‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 31 sur 55 · S LXV · texte numérisé non relu

S LXV

Nonvelles négociations.

Suite de l'année 588 ff19^ de J, C], Boha-eddin remarue que les soldats chrétiens furent en gênerai très - affliges e la retraite de I'armee, et que plusieurs abandonnèrent leurs drapeaux. Bientôt le roi ne fut plus en état de rien entreprendre. Sur ces entrefaites, le comte Henri son neveu, à qui il avait fait épouser la veuve du marquis de Tjr, et quil voulait faire reconnaître roi des' colonies chrétiennes.

(i) Boba-eddin remarque que ctÉ âélïbétikûùns se firent à oTieval «t en rase campagne ,'et qne les Fraats.ne dëiibëraknt pas autrement. Viile^Hardoain fait la même obserratioa^ aa.snfet des croisés qui prirent Constantrnople en 1 S04 , et Tacite en a^ait déjà dit^antant des .Germains. Voyez au reste Gantier Vii^isauf» au tome I^ de Ul Bibliothèque des Croisades, p. 7i«.

(ï) Le texte arabe est en cet endroit, comme presque par-tout ailleurs, très-confus; nous n'avons pas fait difficulté de suivre Tordre qui nous a paru le pins naturel ; les détails qu'on vient de f ire ont été empruntés aux pages 7 et Suivantes et tS5 et suivantes de l'édition de fioha-eddin. ^.

346 BiBUOTHBQUB

prit sur lui de s'adresser directement au sultan , et lui envoya un de'pute qui paria ainsi : « Le roi m'a mis eta possession des » anciennes provinces obrétiennes ; ainsi «lies sont à moi. 9 RendeK-moi tout ce que vous avez pris, et je vous accor* n derai ia paix. Je consens à être auprès de vous comme un 9 de vos enfans. n A ces mots , ie sultan ne pat retenir son indignation, et fut sur le point de se jeter sur le de'pute. Celui-ci changea de ton et parla ainsi : « Le comte Henri -^ n m'a charge' de vous dire qu'il vous reconnaît pour ie sou- \n verain le'gitime de ce pays, et que«i, par un effet de votre 9 honte, vous lui en ce'diez une partie, il vous en serait très- 0 oblige'. 9 Vers le même temps ^ le roi renoua ses anciennes négociations ; car il avait reçu la nouvelle que des troubles e'taient survenus dans son royaume, et il était très-impatient d'y retourner; il Ht repre'senter à Saladin que les detix armées étaient également fatiguées, et qu'elles avaient besoin de repos « Ne vous prévalez pas de ma retraite de devant Jérii- 9 salem , ajouta-t-il; quand le bélier recule, c'est pour mieux 9 frapper, n Quelques jours après, il revint a la charge; et pour achever de persuader le sultan , il se désista de ses prétentions sur Jérusalem ; il se borna à demander le libre exercice de la religion chrétienne dans l'église du Saint-Sépulcre , et la permission pour les pèlerins de la visiter sans payer de tribut. La lettre qu'il écrivit en cette occasion au sultan était ainsi conçue : « Désormais ma plus grande am- 9 bition est d'obtenir votre amttiéet votre aifection. Je ne veux 9 pas me rendre coupable des mêmes cruautés dont Pharaon 9 affligea la terre , et je pense que vous êtes dans les mêmes 9 dispositions. Il ne vous est pas plus permis de laisser ainsi 9 périr tous les musulmans, qu'il ne l'est a moi de laisser pé- 9 rir mon armée. Faisons la paix. Voilà que je viens de mettre 9 le comte Henri mon neveu à la tête des provinces cfaré- 9 tiennes;. |e le laisse. à *rotce, disposition; il sera, lui et ses «'troupes , à votre serdoe.- Srvous avez besoin de lui pour 9 quelque guerre , il Sera à vos ordres^ Quoi ! tous avez ao- 9 corde k une foule de] lâ^inès les églises qu'ils vous ont de- 9 mandées , et vous me réfuserez Tunique chose que je sollî- 9 cite (l'église du Saint-Sépulcre}, sur^tout lorisque en cette 9 considération je renonce à tout le reste? Que l'église se 9 trouve détruite ou qn'nlje ne ie soit pas, n'importe ; je l'ac- 9 cepterai comme elle est, et avec reconnaissance. 9 Là-dessus le sultan assembla ses émirs , et tous furent d'avis d'ac»

cepter les propositions du roi. Le sultan dit au roi dans sa réponse : « Ton neveu sera pour moi comme un de mes f enfans; je t'accorde la principale église de la ville sainte, 9 appelée église de la Résurrection (le Saint-Sepulcre). Nous n ferons deux parts du pays ; tu garderas les câtes et moi n les montagnes. Pour le plat pays, nous nous le partagerons « par portions égales ; mais Âscalon sera de nouveau rase , «ainsi que Daroum et les forteresses qui avoisinent les 9 frontières d'Egypte, et ni vous ni moi ne pourrons nous y « établir. La seule chose que je vous abandonne, ce sont 9 les campagnes ; pour les forteresses , je ne ce'derai pas. n En effet, Ascalon et Daroum, entre les mains des Francs, auraient e'te un continuel sujet d'effroi pour l'Egypte ; les chre'tiens auraient pu de là intercepter les communications de la Palestine et de l'Egypte, et menacer Jérusalem. Le roi envoya aussitôt remercier le sultan, et lui fit pre'sent de deux faucons ; mais il insista pour qu'on lui laissât Ascalon et Daroum. Dans sa réponse à Saladin , il s'exprima ainsi : « Le roi vous prie de lui ce'der ces deux places. Que font « ces deux forteresses à un prince aussi grand et aussi puis- « sant que vous l'êtes. Le roi n'y tient que parce qu'il sait « que tel est le vœu des Francs. Vous voyez qu'il fr'est relâche 9 sur l'article de Jérusalem, et qu'il se borne à pouvoir entre- 9 tenir quelques prêtres dans l'église du âaint-Sepulcre (1): 9 ce'dez aussi de votre câte' ; dès ce moment la paix devien- 9 dra ge'nerale. Les Francs auront les câtes, depuis Daroum

(i) Ce qn*il y a de singafier, cVst que , dans toutes ces négociations et celles qui suivirent, il ne fut plus dit un mot du bois de la vraie croix , pour lequel les Francs avaiei^t montré auparavant un si grand zèle. Saladin Tavait toujours entre les mains. £n vain, an rapport de Boha-eddin , le roi de Géorgie lui fit offrir deux cent mîHe pièces d*or pour obtenir la croix , il ne voulut pas la céder ; il refusa aussi d*éconter lemperour de Gonstantitlople qui Tavait demandée. Mais plus lard , si Ton en croit Maknzi, JMLalek-afdal, fik de Saladin, fut moins difficile ; car le prince grec Tayant de nouveaiHait demander, il la lui accorda, et elle fut portée % Constantinople. D*nn autre côté, Abou-yali, cité par le compilateur des Deux Jardins , prétend que Malek-afdal , en montant sur le trône , fit hommage de cette croix MI calife de Bagdad. Il parait au reste que ni Fun ni Tautre récit ne doivent être pris à la lettre; car plus tard, en ISSI, après le désastre de f armée chrétienne devant Mansoura, on voit le sultan Malekkamel remettre une seconde vraie croix aux croiaés.

348 BIBUOTBBQUE

9 jusqu'à Tyr sans interruption , et tous garderez ce qu« n VOUS avez. Tout étant ainsi convenu , le roi s'embarquera 9 pour ses états. Si tous ne voulez pas condescendre a s«4 9 désirs y les Francs Fempéckeront de partir, et il sera oblige 9 de faire ce qu'ils voudront. 9

Or, remarquez, ajoute Fauteur arabe, cette singulière politique du roi, qui employait tantôt la douceur et tantôt la , violence, a La venté est, ajoute-t-ii, que ce maudit e'tait alors . forcé de s'en retourner chez lui , et pourtant il ne voulait pas avoir l'air de céder. Cest Dieu qui nous mit à couvert de st malice. Non , jamais l'islamisme n'eut a combattre on si redoutable ennemi, un ennemi si rusé et si plein d'audace. *

Boha«ddin rapporte ensuite un trait qui nous montre k quels ezpediens en était alors réduit Richard. Saladin recul ' un dépoté qui se disait envoyé par un prince de l'Asie mi- ^ qeure, pour annoncer que le P^pe était arrive à Constantinople avec une armée innombrable , et qu'il se disposait â envahir l'Asie mineure, pour passer de là en Syrie. Sans doute c'était le roi qui avait rois le prétendu députe en avant pour effrayer Saladin. Au reste, le sultan ne se laissa pas imposer par cette nouvelle et il resta inflexible. En vain ie roi représenta qu'il avait fait de grandes dépenses pour re> bâtir Ascalon, et qu'il ne jpouvait censentir à un tel sacri6ce; Saladin offrit de donner Lidda en dédommagement Ne pouvant venir a bout de s'entendre , les deux princes reprirent les armes.

Page 1