‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 41 sur 55 · J LXXXVI · texte numérisé non relu

J LXXXVI

CoQcIotioii de la paix. — DéUvrance de S. Louis.

Suite de Vannée €48 [1250 de /. (XJ, Pendant tout ce temps, le roi de France était resté dans sa prison et l'on n'avait

1>as songé à lui. Aboulmahassen se contente de dire qu'après 'assassinat de Touran - schah , quelques mameioucks, les mains encore teintes de sang, se rendirent le sabre à la maia à la tente du roi , et lui dirent qu'il leur fallait de l'argent L'ordre s'étant enfin rétabli, on reprit les négociations. Ce fut l'émir Hossam-eddin qu'on chargea de traiter avec le roi, à cause de sa réputation de savoir et de prudence. Après quelques conférences, il fut convenu que Damiette serait

(l) Pourtant on avait vu dans Tlndostan, deux cents ans auparS" vaut, une femme appelée Radié, fouir de la plénitude de Tantorité souveraine. II n*en est pas moins vrai que les musulmans en général ont une espèce d'horreur pour le gouvernement d*une femme. H* citent à ce sujet une tradition ou sentence sortie de ia bouche de Mahomet, ainsi conçue ; Pas de bonheur pour un peimie qui est gouverné par une femme , J^l ASOur j>y Jjirf Y-

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rendue, et que le roi serait mis en liberté avec tous léEi prisonniers encore en vie.

Suivant Abouimafaassen , le roi s'engagea par le traite à payer cinq cent milie pièces d'or. Saad-eddin dit huit cent mille; mais il ajoute que ces huit cent mille pièces d'or devaient servir de dédommagement pour les provisions et les vivres qui s'étaient trouvés dans Damiette au moment de l'entrée des Francs, et qu'on supposait avoir été consommés: or, comme il s'en trouva environ la moitié encore intacte, la somme fut réduite à quatre cent mille pièces d'or. Makrizi nous apprend que cette somme devait être livrée en deux paiemens , et que le roi devait être mis en liberté après le premier.

Tout étant ainsi convenu , on fit monter le roi sur un mulet pour le mener à Damiette. Abouimafaassen rapporte qu'en arrivant, ie roi vit des soldats musulmans qui essayaient d'escalader les murs et d'entrer de force. En ce moment, les principales forces qui défendaient Damiette étaient sorties et s'étaient retirées sur les vaisseaux. II était donc à craindre que la ville ne fut prise , et qu'alors ie roi ne fut retenu^prisonnier. Le roi , en voyant ces soldats , se troubla et devint pale; mais ils furent repoussés. Enfin , les chrétiens qui gardaient la viUe , après avoir fait quelques difficultés , consentirent, pour obéir au roi, à ouvrir les portes. On était alors au vendredi 3 de safar [5 mai]. Le roi fut aussitôt rois en liberté. Cependant les musulmans, en entrant dans la ville, ccHirurent au pillage et massacrèrent les chrétiens qui n'étaient pas encore sortis; on fut obligé de les battre et de les mettre dehors pour faire cesser ce desordre. L'occupation de Damiette par les Francs avait duré près d'un an.

Abouimafaassen dit encore que, lorsque les musulmans eurent pris possession de Damiette, l'emir Hossam-eddin proposa de retenir le roi, vu que c'était le prince le plus puissant de la chrétienté, et quil serait dangereux de renvoyer un homme qui avait pénétré dans les secrets du gouvernement. Aybek et les autres émirs empêchèrent cette action , disant que ce serait s'exposer au reprocfae de mauvaise foi, ce qu'il fallait éviter. Mais, ajoute l'faistorien , l'avis d'Hossam-eddin était sans contredit le plus sage; et si les mameloucks le rejetèrent , ce fut par esprit d'intérêt, ne voulant pas être frustrés de la rançon qu'on leur avait promise.

Enfin , il est dit dans Aboaimahassen que, lorsque ie roi

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se trouva libre avec les seigneurs de sa suite , H envoya un députe aux einîrs pour leuc reprocher leur sottise et leur méchanceté : ieur méchanceté, pour avoir massacre leur maître et leur sultan ; leur sottise , pour avoir renvoyé au prix de ia modique somme de quatre cent mille pièces d'or, un prince tel que lui, qui e'tait dominateur de la mer et qui s'était trouve À leur discrétion. « Par Dieu! ajonta-t-ii , vous m'aun riez demande' un royaume, que je vous Tauraîs ce'de'. *

Quoi qu'il en soit de cette anecdote , qui n'est guère vraisemblable, le roi, se voyant libre , mit a la voile pour la Pa« lostioe et débarqua dans Acre, d'où, après quelque se'jour, il retourna dans ses e'tats. Makrizi rapporte qu'il ramena avec lui son frère, sa femme , les gens de sa suite, et les chrétiens qui étaient retenus prisonniers au Caire et au vieux Caire, au nombre de douze mille cent dix. Dans le nombre , il y en avait qui avaient e'te pris dans les guerres prece'dentes. De son coté , le roi mit en liberté tous les captifs musulmans. « ^Ce fut ainsi , remarquns Gémal-eddin , que Dieu purges r^gypte de la présence des infidèles. Ce triomphe fut encore plus glorieux que dans l'invasion précédente, sons Malek-kamei; car les Francs y perdirent beaucoup plus de monde. 9

A l'égard de Parmée musulmane , elle reprit le chemin da Caire, au milieu des acclamations et des transports de l'aiegrease publique.

Makrizi rapporte que la nouvelle de ces succès ne tards pas à se répandre par-tout , et que la joie fut générale parmi les musulmans. A cette occasion , un poète composa les vers suivans, qu'il était censé remettre à un de ses amis, afin que celui ci allât les porter au roi de France.

« Quand tu verras le Français, dis-lui ces paroles d'an « ami sincère :

9 Puisses-tu recevoir de Dieu la récompense qui t'est due, 9 pour avoir causé la mort de tant de serviteurs du Messie.

9 Tu venais en Egypte, tu en convoitais les richesses; tu 9 croyais, insensé « que ses forces se réduiraient en fumée.

9 Vois maintenant ton armée; vois comme ton imprudente 9 conduite l'a précipitée dans le sein du tombeau I

9 Cinquante mille hommes ! et pas un qui ne soit tué, pri- 9 sonnier ou criblé de blessures !

9 Puisse le seigneur t'inspirer souvent de pareilles idées! 9 Peut-être Jésus veut-il se débarrasser de vous*

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n Peut-être le pape est-ii biea aise de ce desastre ; car n souvent un prétendu ami donne des conseils perfides.

n En ce cas, prenez-le pour votre devin; faites comme n s'il méritait encore plus de confiance que Schakk et que « Satih (l).

n Et si le roi était tenté de venir venger sa défaite » si « quelque motif le ramenait en ces lieux ,

n Dis -lui qu'on lui réserve la maison du fils de Lokman ; n qu'il j tiH>uvera encore et ses chaînes et Teunuque Sa- « bih (9). «

Au reste, les auteurs arabes varient sur le nombre des troupes chrétiennes. La plupart disent cinquante mille hommes ; Makrizi dit soixante et dix mille. Si Ton en croit Aboulmahassen, l'émir Hossam-eddin assurait avoir entendu, de la bouche même du roi, qu'il avait amené avec lui en Egypte neuf mille et cinq cents cavaliers, et cent trente mille fantassins, sans compter les artisans et les valets de Farmée.

Quant à l'idée que les auteurs arabes donnent du caractère du roi , elle est en général avantageuse. Makrizi est le seul qui le représente comme un esprit rusé, artificieux , sans aucun principe de morale ni de religion. Aboulmahassen dit au contraire, d'après Saad-eddin, écrivain contemporain, que c'était un prince d'un bon naturel, d'un caractère ferme et d'une certaine force de tête. Il était, ajoute-il, très-pieux, et c'est de là que les chrétiens avaient tant de confiance en lui.

Voici au reste une conversation que l'historien Gémaleddin rapporte avoir eu lieu entre le roi et l'émir Hossameddin , et qui achèvera de faire connaître la manière dont les musulmans avaient jugé cette croisade. Gémal-eddin la tenait de la bouche même de Hossam-eddin. Cet émir, dans les rei^lkîons qu'il eut avec le roi au sujet des négociations de la paÎK f ajant reconnu en lui beaucoup d'intelligence et de bon sens, lui dit un jour : « Comment art-il pu venir dans l'esprit

(i) Schakk et Sfttih sont les noms de deux fameax devins arabes. On peut coBsoiter les Atmaies d'Abonlfëda , t. I , p. 6 et suiv. et le Reeueii des Mémoires de t Académie des inscriptions , t XLVIII , p. 66t, S4S, SftS et «78.

(t) Suivwit If. Rifand , oa composa à la méua occssioa nne chanson qai se chante encore an|oard*hai.

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9 d'un homme aussi pénétrant et aussi sensë que le roi , de se n confier ainsi à la mer, sur un bois fragile; de s'engager n dans un pays musulman défendu par de nombreuses ar- « me'es,et d'exposer lui et ses troupes à une perte presqoe n certaine? n A ces mots, le roi sourit et ne repondit rien. L'emir poursuivit : u Un de nos docteurs pense que celui qui 9 expose deux fois sa personne et ses biens à la mer, doit être n regarde comme un fou , et que son témoignage n'est plus n recevableen justice. « Là-dessus, le roi sourit encore et dit: A Celui qui a dit cela a raison , et sa décision est juste. « L'emir reprit : u Cependant l'opinion contraire a prévalu, et n Ton entend en justice les personnes qui font métier <ie n courir la mer , parce que la plupart d'entre elles reviennent n saines et sauves (l). n

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Gouvernement des snluins nuuneloncks.— Invuion desTarCti«i<

An 648 f1250 de J. C] et années suivantes. Après la mort du sultan Touran-schah et l'eleVation de Scbeger eddor au trône , les émirs , au rapport d'AbouIfeda , s'étaieot empresses d'instruire les autorites de Syrie de tout ce quils avaient fait ; ils leur enjoignirent de se conformer a ce qui venait d'avoir lieu : mais les Syriens, loin d'obéir, levèrent l'étendard de la révolte , et se mirent sous la dépendance de

(l) II a ëtë parlé de ce point de jnrispmdence oanoniqae, cidesaas , p. 370 , k propos d*ane conversation de Saladin avec Thisto* rien Boha-eddin. Sans donte Fëmir Hossam-eddin donnait k entendre par-là qu'il regardait Texpédition du roi comme nne cntreprii« insensée. Quant k ce qu'il dit ^t% dangers de la mer, tout csis^*^ relatif au pèlerinage de Jérusalem , qu'il supposait être rob|et priadpal de Fexpédition du roi ; car il remarque que chei les musnliii«n' on n*est pas d'accord sur le plus ou moins d'obligation du pèlerinage de la Mecque. Les uns croient que lorsqu'on n'a pas d'antre voie que ceUe de la mer, on en est dispensé, tu les dangers de la route ; les antrei soutiennent que » puisqu'il n'y a pas d'autres moyens de rempli' le précepte,, il faut s'y résigner, attendu que le pins souvent on en revient sain et sauf. Voyez le Tableau de l'empire ottoman, par Moaradgea d'Ohsson, 1. 111, p. 61, édition in-8*; voyei«assi XeJf'^f'^ asiatique, t. IX, p. 8S et 90.

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Malek-naflfer y prince d^AIep, lequel prît «uMitAt le titre de sultan*

De leur câte, les ëmirs égyptiens, gouvernes par une femme, ne tardèrent pas à se uvrer à l'esprit de sédition; on fut oblige de conférer le titre de sultan à A jbek leTurooman, et on lui fit épouser Scheger-eddor. Comme l'ordre ne se rétablissait pas, on fit choix d'un jeune^ prince du sang de Saladin, appelé Moussa, auquel on remit l'autorité' âouve» raine. Sous le nouveau sultan , Ajbek fut réduit de nouveau au titre d'atabek et de commandant des troupes. Pendant ce temps, Malek-nasser se faisait reconnaître à Damas et à Alep , et il s'élevait un troisième sultan au midi de la Syrie ; c'était le jeune Moguit , qui avait ete salué par la garnison de Gaza et des places voisines. Les émirs égyptiens, désespérant de rétabfir le bon ordre, prirent le parti de s'en remettre à la décision du calife de Bagdad.

Cependant le sultan d'Alep avait levé de nombreases troupes, et avait mis dans ses intérêts les princes de Hamah , d'Emesse et tous ceux qui étaient de la famille de Saladin. Comme il s'avançait vers l'Egypte, les émirs égyptiens prirent aussi les armes, et l'on en vint aux mains dans les environs de Gaza. Les Syriens eurent d'abord l'avantage ; mais, ayant poursuivi les fuyards avec trop d'ardeur, ils furent mis dans une pleine déroute; et les émirs égyptiens, qui s'étaient vus à la veille de périr, devinrent plus forts que jamais.

En ce moment, le roi de France était encore en Palestine, occupé à rebâtir quelques places chrétiennes. Les auteurs arabes rapportent que, tant que dura cette guerre, les émirs égyptiens et le sultan de Syrie sollicitèrent à l'envi son alliance. Suivant Yaféi , les premiers lui offrirent, s'il voulait se joindre à eux , la ville de Jérusalem et le reste de la Pales* Une; de son c6té, le sultan de Syrie lui faisait des propositions très-avantageuses.

Enfin , au rapport de Makrizi , on mit bas les armes. Par un traité fait entre le roi et le sultan de Syrie, les chrétiens rentrèrent en possession de tous les pays situés entre le cours du Jourdain et la Mer Méditerranée. Ce traité devait durer dix ans dix mois dix jours. Par un autre traité, Malek-nasser et les émirs égyptiens se garantirent leurs possessions réciproques : le premier eut la Syrie et les autres l'Egypte. En attendant, comme on avait toujoure à craindre quelque nouveUe invasion de la part .des chrétiens d'Occident , on se dé-

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cida à raser Damiette , TiBe oik se dirigeaient depub long* temps les flottes ennemies. Cette cite fut renversée de fond en comble et les habitans s'e'tablirent ailleurs. Queiqae»4ins élevèrent des cabanes sur les bords du fleuve , à quelque distance de l'ancienne Damiette, loin des bords de la mer.Cest ce qui donna naissance à la Damiette d'aujourd'hui.

An 655 [1257 d^ /• C] et années suivantes. Cependant, Ajbek leTurcoman avait repris le titre de sultan; mais IW torite' continuait à être entre les mains de Scheger-eddor : tout se faisait par ses ordres ; et comme le bruit se repandit qu'Aybek songeait à s'affranchir de cette tutelle, elle le fit e'touflier dans un baîn. Les e'mirs, ind^gne's, se saisirent aussitât de Scheger-eddor et la mirent à mort; son corps fut jeté dans un fosse où il devint la pâture des chiens. Le fils d'Ajbek , encore en bas âge, fut proclame sultan ; mais enfin Ternir Kotouz s'empara du gouvernement et prit le titre de sultan.

C'est vers ce temps que les Tartares et les Mogols , sons la conduite d'HouIagou , petit-fils de Gengis-kan , après avoir envahi la Perse et I Asie-Mineure , s'avancèrent en Mésopotamie et menacèrent l'islamisme d'une ruine totale. Houiaçoa prit Bagdad et de'truisit pour toujours l'empire des califes. La Mésopotamie et une partie de la Syrie ne tardèrent pas s recevoir ses lois. Jamais la cause de Mahomet n'avait couru un tel danger. Les Tartares, la plupart idolâtres, montraient du penchant pour le christianisme; aussi les chrétiens d'Arménie et de Sjrie n'avaient pas hésite' à se joindre à eux.

On se fera une idée de l'orgueil des Tartares par la lettre suivante, envoyée par Houlagou aux habitans d Alep; nous l'empruntons d'Aboulfe'da. « Vous ne pouvez, disait Hoûlaffoo n aux habitans, résister aux Mogols; nous n'en voulons dailn leurs qu'à votre sultan , et nous allons marcher contre lui* n En attendant, recevez deux commissaires de notre part; » Fun pour la ville, l'autre pour la citadelle. Si nous sonom^ 9 vainqueurs , le pays sera garanti et les musulmans prote- ■n ges ; si nous sommes vaincus , vous chasserez les commis- 9 saires , vous les e'gorgerez , comme bon vous semblera. ' Le commandant ayant refuse de se soumettre , les Tartares accoururent en armes et entrèrent dans la ville de force. Tout fut mis à feu et à sang : le carnage dura près d'une s^ main»; il n'y eut d'épargnés que ceux qui s'étaient réfugies dans la synagogue des juifs et dans certaines maisons qu^

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les ▼aiiH|iiears Araieiit promis de respecter. A la nouvelle de ce desastir I Hamah se hâta d^enyojer ses clefs à Hoalagou ; Damas et ies autres villes de Syrie se rendirent également. En peu:de temps, ies Tartares occupèrent toute la Syrie jusqu'aux frontières d'Egypte.

An 6Ô8 [12601. Les chre'tiens du pays applaudirent avec transport à ces eve'nemens. On lit dans Aboulfeda qu'à l'approche des Tartares , ies chrétiens de Damas , se croyant «nfin affranchis du joug qui pesait depuis si long-temps sur eux, montrèrent la plus grande insolence , et insultèrent les musulmans jusque dans leurs mosquées (l); les Francs de Syrie manifestèrent les mêmes dispositions. Celui d'entre eux qui montra le plus de zèle fut le prince d'Antioche, qui était en même temps comte de Tripoli : ce prince se rendit à Baaibek , pour se concerter avec les Tartares et consommer la ruine de l'islamisme ; dans toutes les occasions , il ne cessa d'exciter l'ardeur des Tartares.

Cependant, le sultan Kotouz s'e'tait hâte de rassembler toutes les forces de l'Egypte. Houlagou ayant ëte oblige' de

(i) On lit le passage suirant dans Makrizi et Yafci : « L*an 658 de Thëgîre, Houlagou sVtant rendu maître de Damas, le gouvernement de la citadelle fut confie à un émir mogol qui favorisait extrêmement le christianisme. Les évéques et les prêtres étaient sans cesse auprès de Ini et en recevaient Faccueil le plus distingué ; ii visitait leurs ëgiises et leur accordait ouvertementsa protection. Quelques chrétiens •'étant reridos auprès d'HouIagou, obtinrent de ce prince un diplôme qui leur garantissait toute sorte de privilèges et le libre exercice de leur religioa. Munis de cet acte > ils entrèrent à Damas par la porte de Thomas , portant la croix élevée , chantant à haute voix A^b antiennes, et disant : Voici le triomphe de la véritable religion, de la religion du Messie, Ib avaient avec eux des vasçs remplis de vin , qa*ils versaient sur les habits des musulmans à la porte des mosquées; ils forçaient tous les marchands de se lever lorsque la croix passait, et accablaient d*insultes ceux qui refuJàient d'obéir. Lorsqu'ils furent arrives à l'église Samte-Marie , un prédicateur, monté sur' une estrade , prononça un sermon dans lequel il faisait un éloge pompeux du christianisme , et s'attachait à abaisser la religion musulmane et %es sectateurs. On commença à détruire les mosquées et les minarets qui se trouvaient dans le voisinage des églises. En vain les cadis et les gens de loi se rendirent à la citadelle pour porter leurs plaintes au gouverneur; ils n'obtinrent aucune satisfaction, et furent chassés avçc mépris. » Voyez les Mémoires géographiques et historiques sur VBgypU, par M. Quatremère , tom. II , p. sso.

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repasser l'Euphrate, Kotouz. rentra en Syrie et attaqua les troupes tartares qui gardaient le pays. On était alors an ▼endredi S5 de ramadan [septembre]. L'action eut lieu dans les environs du Jourdain. Les Tartares , commandiSs par un lieutenant d'Houlagou nommé Ketboga, furent vaincus et obligés de repasser TEuphrate. Ainsi , la Syrie retomba ta pouvoir de l'islamisme. Dans les premiers transports de leur joie, les musulmans se vengèrent des insultes qu'ils avaient reçues. A Damas, les maisons des chrétiens furent pillées, plusieurs églises détruites, et les chrétiens exposa à toute sorte d'outraees; Makrizi rapporte même que plusieurs furent égorges et le reste mis en prison. Ensuite , quand le sultan fit son entrée dans la ville , on leva sur eux une forte somme d'argent.

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Avènement du snltan Bibars — Sa politique enven les chrétiens.

An 659 [1260], Le sultan Kotouz, après sa victoire, s'était empressé de rétablir les choses dans leur ancien état Il avait enfin repris le chemin de l'Egypte, lorsque arrivé aux sables qui la bornent du coté de la Syrie, il fut assassiné dans un endroit écarté. Ce iQcurtre fut l'ouvrage de Bibars-Bondocdar, le même qui avait déjà trempé ses mains dans le sang de Touran-scnah. Ce qui 1« porta à cette action , c'est qu'il avait demandé le gouvernement d'Alep , et que le sultan le lui avait refusé.

Aboulféda rapporte qu'après Fassassinat, Bibars et ses complices s'étant présentés , les mains encore dégouttantes de sang, au chef des émirs , celui-ci demanda qui avait commis le meurtre : « C'est moi , dit Bibars. — En ce cas , répondit 9 le chef des émirs, l'autorité t'appartient 9 Et Bibars fut aussitôt proclamé sous le titre de Malfik-daher , ou roi triomphateur. Il avait eu d'abord l'intention de prendre celai de Malek'kaher, ou roi terrible ; mais on lui fit observer que ce titre ne serait pas de bon augure.

Dès que'Bibars fut maître des affaires, il s'occupa des deux grands objets qui illustrèrent son règne ; la ruine des chrétiens de Syrie et l'abaissement des Tartares. Les Francs, â l'aide de la longue paix dont ils fouissaient depuis l'insrasion du roi de France, et sur-tout à la faveur de la diversion A^

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Tartftres, avaient acquis un grand accroiasement de forces. Le prince d'Antîoche sur^tout avait étendu son autorité sur les terres rauçulmanes voisines d'AIep, et ne cessait de menacer tout le nord de la Sjrie : de leur cdté, les Tartares, quoique plusieurs fois repoussés j n'étaient rien moins qu'abattus y et attendaient l'occasion favorable pour rentrer en Syrie.

Le sultan résolut d'abord de mettre l'Egypte à l'abri des invasions des Francs , et, dans cette vue, il fit fermer la bouche de la branche du Nil qui passe à Damiette. On a déjà vu que cette ville, dans la même intentiDn , avait été entièrement rasée. Le sultan voulut âter tout moyen aux vaisseaux chrétiens de pénétrer dans le cœur du pays. Ce fait est ainsi raconté par Makrizi : « On enfonça des troncs d'arbre dans le lit du neuve , à l'endroit où il se jette dans la mer , et il devint impossible aux gros navires de le remonter. Encore aujourdliui, poursuit Makrizi , les gros bâtimens qui viennent par mer ne peuvent franchir le passage ^ on est obligé de décharger tes marchandises sur des barques particulières nommées germes (1), qui les transportent à la nouvelle Damiette : un gros bâtiment ne pourrait tenter le passage sans de grands dangers. La Damiette actuelle n'est pas à la même place que l'ancienne ; elle est plus éloignée de la mer (2) : elle commença par des cabanes de roseaux , et aujourd'hui die est cievenue une ville importante , commerçante y ornée de bains y de mosquées , de collèges, en un mot une des plus belles villes de Dieu qui se puissent voir (3). n

0) f/>»pl«ri«Ip»-

(s) Quelques écrÎTains , ponr ayoir ignore ce fait, ont cro mal à propos que la distance qui existe entre la Damiette actuelle et la mer, pi^oyient en entier du iimon que le Nil charie chaque année dans la mer, et là-dessus ils se sont exagéré Fimportance des dluvions. Voltaire avait déjà commis cette erreur dans la Philosophie de V histoire; M. le baron Cuvier Ta répétée. Voyez son discours pre'iiminaire sur les Monumens fossiles, p. 70 de ia dernière édition.

(3) Si Ton en croyait Cardonne {Extraits des Chroniques arabes relatives à S, Lom's, et publiés à la suite de la Vie de S, Louis, par Joinville, édition de 1769 i p. 644 ), Bibars, non content de ces précautions , aurait fart construire un pont on plutôt une chaussée de plus de trente lieues de long, depuis Kalioub aux environs du Caire iusqu*à^ Damiette , et cela a6n de pouvoir, en tout temps , secourir

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Ensuite Bibars s'occupa à se faire des alliés chez les chrétiens cTOccident, et a s'instruire par leur moyen de tous les E rejets de ses ennemis. Dans cette vue , il envoya une amassade à Manfred ou Mainfroi, qui avait succédé à Frédéric II, dans le royaume de Naples et de Sicile , et qui , par ses querelles avec le saint siège , était tout disposé à favoriser I islamisme. Celui qu^il choisit pour cette mission est l'historien Crémal-eddin, le même que nous avons si souvent cité. Gémal-eddin rapporte lui-même qu'il fut très-bien accueillî, et que non-seulement Mainfroi lui permit de rester auprès de lui , mais qu'il l'admit dans sa société. Gémal-eddin parle avec admiration du crédit dont les musulmans jouissaient â la cour de Mainfroi : ce prince en avait un grand nombre à son service y et leur témoignait en toute occasion la plus grande confiance ; on proclamait dans son camp la prière, et Pislamisme y était publiquement professé (l).

cette ville, même an moment du débordement du Nil, ionqoe rSgjpte est submergée sons les eanz. Ce n'est pas le Bibars du temps dtê croisades qui fit construire cette chaussée, mais un autre Biban surnommée Giaschnéguir, lequel régnait en 7 OS de Thégire [iSOS de J. C.]. Voyez la Description géographique et historique de l'Egifpte, par Makrisi, tom. III, article des Chaussées, on, comme â les appelle, dcsjj-c^.

(l) Comme ie récit de Gémal-eddin peut être curieux, nous le donnerons ici en entier; nous l'empruntons d'AbouIféda, qui avait étudié sous Gémal-eddin et qui lui a consacré une notice particulière dans son histoire. Voyez les Annales tnasiemiei, t. V, p. 147. Cest Gémal-eddin qui parie : « Mainfroi m'accueillit arec bonté et me permit de rester auprès de lui dans la Poniile» J'eus occasion de remarquer en lui beaucoup de mérite et un goût naturel pour les sciences intellecti^elles ; il possédait parfaitement les dix traités dTEucIide, et c'est pour lui que je composai mon traité de logique» que l'intitulai pour cette raison VImpériaL Non loin de la yille que l'habitais se trouvait Luceria(dans la Capitanate), ville entièrement peaplée de musulmans, que Frédéric ayait fait venir de Sicile* (Voyes les Annales de Muratori , à Tannée 1SS4, et le Joumsl asiatique, 1. 1 , p. 40, 41 et 49.) On y fêtait le vendredr, et fi^; misme s'y montrait à découvert; la plupart des officiers de Mainfroi étaient musidmans. La ville que f'habitais n'était qu'à cinq |ouniées de Rome.

» A f époque où je quittai Mainfroi , le frère du roi de France (Charies d'Anjou) et le pape , qui est comme le calife de» Francs » s^étaient lignéi contre lui. Le pape f avait excommunié, l'acensaDi

DBS CROISADBS. 483

V.n autre auteur arabe, Yafei , rapporte que Bibars , pour ipieux s'attacher Mainfroi , lui envoya en présent une giraffe et quelqpiies prisonniers tartares, avec leurs chevaux de race mo-

i^ole. Ces relations entre le sultan et Mainfroi durèrent jusqu'à a mort de ce dernier; Makrizi en fait mention plusieurs fois. Après Mainfroi, Bibars essaya d'en établir de nouvelles avec son successeur, Charles d'Anjou, lequel lui envoyait de temps en temps des lettres, dans lesquelles il se disait son très-devoue serviteur.

II arriva alors un événement très-funeste aux chrétiens d'Orient, et qui remplit Bibars de joie; ce fut ta chute de Fempire fonde par les Latins à Constantinople , et l'expulsion des Francs de cette ville : cette révolution , malgré son importance, a peu attiré l'attention des auteurs arabes ; Aboulfarage est presque le seul qui , dans sa chronique arabe , soit entré à cet égard dans quelques détails. Voici ce qu'il dit; on y Terra quel esprit régnait alors chez les Grecs : « Des hommes très-savans clans l'avenir avaient prédit que celui-là chasserait les Francs de Constantinople et régnerait sur tout l'emi>ire grec, qui renfermerait dans son nom les deux lettres de 'alphabet grec M et X. Or, on remarquait à cette époque, à la cour de Théodore Lascaris^ empereur des Grecs de Nioée, un patrice appelé Michel (MIXAEA) Paléologue,

» de pencher peur les moralmans ; cVtait ce mène motif qai avait fait

• excommunier son père Prédëric II et son frère Conrad. » Gtfmai-eddin rapporte ensuite un trait concernant la manière dont

FMdëric parvint k Fempire , trait qu'il dit tenir de h bouche même de ICainfroi , et qui pourtant parait pea vraisemblable. « Prëdëric , dit-

■ il, ëtant encore en bas &ge lorsqu*!! perdit son père (Femperenr

■ Henri VI ) , ne {onil pas tout de suite de Fautoritë impériale ; et » quand il eut FAge requis , plusieun se mirent aur lea rangs pour la

* lui diiputer. Le pape fut choisi pour arbitre du différent : mais 9 Frédéric crut devoir recourir à la ruse; il feignit de renoncer à la •• dignité impériale ; et voyant chaque prétendant en particulier , il

• promit de lui céder sa couronne , si Fou a*en remettait à sa décision. 9 Lors donc que tous les prétendaus se trouvèrent assemblés auprès

• du pape, ses rivaux ayant déclaré qu'ils s*en remettaient à son

■ choix, il prit pour lui la couronne impériale , qui avait été déposée

* au milieu de rassemblée , et se la mit lui-même sur U tête , disant

* qu'il ne faisait que s'approprier Fhéritage de ses pères; ensuite »

* profitant de Fétonnement des assistans, il sortit pour rejoindre

• troupes» et alla se fiure reconnaître en Allemagne. •

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liooioie habile et entreprenant Lascaris ne davta pas que ce ne fût Homme en question eC il le fit enfermer; 3 Toniiit niiême le faire moorir , et il n'en fîit détoome qae par les soumissions de Michel. Après la mort de Théodore, Micfad fut nommé tuteur de son fils : alors il n'eut plus qu'une pensée ; ce fut d'accomplir la première partie de la prophétie. Comme il rencontra d'abord de la ràistance^ 3 n»olat cPuscr de stratagème : il attendit que la division se fut mise entre les Vénitiens et les Génois, qui se disputaient alors leeommerce de TOrient, et que toutes les forces vénitieinies qui étaient à Constantinople se fussent rendues à Acre pour j combattre les Génois. De plus, pour achever d'afiaiblir Constantinople et attirer les Francs d'un autre cAté, 3 ordonna an commandant d'une de ses forteresses de faire semblant de se révolter et de vouloir leur livrer la place. Quand tout fut prêt, il passa le Bosphore avec son armée, et entra de nnh dans Constantinople, par une vieille porte qu'on avait né- ^îgé de garder, et qui lui fut indiquée par un bei^er. Aussitôt l'empereur Baudouin et les Francs s'embarquèrent sur leurs vaisseaux , et la ville fut occupée sans résistance. «

Brbars regarda cet événement comme fort heureux pour Fislamisme. Suivant Makrizi, il se hâta de se mettre en relatton avec Michel Paléologue, qui avait fini par s'emparer de l'autorité souveraine (l) , et de faire alliance avec lui. Michel, pour se l'attacher, rétablit l'ancienne mosquée qui était & Constantinople, et Bibars se chargea de fournir les lampes, les voiles, les parfums, et tout ce qui pouvait servir à la splendeur du culte mahométan. Ce fut ainsi que le sultan parvint à se fortifier au dedans et au dehors, et qu'il put enfin s'occuper sérieusement de ses grands projets contre les colonies chrétiennes de la Palestine.

(l) An reste, ni Makrizi ni les antres antenrs arabes ne font mention de Palëologue ; ils n'appellent jamais ie souverain de Constantinople qne du nom de Lascaris, (j^do f , mns donte parce que c était an nom de ce |enne prince qne Michel avait 4faboitI entrepris ses conquêtes.

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