‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 26 sur 55 · SO · texte numérisé non relu

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gaerre. « S'il ▼eut avoir une entrevue avec moi, aioata-l-il, 9 il fant, avant tout, que la paix soit faite. Rien n empêche , • en attendant, qu*an interprète ne nous serve de médiateor » et transmette les paroles Ton de Pantre. Une fois d'accord , ff il nous sera, s'il plaît à Dieu , trè»fiMï3e de nous aboucher 9 ensemble. » Les purs suivans, la guerre continua (l). A tout instant nous recevions des lettres de la garnison , qui se plaignait des travaux et des horribles fatigues qu'elle avait à supporter depuis Farrivée du roi d'Angleterre. Sur ces entrefaites, ce roi tomba malade et pensa mourir. Vers le même temps , le roi de France fut blesse ; cet accident procura quelque rdache à la viDe. *

Une autre cause qui favorisa les musulmans, ce furent les divisions qui s'élevèrent dans Farmee chrétienne, fl j avait alors deux prétendans au royaume de Jérusalem : Fun était le roi Gui, £ût prisonnier a la bataîfle de Tibériade; Fautre, le marquis de Tjr. L* femme du roi Gui, laqucfle était fille aînée d'Amanry, ancien roi de Jérusalem , et était censée réunir en sa personne Fautorité royale, étant moite, la querdle^s'aiçrit davantage. Cet événement est ainsi raconté par EmaoUddin : « Il était d'usage, chez les Francs de la Palestine, qu'à la mort du roi le trâne passât à son fik, ou à défaut d'enfant maie, à ses fiOes, par ordre de primogéniture : or, à la mort du dernier roi , le trâoe s'étaat trouvé vacant, Fautorité avait passée la femme de Gui, fiBe amée du roi Amaury; c'est en qualité de mari de la princesse que Gui avait été reconnu roi. L* reine étant morte sans enfans, le trâne devait appartenir à sa sœur cadette, épouse du fils de Honfiroi; mais sur ces entrefaites, le marquis, qui convoitait le trAne, enleva la femn^e du fib de Honfroy, sous

E rétexte qu'un tel mari n'était pas digne du trâne, et Fépousa li-méme. Cette union fut consacrée par les prêtres, bien que la princesse (ut idors enceinte : des-lors le marquis fut

(i) Bobareddin parie en cette occuioa dTiiii on deux p mosolmaafl qui forent tnés et brAIés , et de qadqnes prisonnicn chrétiens qui éprooTèrent le même sort. Cest le senl endroit •« flaeit parie d*vne action temMable ; tout porte à croire qn'on voalaft pai^ prévenir les maladies épidémiqoea , soite natoreDe des cbaiean alara czcesiiTefl; et Marin a en tort, ce noos aemUe , de voir dans ce isolé nn raffinement de cmante'. Voyei ga Kte deSmlmdm, tome page t70.

reconna roi de la Palestine. Le roi d'Angleterre seul fit des difficultés. Le fils de Honfroi et le roi Gui le mirent dans leurs intérêts ; et alors le marquis , effrayé , s'enfuit à Tyr. En vain les chrétiens, qui faisaient beaucoup de cas des talèns du marquis^ lui écrivirent pour l'engager a revenir; il s'y refusa. »

Cependant le roi d'Angleterre était touiours malade : Doha-eddin remarque que cette mdadie au roi fut une grande faveur de Dieu; car la brèche était alors considérable et la ville à toute extrémité. L*armée et la garnison étaient dans l'abattement; tous les fours les chrétiens imagî* naîent quelque nouveau genre d'attaque^ tous les jours ils essayaient de quelque nouveau piège: aussi Saladin etait-il en proie à une grande inquiétude. Dans ce danger, il se hâta d'écrire de tous cAtés pour solliciter du secours. Depuis quelque temps il n'avait plus écrit au calife de Aagdad, soit qu'il eut reconnu l'inutilité de ses démarches précédentes , soit qu'il se crut désormais hors de danger; il rompit alors le silence, et adressa au calife la lettre suivante , laquelle nous a été conservée par le compilateur des Deux Jardins :

« Votre serviteur a toujours le même respect pour vous ; n mais il se lasse et s'ennuie d'avoir à tout instant a vous « écrire sur nos ennemis , dont la puissance s'accroît sans «cesse, et dont la méchanceté n'a plus de bornes. Non! n jamais les hommes nVivaient vu ni entendu un tel ennemi «qui assiège et est assiégé, qui resserre et est resserré , n qui , à l'abri de ses retranchemens , ferme l'accès à ceux n qai voudraient s'approcher, et fait -manquer l'occasion à n ceux qui la cherchent. En ce moment, les Francs ne sont n guère au-dessOus de cinq mille cavaliers et de cent mille n fantassins ; le carnage et la captivité les ont anéantis ; la 9 guerre les a dévorés, la victoire les a délaissés : mais la mer 9 est pour eux ; la mer s'est déclarée pour les enfans du fea(l). « De vouloir définir le nombre des peuples qui composent » l'armée chrétienne et des langues barbares qu'ils parlent, n cela serait impossible ; l'imagination même ne saurait se le

(i) Ceci s'adresse aux chr^^tiens , qui, dans ropinion de Saladin , étaient nécessairement prédestinés an feu de l'enfer , et pour lesquels cependant la mer se montrait seconrable , malgré Tancien proverbe qni dit que le feu et Veau ne vont point ensemble.

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• représenter ; od dirait que c'est pour eux que Motenabbi 9 H fait ce vers:

« Là sont rassembles tous les peuples avec leurs langues n diverses ; aux interprètes seuls est donne de converser avec n eux. n

« Cest au point que, lorsque nous faisons un prisonnier, j> ou qu'un d'entre eux passe de notre câte, nous manquons n d'interprètes pour les entendre ; souvent l'interprète à qui n on s'adresse renvoie a un autre , celui-ci à un troisième, et 9 ainsi de suite. La ve'rite est que nos troupes sont lassées et n dégoûtées : elles ont vainement tenu bon jusqu'à Fepuisen ment des forces ; elles sont demeurées fermes jusqu'à l'afn faiblissement des organes. Malheureusement les guerriers n qu'on nous envoie, venant de fort loin , arrivent, le dos 9 brise, en moins grand nombre qu'ils ne sont partis, et la 9 poitrine oppressée par ennui de cette guerre; ea arrivant, 9 ils voudraient partir, et ik ne parlent que de leur retour. 9 Tant de faiblesse inspire une nouvelle audace à nos détes^ 9 tables ennemis : ces ennemis de Dieu imaginent tous les 9 jours quelque nouvelle malice. TantAt ik nous attaquent 9 avec des tours , tantôt avec des pierres ; un jour c'est avec 9 les debabes (1) , un autre avec les be'liers (S); quelquefois ils 9 sapent les murs ; d'autres fois ils s'avancent sous des chemins 9 couverts, ou bien ils essaient de combler nos fosse's, ou 9 bien encore ils escaladent les remparts. Quelquefois ils 9 montent à Fassaut, soit de jour, soit de nuit; d'autres fois ils 9 attaquent par mer , montes sur leurs vaisseaux. Enfin voilà 9 qu'à présent, non contens d'avoir élevé dans leur camp un 9 mur de terre , ils se sont mis en tête de construire des coU 9 Unes rondes , en forme de tours , qu'ils ont étayées de bois 9 et de pierres; et lorsque cet ouvrage a été conduit à sa « perfection , ils ont creusé la terre par derrière , et l'ont jetée 9 en avant, l'amoncelant peu à peu, et s'avançant vers la 9 ville les uns à la suite des autres , jusqu'à ce qu'ils se trouvent 9 maintenant à une demi-portée de trait. Jusqu'ici , le feu et 9 les pierres avaient prise sur leurs tours et leurs jmlissades de 9 bois; mais à présent, comment entamer avec les pierres ou 9 consumer avec le feu ces collines de terre qui sont à-la-fois

(i) Voyes ci-devant, p. 991.

(s) Voyez ihxd, p. 899.

« un rempart pour les hommes et un abri pour les machines, v Les lettres de Saladin ne produisirent pas de grands effets, et les musulmans ne se montrèrent pas tort zélés à le seoon* der. A cet égard , le trait qui lui fut le plus sensible, lui vint de son neveu Taki-eddin , le même dont il a souvent été question dans les guerres précédentes. On lit dans Emad-eddin que ce prince , ayant reçu en fief quelques villes de Méso- ^ potamie, essaya aagrandir ses domaines aux dépens de ses voisins ; ce qui obligea les princes de la contrée à se tenir sur leurs gardes , et ce qui fut cause qu'ils n'envoyèrent pas cette année au sultan autant de troupes que par le passé. Saladin fut très-indigné de cet excès d ambition ; il lui parut étrange que, tandis que les chrétiens se montraient si acharnés contre l'islamisme , son neveu songeât a ses intérêts particuliers. Aussi, quand il reçut la nouvelle de cette conduite, il la traita i^auvre du diable.

Sur ces entrefaites, il arriva au camp un nouveau député chrétien^ demandant à parler à Saladin. Boha-eddin rapporte que Malek-adel et Afdal , fils du sultan , eurent une entrevue avec le député : a N'a pas qui veut, lui dirent-ils, la 9 faculté d'approcher du sultfin ; il faut avant tout solliciter 9 son agrément. 9 Cependant Sdadin y consentant, on lui présenta le député, qui lui donna le salut du roi d'Angleterre et dit : « Mon maître désire avoir une entrevue avec vous : si 9 vous voulez lui accorder un sauf-conduit, il viendra vous 9 trouver et vous instruire lui-même de ses volontés; à moins 9 que vous n'aimiez mieux choisir dans la plaine un lieu situé 9 entre les deux ai^mées, où vous puissiez traiter ensemble « de vos intérêts. 9 Lo sultan répondit : « Si nous avons une 9 conférence, il ne comprendra pas mon langage, ni moi le f sien ; autant vaut recourir à l'intermédiaire d'un ambassa- 9 deur. 9 Cependant le député insistant , il fut convenu que l'entrevue aurait lieu entre le roi et Malek-adel; mais les jours suivans le député ne parut plus. Le bruit courut <j^ue le roi d'Angleterre avait été dissuadé par les princes chrétiens d'aller au rendez-vous , sous prétexte qu'il se compromettrait; on ajoutait même que le roi de France , qui avait de l'autorité sur le prince , lui en avait fait défense expresse. Ce ne fut que quelque temps après que le député du roi d'Angleterre revint pour démentir ces bruits; il avait ordre de déclarer que le roi se conduisait par ses volontés et non d'après celle des autres, a Je gouverne, disait le roi , et ne suis pas

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0 gouverne. Si fai manqae au rendez-yous, c'est i cause de » ma maladie, n Ensuite ie députe , qui au fond venait pour demander différentes choses dont son maître avait besoin dans sa maladie , poursuivit ainsi : « C'est la coutume entre ff nos rois de se faire des presens, même en temps de guerre : 9 mon maître est en état d'en faire qui soient dignes du sni- «tan; me permettez-vous de les apporter! vous seront^k » agréables, venant par l'entremise d'un députe? « A quoi Mfuek-adel repondit : « Le présent sera bien reçu , pourvu t9 qu'il nous soit permis d'en offrir d'autres en retour, n Le députe reprit : « Nous avons amené' ici des faucons et d'autres n oiseaux de proie qui ont beaucoup souffert dans le voyage, « et qui se meurent de besoin ; vous piaira-t>il de nous donner n des poules et des poulets pour les nourrir? dès qu'ils seront 19 rétablis , nous en ferons hommage au sultan. « <— > « Dites « plutât, re'partit Mdek-adel, que votre maître est malade , » et qu'il a besoin de poulets pour se remettre. Au reste , 0 qu'à cela ne tienne; il en aura tant qu'il voudra : parlons » aautre chose, ti Mais l'entretien n'alla pas plus loin (1). Quelques jours après, le roi d'Angleterre renvoya au suhan un prisonnier musulman , et Saladin remit au député une robe d'honneur. Ensuite le roi envoya ^lemander des fruits et de la neige, qui lui furent accordés. ;

Bohareddin rapporte que le but de ces fréquentes ambassades de la part du roi, était sur-tout de connaître l'état et les dispositions des troupes musulmanes, et que le sultan n'en était pas fâché, afin de savoir aussi ce que pensaient les chrétiens. Pendant ce temps, poursuit Boha-eddin, « les machines de l'ennemi ne cessaient pas de battre la ville : bientât la garnison ne suffit plus a la défense des remparts; quelquefois les soldats passaient plusieurs jours et plusieurs nuits de suite sans dormir et sans prendre de repos; les chrétiens, au contraire, se relevaient les uns les autres. Le 7 de gioumadi second [l juillet], ils tentèrent un assaut gé-r néral ; dans cette vue, ils se partagèrent en plusieurs corps , et s'ébranlèrent, cavalerie et infanterie. Aussitôt le sultan fit

(l) Si Ton en croit Boha-eddin, ie député, aprèg avoir fait sa commiBsion , dit à Malek-adel : « Et tou , que demandez-vons ? • A quoi Malek-adei répondit : « Rien ; c*ef t tous qui venez ici ponr ■ demander ; c'est à vont de dire ce qne vons vonlea. * ''

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prendre ies armes à ses troupes , et se porta contre le camp ennemi pour faire diversion. Ce joar-Ià il j eut un engagement terrible : le sultan ^courait à cheval d'un rang à PautrC) semblable à une lionne qui a perdu ses petits, en criant, O mustthnans , mu$ulmans ! et ajant les jeux mouilles de larmes. Toutes les fois que ses regards venaient à tomber sur la ville, il se représentait les maux qui accablaient la garnison ; il pensait aux souffrances des soldats : à cette idée, son ardeur s'allumait , et il renouvelait le combat II passa toute cette journée sans manger, et ne prit qu'une potion qu'avait ordonnée le médecin. Pour moi , remarque Boha-ecfdin , je ne pus résister à tant de fatigues, et je quittai le sultan pour m'enfermer dans ma tente, sur la colline d'Aîadia, d'où je pouvais tout voir. Le combat ne cessa qu'à la nuit, n

J Lvra.

Entrée des chrëdena dana Sunt-Jean-d*Acre.

Suite dé r année 587 [1191 de /. C], Cest toujours Bohaeddin qui parle, u Sur ces entrefaites , nous reçûmes de la garnison une lettre ainsi conçue : u Nous sommes dans le » dernier état de faiblesse ; nous ne pouvons tenir plus longm temps; demain 8 de gionmadi second [9 juillet], si vous m ne venez à notre secours, nous négooierons pour nos vies; n nous abandonnerons la ville; nous tacherons de sauver 9 nos létes. n

» Cette nouvelle , poursuit Boha-eddin , était la plus fâcheuse possible; nous en fumes tous accablés. II j avait alors dans Acre l'élite des guerriers de la Palestine, de la Syrie, de i'Egjpte et de tous les pajs musulmans ;< on y remarquait les plus braves émirs de l'armée et les plus illustres héros de l'islamisme. A la lecture de cette lettre , le sultan ressentit une affliction qu'il n'avait jamais éprouvée; on craignit ro^me pour sa vie ; et cependant il ne cessait de louer Dieu et de tout prendre en patience. Dans ce danger , il se décida, pour procurer du repos à la ville, à attaquer le camp ennemi. Au point du jour, il fit battre le tambour; toute l'armée prit ies armes , cavalerie et infanterie, et l'as* saut commença : mais le sultan fut mal secondé. Une partie de l'infanterie chrétienne sVtait placée derrière ses rctran-

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chemens, ferme comme un mur, et il ne futfaniaîs possible de Fentamer. J'ai ouï dire à l'un de ceux qui parvinrent jusqu'au camp ennemi , qu'il vit un chrétien lequel du haut des retranchemenS) et ayant a ses cÂtes des hommes qui lui fournissaient des traits et des pierres, repoussait les assaHlans : sa constance était extraordinaire ; déjà il était atteint de plus de cinquante traits ou coups de pierre , sans que rien put lui faire lâcher pied ; nous n'en fumes damés que par un pot de naphte qui le brula entièrement. Un autre m'a assuré avoir vu une femme qui se battait comme les hommes. Le combat dura jusqu'à la nuit.

« Pendant cette attaque, il s'en livrait une autre du cAté de la ville. Déjà les chrétiens étaient parvenus jusque sur l'avant*mur, et ils allaient forcer la dernière barrière, lorsqu'ils perdirent six de leurs braves les plus illustres. Cet accident ralentit leur courage , et Saif-eddin Maschtoub , commandant de la ville, en profita pour négocier; il se pré- }. senta au roi de France et lui dit : a Vous savez que la plupart ' ff des villes de ce pays que noils occupons , nous les avons f9 prises sur vous ; nous les pressions de toutes nos forces ; » mab du moment que les habitans demandaient la vie, nous 9 la leur accordions, et nous les -laissions aller en liberté : » accordez-nous à votre tour les. mêmes conditions , et nous 9 abandonnerons Acre. « Le roi répondit : a Ceux dont vous tf me parlez, aussi bien que vous, vous êtes mes esclaves et 19 mes serviteurs ; coniinencez par vous rendre , et je verrai » ce que j'ai à faire. 0 A ces mots , Maschtoub ne put retenir son indignation a Nous ne rendrons pas la ville, s'écria^tril $ 0 vous n'entrerez pas que nous ne soyons tous tués ; et au- 9 cun de nous ne périra qu'il n'ait tué cinquante des vitres. » En disant ces mots , il se retira. 9

Mais quand il fut de retour dans la ville , la frayeur s'em- ; para des esprits; plusieurs s'enfuirent la nuit dans une barque. Ibn-alatir dit que les uns périrent dans la traversée et s'en allèrent à la demeure étemelk ; les autres arrivèrent sains et saufs auprès du sultan. Saladin fut très^irrité de cette désertion; si l'on en croit Emad^eddin , il ôta, dans sa colère, à ces lâches émirs , les ten*es et les bénéfices militaires qu'il leur avait donnés , et par cette sévérité il en engagea quel-

aues-uns à retourner à leur poste. Mais déjà l'effet était prottit; les habitans se trouvaient au dernier de^ré de i'al>at* tement y et la même crainte se communiqua à rarmée. Aussi

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le lendemain , quand le sultan ramena ses troupes au combat , elles refusèrent d'en venir aux mains , prétendant que c'était inutilement compromettre l'honneur de l'islamisme. Cependant le roi d'Angleterre 9 ajant envoyé trois hommes pour demander de la neige et des fruits, obtint ce qu'il désirait.

Tout-à-coup y dans ia nuit du samedi 11 du mois, les Francs , au rapport de Boha-eddhi , entendirent un grand bruit qui leur fit croire qu'une nouvelle armée venait d'entrer \ dans la ville ; là-dessus ils prirent les armes , comme pour ^i marcher an combat : le même bruit fut entendu de Farmée musulmane , et les soldats s'e'branlèrent aussi. C'était une fausse alerte ; et ce bruit extraordinaire avait été occasionné par l'arrivée subite de quelques cavaliers habillés de vert dans la ville. Un chrétien s'avançant sous les remparts, cria à un soldat de la garnison qui étai^ en sentindie : « Par ta foî, m dis-moi combien il en est entré. Je les ai vus ^ ils étaient à n cheval et habilla de vert; ils n'étaient guère au-dessous de n mille (l). 0 . ^

u Le lendemain , poursuit Bohareddin , nous reçûmes une nouvelle lettre de la garnison , ainsi conçue : u Nous avons » tous juré de mourir ; nous nous ferons tuer plutôt que de ' n nous rendre ; ils n'entreront pas tant que nous serons en n vie ; seulement faites diversion , et emp^faez Fenaemi de 9 nous attaquer. Telle est notre résolution. Gardes-vous de » céder; pour nous, notre parti est pris, n

«Le fait est que les fours suivans.les chrétiens n'attaquèrent pas la ville ; ib envoyèrent faire de nonvelies propo* sitionsy aimant mieux , disaient-ils , entrer sans effiision de sang, et demandant que tous les prisonniers chrétiens fussent mis en Uberté , et que toutes les villes de ia Palestine et de la Phénicie qu'ils avaient perdues leur fussent rendues. Mai^ Saladin ne voulut pas accepter ces conditions : il ofirit la

(i) Par ces paroles obscnree, Fautear arabe yeat parler iTane ie'gion d*ange8 qui étaient descendus exprès du ciel ponr porter secours à fa ville. Voyez , sur ce f enre d'apparitions , ci-dessus p. 4 i .Ce qa*il y a de singulier, c'est que 1 auteur anglais Brontom fait mehtion , l^peii-pris dans la même nuit, d'un miracle en sens contraire et d'un violent tremblement de terre. Voyea au tome I*' de la Bibliothèque des Croisodes, pages 740 et 741. Le tremblement de terre est sans doute ce qni produisit le bmit extraordinaire dont parie Fautear arabe.

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ville seule avec ce qu'elle contenait , non compris la garnison ; il oifirit encore de rendre le bois du crucifiement ( la vraie croix), ce qui fut refuse. «

Ibn-alatir dit de plus que Saladin proposa de rendre un prisonnier chrétien pour chaque musulman qui se trouverait dans la ville. « Sur le refus des Francs y ajoute-t-il , le sultan écrivit aux soldats de la garnison de sortir le lendemain tous ensemble , et de s'ouvrir un passage à travers Parmée chre'tienne; il leur enjoignit de suivre les bords de la mer et de se charger de tout ce qu'ib pourraient emporter , promettant de son côté d'aller à leur rencontre avec ses troupes , et de . favoriser leur retraite. Les assiégés se disposèrent à évacuer i la ville ; chacun mit à part ce qu'il voulait sauver : malheu- \ reusement ces préparatifs durèrent jusqu'au jour; et les chrétiens y prévenus du projet , occupèrent toutes les issues. Quelques soldats montèrent sur les remparts et agitèrent un drapeau; c'était le simal de Fattaque. Saladin se précipita aussitôt sur le camp des chrétiens pour faire diversion ; mais tout fut inutile; les chrétiens firent è-ia-fois face a la garnison et à l'armée du sultan. Tous les musulmans étaient en larmes; Saladin allait et venait, animant ses guerriers; peu s'en fallut même qu'il ne forçat le camp ennemi : à la fin , il fut re|>oussé par le nombre. »

La ville était alors ouverte de toute part et réduite à la dernière extrémité. Le vendredi suivant , 1 7. du mois , la garnison, au rapport de Boha-eddin , envoya un nageur au sultan, avec une lettre qui annonçait l'état horrible où elle se trouvait , et l'impossibuité de tenir plus long-temps. Aussitôt Saladin se disposa à tenter un dernier effort t il assembla son conseil ; et après lui avoir exposé le malheureux état de la ville, il proposa de renouveler le combat. Les avis furent partagés; mais pendant qu'on délibérait, on vit tout-à-coup arborer sur les murs l'étendard et les bannières des Francs; en même temps, un grand cri s'éleva du côté de l'armée chrétienne. On était alors vers l'heure de midi. Les musulmans en furent accablés; ils demeurèrent un instant comme frappés de stupeur; on eut dît qu'ils avaient l'esprit égaré : ensuite ils éclatèrent en gémissemens et en sanglots ; tous les cœurs prirent part à la douleur commune , a proportion de leur foi et de leur piété ; tous les musulmans s'affligèrent de cette perte par esprit de religion. Pour moi, poursuit Bohaeddin , je restai tout ce temps-là auprès de Saladin ; il parais-

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sait plus affecte qu'une mère qui a perdu son (ils unique , et fondait en larmes; je lui offris des* consolations analogues a la circonstance ; je l'exhortai à songer plutât aux mojens de sauver Jérusalem et la Palestine, n

L'historien Ëmad-eddin y qui était aussi à l'armée , témoigne également que les musulmans, lorsqu'ils virent planter l'e'tendard des chrétiens sur les remparts, furent tous dans l'affliction. Nous ignorions encore, dit-il , comment la ville avait été prise et à quelles conditions. Ainsi le décret de Dieu eut son eflfet. Les consolations étaient faibles et J'espéranoe fujait loin de nous. Quand la nuit fut venue, le sultan s^enferma dans sa tente, livré à de noires pensées. Le lendeipain nous allâmes le trouver; il était triste et inquiet de Favekiir : nous essajâmes de le consoler ; nous lui dîmes : « Cette ville « était unç de celles que Dieu aiuùt prises, et elle est retom- 0 bée au pouvoir de ses ennemis, n J'ajoutai : tf La loi n'a pas 9 péri pour une ville perdue ; il faut avoir en Dieu la même 9 confiance, n

Voici comment Ibn-datir raconte la prise d'Acre : tt Quand Maschtoub, dit-il, vit l'état dàespéré de la ville et l'impossibilité de la défendre , il alla traiter avec les Francs. Il fat convenu que les habitans et la garnison sortiraient ei| liberté avec leurs biens , moyennant la somme de deux cent mille pièces d'or, la liberté de deux mille cinq cents prisonniers cjirétiens , dont cinq cents d'un rang élevé (l) , et la restitution de la croix du crucifiement; de plus, Maschtoub promit dix mille pièces d'or pour le marquis de Tjr, et quatre mille pour ses gens : il fut accordé un certain délai pour le paiement de l'argent et la remise des prisonniers. Tout étant ainsi convenu , les deux partis jurèrent l'exécution du traité , et les Francs entrèrent dans la ville.

(i) Les auteurs arabes varient sur le nombre des prisonniers ; qnelqnes-nns disent quinze cents d'an rang obscur et cent nobles. La même discordance règne parmi les chrétiens.

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f UX.

ÉYénemenê qui suivirent la priae de Saint- Jean -d'Acre. — Richard mattacre les prisonniers mofolmans.

Suite de tannée 587 [1191 de J. C.J. La ville étant ainsi prise, le roi de France se mit en deroir de retourner dans ses états , et partit pour Tjr, laissant en Palestine une partie de ses troupes sous la conduite du duc de Bourgogne, et cédant au marquis de Tyr sa part de Fargent que les musulmans s'étaient engagés à payer. A cette nouTeiie y le sultan , au rapport de Bohareddin , envoya un député au roi avec de riches présens , et le fit saluer en son nom. Le roi étant parti, Richard prit le commandement en chef de Farmee chrétienne.

Cependant il s'était élevé quelques difficultés au sujet de la capitulation d'Acre. Ibn-alatir rapporte que le paiement de la somme avait été partagé en deux termes (l) : la moitié de cet argent devait être remise un mois après l'occupation de la ville, c'est-à-dire, le 18 régeb [lO août], jour &xé pour le premier terme, et le reste dans l'autre mois. Outre l'argent fixé pour le premier terme, Saladin devait remettre tous les prisonniers chrétiens, avec la croix du crucifiement; en attendant, la garnison devait rester entre les mains des chrétiens, comme garans de la parole du sultan. Saladin ayant eu communication du traité , hésita d'abord à le reconnaître , vu 3u'il n'y avait pris aucune part. Il assembla ses émirs et leur emanda conseil; tous répondirent : « Les musulmans qui 9 sont dans la ville sont nos frères ; ils sont nos compagnons ; » nous ne pouvons apporter d'excuse ; il faut absolument » donner ce qu'on demande. » Dès-lors Saladin se mit en devoir de remplir les conditions du traité.

Suivant Emad-eddin , a comme il était sans argent, il en fit venir de ses provinces , et ramassa les cent mille pièces d'or qui. devaient former le premier paiement ; de plus , il fit venir de Damas la croix du crucifiement et les prisonniers chrétiens ; et sur ce que le bruit avait couru que cette croix

(l) Boha-eddin dit en trois.

n'était pas la véritable , que celle qui avait réellement servi au crucifiement du Messie avait ete' envoyée au calife de Bagdad, il offrit aux chrétiens de les de'tromper : leurs députes vinrent pour voir cette croix ; ils la reconnurent, ils fléchirent le genou devant elle, et purent se convaincre de la bonne volonté du sultan, o

Malheureusement , suivant Boha-eddin , Saladin nWait pu encore se procurer qu'une partie des prisonniers qu'il s'était engagé à remettre ; il n'en avait reçu que six cents de Damas; de plus, il lui manquait une partie des prisonniers nobles. Les esprits ne tardèrent pas à s enflammer.

Ibn-alatir met tout le tort du câté des chrétiens. II commence par les accuser d'avoir , dès le premier jour de leur entrée dans Acre, violé leur parole, en ce qu'au lieu de laisser les musulmans libres dans la ville , ifs s étaient saisis de leurs personnes et les avaient enfermés dans un lieu particulier, donnant pour motif que, par cette rudesse, ils obtiendraient plus facilement l'argent et ce qu'on leur avait promis; ensuite il raconte que les chrétiens proposèrent a Saladin , ou qu'on leur remit tout à-la-fois l'argent, les prisonniers et la croix , dans lequel cas ils renverraient eux-mêmes sur-lechamp tous les musulmans d'Acre, ou que, si Saladin ne remettait que la moitié de l'argent, eux-mêmes ne renverraient qu'une partie des musulmans, sauf à mettre le reste en liberté , quand toute la somme serait acquittée.

Là-dessus Saladin, au rapport de Boha-eddin, fit une autre proposition : « De deux choses l'une, diuil aux chré- 9 tiens : ou renvoyez dès à présent tous les musulmans libres , 9 et moi je vous remettrai l'argent que f ai entre les mains , » ainsi que les prisonniers et la croix ; pour le reste, je vous J9 donnerai des gages : ou bien , si vous ne mettez en liberté 0 qu'une partie des musulmans, donnez vous-mêmes des « gages comme garantie que vous renverrez le reste quand 9 il en sera temps. 9 A cela les chrétiens répondirent que c'était faire injure à leur bonne foi; qu'ils renverraient les musulmans lorsque le moment serait arrivé; qu'en attendant, leur parole devait suflire.

Cette réponse ne satisfit pas Saladin. Au rapport dlbnalatir, il demanda, pour sa propre sûreté , qu'ils jurassent de nouveau d'être fidâes au traité, et que les templiers se rendissent garans de leur parole; car, observe l'auteur, ces hommes religieux pensaient que la foi jurée doit être obser-

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vee (1) ; mais les templiers refusèrent de se rendre caution. tt Nous ne voulons , dirent-ib , jurer ni nous engager pour 9 quoi que ce soit, crainte de quelque perfidie de la part des n musulmans de la ville, n De leur câte, les chre'tiens repondirent : «r Donnez-nous d'abord l'argent et fes prisonniers n avec la croix , et nous verrons ce qui nous reste à faire, n Alors j continue l'auteur arabe , Saladin commença à croire que les intentions des chre'tiens n'étaient pas droites. En effet;, ajoute l'auteur , c'était vouloir user d'artifice : les chrétiens auraient renvoyé les pauvres et les soldats de Farmée qui ne pouvaient payer de rançon , et ils auraient gardé les émirs et les riches pour leur faire payer bien cher leur liberté. En conséquence , le sultan refusa de rien remettre.

Suivant Boha-eddin y le premier terme ise passa inutilement en négociations. Le jour même du 18 régeb, les chrétiens ayant envoyé sommer Saladin de faire le premier paie-' ment, Saladin répondit qu'il ne donnerait rien y à moins que les Francs ne renvoyassent tous les prisonniers musulmans , ou ne présentassent des gages. Là-dessus les ^prits s'aigrirent, le temps s'écoula sans rien décider. Ce fut alors , poursuit Boha-eddin , que le manditroi d'Angleterre, furieux du retard qu'on mettait à lui livrer l'argent et les prisonniers , médita une vengeance terrible.

Le mardi 97 de régeb, huit jours après l'expiration du premier terme , le roi /monta à cheval et sortit avec son armée dans la plaine d'Acre, faisant amener derrière lui tous les prisonniers musulmans , de qui Dieu avait décrété pour ce Tour-Ià le martyre ; ils étaient au nombre de plus de trois mille, tous garrottés et enchaînés. Au signd donné , les Francs tombèrent sur eux , l'épée à la main , tous à-la-fois et comme un seul homme, et les massacrèrent de sang-froid, en frappant d'estoc et de taiDe. Les avant-postes musulmans,

f)lacés à quelque distance , aperçurent le mouvement de 'armée chrétienne; mais ils crurent d'abord qu'elle venait livrer bataille; personne dans l'armée ne se doutait de ce que voulait faire le roi. Les avantpostes se contentèrent

(1) Uyr t)j>! o^j^ >f i^V cUi j«yjl ^j^ e)fj

Cet âoge des templiers est d'autant plna remarqaable , que c*cft principalement rar ces religieoz que sont tombëi les reproches de mauvaise foi et de méchanceté', si communs à cette époque.

DBS X^ROIBAQBS. 391

d'avertir Saladin do mouveinent des chrétîeDs: II y eut un léger engagement ; quelques guerriers furent tues de part et d'autre; enfin la nuit vint, et les deux armées retournèrent dans leurs positions (1).. Ce fut seulement le lendemain au point du jour que les musulmans y étant retourne's dans la plaine, s'aperçurent du massacre de leurs frères ; ils virent ces martyrs étendus par terre, et en reconnurent plusieurs. Ce spectacle causa à tous une douleur extrême, une affliction inexprimable; tous furent indignes de la conduite du roi d'Angleterre : car, remarque l'auteur, il avait ete convenu que, quoi qu'il put arriver, on respecterait la vie des prisonniers. Les conventions portaient qu'ils seraient mis en liberté si l'on exécutait la capitulation ; sinon qu'on les traiterait en prisonniers de guerre : mais ce maudit ne craignit pas de se montrer parjure , ou plutât il ne fit que manifester ce qu'il avait dans le cœur, et ce qu'il aurait fait tout de même si on 'lui avait remis l'argent, les prisonniers et la croix. Les chrétiens ne laissèrent en vie que les prisonniers de distinction, dont ils espéraient tirer une bonne rançon , entre autres Caracousch et Maschtoub, l'un gouverneur et l'autre corn* mandant d'Acre, et ceux qui, par leur bonne constitution, pouvaient les aider utilement dans les travaux et les bâtisses qu'ijs se proposaient de faire (3). 9

Emad-eddin s'exprime ainsi au sujet des prisonniers: <r Après la retraite des chrétiens dans la ville , nous trouvâmes les martyrs musulmans exposés tout nus sur le sable. Nous allâmes les vbiter. Us reconnurent leurs amis et leur racontèrent ce qu'ils avaient souffert pour la cause de Dieu, quels honneurs ils avaient reçus, queu avantages ils avaient

(i) Emad-eddin suppose au contraire qne le massacre des prisonniers ent lien en présence de i*armëe mosulmane, et que cette circonstance donna lien à an combat terrible.

(s) Boba-eddin ajoute que, snivantqnelques-nns, Richard se porta à cette éxecution en représailles des chrétiens qui avaientjpéri dans les combats précédens. Suivant d*autre8, Richard voulut tout simpiement se débarrasser de cette multitude de prisonniers, qui,, pendant fexpédition qu'il allait entreprendre , auraient pu gêner sa marche. Ni Tune ni Tantre explication ne sont yrarsemblables. II y a plutôt lien de croire que Richard et ses compagnons avaient comptif sut le prix de la rançon des prisonniers musulmans , et que le dépit les rendit barbares.

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acquis par le martjre, de quelle béatitude ils |ouissaîent au prix de leur sang. 9

Telle est la manière dont les auteurs arabes racontent cette affaire. Leur récit est très-obscur, i*t nous avons tache' de le rendre le plus clair possible. On fera bien de le comparer avec celui des auteurs chrétiens, et sur-tout de Gautier Vinisauf , qui était, alors avec Richard. Au reste , Saladin respecta la vie des prisonniers chrétiens. Au rapport d*£mad-eddin , comme après un tel massacre on ne pouvait plus compter sur un accommodement , il renvoya les prisonniers à Damas avec la croix du crucifiement. Ce n'est pas , ajoute Emadeddin , que le sultan , en gardant cette eroix , voulut lui faire honneur ; mais il savait que rien ne faisait autant de peine aux chrétiens que de la savoir entre les mains des musulmans , et sous ce rapport il y tenait.

Au milieu de ces querelles et de ces prétentions réciproques , les chrétiens avaient pris possession de la ville. Les mosquées, converties d'abord en églises à la première entrée des chrétiens dans la ville , et redevenues mosquées lorsque Saladin s'en empara, furent de nouveau changées en temples chrétiens. L'historien des patriarches d'Alexandrie remarque à ce sujet que , lors de l'occupation d'Acre par Saladin , on affecta d'employer les prisonniers chrétiens à laver les murs et les portes de la principale église, et à effacer les fi^gures de saints représentées en peinture ou en sculpture; et qu'à leur tour les chrétiens, en rentrant dans la ville, firent servir les prisonniers musulmans à laver de nouveau l'église et à rétablir, les anciennes figures. Pendant ce temps, Saladin s'était placé avec son armée sur le mont Karouba , dans son ancien canip, à quelque distance de la ville; il n'était resté près de la ville que les avant-postes musulmans , qui instruisaient le sultan de tous les mouveroens des chrétiens. Saladin aurait vivement désiré d'en venir aux mains; les auteurs arabes peignent très-bien i'état de son ame, en le comparant à une lionne qui a perdu ses petits, ou à une mère qui est privée de* son fils unique : mais les Francs s'occupaient d'autres intérêts. Pendant le premier mois qui suivit I occupation d'Acre , il n'est fait mention que de quelques légères iescaii^moiiches. Enfin le roi, ayant réglé les affaires de la ville, se disposa à se remettre eu campagne.

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