il était impatient d'en venir encore une fois aux mains, afin de tirer vengeance du carnage de ses troupes. Un jour il monta à cheval et se porta avec une petite suite au haut d'une coIJine pour observer l'ennemi. A ce mouvement, lés pasteurs des environs, les Arabes, les volontaires de l'arme'e, pensèrent qu'on allait de nouveau engager le combat ; là dessus ils prirent l'alarme. et s'enfuirent en tonte hâte. En vain le sultan fit courir après eux ; ces imprudens , n'écoutant aucune représentation , se laissèrent surprendre par les Francs et envoyer au dernier sommeil : Dieu ait pitié de leur ame ! Parmi ces musulmans étaient quelques personnes de distinction* Saladin fut très«ffligé de cet accident : il vit lui^m^e ce massacre du
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(i) Emad*eddra rend eorapte de cette founiée avec son exagération ordinaire. II prétend que les dir^tien^ forent disperses; qne la pinpart d'entre eux furent tués on faits prisonniers , leurs faucons soumis Ê$ leurs éperviers pris à la chasse; c'est-ëndire que ceox qui {nsqneià axaient pris lea autres furent pris à leur tour; oe t{yiï^ pour le remarquer en passant , montre • que les Orientaux à cette époque connaissaient Tnsage de la chasse au faucon telle q^u'elle se pratiquait en Europe. Voyez Texplication que nous avons donnée des sujets représentés sur un vase arabe fabriqué à Moussoul pendant les croisades. Description du Cabinet de M, le duc de Btacas , t. II, p. 4f 5 et MÛv. Emad-eddin poursuit en disant que les braves d'entre les ehréûenêfurent passés sous le joug, leurs chasseurs mis dans les fers, leurs chevaliers renversés, sept de leurs Uons faits prisonniers, et que les aigles se rassasièrent des cadavres des autres» ^
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haut de la coiline et accourut en toute hkte. II poursuivît les Francs |usque sous les murs de Tjr; mais ies Francs rentrèi*ent dans la ville, et le sultan alla visiter ks grands travaux qui s'exécutaient dans Acre (1).
j» Peu de temps après , on vint dire à Saladin que les ciire'tiens se disposaient à sortir de nouveau pour aiter aa bois et au fourrage. Aussîtât il fit placer quelques troupes en embuscade dans des vallons et des lieux étroits, et chargea quelques-uns de ses braves d'aller provoquer les chrétiens et de les attirer au combat. Malheureusement, quand ces braves furent en présence des Francs, au lieu de faire semblant de fuir , comme ils en avaient reçu l'ordre , ils mirent leur honneur à combattre de pied ferme. Les troupes qui étaient en embuscade, se lassant d'attendre, vinrent
5 rendre part à l'action , et le but fut manqué. On remarqua ans cette affaire un mamelouck du sultan qui fut atteint de plusieurs traits et laissé pour mort : le lendemain , des musulmans j passant par cet endroit , l'entendirent gémir et re« connurent qu'il respirait encore; ils l'enveloppèrent dans un manteau; et comme son état ne laissait aucune espérance, ils l'exhortèrent à faire sa profession de foi et à mourir en bon musulman , le félicitant de sa fin glorieuse.
9 Sur ces enti*efaites , le délai accordé a Renaud , seigneur de Schakif, expira. Mdfaeureusement Renaud avait profité Jde l'intervalle pour acheter des vivres dans notre camp, et f s'était préparé à faire une bonne défense. Ce n'est pas qu'on n'eut averti de temps en temps Saladin de cet artifice; mais il refusait de croire à une telle mauvaise foi , et ne pensait que du bien de Renaud. Quand on lui parlait à ce sujet , qu'on lui disait que Renaud ne cherchait qu'a gttgaer du temps, et que bientât son visage se montrerait à découvert , il refusait d'y ajouter foi. Enfin , quand la trêve fut près d'expirer, Saladin ayant fait solliciter Renaud de remettre la place, Renaud vint le trouver et lui dit qu'il n'avait pas encore reçu ses enfans de Tyr; en un mot, il demanda un nouveau délai. Le sultan le fit arrêter et le somma de
(i) Emad-eddin j parlant de la retraite des cbrëdens deirantTyr, dit que leurs nez s'étaient aiongés, II les compare en cette occasion à djtA vipères qui, n*osant soutenir le grand jonr, sVtaient gNssees soas ies marailles de la ville.
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tenir sur-le-champ sa parole. Renaud promit de le faire, et demanda à parier à un prêtre» qu'il disait Touloir envoyer ^ à la garnison pour Fengager a se rendre. Le prêtre fut appelé; il eut un entretien secret at'ec Renaud. On le laissa entrer dans la place : dès ce moment la garnison se montra plus animée que jamais à se défendre. Saladin , indigné , en- ▼oya Renaud chargé de chaînes à Damas , et comment un aiege en règle contre la forteresse de Schakif.
Cependant les préparatifs qui se faisaient en Europe touchaient à leur terme. Tous les jours on voyait arriver des Îuerriers à Tyr, et fon en annonçait un grand nombre 'autres. Tournons donc nos regards vers l'Occident; c'est de là désormab que viendront les efforts et les gucxres. Les colonies chrétiennes d'Orient étaient sur le penchant de Içur ruine, et l'Occident seul pouvait contenir leur faiblesse. La suite de l'histoire des croisades ne sera guère plus que le ta-* bleau des expéditions des nations guerrières de l'Europe, de leurs. exploits y de leurs désastres , et des malheurs des colonies chrétiennes.