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et reprise de Jmllm. — Elploits de Richard.
Suite de l'année 588 [H92 de J. C.J, En ce moment, le roi d'Angleterre était maître de toute la c&te au midi de la Palestine ': comme il n'avait pas de forces suffisantes pour tenter qurique entreprise sur Jérusalem et les villes de Pinterieur, il crut devoir se porter vers le nord et attaquer Béîryte et les autres villes de Phénicie prises par Saladin ; il se contenta donc de laisser de fortes garnisons à Daroum , Ascalon , Jaflii , et se mit tout de suite en marche. Son projet était de remettre les chrétiens en possession de tonte la c^» depuis les frontières d'Egypte jusqu'à Antiocfae et anx
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confins de la- Cîlicie. A cette nouvelle , Saladin envoya une partie de ses troupes au secours de Be'ryte, et forma luiinéme le dessein de surprendre JaflPa. L'armée musulmane, suivant Boha-eddin, arriva devant JaSa un mardi 15 de régeb [fin de juillet]. Le centre de Tarme'e était commande' par ie sultan en personne; Faile droite Te'tait par son fils Baher, et la ffaucne par son frère Malek-adel. Comme la place avait ete démantelée , et que ce n'e'tait que récemment ^ue les chre'tiens en avaient relevé' (es fortifications , Saladin espeVait l'emporter d'emblée; il négligea les règles ordinaires, et l'assaut commença dès le lendemain : mais la garnison se de'fendit avec vigueur, et il fallut recourir aux machines. Les ) premiers jours, ie sultan ne fit presque aucun progrès; ce- { pendant l'attaque ne discontinuant pas , les chre'tiens oflfi irent de se rendre lé samedi suivant 19 du mois, si d'ici là ils ne recevaient du secours. Saladin voulait qu'ils se rendissent sur-ie-champ , ce qu'ils refusèrent; l'attaque recommença donc. Déjà les mineurs avaient sape les remparts, et e'tançonne' avec du bois la partie qui menaçait ruine; au signal donne , on y mit le feu et ie mur s'écroula; « mais au même instant, poursuit l'auteur, nous de'couvrimes derrière un feù terrible qui défendait la brèche ; les chrétiens s'en étaient fait une espèce de rempart. En vain le sultan fit monter à l'assaut; les Francs opposèrent une résistance opiniâtre. O mou Dieu, quels hommes! quel courage! quelle bravoure! quelle force d'ame ! Nonobstant le danger, ils ne songeaient pas à leurs vies; ils ne prenaient pas la peine de fermer les portes de la place ; ils se tenaient hors des murs , nous disputant le terrain pied à pied : le combat ne cessa qu'à la nuit. Le sultan se repentit alors de n'avoir pas accepté la capitulation ; mais il n'était plus temps. Le lendemain vendredi, l'assaut recommença; toute l'armée attaqua à-la-fois et en poussant de grands cris ; les tambours et les trompettes faisaient un bruit effroyable ; les machines jouaient , les mineurs sapaient le rempart; enfin les murs s'écroulèrent , et le fracas fut tel , qu'on eut cru que le monde allait s'abîmer. Aussitôt un grand cri s'éleva, et les musulmans se précipitèrent à l'assaut ; mais les chrétiens restèrent fermes à leur poste : la poussière et la fumée nous les avaient d'abord fait perdre de vue ; lorsque le nuage fut dissipé, nous les vîmes placés derrière la brèche, formant une forêt de piques et de lances impénétrables. Les musulmans furent d'abord épouvantés par ce
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spectacle; la vérité est que Fennenii montrMt une constance étonnante. Moi-même j'ai vn deax chrétiens qui , du haut de la brèche, repoussaient les assaillans; l'un ayant été toé, l'autre prit sa place et se battît avec le mAme sang-froid. Cependant, la ville se trouvant ouverte de toute part, les chrétiens députèrent un des leurs au sultan pour ofirir de se rendre. Comme le combat ne discontinuait pas, ils demandèrent qu'on le fit cesser. • Je ne le* puis , répondit le sultan ; que n les assiégés se renferment dans la citadelle. Quant à fat n ville , dans l'état où sont les soldats , il est impossible de la n préserver du pillage. • Le député étant retourné avec cette réponse , les chrétiens abandonnèrent la ville et se retirèrent dans la citadelle ; mais nos troupes étaient si animées , que pendant la retraite des chrétiens elles en tuèrent plusieurs. La ville fut aussitôt occupée et mise au pillage.
« Sur ces entrefaites , poursuit toujours Boha-eddin , le sultan reçut d'un de ses Ifeutenans une lettre, par laquelle on annonçait que le roi , à la nouvelle du danger qui menaçait Ja(b, au lieu d'aller attaquer Béryte, s'était sur-le-champ mis en mer -à Acre , avec sa flotte , pour venir secourir les siens. Saladin se montra impatient d'occuper la citadelle; mais l'armée était si fatiguée , qu'on crut devoir renvoyer ^'entreprise au lendemain. On était au vendredi; c'est moi ui, le lendemain de grand matin, fus chargé par le sultan e faire évacuer la citadelle. Déjà on commençait à apercevoir dans le lointain la flotte du roi qui s'avançait à pleines voiles ; mais la trop grande distance empêchait de connaître le nombre des vaisseaux. Quand je me présentai à la porte de la citadelle, les chrétiens, qui d'abord avaient sonné de la trompette, ne firent aucune résistance et promirent de sortir. Comme nos soldats étaient toujours répandus dans la ville, se livrant à tous les excès du pillage, et qu'il était à craindre que les chrétiens ne fussent insultés en passant, l'émir qui m'accompagnait crut devoir avant tout faire évacuer la ville. Malheureusement les soldats étaient sans chefs et sans discipline, et il fut impossible de leur faire entendre raison. L'émir fut obligé d'employer la force et même les coups; aussi il faisait grand jour lorsque les chrétiens commencèrent à évacuer la citadelle. Les chrétiens sortirent d'abord sans faire aucune résistance , emmenant leurs chevaux, leurs femmes et leurs enfans; il en sortit environ quaranteneuf Mais enfin ceux qui restaient, s'aperçurent, à mesure
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que ia flotte approchait , que le nombre des vaisseanx était plas consideVable qu'ils n'avaient pense d'abord. En effet, la flotte se composait de plus de cinquante batimens, parmi lesqueb e'tait4a galère du roi , peinte en rouge avec les voiles de la même couleur.* A cette vue, ils ne doutèrent pas que le roi ne mit sur-le-champ pied à terre pour les délivrer , et ils reprirent les armes. Je descendis pour avertir les nôtres de se tenir sur leurs gardes. A peine une heure s'eta\t e'coulee, que les assièges se précipitèrent à cheval du haut de la citadelle , tous a la fois et comme un seul homme , et se re- Imndirent dans la ville. Les nôtres prirent la fuite ; tel était eur trouble , que plusieurs furent sur le point d'être étouffes aux portes : une partie d'entre eux , qui s'étaient sauves dans une église, furent tailles en pièces. Cependant les drapeaux musulmans flottaient toujours sur les remparts; Quand le roi fut arrive à l'entrée du port , il crut d'abord que tout etoit perdu et il hésita a débarquer. Le bruit des vagues et les cris des soldats empêchaient de s'entendre. Le sultan avait fait battre du tambour et était accouru avec son arme'e; la ville avait ete reprise. Les chrétiens passèrent alors d'une extrême confiance au dernier desespoir; ils furent si efTraye's de voir i la flotte se tenir au large , qu'ils députèrent à Saladin le pa- \ triarche et le châtelain pour lui demander pardon et obtenir * les mêmes conditions qu'auparavant. En attendant, le combat continuait; encore un instant, et c'en était fait des assièges. Tout-à-coup un chrétien , par dévouement pour la gloire du messie, se décide à sauter du haut de la citadelle sur un monceau de sable qui était au bas; puis, entrant dans un bateau , il va exposer au roi l'e'tat des assièges. Aussitôt la flotte s'approche du rivage ; le roi met le premier pied à terre, et les nôtres prennent la fuite. Pour moi , je courus auprès du sultan pour lui annoncer ce qui se passait : il était alors avec les députes des chre'tiens, près de signer une nouvelle capitulation , et il tenait la plume à la main. La de'route ne tarda pas à devenir geneVale; toute la ville fut e'vacuee : le sultan ne se crut pas même en surete au lieu où il se trouvait ; il fit éloigner ses bagages, et se retira lui-même à quelque distance. Son propre camp fut bientôt occupe par les chrétiens , et le roi resta paisiblement maître de JafTa.
9 Sur ces entrefaites, le roi, qui desirait plus que jamais de s'en retourner dans son rojaume, ayant eu occasion de voir quelques mameloucks du sultan avec qui il était familier,
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leur dit : a Le sultan est un grand prince ; c'est sans contredit rf le plus grand et le plus puissant qui soit aujourdfhuî dans f» nslamisme. Pourquoi à mon approche s'est -ii retire? Par 9 Dieu! je ne venais pas en équipage de guerre, mais seulen ment avec le rebut de mes gens de mer : je ne suis pas en 9 état de rien entreprendre. Pourquoi s'eloignait-il? 9 Ensuite . il ajouta : « Par le grand Dieu , le Dieu généreux , je n'aurais 1 9 jamais cru que le sultan prit Jaffa en deux mois , encore ' 9 moins en quelques jours. » Puis, s'adressant à un des ma* meloucks en particulier, ii le chargea d'aller saluer le sultan de sa part et de lui dire : u Au nom de Dieu, accorde-moi la 9 paix ; il est temps que cette guerre finisse. Mes états sont en 9 proie aux discordes civiles. Cette guerre ne peut être utile 9 ni à vous ni à moi. 9 Tout cela se passa le samedi au soir, 19 de regeb, le jour même du débarquement du roi. Le sultan, de l'avis de son conseil, fit repondre qu'il ne refusait point d'entrer en pourparlers; que puisque Jaifa était maintenant en ruine , on la laisserait dans cet état, et que, de plus , on raserait Ascalon. La-dessus le roi écrivit sur-le-champ ces mots à Saladin z u L'usage chez les Francs est qu'un prince 9 qui donne un pays à un autre, en fasse son homme et son 9 vassal : je vous demande à ce titre Ascalon et Jaflfa; je con- 9 sens ù être avec mes troupes à votre service; je serai à vos 9 ordres quand vous m'appellerez , et je vous servirai comme 9 vous savez que je sais le faire. Ne me refusez pas ma de- 9 mande. 9 Le sultan répondit : « Puisque vous le prenez sur 9 ce ton, je vous cède Jaffa, et vous me rendrez Ascalon. « Et comme le roi insistait toujours, et représentait la nécessite où il serait, si on lui refusait sa demande, de rester encore cet été et l'hiver suivant en Palestine , le sultan fit répondre qu'il ne céderait jamais. « Pour ce qui est du départ du roi, 9 ajouta-t-il, il ne pourra guère s'en aller de sitât; car il doit 9 savoir que les villes qu'il occupe, il ne les tient que de la 9 force, et que, des qu'il sera parti , je m'en emparerai, ou 9 peut-être même avant, s'il plaît à Dieu. Au reste , puisqu'il 9 peut se résoudre à passer ici l'hives, loin de sa famille et de 9 ses fojers, et cela à la fieur de son âge, à l'âge des plaisirs, 9 pourquoi hésiterais-je a passer aussi l'hiver et l'été sous les ar* 9 mes , moi, qui suis ici dans mes états, avec mesenfans et ma 9 famille, pouvant, si je veux y. me procurer toutes les dou- 9 ceurs de la vie; de plus , étant au déclin de l'âge, k l'âge ou 9 l'on est insensible aux plaisirs : il y a plus , étant blaaé sur
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n tout et ayant le monde en aversion! Remarquez d'ailleurs V que je suis en position de renouveler mes troupes, et de f ies partager de manière que celles qui servent l'hiver ne n servent pas l'ëtë, ce que ie roi n'est pas en ëtat défaire; jf et qu'en poursuivant cette guerre , je crois faire une action 9 agréable à Dieu. Aussi suis- je dispose à tenir bon jusqu'à n ce que Dieu ait décide entre lui et moi. n
Dès-lors, il fallut se résigner à la guerre. Le sultan , ayant appris que les troupes chrétiennes laissées par le roi dans Acre s'étaient mises en marche pour venir le joindre, résolut d'aller leur couper le chemin; mais à peine arrivé à Césarée, il apprit que les troupes chrétiennes avaient reçu des secours
(>ar mer, et queie roi, à la nouvelle du danger qui menaçait es siens, s'était affaibli lui-même pour les soutenir. Aussitôt, changeant de dessein , il résolut de se tourner contre le roi, et de profiter de l'occasion pour l'accabler. Le roi était resté presque seul ; et Jaffa , dans l'état de ruine où elle se trouvait, ne' pouvait lui être d'aucune défense. Saladin parut donc { tout-a-coup à la vue de Jaffa, un jeudi S4 de regeb, cinq '''. jours après le sac de la ville* Le roi n'avait gardé auprès de ' lui qu'environ dix cavaliers et quelques pentaines de fantassins, formant en tout dix tentes; cependant il ne se déconcerta pas, et rangea sa petite troupe sur les bords de la mer. Les musulmans, ayant entouré les chrétiens par trois câtés dilTérens, fondirent sur eux tous à-la-fois et comme un seul homme; mais les chrétiens tinrent bon, grinçant les dents de la guerre* Ce courage étonna les nâtres au point qu'ils n'osèrent les attaquer, et se contentèrent de caracoler à l'entour. La vérité est que nos soldats conservaient un vif ressentiment de ce qui s était passé à Jaffa. Non-seulement, sous le prétexte de la capitulation , on les avait d^abord empêchés de piller; mais ceux qui parvinrent à faire quelque butin s'en virent dépouillés aux portes de la ville; on employa même la force pour les faire sortir. Ils se vengèrent en cette occasion. En vain le sultan indigné parcourut les rangs pour exciter les guerriers ; en vain son fils Daher donnait lui-même l'exemple , en se précipitant sur l'ennemi ; aucun ne voulut obéir. Il y eut même un émir nommé Genah, frère de Maschtoub , qui dit au sultan : « Que ne vous adressez-vous main- » tenant à vos mameloucks, qui frappaient les soldats au sac 9 de Jafia, et qui leur enlevaient le butin? 9 A ces mots, Saladin sentit qu'il se comprofloettrait inutilement : il fit donc
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sonner la retraite, et se retira transporté de colère. J'ai ouï dire , ajoute Bohar-eddin, que, dans, cette même journée, le roi parcourut tout le front de Farmee musulmane la iance en arrêt , et qu'aucun des nôtres n'osa se mesurer avec lui. »
Ibn-alatir dit de plus que le roi , dans cette même journée, demanda à manger, et que , descendant de cheval, il mangea en présence des deux armées (t).
Pour Saladin, il fut, au rapport de Boha-eddin, profondément affecté de ce qui venait de se passer. Après s'être éloigné de Jaffa, il s'enferma dans sa tente et passa trois jours sans voir personne. Déjà l'alarme était grande dans l'armée; tous s'attendaient à quelque exemple éclatant. A la fin le sultan prit le parti de dissimuler, et fit semblant d'avoir tout oublié; mais il lui resta de cet événement une vive impression , et il se montra désormais moins opposée la paix.