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Mort da sultan Tourui-scbah.
iStfiV^ de tannée 648 fi 250 de J, CJ, On a vu qo'aa moment de la mort de Malek-safeh, FEgypte était envahie par le roi de France ; le sultan lui-même était absent de ses nouveaux états; et sans le dévouement de Scheger-eddor et des principaux émirs , c'en était fait de son autorité. II paraît que les émirs lui avaient trop fait sentir l'importance de leurs services , ou plutdt que la reconnaissance commençait à lui peser , et il comptait profiter du premier moment de repos pour se débarrasser de tous ceux qui lui portaient ombrage. On lit ce qui suit dans la chronique arabe d'Aboulfarage.
Le sultan vojait avec peine qu'il ne pouvait disposer dn pouvoir comme il aurait voulu ; les anciens émirs de son père avaient presque toute l'autorité; et son impatience était encore excitée par les jeunes gens qu'il avait emmenés de
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Mésopotamie, tous eompagnons de son enfanee et coofidens de ses débauches. « Toute la puissance, lui dîsaient-Hs, est 9 entre les mains de Scheger^eddoret.des émirs; tous n'êtes » souverain que de nom : à ce prix, il eut mieux Tain rester en 9 Me'sopotamie. Jusqu'ici , tous avez eu besoin des émirs pour 9 tenir tête aux Francs. Que ne faites- vous la paix avec le réi 9 de France, et vous serez le maître. Si vous le traitez bien, 9 il consentira a tout : il vous rendra Damiette; il évacuera » PEgjpte , et alors vous vous passerez des émirs ; vous ne 9 serez plus à la merci de l'armée; vous laisserez qui vous 9 voudrez en place , et vous déposerez ceux qui vous dépian 9 ront. 9
Touran-schah se laissa persuader et se hâta de conclure la paix; telle était sa précipitation, qu'il ne prit pas même la peine de consulter les émirs : cette conduite causa une indi- {[nation générale. L'historien Gémal-eddin se plaint d'abord de ce que fe sultan n'avait pas profité de Tétat déplorable où étaient les chre'tiens, pour attaquer Damiette et s'en emparer. Par-là , dit-il , on eut été maître de cette place , et l'on eut fait du roi ce que Pon aurait voulu. Il reproche encore au sultan de passer son temps à Farescour, uniquement occupé de ses plaisirs. « Ce mùlheureux, ajoute-t-il, entraîné par sa fatale destinée, courait à sa perte. Un jour l'émir Hossam-eddin , gouverneur du Caire et homme très-sage, me dit : « Ce [eune 9 homme (le sultan) se conduit comme son oncle Malek«i 9 adel (t) ; ses vi!^ sont les mêmes : il mécontente les émit*s; 9 comme hil il sera déposé et massacré, v Sur ces entrefiiites, Hossam-eddiii étant venu du Caire pour faire sa cour au
E rince, il ne lui fit pas l'accueil qu'il méritait; Pémir ne voyait i sultan qu'aux heures de repas, et on ne le consultait sur aucune afialre. Touran-schah en usait de même avec tous les émirs de son père et les grands de l'empire ; il affectait de les tenir loin de sa personne , ne les voyant qu'à table, en présence de la foule des courtisans : dès que le repas était fini , il les renvoyait à leurs tentes. Toute sa confiance était pour les jeunes gens qui étaient venus avec lui de Mésopotamie. Ainsi, il mettait son appui sur des gens inconnus au peuple. Son
(i) Malek-adel ëtait le fiU aîné dn saltan Malek-kamel et son successcar aa tr^ne d'Egypte. Comme il mëcontenu les émirs , on se sonleTS contre lui et il fut étranglé. Voyes ci-devant, p. 440.
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dessein était de changer le gouvernement , et poor cela ii n'attendait pas même d'être affermi; bien différent de son père Mdék*salefa:y qui, dans .des circonstances à-peu-près pareilles y n'avait rien fait que Jentement et par degre's. Il s'aliéna par*Ià tous les esprits, particulièrement l'émir Paress-eddin Octay , chef des mameloucks giamdarites , homme très-puissant , qui , après la mort de Malek-saleh , était^ailé le chercher en Mésopotamie , et l'avait accompagné en Egjpte à travers mille dangers. Le sultan avait promis à cet émir de lui donner en récompense le gouvernement d'Alexandrie ; il ne lui tint point parole. En vérité, quand Dieu veut une chose , il en préparc les clauses. 0
Makrizi fait ie même tableau de la conduite du sultan envers lès émirs. 11 dit que tous les hommes puissans, tous ceux qui avaient eu jusque-là le pouvoir de lier et de délier, étaient vus de mauvais œil et éloignés des afiaires. Le bruit courut, sur ces entrefaites, que le sultan avait tenté de se défaire d'Octaj , soit par l'exil , soit par le meurtre , et les mameloucks commencèrent à craindre pour eux-mêmes. Dans Te même temps , au rapport de Makrizi , Touran-schah mécontenta Scheger-eddor , qui l'avait si bien servi lors de la mort de son père , et lui demanda compte des trésors de l'état. Scheger-eddor, indignée, répondit que ces trésors avaient été dépensés dans la guerre contre les infidèles , et se plaignit amèrement aux mameloucks baharites. Les plaintes de Scheger-eddor firent beaucoup d'impression sur l'esprit des mameloucks. A cela se joignirent les menaces imprudentes de Touran-schah. On rapporte que la nuit, au milieu des fumées du vin , il ramassait quelquefois .tous les flambeaux qui étaient sur la table , et en coupait la sommité avec son sabre, disant qu'il en ferait autant aux chefs des baharites, qu'il désignait par leurs noms.
Plusieurs mameloucks résolurent sa mort. Cet événement est ainsi raconté par Gémal-eddin , qui était alors en Egypte, et qui mérite toute confiance. «Le lundi matin 29 de moharram [f mai] , après que le sultan et les émirs se furent levés de table, et tandis qu'ils se retiraient, ceux-ci à leurs tentes et le prince à son pavillon pour s'y reposer , Bibars Bondocdar, un des mameloucks giamdarites, et le même qui devint sultan dans la suite, entra tout-à-coup, le sabre à la main, et déchargea un coup sur la tête du prince. Le sultan ayant envoyé la main pour parer le coup, ne fut blessé qu'aux
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doigtt. Cependant, à U vue du sang, Bîbars fut ai laisi d'effroi , qu'il jeta son ubre et prit [> fnite. Pour le sultao , il perdit d'«bordconii«issttRce;ensuite,revenBnt ilui, il l'asût ■UT un sopha et appela du secours. Alors les mameloucks baharites Tinrent le trouver et lui demandèrent qui l'avait blesse. Il répondit que c'e'tait un baharîle. C'est peut-âtre, répondirent les baharites, un ismaélien (sectateur du Vieux de la Montagne). Non , repartit le prince, a ce ne peut être H qu'un bahartte ; j'en suis sûr. » A ces mots , les mameloncL» sortirent tout (rouble's ; et jugeant qu'il n'y avait plus de sar lut pour eux, ils conspirèrent la mort du snltan. Pendant que le prince s'était rendu à sa tour de bois , sur les bords du Nil, et qu'il se faisait panier, ils s'avancèrent les armes à la iDain , ajrant l'e'mir Octaj a leur tête. Le sultan se hâta d'oïl' Trir une fenêtre pour appeler du secours ; mais personne ne vint le de'fendre ; tous les ccears e'taient tournes contre lui. D'ailleurs, on voyait les baharites de'cide's à tout, et chacun craignait pour soi ; car on ne pouvait lutter avec eux pour U force et le courage. Les mameluacfcs firent d'abord apporter dn bois dans l'intention de mettre le feu i la tour. En même temps Octay criait au sultan: «Oescends! descends! necrains 1 rien ; sinon nous allons te brûler, a De'jà la tour était environnée , et personne ne pouvait approcher. L'e'mir Hossameddin s'e'tant avance' à cheval avec le corps des mameloui^ connus sous le nom de keyinarites, trouva le passage ferme^ et les baharites lui dirent que le sultan était mort, et que ce serait vouloir inutilement compromette l'islamisme. Le députe du calife de Bagdad , qui e'tait au camp, et qui voulut aussi s'interposer en faveur du prince , fut arrête par les baharitec, et menace' Je la mort s'il allait plus avant (l). Quelques chefs essayèrent de faire battre le tambour, dans l'espoir de mettre Ift \tHÉ dé l'aniiui' lu mouvement ; mais les baharites firent ccssiT Cl- bruit parleurs itiinaces. Cependant le sultan, persuade par les instances d'Octay, e'tait descendu de la tour. Octav lui fitlos plus sangla [is reproches. Vainement Touransehali a'efl'ur^-a de le loucher, Inî disant : •• Je t'ai promis •> Alexandrie, je te tiendrai parole; je ferai tout ce que ta
(i) Un intre aateur irabe dit qoe les mameloucks menacirent iTalTraiicIiir TEgyple do joug de rantorilé spirilnelle fc calife, nie drpulp fallait la moindre démarcbe. '
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s voudras, w OcUy resta inexorable. Btban Bondoodar W< van^a de nouveau , le labre à la main , pttur tuer le prince. Le sultan courut auuilât vers le Nil pour le jeter dans le Seuve et se sauver dans les vaisseaux qui bordaient la rive. Bibars le poursuivit; et pendant que les nautonniers approchaient pour le recueillir, il l'atteignit et lui âta la vie. Son corps resta pendant deux jours e'tendu sur le rivage , prive de U sépulture. Enfin , quelques faVirs [ espèce de moines mendians) l'enlevèrent, et dlèrent l'ensevelir anr la live occidentale ; Dieu lui fasse miséricorde ! ■
On peut comparer le re'cit qu'on vient de lire avec cdui du sire da Joinville, qui j est conforme. Makrizi s'en est éloigne en quelques points. D'après lui, fe sultan etdt encore à table lorsque Bibars lui de'cfaargea un coup de sabre. Aussildt le prince se re'fugia dans sa tour de bois, criant qu'il voulait exterminer tous les mamejoucics babarites; et ceux-ci, effmyé», se réunirent pour le tuer. Le sultan, les voyant avancer le sabre à la main , se retira au baut de la tour et ferma la porte sur lui. Pendant ce temps , le sang coulait de sa ■MÎn. Les babarites ayant mis le feu à la tour, il descendit pour implorer l'appui d'Octay ; i! se jeta même à ses genoux. Comme Octay restait inexorable, il courut vers le Nil en criant: «Je ne veux plus du trdne; qu'on me laisse retourner « en Mésopotamie. O musuimani , n'y aura-t-il donc personne » parmi vous qui veuille prendre ma de'fense? » Mais l'armée resta immobile. Pendant ce temps, les ilècbes volaient de toute part; le sultan se jeta dans l'eau, et les conjures, se précipitant après lui, le percèrent àcoups d'épe'e. 11 mourut donc ù-la-fois blesse, brute et noyé'. Tous ses partisans avaient pria la fuite ou s'e'taient cachés. Son corps resta trois jours aur le rivage sans se'puhure. Ce ne fut que sur les sollicitationsdu députe' du calife qu'un iKiinit de l'ensuvclir. Il avait re'gné un peu pins de deux mois.
Tel est le récit de Gémal-<><l,[iii et de Makrizi. Ces. deux aatenrs ne font d'ailleurs à ce sujet aucune réilexion : le premier se contente de dire qtic Tuurunschuli avait quelque talentnaturel, et qu'il était versé dans les arts el les sciences; mais qu'il avait l'esprit léger et le caractère violent.
De son calé, Yaféi rapporte comme un oiiï-dire que les
Suatre nuunelouoks ^ui trempèrent leurs mains dans le sang a aultait, ^kûent les mémca qui , dix «na auparavant, avaient, pat- ordre de son père, étrangle' Malelt-uel, lorsqu'il fut
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renverse du trâne; ce qui lui donne occasion d'observer que , sans doute, Dieu avait voulu punir en la personne de Touranschah le meurtre commis par Malek-taleh. Les autres auteurs arabes ont montre' encore plu^ d'indifférence. Abou-schame, écrivain contemporain , cite par Yafei , après avoir fait un de'tail dégoûtant de la mort de Touran-schah , finit par cette exclamation : « N*est-il pas étonnant que deux si grands eVénemens, la défaite de l'armée du roi de France et la mort du sultan, se soient passes à si peu de distance Tun de Tautre? C'est au commencement du mois de moharram que l'armée chrétienne fut anéantie; et le mois n'était pas encore fini que le sultan peVissait d'une mort honteuse. » Un autre auteur contemporain, Ibn-ffiouzi, cite par Yafei, ne s'étonne que d'une chose; c'est,. dit-il, que, pour faire mourir le sultan, ii ne fallut rien moins que le concours du fer, du feu et de l'eau (i).
Ensuite les émirs et les baharites s'assemblèrent au pavillon du sultan , pour delibeVer sur le gouvernement Touranschah laissait des en fans; mais ils étaient restes en Mésopotamie (9) ; et d'ailleurs, on ne voulait pas élever les fils après avoir fait mourir le père. On de'cida que Scheger-eddor , veuve de Malek-saleh , jouirait de l'autorité' souveraine ; que tout se ferait en son nom , et que, sous elle, un e'mir avec le titre d'atabek aurait le commandement des troupes. La dignité' d'atabek fut d'«bord offerte à l'e'mir Hossam-eddin , en conside'ration de la faveur dont il avait joui sous Malek-saleh ; mais ii la refusa et proposa l'emir Schehab-eddin , qui la refusa aussi ; un troisième à qui on l'offrit refusa encore. Enfin •n s'adressa à l'e'mir Ezz-eddin Aybek,Turcoman d'origine, qui accepta. Alors las émirs et les troupes prêtèrent serment à Scheger^dor en qualité' de souveraine, et à l'e'mir Aybek
(t) On trouve le même exemple de mauvais goût dans de Thon , k Fendroit où cet historien rend compte de la mort de Famiral Coligny. Après avoir raconté les cruante's exerce'es sur son cadavre , ii ajoute que cVtait, ut per elemenia omnia vehtti torqueretur; nom in terra occisus, aquis mersus , igni subjeclus, postremo in aère pependit. Voyez au liv. lu de son Histoire.
(s) Ces en fans succédèrent à Tonran-schah dans ses e'tats de Mésopoumie; ils s'y maintiurent jusquau temps où la Mésopotamie fut envahie par Tamerlan, vers la fin du xiv« siècle de notre ère. .Voyez les Annules d*AbouIféda, tom. V, p. 365.
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en qualité d'atabek. Le nom de Schegereddor fat placé sur les monnaies , et la prière fut faîte en ce même nom dans les mosouées, ce qui ne s'était jamais vu dans l'islamisme (1). Cet événement surprit tellement, qu'au rapport de Soyouthi, le calîfe de Bagdad ne put retenir ^son indignation ; il écrivit aux émirs pour leur demander si l'Egypte manquait d'hommes en état de la gouverner , dans lequel cas il en enverrait un de son choix.
Au reste , suivant Aboulfarage , Scheger-eddor était une
f>ersonne d'une grande prudence. Aucune femme ne Fégaait pour la beauté , aucun homme pour la force de caractère. Makrizi raconte qu'elle était d'origine torque , d'autres disent arménienne , et qu'elle avait acquis un tel ascendant sur l'esprit de Malek-saleh , que ce prince ne pouvait rien faire sans elle; il s'en faisait accompagner dans tous ses voyages. Scheger-eddor lui avait donné un fils nommé Khalil, mort en bas âge, et de là elle prit le titre de mère de KhaUl sur les monnaies et dans tous les actes publics.