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Gaerres de Richard et de Saladin*
Suite Je tannée 587 [août U9i de J. C.]. Telle était en ce moment la situation de Tarme'e chrétienne : les croises avaient pris possession de la ville d'Acre ; Philippe-Auguste s'était rembarque pour son rojaunie; le marquis Conrad s'était re'fugie à Tjr, mécontent de Richard , qui avait refuse de le reconnaître pour roi de la Palestine , et près de lui faire une guerre ouverte. La ville d'Acre avait ete' re'paree , ses fortifications relevées et mises en bon état de defepse. Ri<^ chard avait pris le commandement de l'armée ^ et avait avec lui , outre ses Anglais , des Français , des Allemands , et les guerriers de tous les pays de l'occident qui étaient demeurés sous les drapeaux de la croisade. Le dessein des croisés était de subjuguer Jérusalem et le reste de la Palestine.
De son càté, Saladin se préparait à une résistance terrible. Dès l'année pre'cédente, à l'approche de l'empereur Frédéric Barberousse , il avait fait démanteler les forteresses du second ordre qui étaient sur le chemin de Jérusalem , et qu'il ne pouvait espérer de défendre ; c'était afin d'empêcher les chrétiens de s'y établir. Émad-eddin nomme au nombre de ces places, Arsouf , Césarée et Jafia. Saladin écrivit de tout câté pour demander de nouveaux secours : on trouve dans la com-> pilation des Deux Jardins une lettre 'qu'il envoya à son député en Afrique, pour qu'il fit de nouvelles instances auprès du roi de Maroc ; on y remarque le passage suivant : u Déjà 9 nous avions tué plus de cinquante mille chrétiens devant n Acre, lorsqu'il est débarqué deux rois, celui de France et » celui d'Angleterre y avec d'autres seigneurs et gens puisn sans, qui ont entouré la ville et fermé tout accès à nos 9 troupes. Acre est maintenant en leur pouvoir ; mais ce mal*^ • heur, nous l'avons éprouvé en combattant pour la cause » de Dieu , et il ne nous a pas abattus. Nous ne retournerons 9 pas pour cela en arrière; nous ne renoncerons pas à nos 9 desseins ; bien au contraire , nous resterons à la même place, ^ attendant que l'ennemi sorte pour que nous puissions l'at- 9 taquer. n
Enfin, tQUt étant prêt, l'armée chrétienne se mit en mar^ ehe; Saladin s'ébranla aussi pour se mettre à sa poursuite*
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On était alors au 1*' de'schaban [fin d'août] , deux jours après le massacre des prisonniers musulmans. Les chrétiens suivirent les bords de la mer, laissant à leur gauche les montagnes de laPhenicie et de la Palestine. Ces montagnes étaient couvertes de detachcmens musulmans qui ne leur laissaient pas de repos : tant&t Saladin prenait les devans , tantât il se plaçait sur leurs derrières; il ne négligeait aucune occasion de les attaquer et de les rompre, u J'étais alors auprès de lui , dit Boha-eddin ; je ne le quittai pas dans toute cette guerre. Le pajs était deVaste , et les deux arme'es eurent beaucoup à souffrir du manque de vivres. Souvent on ne pouvait trouver du pain , et le biscuit était fort rare.
0 L'armée chrétienne y poursuit Boha-eddin ^ etah partagée en trois corps, chacun en e'tat de se de'fendre. Le premier était commande par l'ancien roi de Jérusalem { Gui de Lusîgnan ) , et formait Favant-garde ; le second , place au centre , était composé des Anglais et des Français ; le reste formait l'arrière-garde. Au milieu de Parmée dominait une espèce de tour roulante, semblable à un de nos grands minarets, et placée sur un char ; c'était l'étendard des chrétiens. Outre cette division générale, les trois corps se subdivisaient chacun en deux parties : l'une , marcbknt à une certaine distance de la mer , faisait face aux soldats musulmans et repoussait leurs attaques; l'autre, longeant les bords de la mer, était couverte par la première et mise à l'abri de nos coups. Quand les premiers étaient fatigués, les seconds prenaient leur place. Pour la cavalerie , elle se tenait constamment au milieu , ayant autour d'elle l'infanterie , semblable à un mur , et ne sortant jamais des rangs que dans les cas extraordinaires. Les soldats étaient couverts d'une espèce de feutre épais,- et de cottes de mailles aussi amples que fortes, ce qui les mettait a l'épreuve des traits. J'ai vu des soldats qui avaient jusqu'à vingt-un traits sur le corps , sans marcher pour cela moins à l'aise (l). Eux, au contraire, nous perçaient avec leurs zenboureks, tuant à-la-fois le cheval et le cavalier (9). Je parle ici de ce que j'ai vu , ou de ce que m'ont
(i) Émad-eddin compare à ce sujet les gaerrien chrétiens à des bëriMons.
(f ) On a dit ci-deuns, dans la noie de la page 166, en qooi consiatait le zenboarek ; rhistorien des patriarches if Alexandrie ajonte qae
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dit les transfuges et les prisonniers. Les Francs gardaient le même ordre, soit en marche, soit pendant le combat; ne «'écartant jamais du gros de l'armée, quelque tentative qu'on £ît pour les attirer hors des rangs. Les trois corps de l'armée se soutenaient mutuellement; quand l'un e'tait menace', les autres venaient à son secours. La marche e'tait lente, car les chrétiens allaient de conserve avec la flotte qui longeait la cite, et qui était chargée de vivres et de provisions. Les journées étaient petites, à cause de l'infanterie : en effet, parmi les fantassins, les uns tenaient tête à Tarmee musulmane ; les autres, qui côtoyaient les bords de la mer, portaient sur leur dos, faute de bétes de somme, les bagages et les tentes. Or, remarquez la constance de ce peuple, de s'exposer ainsi aux fatigues (es plus pénibles, sans être pajé, sans retirer aucun avantage re'el.
n Ordinairement les musulmans attaquaient Farmée chrétienne par trois côtés différens, à l'orient, au nord et au midi ; le côté seul de la mer restait libre. J'ai vu , dans ces occasions , le sultan courir entre les deux armées , au milieu d'une pluie de traits, n'ayant à ses câtés qu'un ou deux écujers , et allant d'un rang à Fautre ; je l'ai vu animer ses guerriers et les enflammer d'ardeur. L'air retentissait du bruit des tambours et des trompettes, et des cris de nos soldats, qui s'excitaient par ces mots, Dieu est grand! Dieu est grand! et cependant l'armée chrétienne gardait ses rangs : elle ne se troublait pas; elle ne dérangeait pas son ordre; elle ne se séparait pas; elle accablait nos chevaux et nos cavaliers de traits et de blessures. Presque toujours l'attaque durait pendant la marche ; mais une fois l'armée chrétienne arrêtée pour camper, il fallait se retirer; les nôtres n'auraient pu l'attaquer avec avantage, et le plus sur était de s'éloigner, j»
Tel est le tableau que fait Boha-eddin du courage et de la discipline de l'armée chrétienne. C'est le témoignage d'un témoin oculaire; et ce témoignage est d'autant plus précieux, qu'il est dans la bouche d'un ennemi. Boha-eddin entre
dans la marche on avait construit des chariots munis de manteiets, sur lesquels étaient placés les guerriers armés du zenbourek, et qui suivaient tons les mouvemens de Tarmée ; on aTait garni da ces chariots tout la c6të de Tannée qui laisait îêcit aux musulmans.
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ensuite dans le de'tail des marches des deux armées. Comme il s'y trouvait de sa personne, il n'épargne pas la plus petite circonstance ; c'est le faible d'un homme qui a yu , et qui croit que tout est également intéressant Nous nous bornerons aux particularités qui peuvent peindre l'époque, ou oui appar^ tiennent directement à notre sujet, laissant de coté tout ce qui nous a paru indigne de fixer les regards de l'histoire.
Le départ de l'armée chrétienne eut lieu le l"" de schaban [fin d'août]. En partant, les chrétiens allumèrent de grands feux; c'était le signal ordinaire de la marche. Aussitàt Sidadin se mit à leur poursuite. Les chrétiens arri« vèrent d'abord à Caïfa. En route , leur arrière-garde avait été surprise par l'avant-garde musulmane , que commandait Afdal, fils de Saladin, et elle aurait été en grand danger, si le roi d'Angleterre* n'était venu la délivrer (1). L'armée chrétienne s'arrêta quelques jours à Caïfa, pour faire venir du renfort d'Acre ; elle se reposa un moment dans Césarée ^ et de lacontinuasa marche vers Arsouf. Pendant ce temps, elle ne cessa d'être harcelée par Saladin : tous les chrétiens qui tombèrent entre ses mains , eurent la tête tranchée; c'était en représailles du massacre des musuknans pris dans Acre ; le sultan avait juré de n'épargner aucun chrétien. Boha-eddin cite plusieurs exemples de ce genre; nous en rapporterons un ou deux. « Un jour, dit-il, qu'après avoir fait mourir quelques prisonniers chrétiens , Saladin venait de se reposer et de faire sa prière de midi, on lui amena un chrétien de bonne mine, et qui, à son air, paraissait d'un rang distingué : il lui fit d'abord quelques questions sur Tétat de l'armée chrétienne, sur les raisons qui rendaient sa marche si lente ; après quoi il ordonna de lui couper la tête. A ces mots , le chrétien, consterné, offrit de se faire échanger contre un des musulmans qui étaient captifs dans Acre : Saladin demanda que ce fut contre un émir; et comme le prisonnier n'était pas d'un rang assez élevé , sa proposition fut rejetée. Cependant sa naissance, sa bonne mine , tout parlait en sa faveur; en vérité , poursuit Boha-eddin , je n'ai jamais vu de si bel homme, ni de figure si intéressante. Saladin fit suspendre
(i) Ibn-alatir dit que les mutiilmans refnsèrent de prendre part k faction , sous prétexte qu'ils manquaient d'armes. Cette particufaritë ne donnerait pas une haute idée dea reaiourGes de Saladin.
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l'exécution : un moment après il le rappela pour se plaindre à lui du massacre des prisonniers musulmans ; ce chrétien reconnut Finjustice de cette action et en rejeta la faute sur le roi d'Angleterre. Le sultan fit ensuite sa prière du soir; puis, suivant son usa^e, il monta à cheval, et au retour fit couper la tête au chrétien. »