‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 44 sur 55 · S XCIII · texte numérisé non relu

S XCIII

Saite des conquêtes de Bibars. — I! prend Antiôcbe.

Suite de tanné» 666 [i^68 de /, C.J. Après la prise de* Schakif , le sultan résolut de se tourner contre le prince d*Antioche, comte de Tripoli. « Ce prince, au rapport de Fauteur de V Abrégé de la vie de Bibars, avait toujours ete Fennemi acharne' des nmsulmans, et ne cessait d'cntretenii* des relations avec [es Tartarcs ; à l'aide de cette idliance , il avait reconquis plusieurs de ses anciens domaines sur les mu^ soimans ; de plus, dans une occasion où des depute's du roi de Géorgie, adresses au sultan, avaient fait naufrage sur ses c6tes , il s*e'tait saisi de leurs personnes et les avait livres à Houlagou, qui s'était» venge sur eux et sur celui.qui les avait envoyés. Le sultan crut 'de la gloire de l'islamisme et de son zèle pour la religion de tirer vengeance de cette insulte. Après avoir, suivant son usage, fait ses préparatifs en secret , il fondit à Timproviste sur le territoire de Tripoli , et y mft tout à feu et à sang ; les chrétiens qui tombèrent entre ses mains eurent la tête tranchée; les arbres furent coupés^ les eViises brule'es. II se montrait par- tout à-la- fois, avec la rapidité de Feclair et l'impétuosité de la foudre. Il eut un moment l'idée d'attaquer Tripoli ; maïs comme les montagnes voisines étaient au pouvoir des chrétiens, comme le froid était rigoureux , et que la ten*e était encore couverte de neige, il se porta contre Antioche. Cependant il fit en sorte d'arriver sans être attendu. 11 fit dresser dans son camp plusieurs pavillons, avec la porte tournée de divers cotés. L'armée fut partagée en trois corps. Le premier dirigea sa route vers le

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port de Seleacre, à rembouchare de POronte; le second vers Darbe'sac , dans la principauté d'Alep ; le sultan se ré« serva le troisième. Tout fut détruit sur le passage des troupes ; les soldats ne respiraient que le. sang ^ la destruction et ie pillage. 9

Le sultan , suivant Makrizr, ne respecta que les terres de Safita et de Tortose, en considération du seigneur de ces deux villes , qui , pour lui faire sa cour , hii avait remis trois cents captifs musulmans qui étaient entre ses Môns. En route, il défendit aux soldats de boire du vin, et de rieD faire de contraire à la religion : c'était afin de s'attirer 1^ faveurs de Dieu.

Yaféi rapporte qu'à Tappràche de l'avant-garde musulmane, le connétable qui commandait dans Antioche, étîuit sorti pour la repousser, fut battu et fait prisonnier. L'émir Schems-eddin commandait cette avaiit-garde ; le sultan, ^pour le récompenser , lui permit de porter sur sa bannière, en signe de sa victoire, les armes du connétable (l). Cet éve'nement remplit les soldats d'enthousiasme.

Enfin , toute l'armée se trouva réunie devant Antioche. On était alors au commencement de ramadan [milieu de mai ]. « Le sultan , suivant Makrizi f commença par proposer aux habitans de se rendre ; pour les persuader, il leur envoya le connétable chargé de leur faire des représentations. On négocia pendant trois jours; comme on ne put s'aboord»*, Bibars fit commencer Tattaque. Les habitans se défendirent d'abord avec un grand courage (9); de part et d'autre la fureur était égale : mais le jour même, les musulmans, de beaucoup supérieurs en force , escaladèrent les remparts et entrèrent dans la ville. La citadelle seule lit quelque résistance : alors commença une efirojable scène de carnage; le glaive ne fit grâce à aucun homme en état de porteries armes. Les habitans étaient au nombre de plus de cent mille; les émirs se placèrent aux portes pour n'en laisser échapper

(i) Le texte ftrabe porte ià^j , On voit qoe Tussge des armoiries était adopté chez les mnsalmaiks ; on en a déjà vu d'autres exemples. Les armes du sultan consistaient dans un iiou; on le retrouve encore sur ses monnaies et sur les monumens qui restent de fui.

(s) Ibn-férat remarque qu*en' fabsence du prince d*Antioche , lequel résidait ordinairement à Tripoli, le patriarche et s^ ecclésias> tiques avaient la principale autorité dans la vilte.

aucun ; huit mHIe guerrîei^ environ , outre les femmes et les enfans, sVtaîent enfermes dans la citadelle; ils demandèrent la vie et Pobtinrent. Le sultan monta à la citadelle, muni de cordes; on prit le signalement de tous les prisonniers ; les émirs se les partagèrent jpûT bandes, et les scnbes prirertt note de leurs noms (t). Tout cela se fit sous les yeux du sultaii. Antiocbe avait été au pouvoir des Francs pendant plus ée cent soixante-dix ans. »

Aussitôt après la conquête , et avant aue la nouvelle s*en fut répandue au loin , Bibars se hâta de I annoncer lui-même «u comte de Tripoli : celui dont il fit choix pour rédiger la lettre est le cadi Mohi-eddin , auteur de Fhistôire de sa vie; h lettre était sur un ton railleur et malin ; plusieurs auteurs arabes l'ont rapportée, entre autres l'abréviateur de la vie de Bibars et Yafei. La voici; elle donnera une idée du Myle de la chancellerie musulmane.

Bibars commence par i^ippeler au comte les ravages qu'il avait exercés devant Tripoli.

• Le comte glorieux , magnifique , relevé en honneur , 9 magnanime, le lion courageux, Bohémond, la doire de la 9 nation du Messie , le chrf de la religion chrétienne , le 9 conducteur du peuple de Jésus , à qui l'on ne doit plus » donner que le titre de comte , et qui est déchu de celui de

• prince depuis qu'il a perdu la principauté d* Antiocbe, oe 9 comte , puisse le Seigneur lui montrer la voie qui conduit à 9 lui , puisse-t-il lui accorder une bonne fin et lui faire rete*

• nir ce que nous allons lui dire! Ce comte doit se souvenir 9 de notre dernière expédition contre Tripoli , de nos courses 9 au sein de ses campagnes ; il doit se Souvenir de ce que 9 nous y avons fait, de la dévastation. des terres et des champs 9 ensemencés , de la ruine des habitans ; il sait comment les 9 églises ont été balayées de dessus la surface de la terre , 9 comment la roue a tourné sur l'emplacement des maisons-, 9 comment se sont élevés, sur le rivage de la mer, des mon-

(i) Le contioaateur d'Efmacin dit aussi que les chrétiens qui ëtsient dans la citadelle demaDdcrent la yie , et se rendirent prisonniers ; ensuite if ajoate qae fe saftan , voyant toute cette muititode à ses pieds dans un <^tat suppliant , ne put 8*empécher d*avoir pitié' d*eux , et se contenta de les faire mettre aux fers. II paraîtrait de ik que le sultan , malgré la capitulation , avait eu d*abord Tidéc de (es fairo tous passer au fil de Tépce.

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n ceaux de cadavres qui ressemblaient à des péninsules , 9 comment les hommes ont ëte tues , ies enfans réduits en » servitude, comment les gens libres sont devenus esclaves , 9 comment les arbres ont ete coupes , de manière qu'il n'en 9 restât que Ja quantité nécessaire pour le bois de nos ma- 9 chines, lorsque nous retournerons, s'il plait à Dreu , assié* 9 ger ta capitale; comment ont ete' mises au pillage tes ri- 9 chesses et celles de tes sujets , y compris les femmes , le» 9 enfans et les bétes de somme ; comment ceux de nos soldats 9 qui étaient sans famille se sont trouves tout-à-coup avoir 9 femmes et enfans ; comment le pauvre est devenu riche, le 9 serviteur s'est fait servir et le piéton a eu une monture. 9 Quant à toi , tu voyais tout cela de l'œil d'un homme- que la 9 mort a frappe de pâmoison , et lorsque tu entendais une de 9 nos voix, tu t'écriais : QueUe est terrible !

9 Tu sais de plus comment nous nous sommes éloigna 9 de Tripoli, q'est-à-dire, à là manière de gens qui doivent 9 revenir : nous voulions t'accorder un délai ; mais oc délai 9 est compté et déterminé. Tu sais que lorsque nous avons 9 quitté ton pays ^. il ne s'y trouvait pas de troupeau qui 9 ne marchât devant nous, pa^ de jeune fille qui ne fut 9 en notre pouvoir, pas do colonne qui ne fut tombée sous 9 les coups de la pioche, pas de champ qui n'eut été mois- 9 sonné, pas de chose existante dont tu ne fusses privé. Elles 9 ne nous présentaient pas 4'obstades , ces cavernes qui 9 couronnent tes montagnes escarpées, ni ces vallées qui 9 effraient l'imagination. Tu sais qu'ensuite nous hous sommes 9 rendus à Antioche, avant qu'aucune nouvelle de notre 9 approche y fut parvenue ; que nous y sommes arrivés pen* 9 dant que tu nous croyais encore près de toi. Au reste-, si 9 nous BOUS sommes elofgnés,<certes nous reviendrons. Pour 9 le moment, nous allons t'apprendre une chose terminée; 9 nous allons t'instruire d'un désastre qui a tout englouti.

9 Nous sommes partis de devant Tripoli un mercredi 94 9 de schaban , et nous sommes arrivés sous les murs d'An- 9 tioche au commencement du grand ramadan^ A notre ap- 9 -proche j les troupes de la ville , étant sorties pour nous 9 combattre , ont été mises en déroute; le connétable qui les 9 commandait a été fait prisonnier j il s'est même offert à 9 traiter avec nous au nom des -tiens; nous l'avons laissé 9 rentre^ dans la ville, et il nous a amené une troupe de reli- 9 gieux et les principaux citoyens de la ville. Les conférences

n ont ete ouvertes ; mais comme nous avons vu qu a ton » exemple ils avaient un but coupable, qui devait tourner à ^9 leur perte , et que s'ils différaient touchant le bien , ils s'acn cordaient par rapport au mal ; comme nous avons vu qu'il n n'y avait plus rien à "faire , et que leur perte e'tait de'crete'e de n Dieu , nous avons renvoyé les depute's en leur disant : fïous » allons vous attaquer; voilà le premier et le dernier avis n que vous deviez attendre de nous, Là-dessas ils se sont If retires, imitant tes actions et ta conduite, et croyant que ff tu allais venir à leur secours avec ton infanterie et ta cavajf lerie. En moins d'une heure, Tafïaîre du mare'cfaal ( qui 9 commandait en l'absence du connétable) a été consom- « mée ; la terreur est enti-e'e dans Tame des moines , l'infor- » tune a environné le châtelain , la mort est venue aux assiégés 9 par tous les cotés ; nous avons pris Antioche par l'épée, à o la quatrième heure du samedi 4 du grand ramadan ; tous 9 ceux à qui tn en avais confié la garde et la défense ont été 9 tués : il n'y avait aucun d^enx qui n'eut avec lui quelque 9 chose de ce monde; à présent, il n'y a aucun de nous qui 9 n'ait quelque chose de ce qui leur a appartenu. Ah? si tu 9 avais vu tes chevaliers foulés aux pieds des chevaux , ta 9 ville d'Antioche livrée à la violence du pillage et devenue 9 la proie de chacun , tes trésors qu'on distribuait par quia- 9 taux, les matrones de la ville (1) qu'on vendait une pièce 9 d'or les quatre! si tu avais vu les, églises et les croix ren- 9 versées, les feuilles des Evangiles sacrés dispersées, les 9 sépulcres des patriarches foules aux pieds ! si tu avais vu 9 le musulman , ton ennemi, marchant sur le tabernacle et 9 l'autel, immolant le religieux, le diacre, le prêtre, le pa- 9 triarche! si tu avais vu le patriarchat aboli sans retour (9),- 9 les gens qui fusque-^là se partageaient le pouvoir, au pou- 9 voir d'autrui ! si tu- avais vu tes palais livrés aux flammes , 9 les morts dévorés par le feu de ce monde, avant de Fétre

(i) On lit dans Farabe c:>UD; c*e9t notre mot dame, , (2) Oa lit en effet dtfns VOriens christianus do P. le Quien, t III , col. lies , qae le patriarche fat massacré au pied des autels, reTétn de ses habits pontificaux. Cette opinion a été adoptée par les auteurs 4e VArt de vérifia les dates, t. I, p..46t , édition in-â^ Cependant on verra ci-après un auteur arabe faire survivre le patriarche au désastre d* Antioche.

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9 par cehii de l'autre ; tes châteaux et leurs dépendances 9 anéantis, l'eglise de Saînt-Paul détruite de fond en comble: « certes , tu te serais écrie' :.PUi à Dieu que je fusse pous- 9 Stère {!)! pUi à Dieu que je n eusse pas reçu la lettre qui n me mandait une si triste nouvelle / Ton ame se serait exha> 9 lee en soupirs ; tes larmes , par leur abondance , auraient 9 éteint cette flamme dévorante. Ah ! si tu avais vu ces lieux, n naguère si opulens, et maintenant séjour de la misère; si 9 tu avais vu tes vaisseaux pris par tjts propres vaisseaux dam 9 le port de Séleucîe y tes navires opposés à tes navires y certes 9 tu aurais reconnu, a n'en plus douter, que le Dieu qui t'avait 9 donné Antioche, te la retirait; que le maître qui t'avait «gratifié de sa citadelle, ia reprenait et l'efliiçait de la surface 9 de la terre ; tu aurais vu que la grâce de Die^ nous remet- 9 tait en possession des châteaux enlevés sur l'islamisme. 9 Maintenant nous avons chassé tous les tiens de la contrée; 9 nous les avons comme pris par les cheveux, et nous les 9 avons dispersés auprès et au loin. Il n'j a plus de rebdie n dans le p^ys que le fleuve qui passe à Antioehe (l) ; encore 9 voudrait-il bien changer de nom, sll le pouvait : ses eaux 9 s'écoulent en larmes ; jusqu'ici ces larmes étaient pures et • limpides, et voilà qu'auîpurd'hiû elles se rougissent du sang 9 que nous avons répandu.

9 Cette lettre te félicfte du salut que Dieu t'a accordé et de 9 la prolongation de tes jours ; c'est a ton absence que tu en m es redevable; car si tu t'étais trouvé à ce siège, nul Aovitt n que tu ne fusses à présent mort, prisonnier ou criblé de n blessures. Ta joiç dfoit donc être bien grande ; car jamais 9 on ne sent mieux le prix de la vie que lorsqu'on échappe à 9 un grand désastre. Peut-être Dieu a-t-il voulu t'accorder 9 un répit pour une tu réparasses tes désobéissances p*^^^; 9 Comme il ne s est sauve personne pour t'apprendrâceqni 9 s'^t fait , c'est nous qui te l'apprenons ; comme il ne reste 9 personne pour te féliciter de. ta délivrance, nous t^avons 9 adressé ce disooura. A présent tu sauras à quoi t'en tenir; 9 tu ne pourras plus nous accuser de mensonge , et tu n'auras

(i) Ces paroles sont tire'es de ÏAkormn, wvaat. LVits, vers» 4fc (2) CTest le fleave Oronle» qoe les Arabes nommeiU ^jeU/l ^,^

rebelle, k cause, dit-oD, qu'à la difi^renee des autres fleuves de Syrie,

seâ eaux coulent du midi au septentrion.

DBS CR0UADB8. 611

9 plus besoin de l'adresser à vn antre pour connaître la vërîte'. n Adieu. 9

Qne cette lettre est bdie ! s'écrie ici l'abreViatear de la vie de Bibars ; comme elle garde bien la mesure convenable à ces sortes d'écrits ! que de force renfermée dans les bornes de ia bienséance! quelle forme piquante! comme sous des debors polis elle cachait une raillerie amère (1^ !

Cependant, le lendemain de la prise d'Antioche, Bibars, suivant Makrizi, fit mettre le butin à part, afin de procéder an partage : il voulut que tout fut placé en commun ; luimême monta à cheval , et fit apporter , par ses officiers et ses mameloueksi ce qu'ils avaient pris, «r Pai^DieuJ s'écrîa-t-il , » je n'ai rien retenu de ce qui m est tombé entre les mains, et n je veux que mes mameloucks fassent de même. Sur ce • qu'on m'a dit que l'esclave d'un de mes mameloucks avait n soustrait un objet de peu de valeur, je l'ai puni sévèrement. n Que chacun de vous agisse avec f>onne foi ; je vais faire 9 jurer les émirs et les officiers , et ils feront jurer à leur tour n les soldats (9). «

En conséquence , chfique soldat apporta ce qu'il avait pris , l'or, Fargent, &c. Le butin fut mis en tas, et forma comme de grandes collines ; ensuite on procéda au partage. Comme il aurait été trop long de peser, on distribuait l'argent monnayé dans des vases. Les hommes furent répartis par tète ; il n'y .eut pas d'esclave qui n'eut un .esclave c on partagea aussi lés femmes , tes filles et les enfans ; un garçon en bas &ge se vendait douze pièces d'argent , et une petite fille cinq. Ces soins occupèrent le sultan pendant deux jours ^ il était présent à tout , et voulait tout voir par ses yeux. Sur ce que quelques soldats n'avaient pas tout déclaré , il entra dans une grande colère; ses émirs eurent beaucoup de peine à le cidnier. A la fin , il se retira. La ville et la citadelle d'Antf oche furent ensuite livrées aux flammes : tout fut détruit L'argent qu'on retira des ferrures des portes et du plomb des églises , se monta à des sommes immenses. Plusieurs marchés s'éta-

(i) II est certain qae cette lettre en arabe est écrite avec beanconp d*éiégMice.,

(i) Peraonne, ebez les miisalmans, ne peut, avant le partage du bntin, s'approprier le moindre effet, ni en disposer sons quelque prëlezte que ce soit. Les cavaliers ont double portion des fantassins. Voy. le Tableau général de l'empire ottoman, t. V, p. 77, 80 et ai.

51 i BiBLioTHkacr

blirent dans les enTirons , et les nurcbaiHls accourarent de tous les côtes.

On aui*a une idée de la grandeur d'Antioche par ce que dit Yafei, que cette viUe avait douze milles de tour, et que l'on y comptait jusqu'à cent trente tours et vingt-quatre mifle créneaux.

i XCIV.

Snite des conquêtes de Bibara nir les cbrëtiens.

Suite de Fannie €66 [1'S68 de J. Cl. Après U prise d'Antioctic, le sultan s'occupa de soumettre les places voisines; plusieurs de ces villes, avaient auparavant appartenu à l'islamisme, et les chrétiens y e'taient entres à la faveur des invasions des Tartaixs. Toutes ces places se rendirent d'ellesmêmes. II ne restait plus que Bagras , ville très-fprte, appartenant aux templiers, qui de là inquie'taient les .musulmans du voisinage. Ce château aurait pu opposer une longue résistance ; mais, comme tout le pays s'était soumis, et que le roi de la petite Arménie, dont les états étaient limitrophes, avait fait sa paix Tannée précédente, les templiers ne s'v crurent pas en suteté ,* et se retirèrent d'eux-mêmes. Les musulmans, en y entrant, n'y trouvèrent qu'une vieille femme.

A l'égard de Cosséir , ville qui appartenait au patrii^rcbe d'Antioche, un certain Guillaume, homme de confiance du patriarche (!) » en avait le gouvernemeiit Les habitans prétendaient avoir entre les mains un diplôme du calife Omar, qui confirmait la souveraineté du patriarche sur h vîUc. Guillaume, qui depuis long-temps était d'intelligence avec les musulmans, gagna si bien la Uenvcilianœ du sultan , qu'il obtint d'être maintenu , mai^ en cédant la moitié de Cosséir. Toute la principauté d'Antioche étant ainsi subjugée, Bibars se rendit à Damas, oit il fit une entrée triomphante, conduisant les prisonniers chrétiens devant lui.

(l) Noos snivons ici fm version d*Ibn-Abd-aIrahiiii; et en effet on a yn que le patriarche d'Antioche avait pe'ri dans le sac de la ville. L*abnTriateur de la vie de Bibars suppose, an contraire, quil aagit ici du patriarçjie lui-même , qui , après la perte d'Antioche , s'était retiré

à Cosst'ir,

DBS CtiOISADBfl. 613

Tant de malheurs forcèrent le comte de TiipoU k deman* lier la paix : le saltan j consentit; mais ce fat dans le dessein de mieux se préparer à achever sa ruine» On lit dans l'abrégé de l'histoire de fiibars, que, dans les négociations qui eurent, lieu à ce sujet, le sultan se déguisa en écujeri et que, se joignant aux députes qu'il envoyait au comte, il entra aveo eux dans Tripoli , pour examiner Tëtat de cette ville. Voici ce que raconte Mohi-eddin, qui faisait partie de la députatîon (i). ft Le sultan entra avec nous dans la ville, dit-il, se donnant pour notre e'cujer; mais en effet pour reconnaître la situation de Tripoli et en examiner les endroflts faibles* Dans les conférences que noas eûmes avec le comte , le sultan s'y trouva. En rédigeant le traite', nous n'avions donne à Bohemond que le titre de Oçmte,sans faire mention de celui de prince , lequel ne lui convenait plus depuis qu'if avait perdu la principauté d'Antioche. Bohe'mond , s en étant aperçu , se fâcha , et demanda qu'on lui restituât son titre» Je repondis que le titre de prince appartenait au sultan , en sa qualité de maître d'Antioche et de JeVusalem* A ces mots, le comte se tourna vers ses troupes. Ce mouvement nous remplit de frayeur -, le sultan me fit signe du pied de ne plus insister ; nous rétablîmes donc dans le traite le titre de f rince, et les conditions furent jurées de part et d'autre; mais ^ à notre retour , le sultan ne put s'empêcher de rire de l'aventure, et de donner au diable tous les comtes et les prÎBces de la terre» «

On est étonne ) au milieu de ces sanglantes querelles, de ne plus entehdre parler de la principauté d'Acre , qui pour* tant représentait l'ancien royaume de Jérusalem. Ce reste# d'un puissant, royaume était alors l'objet de l'ambition de divers princes , qui ne songeaient qu'à leurs intérêts particuliers. D'un càte , Hugues III , roi de Chypre , y prétendait du chef de sa mère ; de l'autre , Charles d'Anjou y frère de S- Louis , et devenu maître du royaume de Naples et de Sicile , avait acheté les droits d une autre princesse du sang royal (9). L'un et l'autre e'taient résolus d'employer là forcé

(i) Ce rëeit est emprunte de F Abrège de rhistoire de Bibars; Toti- Tn^ge original de Mohi-eddin manque à la Bibliotbèqne da Roi.

(fi) Voyes, sur ces débats, Y Art de vérifier Us dates, t. II ; p. 47 , ^dit in-â<>.

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jmiir faire valoir leurs «Iroils. Dans cette ftnarchlo, les hahîtans ciemnirnient inditU»r(»ns : la vilie était ociupée à^la-fois par les Vénitiens, les IMsans et toutes les nations coniincrrantcs de l'Europe; chaque peuple avait son quartier sépare , ses privilèges, sa furidiction; tous ne cherchaient qu*à exploiter le commerce des épiceries et des marchandises de rinde , qui venaient presque toutes par cette voie; péU lear importait qui serait maître de la ville. Le roi de Chypre , comme le plus proche , étant arrivé le premier, se hâta H'ecrireà Biburs, pour obtenir son agre'ment; il demanda au<si la continuation de la paix. On lut d'accord sur tous les points, si ce n'e^t que le r6i ne voulait stipuler que pour l'île de Chypre , et se réservait , quant a la principauté d'Acre , la finculté de rompre le traité dans le cas oit il se ferait quelque nouvel armement dans TOccident. Ibn-férat rapporte que le rùi montrait une frayeur extrême du roi Charles; à chaque observation qu'on lui faisait, il répondait qu'il oraignatt de s'exposer au^ courroux du frère du roi de Frant:e. . Makrizi rapporte, sur ce même sujet, une circonstance qui montre à quel point Bibars affectait de montrer sa supériorité. Dans les négociations qui eurent lieu avec le*roi de Chypre , le sultan ordonna à ses arob'assadeurs de ne donner au roi aucune marque de déférence, soit à l'audience, soit dans les conférences particulières , et de traiter d'égal à égal. Le jour de l'audience , le roi ayant reçu les députés sur un trône, ils exigèrent qu'on les fit asseoir de même; et sur ce qu'au moment ou ils pi'ésentaient au roi le projet de traité, le ministre avait avancé la main pour le recevoir, ils se tinrent ^our offensés , et voulurent que le roi prit le papier de ses propres mains.

Alohi*eddin , déjà cité pour d'antres ambassades , était aussi de celle-ci , et c'est lui qui montra tant de hardiesse envers le roi de Chypre; voici comment il s'est exprimé à ce sujet : « A notre preinière atvli<^nce , le roi tious reçut sur un siège élevé; il avait l'air de vouloir prendre le pas sur nous. Comme musulmans , nous ne pouvions souffrir une teUe insulte ; nous nous élevâmes donc jusqu'à lui, et la conversation commença aussitôt. Il parlait avec humeur, etsUr difierentes choses ; je lui répondais sur le m^me ton. Tout-a-coup , il me regarda avec colère , et me fit dire par l'interprète de regarder derrière moi : je tournai la tête, et je vis sur la place toutes les troupes du roi rangées en bataille ; Tin ter prête eut même soin de ok'en faire remarquer le nombre et l'attitude martiale.

ims caoïsADRs. 515

'Alors, je baÎMai les 3^eux, et, après qu'on in*eut promrffde respecter mon caractère de députe , je dis otiToi qu'il y avait en effet beaucoup de soldats chrétiens sur la place') mais qui!

{' en avait encore jpkis dans les prisons du Caire. A ces mots , e roi changea de couleur; il fit un si^ne de croix, et remit i'audience à un autre jour. A la (in cependant on se mit d^accord. n

Ijbl paix fut aussi demandée par le sei^^neur de Safita. Le sultan T mit pour condition quNnn ini ce'derak Gible'. Cette place appartenait^ non au seigneur de SaOta, mais aux hos'^ pttaliers ; les hospitaliers , quoique en paix avec ie sultan , furent obliges de consentir à ce sncrifice. •

An 667 [ifè69],Kn ve'rite', on a peine à suivre la singu* Hère politique des colonies chrétiennes. On Tient de voir la paix, conclue entre la viUe é'Acre et ie sultan : cette anne'c, selon Mflkrizi, le gouverneur d'Acre- refusa de rendre, autrement que par échange, quelques mameloucks de Bibars, qui s'étaient enfuis dans la ville et avaient embrasse' le christianisme. A la fin cependant, les mameloucks furent renvove's; mais le sultan regarda la trêve comme rompue , et vint mettre à feu et à sang le territoire chre'tien.

.Vers le même temps, au. rapport d'Ibn-fe'rat, le seigneur de Tyr, avec qui le sultan était en paix, après avoir reçu \é prix du rachat d'une esclave musulmane, fît courir après elle, et la remit dans les fers. A cette nouvelle , Bibars fit de-^ vaster les campagnes de Tyr. Sur ces entrefaites, Charles d'Anjou ayant envoyé un députe' au prince, pour sollrciter sa bienveillance envers les Francs de la Pafestifne, et le prier de détourner l'épee de, dessus leur tête, il répondit qu'H ne tenait pas à iuL de faire ce qu'on demandait ; que les chre-Â tiens se ruinaient par leurs propres mains , et que sans cesse le plus pètit*défaisait ce qu'avait fait le plus grand.

A cette époque, le commerce entre l'Europe et l'Asie, pfirticulièrement eetui des épiceries, se faisait presque en entier par PÉgypte et la Syrie; comme, sons-le règne ê^t l'empereur Frédéric II , les marchands de NapleS et de Sicile avaient joui , dans les états musulmans , de grands privilèges, Charles sollicita pour ses sujets les niémes conditions : Bibars fit ks plus beHes promesses , et répondit, entre autres, choses , qu'il voulait en user envers Chnrle^ « comme il- avait fait V jadis envers.snn frère, le roi de France, lorsqu'il tomba au » pouvoir des musulmans, n

5 te BIBLlOTHkQim

Le députe de Charles avait 4ié secrètement aceompa^e dans celte ambassade par un agent du pape; Bibars l'ajant feconnn, lui fit des reproches de ce qu'il ne s'etlût pas d'abord fait QOJMiattre, et faccueiliit d'ailleurs assez bien : au de'part du députe' y il le fil aiccompagner de son chambellan Bedreddkd.

Vers le même temps, Bibars reçut un députe de Conradin , rival de Charles d'Anjou pour le rojaumede Sicile; Conradin sollicitait l'appui du sujtan. Le prince lui fit une réponse très-pofie, et lui recomipanda les musulmans qui avaient ete au service de sop père Conrad et de son aïeul Fre'dcfric.

A la même époque , quelques corsaires catalans ayant enlevé' un navire d'Egypte, Bibars envoya un députe an rot d'Arragon pour demander satisfaction; le roî accueillît s» demande, et fit rendre ie bâtiment aveu les marchandises.

S xcv.

Seconde croisade de S. Louis. «<— Suite des taccès de Biban.

An 668 [1270]. Cependant une grande partie de l'Occrdent-se disposait ii prendre de nouveau les armes en faveur des colonies chrétiennes d'Orient; le roi de France était l'amede cette entreprise. Voici, d'après les auteurs arabes, quelle e'tait la situation politique des puissances musulmanes et chrétiennes.

Bibars, ayant pour ennemis naturels les chrétiens de la Palestine et les Taitares , dirigeait tous ses efforts de ce câté : il suscitait des ennemis aux Tartares , et cherchait a isoler les chrétiens, alin de les réduire- a leurs propres forces. A cette époque , l'empire des Tartares étaii divisé , et ces bordée sauvages , à force de se répan$ire sur presque tonte fa surface de l'Asie , avaient contracté àes intérêts dilférens. Les Tartares du Captchak, au nord de la Mer Noire et de la Mer Caspienne,' obébsaient à un autre maître que cenx de la Perse, de l'Asie mineure et de la Mésopotamits; les nns et les autres n'avaient presque plus de relations avec ceux de la Tartarie proprement dite et de la Chine. Comme BerLeh , khan du Captchak, aspirait depuis loiig-temps à quitter les régions stériles du nord de l'Asie ^ pour occuper les fertiles contrées du midi , Bibars se mit en rapport avec lui , et ils se promirent de faire cause commune contre les Tartaresxie la Persç,

ntS CROISADES. 5t7

TranatiiIIe de ce côte , le snltan s'efforça de se faire des appuis dans rOceîdent. On a tu , par ce qui précède , quel soin il mettait à se me'nager les princes chrétiens â'Ewropej 'et combien les esprits paraissaient plus dr^pose's que jamais à une union réciproque. Il y aurait réussi sans le zèle religieux de S. Louis et du pape, qui ne voyaient de bonheur que dans la délivrance des saints lieux, et sur-tout sans^ une circonstance qui étonna alors TEurôpe, et qui eut la plus grande influence sur ses desseins ; c'est i'ardetir que mirent tout-à^ coup les Tartares de la Perse à relever les colonies chrétiennes d'Orient. Menacé au nord et an midi , ce peuple ne vit plus de salut que dans les secours de l'Europe; et l'on doh dire qu'il ne tint pas ^ lui d'arracher pour toujours la Palestine au joug de Fisiamisme.

Abaga commandait alors aux Tartares de cette partie de FAsie. Ibn-férat rapporte que "Ce prince envoya des députés à drvers princes d^Ekirope, et que le roi d'Arragon fit alliance avec lut. Les deux monarques se donnèrent rendezvous en Arménie. Une flotte formidable partit des ports de Oatalogne; mais en route elle fut assaillie par une horrible tempête qui en détruisit la plus grande partie; lé reste, avec quelques navhres venus des autres régions de POccidei|t, aborda dans Acre. Ce secours releyà le courage des Francs j ils reprirent aussitôt les armes : mais s'étant avancés imprudemment, ils furent surpris par les troupes musulmanes et mis en fuite. Ainsi cette expédition n'eut aucune suite.

Cependant il n'était bruit en Orient que des préparatifs du roi de France. Bibars était alors en Syrie avec son armée. Le cadi Mogîr-eddin rapporte que, dans un pèlerinage qu'il fit à Jérusalem, il fut effrayé de trouver, à une demi-lieue de la ville sainte, un monastère chrétien renfermant plus dt; trois cents moines. Il craignit qu'en cas d'invasion, les Francs ne s'établissent dans ce couvent et ne s'en fissent un lieu de retraite : en conséquence, il ordonna de le détruire. Les moines firent ce qu'ils purent pour le rassurer; ils lui offrirent de grands presens; mais il demeura inexorable. •

De là , le sultan se rendit en Egypte pour mettre le pays eu état de défense. 11 ignorait encore de quel côté se porterait l'orage ; mais il était impatient de mettre ses é^ats en sûreté. Par SCS ordres , plusieurs députés partirent avec des présens pour se rendre auprès de divers princes de l'Occident.

518 BIBUOTHhoVB

, An 669 [1270]. Enliii Ton apprit que le rot de France avait fait voile pour Tunis. L'historien Ge'naal-eddjn attribue cette résolution duroLà la crainte d'aborder en Egypte, de peur d'y éprouver le^ laéiae sort que ia première Cois; il ajoute que le roi espeVait qu'une fois maître de Tunis, il pourçait envahir rÉgjpte par mer et par terre. #.

- Un grand nombre de princes, de seigneurs et de barons accompagnèrent le roi dans cetle expe'dition : on peut citer, entre autres, son fils i^ne Philippe, qui lui succéda; son frère iVlpIionse , comte de Toulouse et de Poitiers; Thibaut, roi de Navarre; Gui, comte de Flandr-e; Henri, comte de Luzeni* bourg.

De plus y il avait la promesse d'être seconde par son frère Charles , roi de Naples et de Sicile , et par Edouard , ills du ror d'Angleterre. Charles fut celui qui contribua le plus à faire tourner les elToris de ses armes contre le roi de Tunis. Depuis long-temps les rois de Tunis étaient dans l'usage de

«yer un tribut annuel à la Sicile; et commb, depuis cinq ans,

e roi actuel s'en e'tait affranchi ^ Charles e'tait impatient de rendre au trône qu'il occupait son ancien éclat 11 n'arriva que vers la (in de re^4>edition. Pour le prince Edouard , il ne put vçxiiràtemps.

Voici comment Makrizi a rendu compte de celte croisade : «I Le roi.de France ^ dit-il, avant de se mettre en mer, avait fait part de son dessein a tous les rois de la chrétienté , particulièrement au papç^ qui e$t comme le vicaire gênerai du Messie. Le pape s'empressa d'inviter tous les princes chrétiens à prendre .les armes. Il permit m^me an roi de France d*appljquer apx frais de cette .guerre tous les biens des t-'glis^'s qui seraient à sa bienséance. Les rois d'Angleterre, d^Eco^se 0 d'Arragon , consentirent aussi à le seconder. Tunis était alors dcsulée par la famine et la misère. Le piûnce de Tunis (.il s'appelait Mohammed. M ostanser^billah), ayant appris que cet armement se dirigeai tr contre lui, envoya un dcsputé au roi de France pour lui demander ia paix; il joignit ipéme à sa demande une sonwie de quatre -vingt mille pièces d'or : le roi prit l'argent (t) , mais il persista dans ses

(t^ II CBt probable, si le. fait est vrai, que cette tomme aura ru' <|isiribu«'e parmi tes courtidaus de S. Louis, et i|iie le prince , qai ne sarait ncài Uc cos iiitriguca, fit comme 6i de rien nëuit.

projets hostiles; il Jebarqua sur les cotes d^\^^iql]e , avec six mille cavaliers et trente mille fantassins,- et aiissitétl« siège commença. '

n A cette nouvelle, le sultan Bibars se hativ dVcrire au roi de Tunis, pour l'exhorter à avoir bon courage, et promit de le soutenir de tous ses efforts : il engagea les Arabes nomades de Barka et des déserts d'Afrique à marcher au secours des fLssieges'; par ses ordres , on creusa des puks sur toute la route y et ses troupes se disposèrent a se mettre en marche.

n Tunis e'tait dans le plus grand danger. Au milieu de moharram [août 1970], ilse Jivra up combat terrible entre les deux armées, où il périt beaucoup de monde départ et d'autre : déjà les musulmans étaient sur le point de succomber, lor^ue Dieu permit que ie roi de France mouruL Alors on fit la paix , et Tarmee chre'tienne remit à la voile. Une chose fort singulière, poursuit Makrizi, ce sont les deux vers suivans, par lesquels un citoyen de Tunis, faisant allusion à ce qui e'tait déjà arrive au roi de Fradce en Ëgjpte , lui pre« d4, dès le commenceroeot du siège, un sort encore plus funeste (l) :

« 0 Français! Tunis est la sœur du Caire; altends-toi à o un sort semblable.

n Tu y trouveras une maison du fils de Lokman , qui te n servira de tombeau , et Teunuque Sabih ferapiaoe aux anges n Monkir et Nakir. n . i

La maison du fils de Lokman est celle où le roi , dans sa captivité' d'Egypte, avait ete retenu prisonnier, et l'eunuque Habib, celui qui fut commis à sa garde. Les deux anges, Nakir et Monkir, sont ceux qui., suivant les musulmans, reçoivent les âmes des hommes au nioment de leur mort.

L'historfen Gëmal-eddin a aussi parle de la croisade ût Tunis : il altribue la mort du roi de France â une Horrible épidémie qui fit les plus grands ravages dans l'armée chréi> tienne; ensuite il fait cette reflexion : u Ainsi Dieu traite

(0 ^^..^A^-ç:^] dU ^j»f^y^ Li

A, Al i> J ^^ C^LumI*.!?*

S96 BlBUOTHfcoUB

ceux qui s'opintAtrent dans rincredulhe ; ainsi il trompe leurs espérances (1). «

Voici , au reste, à quelles conditions la paix fut faite entre FarEhee chrétienne et le roi de Tunis. Il nous reste à ce sojut un monument pre'cieux ; c'est l'original même du traité , écrit en arabe, que le rot Philippe le Hardi, fils de S. Louis, apporta avec lui en France, et qui se conserve encore aujourd'hui aux archives royales (9) ; ce traité est ainsi conçu :

tt Au nom du Dieu dément et miséricordieux , qua Dieu « soit propice à notre seigneur le- prophète Mahomet , à sa » famille, à ses compagnons , et qu'il leur accorde le salot!

n Traité efitre le prince illustre Philippe , par la grâce de » Dieu , roi de France ; le prince illustre Charles, par la grâce » de Dieu , roi de Sicile, et le prince illustre Tbioaitt, roi de 0 Navarre, dSine part; et de l'antre, le calife, l'imam , corn- « mandeur des crojans Abou-abd-aliah Motiammed.

9 Article t*''. Protection et sûreté seront accordées à » tous les musulmans des états du commandeur des crojans, 9 ou des pays de sa dépendance , qui se rendront dans les 9 états des princes susdits ou dans ceux de leurs Vassaux et 9 de leurs barons; aucun d*eux ne pourra être inquiété, m 9 daiis sa personne, ni dans ses biens, grands et petits*; de 9 plus, les princes susdits veilleront à ce qu'aucun de leurs 9 sujets ni de ceux qui reconnaissent leur autorite et oui 9 courent la mer, ne causent le moindre dominage dans les 9 états du conHnandeur des croyans { que s'il arrivait qu'un

(t) Ces ptroles sont tirées de TAicoran , sonr. xmciii , rers. s s. Géroal-eddin ajoute qae la nonveiie de ce tiiecès étant renne an Caire, IBibari se hâta de l'envoyer par-toat., partiealièfemeal à Hamab, oà Tantear vivait alora retiré. Cependant il observe qu'il n« m souvient pins prëciae'ment à quelle e'poqne cela arriva; et dans la doute, il en parie k Tan 660 de Thegire, c'c8t4i-dire, neuf ans pins tôt qu'il n'aurait dû. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Makrixi , qui vivait prèa de deux siècles après , ne sachant comment concilier oette husse date flTVec la véritable , a pris le parti de répéter denz fois le même récit, l'un k Tannée 960 de Fbégire, l'antre k Tannée 669. De telles erreurs ne font honneur ni à l'un ni à l'autre.

(s) M. Silvestre de Sacy a le premier fait connaître ce monument, JI a composé k ce sujet une savante dissertatioa , accompagnée du texte arabe et de la' traduction française, qui doit paraîtra dans l4 recueil des Mémoires de V Académie des ùuér^iûmâ*

DES CB018ADBS. 691

9 des sujets da commandeur des croyans fut lèse dans sa » personne ou dans ses biens , les princes #usdits s'obligent à » lui donner satisfaction : ils s^enga^^nt encore à ne protéger V qui que cq soit qui manifesterait de mauvaises intentions « contre les sujets du commandeur des croyans.

« Art. 9. Si un vaisseau musulman , ou un vaisseau a chrétien dans lequel se trouveront des musulmans, vient 9 à faire naufrage sur les câtes des princes susdits , ils met« » tront à part ce qui aura échappe au naufrage , corps et 9 biens , et ik le rendront en totalité au propriétaire ( i )•

(i3 Cet article eft imporlant; car H nous montre léa grands pas que l'on commençait alors à faire dfiiiB la carrière de la civilisation. IJn pea plus <fun siècle auparavant , i*an 558 de Thegire, les ayteurs arabes noas apprennent que, lorsqu'un vaisseau faisait naufrage sur nnë cÀte , même en pays ami, il était de bonne prise (voyez ci-devant, p. t60); c'était ce qu'on appelait droit de bris et de naufrage, droit barbtire qui caracte'rise ces temps grossiers. Ce droit était aussi admis en Occident', tant sur l'Océan que sur la Méditerranée , et c'était une branche de reveiius pour les princes et les seigneurs de côtes. A mesure que les esprits se polirent , que l'esprit de commerce se propagea et que lés communications se multiplièrent r^n conçut de rhorreur pour cette inhumaine législation. On trouve un exemple éclatant da changement qui s'était opéré à cet égard dès l'année 67 7 de l'hégire [ 1 1 8 1 de Jésus-Christ] , dans un traité conclu e|itre la république de Gènes et Abou-Ibrahim Isbak, roi musulman dé Ma- |orqne, Minorque , Iviça et Fermentera. Par ce traité , il est dit que si un vaisseaa génois fait naufrage sur les côtes da prince musulman , la cargaison sera respectée , qu'on ne touchera pas à ce que la mer aura rejeté sur le rivage , et qu'il sera libre à l'équipage de sauver ce qu'il pourra. La même disposition se trouve dans un traité fait sept ans après entre les mêmes personnages, et elle ne tarda pas à avoir force de Ici parmi toutes les nations commerçantes; car, dans un traité conclu en. ISOI entre la république de Gènes et Léon dit le Grand, roi de la petite Arménie, on se conforma aux mêmes prin* cipcs. II y est dit qu'on respectera non-seulement les biens et les personnes des Génois naviguant sons le pavillon de la république, mais encore de ceux qui feraient naufrage sur un navire d'une autre nation. La république obtint en 1950 les mêmes avantages des musaimans de TuniSf et en i s 78 d'un roi musulman de Grenade. (Ou peut consulter mir ces faits les copies des divers traités que M. Silvestrë de Sacy a trouvés dans les archives de Gène^, et qu'il a publiés dans le tom. XI ^e^ Notices dt94nanuscrits de la bibliothèque du Roi , p. 1 3 , 15 , 90, 34 et 97.) On attribue ordinairement cette grande réforme à g. Louis ; mais on voit que le principe existait longtemps avant kû;

599 BlBUOTHJlQtB

» La wAmp règle sera suivie par ie commandeur des croyans « envers les sujet» des princes susdits. Surete entière sera r> accordée aux marchands chre'ticnS) sujets des princes sus- M dits y dans leur personne et dans leurs biens, qu'ils séjour- » nont dans Tes e'tats du commandeur des croyans, ou qu'ils « ne fassent qu'aller et venir; en un nvot , on les traitera sur n le même pied que le seront les musulmans dans les états 9 des princes susdits.

9 Art. 3. Il sera libre aux moines et aux prdtres cbreViens » de s'établir dans les étals du commandeur des croyans : on n leur accordera un lieu, oh ils pourront bâtir des maisons, » construire des chapelles et enterrer les morts; il seraper- » mis aux moines et aux prêtres de prêcher dans l'enceinte n des e'gïises, de re'citer à liaute voix leurs prièi'es; en un niot, f de servir Dieu conformément à leurs rites , «t de faire tout I» ce qu'ils feraient dans leur propre pays.

n Art. 4. Les marchands chrétiens qui sont sous Tautorife • des pr,inces susdits, et qui se trouvaient dans les e'tats da 9 commandeur des croyans, lofsque l'expédition a lieu y ren- 9 treront dans tous leurs droits comme par le passé; si on 9 leur a pris quelque chose-, on le leur rendra ; ce qui leur 9 est du leur sera paye': de plos, le commandeur des cropns 9 s'engage à ne pas souffrir dans ses e'tats les transfuges et » tons ceux qui auraient levé' l'étendard de la rébellion contre 9 les princes susdits. De leur câte, les priuces susdits pro- 9 mettent de ne donner asile à aucun musulman qui aurait » pris les armes contre le commandeur des croyans; ils rcli- 9 reront leur protection à quiconque annoncerait le dessein y) de lui nuire.

Cout ce que' put faire te rertneux roi , ce fut de le rendre oMigatoire A»n$ toute fëtendue de set domaÎDés , particaiièrement sur les rôies de Bretagne et de Gascogne, où les h-ibitans se montraient plu* inhospitaliers qu'ailleurs. Tel dut être Tofejet de sea i-e'gfcmeus mantinies , si rolèbrea sous le nom de Jugemens d'Oléron, Par ces jop^" mens d*Oi<?ron , S* Louis décida qne tout en respectant fes bi**ns de* naufragés , si ceox-ci avaient recours à Tassistanee des gens da p«J'' poiw retirer leurs effets de la mer, ils seraient obligés de les dédo"'inager de leurs peines. Ce principe a été consenré dans notre jn»"''' prudence , et c'est ce qae nous appelons ie Hroit àt saut^ement ou af smii^ttage; il nen est point parlé ici , mais il était sods-entcodu. Oo en trouve mention expresse dans le traité entre la répnbliqoc Je GèiiCs et II* roi mosuluiau de Majorque.

DES CBOISADPiB. 59!^

n Art. 5. De part et liuatre les prisonniers ccronf mis en » liberté'.

9 Art. g. Les princes susdits, ainsi que tous ceux quirc- 9 connaissent leur autorite ou qui sont venus à leur suite ^ 9 e'vacueront sur-Ic-ohamp les états du 'commandeur des 9 cro^ans; il en sera de même de ceux qui yiehdraiMit après 9 la conclusion du traité, tels que ie prince Edouard et ailtres : 9 il ne restera ici que ceux qui ne pourront trouver place sur 9 la flotte y ou qui seraient retenus par quelque affaire; en- 9 core ne pourront*iIs pas sortir du quartier que le comman^ » deur des croyans leur aura assigné , et ils mettront à la » voile le plus tôt que faire se pourra. En attendant. le com- 9 maaideur des crovans promet de veilfer à leur sûreté ; et if si quelqu'un de ses sujets Tenait à les léser dans leur per- 9 sonne ou dans leurs biens, il s'engage à leur donner satis- 9 faction.

9 Art. 7. La durée de ce traite sera de quinze années 9 solaires^ A partir du mois de novembre prochain (1).

9 Art. 8. Il sera payé pour les frais de la guerre, aux 9 princes susdits , la somme de deux cent dix mille onces 19 d'or, équivBlant cbacuiie à cinquante de leurs pièces d'ar- 9 gcnt pour le poids et pour le titre: la moitié de cette somme 9 iiera comptée sur-le-champ ; l'autre moitié le s^n en deux 9 paiemens, l'un d'ici a un an, et l'antre à la fin de l'année iif suivante. Pour cette seconde moitié, le commandeur des 7 crojans donnera des gages sur les marchands établis dans 9 les états .des princes susdits.

9 De plus , le commandeur des croyans se soumet de nou* 9 veau au tribut annuel queies rois de Tunis étaient dans 9 l'usage de payer aux rois de Sicfle ; il comptera au roi 9 Charles les arrérages des' cinq dernières années, et il s'en- 9 gage à payer désormais le double de ce qu'il payait autre- 9 fois. 9

Telles furent les conditions du traité. L'acte porte qu'on y comprenait l'empereur Baudouin II, le même qui, dix ans auparavant, amit été clîassé de Constantinople par Michel

(t) On ^tait k la fin d*octobre , et qaelqnes jonrs après famit^e clirt'rienne mit k la voile; tous les auteurs chrétiens du temps sont unanimes sur ce point ' cependant on lit an bas de Facte arabe ces mois, Fait ce 5 de rèhi second, lequel jour re'pondrait au 9 l novembre, i'pO(|u« uû lu tiottc chrcticnue avait liejii quitte les lôtes d'Afriqur.

594 bibuothIqub

Paleoiogue , et qui cherchait à rentrer dans son aat^rtte ; on y comprit encore le comte de Toulouse et de Poitiers, le comte de Flandre ^ le comte dfi Luxembourg, et tous les sei-

f^neurs, les barons et les chevaliers qui avaient pris parti 'expédition et qui étaient seigneurs de terres. On leur donna à tous lecture de Pacte i et ils promirent de l'exécuter selon sa forme et teneur. Au nombre des témoins furent les moines, les évoques et les ecclésiastiques qui avaient suivi l'armée. De son cdté, le roi de Tunis s'engagea pour lui et pour son fils, qui était présenta la lecture de l'acte; enfin, trois musulmans de ses sujets apposèrent au bas leur signature.

Quand la nouvelle de ce traité parvint a Bibars , il en fut très-irrité : îl avait espéré que l'armée chrétienne serait retenue devant Tunis, et que rO rient serait pour faniais délivré de tous dangers; par ce traité, au contraire , les Francs devenaient maîtres de tourner leurs efforts contre l'Égjpte. D'ailleurs, suivant Makrizi et Ibn-férat, BrbarsravAÎt été instruit de la conduite du prince de Tunis, de ses démAVches secrètes pu près du roi de France , de ses bassesses. Une troisième raison qui souleva sa colère, c'est que, forsqtte le roi de Tunis n'eut plus rien a craindre, il négligea dans ses lettres de ^pi faire les complimens d'usage. C'est Ibn-fértt qui nous apprend ce fait, et il ne nous explique pas en qnoi consistaient ces complimens. Probablement la querelle venait de ce que le roi de Tunis, qui s'était arrogé le titre de calife, prenait un ton de supériorité avec Bîbars, qui n'était que sultan, et qui d'ailleurs avait.établi en Egypte un calife de la maison, des Abbassides de Bagdad , famille de tdot temps ennemie des califes d'Afrique (f). Bîbars, indigné^ refuss les présens qpe le roi de Tunis fur avait envoyés en re<*oiinaissance de ses services, et les abandonna &^sç^ «officiers. Dans sa réponse , il lui reprocha sa vie scandaleuse , $a . lâcheté, sa négligence à profite^* de la'mort du roi de France pour exterminer l'armée thrétienn^ u Un homme comme n VOUS , ajouta-t-il , ne mériterait 'pas de régner sur "'^ n musulmans, n

(i) Il a dffjk été question d*uQe querelle de cette natoce sons SaUdÏB. Voyez ci-devant, p. 390.

DE6 CBOiaàDEg. 596

S XCVL

Suite des conquêtes de Biban sar les chrétiens.

Suite de l'année 669 [1270 de J. C,]. Suivant Ibn-ferat, Bibars, en recevant la nouvelle du traite fait entre les chrétiens et le roî de Tunis , avait d'abord craint que les Francs ne se portassent avec toutes leurs forces en Syrie , pour y attaquer l'islamisme : il se rendit aussitôt à Ascalôn ; et de peur que les chrétiens ne s'y établissent , il fît de'truire tout ce qui restait des fortifications ({e cette ville; le port fut comble et les pierres jete'es dans la mer. Apprenant ensuite que la flotte chrétienne avait essuyé une horrible tempête, et que Dieu avait tué avee les épées du destin le roi de France et ceux qui raccompagnaient , et qu'il les avait fait passer de V avilissement de ce monde à la demeure de la mort , il se rassura et se porta sur le territoire de Tripoli , où il mit tout à feu et i sang : il forma même le siège du château des Curdes; cette ville appartenait aux hospitaliers. Ibn-férat nous apprend que te château s'appelait originairement château de Saf ah, et qull fut ensuite nommé château dès Curdes, à cause ci'une milice de cette nation qui y fut envoyée en garnison : c'est la même forteresse que les auteurs chrétiens du temps appellent Crack, nom qu'il ne faut pas confondre avee Carac, forteresse située dans les sables de l'Arabie. Le château des Curdes était placé dans le voisinage de Tripoli ; il était si heureusement situé^ que Sàiadin n'avait osé l'atta»

auer ; Bibars était impatient de s'en rendre maître, à cause e quelques menaces que lui avaient faites , l'année précédente, les soldats de la garnison, à l'occasion des préparatifs du roi de France; dans sa colère, il s'était d'abord avancé seulement avec quarante hofnmes pour se venger de cette insulte : cette année il y retourna avec toute son armée, et réduisit la place en quelques jours ; ensuite il écrivit au grand maître des hospitaliers, nommé Hugues de Revel, pour lui annoncer cette conquête. Yaféi nous a conservé le commencement de cette lettre; le voici :

« Au frère Hugues, puisse le Seigneur le mettre au nombre ff de ceux qui ne se raidissent pas contre le destin et qui » craignent de résister au maître de la victoire ! Nous lui ff mandons ce que Dieu vient de faire pour nous dans cette

526 BIBUOTHBQUB

I» occasion : tu avais fortifie cette place , tu en avak confie la » garile à IVIite des frères de ton ordre ; eh bFcn ? tout cela n n'a servi de rien ; tu n'as fait qu'avancer la mort des tiens, T) et leur mort sera ta perte. »

La veVitc' est que le <^ran J maître fut si abattu de ce coup, qu*ii demanda aussitÀt la paix, ce qui lui fut accorde, à condition qu'il ne ferait plus aucune réparation à la forterer«ie de Marcab , la seule qui lui restât encore. Les templiers firent la même demande pour la ville de Tortose, et se soumirent aux mêmes conditions.

Ensuite Bibars alla s'emparer d'Akkar , forteresse dn voisinage, d'où les chrétiens inquiétaient les villes musulmanes des environs. Restait encore Tripoli , que le sultan menaç:iit depuis long- temps; Bibars nourrissait toujours fa même haine contre le comte de Tripoli, à cause des relatioDS que celui-ci ne cessait d avoir avec les Tartares (t).

Le continuateur d'EImacin rapporte qu'après la prise du château des Curdes , Bibars écrivit ces paroles au comte : <i OÙ te sauver maintenant? Par Dieu ! je ne sais ce qui me ft tient que je ne^ t'arrache le cœur et que je ne le fasse n cuire (S) ! Nous verrons de quoi te servira ton alliance avec f> Abaga. " Le comte , elFraye', n'osa plus , comme auparavant, sortir pour se livrer au plaisir de la chasse (3). Le sultan l'ayant appris, lui envoya un chevreuil qu'il avait tue, une hjene et d'autre gibier, avec de la neige, et il accompa<;Ba ce présent de ces mots : « Le bruit court que tu n'oses plus

(i) On lit dans la. continuation dlBImacin on fait qui , 8*il etAit mi, prouverait que jces barbares ne traitaient pas le comte ayec beaucoup dV^ards; il y'cst dit que, Tera ce tcinp»-ià, le comte ctaut allé à Baaibek, où ^e trouvait Abaga , chef des Tartares, pour loi faij-e sa cour, et ayant fait on tableau trop efFrayant des forces redoutables de Bibars, le Jihcn , indigné , fit coucher le comte sur ie rentre et le fit battre de verges, disant : « Quoi! tu venais ici pour nous faire peur » de Bibars !» et il le -renvoya sans lui accorder ce qu il demandaiL

(3) Le texte arabe porte que ie comte commença à avoir peor des îsmaclieus, ccst-àrdirc, des afiidcs du Vieux de la Montagne. Il parah que Bibars avait de ces assassins à aei gfiges; on en vcrya b prenvo dans le paragraphe suivant.

DBS CR0I8ADB6. 597

y> sortir jela^ville, crainte pour ta vie , et que tu as renonce n au divertissement de la chasse; en conse'cjuence , nous ten*^ » voyons ce gibier pour te consoler. » Quelque temps après , le sultan s'etant avance sur ses terres, le comte lift en fit rlemander la raison ; le sultan repondit : « C'est afiif de recueillir 0 vos moissons et de vendaùger vos vignes. Par Dieu ! j'es0^i^e 9 bien chaque année vous faire une visite somblable. n A ces mots, le comte s'humilia et demanda la paix; mais ie sultan exigeait qu'il pajât tous les frais de la guerre, et il imposait d'autres conditions fort dures. Le comte repondit : u Du n moins, quand j'ai perdu Antioche, ma réputation est reste'c «intacte aux jeux de mes sujets; mais comment justifier n maintenant une telle bassesse? Je sais bien que je ne suis 9 pas en e'tat de résister au sultan ; mais non ! j'aime mieux 9 tout perdre que de laisser mon nom souille à mes descen- 9 dans. 9 Ces paroles adoucirent un peu Bibars.

Ibn-ferat fait renm^quer, à cette occasion, que le comte de Tripoli était en effet réduit à la dernière faiblesse, et qu'après les pertes qu'il avait essuyc'es , il se serait trouvé hors d'état de résister. D'ailleurs, ajoute>t-âI, après la mort misérable du roi de France devant Tunis et la trêve faite par le sultan avec les templiers et les hospitaliers, il ne lui restait aucune espérance.

Sur ces entrefaites, ie prince Edouard, fils du roi d'An-* gleterre, qui s'était d'abord porté contre Tunis, trouvant la paix faite entre les deux peuples, aborda dans Acre avec une flotte de trente voiles. Le sultan , obligé de résister à ce nouvel ennemi , accorda la paix aucomte de Tripoli , et rassembla toutes ses forces ; il se montra siiîormidable , que ni le prince Edouard ni les chrétiens d'Acre n'osèrent se mesurer avec

iuî.

Une preuve de la grande supériorité de Kbars, c'est le fait suivant, rapporté par Ibn-férat à l'occasion du siège de Koravn , château extrêmement fort de la principauté d'Acre. Un espion, caché dans son armée, ajant envoyé sous l'aile d'un pigeon une lettre à la garnison pour l'instruire de diverses choses, et le pigeoa ayant été tué en chemin, le sultan , sans vouloir ouvrir la lettre , la fit parvenir aux assiégés, en leur disant : u VoîKi une lettre qui vous étaft n adressée; nous so:nmcs bien aises qu'il y ait auprès de nous V des gens qui vous tiennent au courant de nos atlaires. 9 Le château se rendit peu de jours après.

S9$ BnUOTBÏBQnB

Tant de succès inspirèrent une confiance jetnasurée ao suhan ; bientôt il formate cfessein cTasssieger la viife d'Acre, dernier boulevart des colonies chrétiennes : mais il fallait d*abord rAiuire à l'impuissance le roi de Chypre » qui n'aurait pas man'que' de secourir la place par mer; il resolutdonc de#ommencer par ce prince. Dans cette Tue, il fit eonstruire une grande flotte en Egypte ; lui-même se tenait au miliea des travailleurs , les animant par son exemple. On ne sait pis ce qui serait arrive, si cette flotte n'avait fait naufrage; e'coa* tons à ce sujet Ibn-ferat :

tf Quelqu'un conseilla de faire prendre aux raisseaux les couleurs et la forme des vaisseaux chrétiens^, et de mettre ta haut des mats des croix qui leur permettraient d'aborder dans l'iie sans être reconnus : cet avis fut suivi ; mais plut à Dieu qu'il ne l'eut pas e'te' ! car l'islamisme n'aurait pas e(e' %yili, et Dieu ne nous aurait point fait éprouver les suites de sa colère. Les vaisseaux mirent a la voile ; les équipages brûlaient tPen venir aux mains : il était nuit lorsqu'on arriva à l'entrée du port de Limisso ; le vaisseau qui marchait le premier toucha, en passant, les roches qui sont en cet endroit et se brisa; les autres, qui le suivaient, eurent le même sort. Aussitôt ies habitans mirent leucs barques en mer et s'en emparèrent. «

Yaféi rapporte que le sultan reçut a ce sujet une lettre cfa roi de Chypre ; le roi , pour se railler de Bibars , lui disait : cr Vos vaisseaux, au nombre de onze, sont venus pour faire n une descente dans mon île; je les ai écrasés et m'en suis n emparé, n Ces paroles mirent le sultan dans une horrible colère; cependant il dissimula et dit : u Louons Dieu' de ce 9 que depuis que je suis sur le trône , il a secondé toutes mei J9 entreprises n Dans sa réponse au roi , qui est rapportée par Yaféi, il se livra à de grandes -menaces, et marqua une hauteur extraordinaire; il affecta de ne donner aii roi que le titre de bayle (t) ou régent, titre qu'en eflet Hugues avait quelque temps porté avant ^ie parvenir à la royauté. II donna aussitôt ses ordres pour la construction d'une nouvelle flotte y et retourna pour cet objet en Egypte.

DBS CROISADBl. 599

S xcvn.

Saite des guerres de

An 670 [1!t71 de J. C.]. Au commencement du printemps I Bibars reprit le chemin de la Sjrie , décide à tout tenter pour la conquête d'Acre; mais il en fut empêché par une nouvelle invasion des Tartares, concertée avec les Francs. Makrizi nous apprend qu'à la nouvelle de ce mou- Tementy le sultan, qui déjà était arrivé à Damas, écrivit

I Plusieurs lettres aux émirs qu'il avait laissés en Egjpte ; dans es unes il disait, « Votre fils, 9 dans d'autres, « Votre Frère ou 9 votre père vous salue : il regrette bien d'être séparé de vous; » il aurait préféré rester en Egypte ; mais votre repos nous » est plus cher que le ndtre. Vous avez appris l'invasion cfes I» Tartares ; si nous nous étions tenus éloignés, nul doute que 9 les habitans n'eussent tous pris la fuite ; quant aux Francs, n ils s'étaient déjà munia d'échelles pour nous enlever Séfed ; 9 notre présence seule les en a empêchés. Une chose qui 9 prouve qu'il est bon quelquefois de savoir employer le 9 poignard en même temps que l'épe^e, c'est que le seigneur 9 de Marakia, dont nous avons conquis les domaines, tétant 9 mis d'intelligence avec les Tartares , nous avons envoyé 9 auprès de lui des fêdats (affidés du Vieux de la Montagne) 9 qui l'ont poignardé (1). Voilà que l'on continue à parler 9 des Tartares , et moi , par Dieu ! je passe fa nuit avec mon 9 cheval sanglé et mon équipage de guerre. «

Makrizi fait un .tableau effrayant de l'invasion des Tartares ; déjà ils s'étaient avancés jusque sur les terres d'Alep : •les habitans de Damas abandonnèrent, dans le plus grand tumulte, leurs foyers; la précipitation e'tait telle, que le prix d'un chameau était monte à mille pièces d'argent , c'èstà<fire y environ cinq fois au-dessus de sa valeur ordinaire. A la fin cependant les Tartaros repassèrent l'Euphrate.

Alors le sultan se tourna'de nouveau contre la ville d^Acre ; mais des pluies continuelles l'obligèrent à se retirer. II retourna donc au Caire pour y 'presser la construction de si^

(1) n paraît que le seigneur de Marakia n*en mourut pas ; car il sera encore question de lui à f année 6S4 de Thégire.

630 BlBUOTÙaUB

flotte. Des députes du roi Charles s'étant présentes à lui, ik fe trouvèrent dans l'arsenal au milieu des travailleurs, aidant, lui et ses émirs , à l'armement des navires. Makrizi ajoute que ce spectacle dut rempUr les députes d'effiroî.

Les de'putes du roi Charles étaient charges d'iiitercéder en faveur des chre'tiens d'Acre ; aussi l'année suivante [1979 de J. C], Bibars étant retourne en Syrie , a cause du bruit qui avait couru d'une nouvelle invasion des Tartares, accorda la paix aux chrétiens. Ce traite fut fait pour dix ans dix mois dix jours et dix heures (t). Les habitans étant sortis pour voir défiler ses troupes, il monta lui-même ù cheval , et fit parade de sa grande habileté à manier la lance. *

Ibn-feVat remarque que, dans le traite, il ne fut pas question du prince Edouard, qui était toujours en Palestine, et (jui , l'année précédente , s'était empare d'une forteresse musulmane dont il avait passe la garnison au fil ^e l'epee. « C'est , dit cet historien , parce que le sultan voulait user d'artifice envers lui. Par ses ordres , le gouverneur musulman de Ramia feignit de vouloir se livrer aux chrétiens; des relations s'établirent entre le gouverneur et le prince. C'e'tah ar l'interme''diaire de deux fédal'Sj ou affides clu Vieux de la

ontagne , que le gouverneur disait être ses hommes de confiance , et qui avaient ordre d'assassiner le prince. Ces deux fédaïs furent admis au service d'Edouard : or, un jour qu'il était seul avec un interprète , un d'eux entra comme pour lui parler d'affaires , et , se jetant sur lui , le frappa de cinq coups de couteau. L'assassin 'fut arrête et mis à mort; pour le prince, il ne mourut pas de ses blessures. «

La même année , des vaisseaux marseillais enlevèrent un navire musulman où se trouvaient des députes envoyés au sultan par Mankou-timour , fils de Berkeh , lequel avait Succède à son père dans le royaume des Tartares du Captchak , au nord de la Mer Noire et de la Mer Caspienne. Ces députes étaient charges de renouveler l'alliance entre le Càptchak et l'Egypte , et de faire une ligue générale contre les Tartares de la Perse, leurs ennemis communs. Bibars fut extrêmement afflige' de cet enlèvement ^ car, si Ton en croit Ibn-férai, il craignait que les Marseillais ne livrassent les

(i) Ce fut au nom de Hngnes III , roi de Chypre. Voyei ïAfi ^ véHJitr les doits, «édition iji-4<^, t. It, p. 4 7.

DBS €EëlMDBS* 531

députés à AbagA| qoi s'aurait pas manqué de se venger «or eux d'une manière cruelle. Comme le navire où se trouvaient les prisonniers avait relâché dans Acre , il se faaSa d'écrire aux magistrats de cette ville pour qu'on les lui remit : les magistrats répondirent qu'ils n'avaient aucune autorite sur les Marseillais (l) , et.que c'était au roi Charles qu'il fallait s'adresser, vu que la ville de Marseille était sous sa dépen* dance (9). Bibars s'adressa donc directement aux Marseillais, et les menaça,^ en cas de refus, de leur interdire tout corn* merce avec l'Egypte. Les Marseillais, eflfrayés, rendirent les députés avec leur suite ; on les oonduisit à Damas , où était alors le sultan , et ils remirent les lettres dont .ils étaient chargés. Ibn-férat dit qu'elles étaient écrites en persan et en arabe ^ on y remarquait ces propres paroles : u Nous- ser^His 9 les amis de vos amis et les ennemis de vès ennemis; nous 9 vivrons en bonne intelligence avec le sultan comme l'a fait 9 notre père. « Le traité fut renouvelé de part et d'autre , et il fut convenu qu'à chaque invasion d'Ahaga en Syrie, Mankou-timour ferait diversion du câté du nord , et occuperait Abaga à la défense de ses-propres états.

An 6ZI [1272], Cette année, Abaga sollicita lui-m^me la 'paix; mais, suivant Ibn-férat, le sultan accueillit ses propo« sitions avec froideur. Abaga demandait qu'on lui envoyât un émir pour traiter ensemble ; Bibars fit réponse qu'H n'avait qu'à venir lui-même ou à envoyer un de seS frères. Il affecta la plus grande indifférence auprès des députés ; il défendit

3ue, dans les lieux où ils passeraient, on se rassemblât antour 'eux y, ni qu'on allât à «leur rencontre; aussi les hostilités ne tardèrent pas à se renouveler. Les Tartares, voulant pénétrer de nouveau et) Syrie, commencèrent par se retrancher sur fa rive orientale de J'Euphrate ; Bibars se porta aussitAt contre eiis.i Les Tartares avaient pris position sor une montagne escarpée , dans un U eu qui semblait inaccessible : Bibars

(i) Les Marseiilais joiliMaient de grands privilèges ^ Sain^-Jasad*Acre et dans les autres cites dû rojavimi; .de J^rusaiera ; c'était à cause des services qu'ils aTaient rendus dans les guerres des cro^ fades. Ifs possëdaient une rue particulière, un four, une église , &c* Voyez X Histoire de Provence, par Papon , t. II, Preuves, p. 14 , 17 et ts«

(s) Cëtaitjeii qualité de comte de Provence. Voyes V Histoire de Pro¥im/ce de Papon» t. II , p. aS4.

53S BUUOTBàaOX

assembla son conseH; mais pendant que Ton se eonsoltah, Fémir Kélaoun , qui devint sultan par la suite | impatient de signahr sa valeur , prend avec lui les mameloocks et se

1>recipite dans le fleuve ; ils passent tous à cheval , les uns à a suite des autres y se serrant pour couper le fil de l'eau, et arrivent au travers d'une gréle de traits sur Fautre rive; ii, ils reforment leurs rangs , gravissent la montagne , et, malgré tous les obstacles, mettent les Tartares en fuite. Le sultso arriva un des preniiers au haut de la montagne ; son premier mouvement fut de se prosterner devant Dieu et de le remercier d'une si grande victoire. Les Tartares, abattus , n'entreprirent plus rien de quelque temps.

An 67â [1^74], Un événement fort singulier qui eut lien cette année, montre Fanarchie qui re'gnait dans les colonies chre'tiennes. Le seigneur chrétien de Berjte étant sur le point de mourir, et n'ayant point d'enfans, laissa sa priocipauté à sa femme , à la charge qu'elle serait sous la protection de Bibars : le roi dé Chypre, qui, en qualité de chef do royaume de Jérusalem , prétendait à la possession de Béryte, se mit en devoir d'occuper cette ville , et emmena la princesse dans son île. A cette nouvelle , Bibars entra dans une grande colère, et fit des réclamations auprès du roi ; Ibn-férat dit que, dans la lettre qu'il lui écrivit , on remarquait ces paroles : u II existe un traité d'alliance entre moi et la princesse: n quand son mari était en voyage , c'était moi qui devais h m protéger; quand elle-mime s'absentait, je tenais sa place. n Vous avez agi sans mon aveu^ je veux que mon ambassan deur voie la princesse, et ce sera à elle de décider ce qu'elle « veut faire; sinon j'oceuperai le pays de force. «Vainement le roi de Chypre voulut tenir bon ; les temjUiers se dédirèrent contre lui , et il fut obligé de relâcher là princesse.

Vers le même temps , Bibars acheva ^de soumettre Cossâr dans l'ancienne principauté d'Antioclie. On a vu , sous la date de l'an 666, que cette ville avait été laissée entre i^ mains d'un certain Guillaume , ancien homme de confiance du par triarche d'Antioclie. Tant que Guillaume eut rautorite^il conserva tes bonnes grâces du sultan. Qn lit à ce sujet dans Ibn- Abd-alrahim, que Guillaume était un homme de bon voisinaj^e ; il instruisait le sultan de tout ce qui se machinait contre lui, tant de la part des chrétiens que des Tartares ; mais ayant perdu sa fçmme , il se fit moine et céda sa principauté à son père , nommé le sire Bastardou. Dès-lors tout changea de face;

DBS CBOIBASBS. ftS3

Aistardou mécoatenta les musulmans; et Bibars^ hidiené^ résolut de s'en de1>arrasser. L'ayant attire aveo son fils hors de Cosseir, sous les apparences de Famitie, il le» fit arrêter fun et Tautre et les envoya à Damas , où ifs moururent. Quant à la ville de Cosseir, les habitans essayèrent de résister; mais ils furent à la fin obliges d^ se rendre.

Ibn-feVat rapporte qu'un des principaux griefs de Bibars contre les habitans de Cosseir, c est quïis avaient vendu du vin à ses soldats , ce qu'il regardait comme un crime irrémissible. I

L'année suivante mourut Bohémond., comte de Tripoli et ancien prince d'Antioche : son fils, appelé aussi Bohémond, en lui succédant , envoya salliciter 1 agrément du sultan ; Bibars y mit pour condition qu'il lui paierait tons les ans un tribut de vingt mille pièces d'or, et qu'il mettrait en liberté vingt captifs musulmans, à prendre dans tous les pays ou il s'en trouverait

Tels sont les petits événemens de cette époque relatifs à notre sujet Bibars était alors occupé ailleurs, et les étaient U'op faibles pour rien entreprendre.

I xcvra.

Mort de Bibars. "^ Son portrait

An €76 [1277], Bibars mourut cette année, à fissoe d'une expédition qu'il avait faite en Asie mineure contre les Tartares. II avait obtenu de grands succès ; mais apprenant qu'Abaga se disposait à venir Tattaquer en personne avec toutes ses forces, iiavait repris précipitamment le chemin de la Syrie , où il mourut. Son âge était alors d'environ soixante ans, et son règne de dix-<sept On a pu, par ce qui précède, juger de son caractère , de sa continuelle activité , de son ambition ^ de sa cruauté, de ses violences; ici nous nous bornerons aux triûts qui n'ont pu trouver place, dans notre tableau historique , et nous essaierons de le faire connaître sous quelques nouvelles faces. Ibn-férat sera notre principal guide.

u Bibars, surnommé Malel-daher ou rot triomphateur, Rokn-eddin ou colonne de la religion, et Aboulfotouh ou phre des conquêtes, était d'une haute stature, courageux, intrépide , doué de génie; il était originaire des bords de la

534 BiBuonkaoB

Mer Noire , et on Pamena fort jeane à Damos , oo il fiit reodii ail prix de hah cents pièces dTargent. On rapporte qae remir GUI Pacheta le revendit à cause d'une tache Manche qu^l avait oans Poni, et que dans ia suite , lorsque Bibars tôt monté sur le trAne, cet émir n'osant de frayeur paraître devant lui, Bibars , qui Papercut un four par hasard , lui erra : la taie, U taie^ à ce mot, Pemir changea de couleur, baisa la terre et s'écria : pardon , 6 mattre , pardon ! Bibars se bâta de le rassurer et lui dit qu'il pouTÛt être sans crainte.

« Bibars avait la peau brune , les yeux biens , la vorx forte ; il fut surnommé Bondoedar, du nom de son premier mwtre, et passa ensuite au servîee du sultan Malek-saieb, soaa lequel il devint chef des Ammelouôks baharites, jusqu'à oe qu'enfin 'Il parvint au trdne. Sa force extraordinure le rendait formidable ; il était valenrehx , prompt et montait ■légirement à eheval. Tout le temps de »on règne il ne cessa d'aller d'une province à une autre province, d'un royaume t un autre royaume \ au point qu^l lui arriva plus d'une fois de |oiiier la même semaine au mail à Damas et au Caire. Cest i quoi faisait allusion son mitmandar ou maréchal des fogis, quand il disait : Aujourd'hui en Egypte, demain en Arahie, après-demain en Syrie, et dans quatre jours àAlep.

n II fit de grandes conquêtes; c'est lui qui enleva au chrétiens Césarée , Arsouf , Séfed , Jaffa, la principauté d'Ântioche ; sou autorité s'étendait sur PEgypte , la Nubie , PArtbicy la Syrie (1) : il fit des legs considérables aux pauvres et an naotquées , et se distingua par sa justice ; outre le coHége tt la mosquée cpi'il fit bâtir au Caire, et qui portent son •oni, il fit construire des ponts et des chaussées. «

Ibn-férat fait ensuite remarquer que la première viDe qn^ prit depuis qu'il fut sur le trêne, était Cesarée de Phénicie, et la dernière, Césarée de Cappadoce. Le premier fondateur d'Antioche s'appdait Malek-daher ou rot vainqueur ())î Bibars, qui' la détruisit , était surnommé de même.

(l) II possédait aassi la Cyrénaïqne; car çn trouve encore datf cette contrée des édifices bâtis par lai. On doit la connaissance de ce fait an voyageur M. Pacho,' qni a rapporté de ce pays ie dessin d'âne inscription arabe où se lit le nom de Bibars. Voyez la relation de son voyage.

(t) Cétstt en effet ie samom de Sélenens , fondateur d'Antioche; en grec JVmlar ato FMfMCvr.

II n'est pas besoin de citer de nouveaux traits du caractère farouche de Bibars ; on en a tu assez dans ce qui précède. Maintenant nous devons ajouter que Ce cœur si dur s'amotlissait quelquefois : Ibn-feVaC fait mention , à ce suret, d'un fait qui mérite d'être rapporte; c'est à la date de ran 666 de raegire. On se rappelle qu'a cette époque les troupes musulmanes avaient fait une invasion dans la petite Arménie , et que le fils de Hartom , roi du pajs , était tombe en leur pouvoir. Haitotn n'eut pas de repos qu'on ne lui eut rendu sofi fils ; Bibars j mit pour condition qu'il lui remettrait quelquesunes de ses forteresses, et sur-tout qu'il emploierait son crédit auprès du khan des Tartares pour obtenir la liberté d'nn émir musulman appelé Sankor-alaschkar, ami particulier du sultan , et qui avait été pris dans Alep,' lorsque les Tartares occupèrent momentanément cette ville; Bibars déclara même que c'était le point auquel il tenait le plus. En conséquence , le roi d'Arménie éciîvità Abaga, qui lui envoya sur-le-champ Sankor : mais alors le roi fit de nonvelles difficuhés ; il Vouliit revenir sur la cession d'une de ses forteresses. Bibars , impa> tienté^ lui écrivit ces paroles : 0 Tu t'affligeais d'être privé « de ton fils j de l'héritier de ta couronne, et moi d'être séparé n d'un ami ; et maintenant c'est toi qui ftûs le difficile! Il n'y « a cependant entre moi et Sankor aucun lien de parenté; 9 je ne changerai rien aux conditions; fais ce que tu von- 9 dras. 9 A ces mots, le roi d'Arménie n'insista plus, et Bibars , plein de joie , assemblant ses émirs , leur dit : a Qu'auriez-vous tait si j'étais tombé au pouvoir de mes » ennemis? 9 Tous répondirent qu'ils auraient donné leurs bieus et leur vie pour le délivrer. Bibars reprit : « Eh bien ! • l'un d'entre vous était dans les fers ; vous l'aviez oublié ; » mais moi je songeais à lui ; c'est Sankor-alaschkar. Le roi 9 de la petite Arménie m'albut offert, argent, richesses, I» pour recouvrer son fils; j'ai tout refusé, à moins que mon 0 ami ne nous fut rendu. 9 Les émirs furent touchés de te trait , et redoublèrent désormais de zèle.

Bibars f^ffecAût une grande sévérité de mœurs, et beaucoup de respect pour la religion musulmane; nous en avons ^ité divers exemples. If bannit de ses états la prostitution et le libertinage; les auteurs arabes font mention des ordonnances ^terribles qu'il publia à ce aujet» Il défoodjt aussi l'usage du vin , qui était- devenu trè»-commiin en Egypte : c'étaient des marchands italiens qui en fournissaient ce pays;

ft36 BiiuoTHkami

il rerenait par-là à l'elat des sommet fort conskimbics; Bibars nliesita pas & se priver de cette branche de rerenus. On IH dans le continuateur d'Elmaoin , sous la date de Fan 670 de Thegire, qu'il prononça peine de mort contre quiconque désormais exprimerait le jus de la' vigne ^ et qol ordonna de répandre dans les rues tout le vin qui se troorerait dans les magasins. « La ferme du vin , ajoute Fauteur, se montait I pour le Caire seulement , à mille pièces d^or par an. L'édit publié à cette occasion fut lu en chaire, à Fissae de %i prière, dan^ toutes les mosauées,de Fempîre (l). »

A regard du genre de mort ae Bibars, les historiens ne sont pa». d'accord. Voici, d'après Ibn-férat, «ne première version.

m Le sultan ne laissait point de repos à ses officiers ; il lertit de ffrands tributs sur les peuples; son visir fit de grands actes d'administration ; sous son règne la plupart des personnes riches périssaient dans les tourmens ; on en voulait snr'^toat aux chrétiens et aux juifs. Un jour qu'il avait besoin d'argent, il fit venir tous les chrétiens du Caire et du vieux Caire, le patriarche en tête, et ordonna qu'on les jetât dans une grande fosse qu'il avait fait creuser exprès, et où l'on avait allumé du feu. Les chrétiens , épouvantés , offrirent de Fa^ ffent pour se racheter, et on les mit en liberté. On levait les impAts avec le bâton : un grand nombre de s chrétiens se firent musulmans; beaucoup d'autres expirèrent dans les supplices.

m Lorsque Bibars partit pour son expédition d'Asie mineure, il leva sur les habitans de Damas un tribut extraordinaire pour subvenir fiux frais de la guerre : cette mesure souleva les esprits ; l'imam Mohi-eddin , homme très-pieoz et vénéré de tout le pays , vint lui faire des représentations; Bibars l'écouta avec beaucoup de respect, et lui dit povr l'adoucir : m De grâce,. A mon maître , encore cette fois; des « que cette guerre sera finie, j'abolirai FimpAt et nous serons 9 amis. 9 Ces paroles calmèrent les esprits ; Bibars fut Tsîn-

Îueur; mais à son retour il envoya cet orAre au chef da ivan de Syrie : « Nous ne descendrons point de chersi,

(t) On troavera (fsatres dtftsili fort eariettz sur Bibars et tar so» caractère dans on fragment historique contamperain , pabli^ tes » coflectioa de Dnehcsne , BihUoth. des (hroiêëdeê, 1. 1 , p. soi et shîy •

DBS ÇROISADBi. 687

» nous oe quitterons pas notre etrier, que Damas n'ait paye m deux cent mille pièces d'argent , sa proTînce trois cent m miflcy ses bourgs et ses villages encore trois cent mille ,^ et 9 la Sjrie méridionale un million de pièces d'argent. 9 Cette rigueur excessive changea la joie des Syriens en tristesse ; le peuple désira la mort du sultan; toi» allèrent se plaindre à rimam Mohi-eddin ; et le tfibut n'était pas encore levé que le sultan était mort. .

9 Quelque^uns, poursuit^ Ibn-férat , racontent ainsi cet événement. Bibars aimait passronnément le eoumis (1) , espèce de lait aigri de jument , en usage parmi les nomades de la Tartarie , et qull buvait avec, d'autant plus de plaisir, qu'il* s'abstenait tout-à-faît de vin et de toute autre liqueur spiritueuse : à son retour de l'Asie mineure, se trouvant à Damas, il réunit un jour ses émirs pour boire avec eux de ce eoumis ; dans l'excès de sa joie, il but tant, que la fièvre le sabit. On était alors au jeudi 14 de moharram [17 juin] : le samedi suivant, comme il ressentit un redoublement de char leur, quelqu'un, pour le soulager, lui administra, en l'absence du médecin, une potion ; aussitôt le mal redoubla, et il ne tarda pas a rendre le dernier soupir. .

9 D'un autre côté , poursuit Ibn-ferat , le scbéikh Cotb« eddin rapporte, dans sa Chronique, que Bibars croyait à Fastrologie judiciaire, à la magie et aux sortilèges. Un astrologue ayant annoncé, pour la présente année 676 de Thégire, la mort d'un grand, personnage par le poison , Bibars craignit pour lui-même , et cette idée le tua.

9 Un autre auteur dit que le sultan était naturellement jaloux , et qu'il portait envie à tous ceux qui se faisaient une grande .réputation* Dans sa derrière guerre contre tes Tartares, un feune prince de^ la race de Saladin , appelé Malekkaher Boha-eddin , s'étant distingué par les actions les plus éclatantes, Bibars se sentit blessé; ce qui augmenta son ressentiment, c'est qu'il n'avait pas soutenu lui-même sa réputation ordinaire, et que Boha-eddin avait pris occasion do là de le railler et de tenir quelques propos offensans. Quand l'armée fut de retour à Damas , les hauts faits de Malek-kaher furent l'objet de l'admiration générale : dès ce moment, Bibars jura sa perte; il espéra d'ailleurs par-là

(1) j^f • Ce mot n*ett pas dans les dictionamiret arabes.

justifier la prédiction de l^astrôlogue, et lyependant mettre sa personne en suretë. Un jour il invita Maiek-kafaer avec ses ëmirs et se* ofBciert à boire chez lai du coumis ; déjà il aratt eu soin de se munir secrètement de poison , qu'il tenait à cdtë de lui dans du papier; il avait trois conpes dans lesquefles lui seul buvait, à rkioins qu'il ne voûtât honorer quelqu'un , dans lequel cas il lui remettait la coupe de sa propre main. Maiek*kaher étant sorti pour satisfaii^ quelque besoin, le sultan pre'para une de ses coupes , j versa du poison , et quand \e jeune prince rentra, ilja lui présenta; Malek-kaher, en la recevant, biaisa la terre par respect et but la coupe entière. Un instant après, Bibari^ sortit; et pendant ce temps, l'echanson ajant, sans le savoir, repris cette même coupe, j versa du coumis, et le prince en but à son retour; aussitôt H se trouva mal ; on le porta dans son lit ; lés médecins furent appelés pour le traiter , mais il n'était plus temps. Quant i Malek-kaher, il mourut le même jour,

« II y en a qui soutiennent que l'empoisonnement de Malek*kaher avait ëtë concerte entre le suhan et Pëchanson; d'après eux , ce fut l'echanson qui servit du poison au jeune

i>rince dans une coupe d'argent recourbée. Trois jours après, e sultan ayant de nouveau invite ses ëmirs à une partie de plaisir y la coupe empoisonnée fut servie sans avoir ëtë nettoyée ; le sultan y but par niëgarde et tomba aussitôt malade. Sans doute, ajoute rbistorien. Dieu avait déjà dëcrëtë sa mort. Dès qu'il sentit son mal, H s'ëcria : // n'y a de véritable fotee et de puissance réelle qu'en Dieu, En vain on- lui fit prendre du contre-poison tire de pierres précieuses (1) ; (out fiit inutile. »

Enfin , suivant Aboulfarage , dans sa Chronique syrfaqne, la mort de Bibars vint d'une blessure qu'il avait re^ ue à la caisse dans la dernière guerre.

Quoi qu'il en soit, dès qu'il eut rendu le dernier soupir, l'ëmir Bedr-eddin Bilik , chef «les ëmirs, prit en main Tauto-

(l) On croyait alors à fa vertu de la perle et des pierres prédenset, qu'on regardait comme un excellent spécifiqae contre le poison; encore aaiourd*hm les Orienltaux s'en servent comme ingrédiens dans leurs remèdes. Voyez un passage curieux de Jacques de Viti^, dans ia collection de Bongars, et le Traité des pierres préciwses , de BoMus de Boot, tfdtt de isss , p. ti%.

DBS CROISADES. 539

rhe, et fit transporter le corps en Egypte. CSependant , pour prévenir tout trouble , il fit en sorte que personne né fât instruit de cette mort. On mît le corps dans une litière ; le

feupfe crut que le sultan e'tatt malade; tout se fit comme à ordinaire , jusqu'à ce que le cortège étant arrive' au Caire , on laissa connaître la vérité. * •

S XCDL

Avènement de Këlaomi. -^ Sa polîtiqae enven iei cbrtftieiis.

Suite de tnnnie 676 [1277 de J, CJ et années suivantes. Les premières anne'es qui suivirent (a mort de Bibars ne fournirent rien d'important à notre sujet. Malek-saïd , fils «in^ de ce prince, qui lui succéda, n'avait ni I'ex)>enence ni la fermeté nécessaires pour maintenir le bon ordre. Entoure de jeunes gens, il affecta le dernier mépris pour les aneiens conseillers de son père et les e'mirs compagnons de ses victoires. II n'en fallut pas davantage pour souIeVer les esprits. Les émirs firent d'abord des remontrances \ comme le jeune prince n'en tenait aucun compte, ils se saisirent de lui , et, après deux ans de règne , ils le reléguèrent au château de Karak, dans les sables de l'Arabie : on éleva à sa place un de ses frères , auquel Pémir Kélaoun fut donné pour atabek ou régent Cet état dura quelques mois ; à la fin , Relaoun se débarrassa de ce fantâme de souverain , et prit lui-même le titre de sultan, avec le surnom de Mahk-mansour ou roi invincible.

A cette nouvelle, Sankor-alaschker , vice-roi de Sjrie, qui professait le plus grand dévouement pour la famille de Bibars, se rendit indépendant. L'occasion ne pouvait être plus favorable pour Fes colonies chrétiennes, si elles avaietit su en jn^ofiter; mais la même division régnait parmi elles. .

An 680 [1281]. Sankor, se voyant menace par toutes les forces de ntgjpte , avait d'abord appelé à son secours les Tartares. Ces barbares, de concert avec les Géorgiens, les Arméniens et quelques guerriers francs , se hâtèrent de poisser l'Euphrate sous la conduite de Mankou-tîmour, frère d'Abaga. A cette nobvelle, Kélaoun accourut d'Egypte avec toutes ses troupes. Comme les Tartares paraissaient décidés à anéantir l'islamisme, tous les musulmans prirent les armes;

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Sankor lut-méme, qaî les avait appelé» ,- oraignant pour st religion , se soumit au sultan (TÉgjpte. t^ deux armées en vinrent aux mains dans les environs d'Ëmesse ; la victoire fut long-temps balance'e : Paile droite des Tartares , composée en grande partie de chrétiens Géorgiens , Arméniens et Fraiysyteit en fuite les musulmans^ qui leur étaient opposa, et les poursuivit jusqu'aux portes d'Ëmesse; mais Faile gauche et le centre furent complètement défaits. La victoire se decids à la fin pour l'islamisme. L'armée tartare était évaluée à quatre-vingt mille hommes, dont cinquante mille Mogols seulement; le reste e'tait chrétiens ou compose de gens de toutes les nations. Les musulmans célébrèrent cette victoire avec transport.

,Les Francs de la Palestine ^ enhardis par les troubles de rÉgjpte et l'iDvasion des Tartares, avaient cru Foccasion favorable pour secouer le joug qui pesait sur eux ; ils » hâtèrent de prendre les armes et de faire quelques courses sur les terres musulmanes. Celui qui commandait pour le sultan dans le château des Curdes, étant venu dévaster le territoire du château de Marcab , les hospitaliers qui Foccapaient attirèrent l'émir dans une embuscade., Fattaquèreot par surprise et le mirent en déroute ; la plus grande partie de ses troupes fut détruite ; le reste se sauva avec 4>eaiicoap de pejne. Cependant , comine Kélaoun avait triomphé des Tartares , les chrétiens , réduits ji leurs propres forces i furent contraints de s'humilier. Le grand-maitre des hospitaliers , celui des templiers et le comte de Tripoli, envojèreat demander la paix : le -sultan fit d'abord des difficultés. On lit dans la vie particulière de ce prince, que le comte, dès avant la mort de Bibars, s'étant dispensé de pajer le tribut anonel de vingt mille pièces d'or auquel il s'était engagé, et de r^ mettre tous les ans vingt captifs musulmans , Bibars , pow se venger, avait fait occuper le riche territoire d'Arka^ principale ressource du comté de Tripoli. Un députe du comte s'etant présenté & Kélaoun , le prince demanda en turc à Finterprète (car il avait de la. peine à parler l'arabe) ce 'que voulait cet homme ; l'interprète ayant rendu la question en arabe , le député répondit qu'il venait pour redemander le territoire d'Arka et le renouvellement du traité sur le même nied qu'auparavant. Là-dessus Kélaoun se, plaignit des innractions continuelles du comte, et dit que, n'ajant encore fait aucune conquête, il desirait vivement s'eniparer deTn-

DB« CROI8aAB6. 541

poli. Cependant I jnr les instances du députe et ies sollicitations des émirs, ii accorda la paix; les hospitaliers et les templiers obtinrent aussi leur demande.

Kelaoun , se voyant tranquille de ce cdté, se tourna contre les* Arméniens, alliés inséparables des Tartares. Par ses ordres, une partie des troupes musulmanes pénétra en Arménie et j mit tout a feu et à sang. Dans le même temps , le roi de Géorgie, aussi lié d'intérêt avec les Tartares, ajant voulu faire par dévotion le pâerintge de Jérusalem, Kélaoon, qui en fut instruit, le fit épier sur son chemin et se saisit de sa personne. LêC monarque géorgien voyageait i»eul avec un serviteur pour n'être pas reconnu ; on les copduisit Pun et l'autre en Egypte , oii ils furent enfermés. L'auteur de la vie de Kelaoun, de qui nous empruntons ce fait, dit expressément que ce fut en punition de la haine du roi des Gréorgiens contre l'islamisme (1).

Dans ses relations avec les princes chrétiens de l'Occident, Kéleoun suivit la même politique que son prédécesseur. Au rapport de l'historieti de sa vie, ii envoya cette année une solennelle ambassade à Alphonse X, roi de Castille et de Léon : les députés arrivèrent au moment que D. Sanche, fils du roi, venait de se révolter contre son père; ils passèrenttrots ans à Séville, parfaitement traités par le roi.

Kelaoun accrédita aussi des ambassadeurs auprès de l'empereur de Constantinople et d'autres princes chrétiens. La vérité est qu'a la faveur de ces agens , il était au courant de tout ce qui se passait en Occident. Son historien tient chaque année un compte exact de ce qui se passait a la cour du pape et dans les autres cours chrétiennes; on ne trouve rien de semblable dans les temps antérieurs. Par-là, Kelaoun était instruit des dispositions de l'Europe envers lui , et déjouait les projets des Tartares , qui ne cessaient d'appeler les rois occidentaux au secours des colonies chrétiennes de la Palestine.

(l) L*auteor rapporte les noms de ce roi et de celai qui raccompagnait; on ignore si c'étaient des noms véritables on dea noms qu'ils avaient pris pour se dëguiter. Le même antear rapporte nne espèce de signalement qne Këlaonn avait envoyé à tons tes commandans de place et au officiers de police poar fiiire arrêter les deux pèlerins.

54i BlfiUOTHBQDB

Bientôt les Pf*%iiC8 de la Palestine t prùré« de tout appui, furent réduits à implorer l'anûtie' du sultan : chaque principauté', chaque seigneurie se soumit l'une après Tautre. L'année 681 et les années suivantes ne sopt remplies que de trêves et de traites de paix : ce qu'il j a de remarquable, c'est que ces traites sont fort longs; on j relaCb chaque village, chaque ferme, comme si un détail si minutieux devait rendre l'engagement plus sacre. Jusqu'ici nous n'avons rien va de semblable dans les auteurs arabes; est-ce parce qu'avant cette e'poque on dédaignait toutes ces petitei précautions , ou que les historiens n'ont pas juge convenable de les conserver? Il semble qu'à mesure que Ici colonies chrétiennes s'affaiblissaient, on mettait plus d'im-

Sortance aux miseVables débris d'un-rojaume jadia florissant Jen n'a moins l'apparence d'une paix faite de puissance a puissance; ce sont des espèces de baux entre uu maître et ses fermiers.

Ces traités ne sont jamais stipules que pour un temps détermine'; c'est que les musulmans ne»croient pas pouvoir vivre en état de paix avec les peuples d'une autre religion* Aussi le mot que nous traduisons quelquefois par le mot paùç, ne signifie que trêve (t). Nulle part.cet esprit de baine n'a été plus sensible qu'au temps des croisades : les deoi religions étaient alors en présence , et la guerre était pour ainsi dire devenue l'état naturel.

Il se présente ici une question assez importante. Noo$ avons le texte de ces traites en arabe ; mais nous n'en connaissons point la version latine. Comment étaient faites ces versions! Étaient-elles une traduction littérale ou une version rédigée et modifiée suivant les intérêts de la partie en faveur de laquelle on la mettait par écrit? II est certain que, dans les copies de traités qui ont été trouvées dané les archives de Gènea, la version latine est quelquefois très<liSereote de

(l) Cest le mot arabe «J^Ia^ • ^ terme qui signifie réellei&eiit ptUs est J^^ , et les mnsaimint ne 8*en servent gaère que lonqo'il

s*sgit tTnn accommodement entre des peuples maliométans. Et et» Turc«, qui treml>|ent maintenant devant les descendant des Wnnc», s'ils tieniient un autre langage , c'est à cause de lenr iaiblease ; qu'il* reprennent leur ancienne puissance , et ils seront en guerre onvcri* avec toute la chrétienté'.

DES CROiaADBS. 543

l'arabe (l) ; d'où Ton pourrait inférer qa'ordinaireineiit les parties ne relataient que les dispostions qui les inte'ressaient (S). Cependant nous devons observer que, dans les traites qui suivent, il est également question des intérêts des deux parties contractantes : il n'y a qu'une circonstance qui pourrait faire soupçonner que la version latine devait présenter des diSërences; c'est que, dans le texte arabe,* c'est le négociateur musulman qui est censé' parler ; toutes les fois qu'on y prononce le nom du sultan , on ajoute le mot notre maître. Cette particularité' se remarque même dans les traite's faits avec les princes de l'Occident, qui étaient censés traiter d'e%ai à e'gal avec le sultan., On ne peut pas admettre que les

Euissances chrétiennes eussent avoue une formule aussi umiliante.

Ces divers traites nous ont ete conserves par l'auteur de la vie de Kélaoun; ils sont d'autant plus importans, qu'on y trouve plusieurs dispositions relatives a des points de droit public du moyen âge encore peu e'claircis. Comme ils sont fort longs , et qu'on voit revenir sans cesse les mêmes formules , nous nous sommes contente's de relever les circonstances essentielles (3). •

Traites de paix entre K^iaoun et lei chn^ens.

An 681 [1282], Traite avec les templiers. Ce traite' est fait au nom du sultan Maiek-mansour Keiaoun et son fils aîné Malek-saleh Ali , qu'il avait associé au

ij) ÇTest ce qa*a vérifié If. Silvestre de Sacy , et qu'il a consigné dans le tome XI des Notices des manuscrits de ta bibliothèque du Rai, jp. 1 et suiv.

(t) Dans nn tnïié entre le prince de Tnnis et la république de Pise , rapporté par Lûnig, Codex Italiœ diplomaticus, 1. 1 , col. 1067, on ne trouve que les dispositions qui sont à favantage des Pisans.

(s) Pour les personnes qui désireraient se former une idée plus complète des formes de la chancellerie de cette époque , elles trouve^ ront le texte et la traduction littérale d'une de ces transactions dans le tome XI du recueil des Notices des manuscrits de la BibUotbè^ue du Roi, p. 93 et suiv. Cest à M. Silvestre de Sacy que Ton en est redevable.

544 BIBUOTHBaUB

trAne, if une part , et da frère Guîlfaraine de Beanjeii , fnnir mutre de Tordre des templiers, de Vvattijfonr dixannéei et dix mois reVoinSy à partir du mercredi 5 oe moharram de Fan 681 de Pbe'girei ou 16 da mois de nisan de Pan 1593 de Tère d'Alezaadre (1), oe qui rerient an 15 avril 198i de Fère chre'tienoe (9).

Par le premier article , ii est dit que la paix sera gardée entre tous les états du sultan sans exception , et les terrei appartenant aux templieiv. Lies terres des templiers se bor^ naient alors à Tortose et à ses villages, au nomore dé trentetrois , désignes chacun par leur nom dans le traite.

Le second article porte que les chrétiens de Tortose et de ses dépendances ne feront aucune course ni dégât sur le* terres du sultan , et que les sujets du sultan respecteront les habîtans de Tortose.

Il est dit dans le troisième, que, dans le cas où un navire appartenant soit aux sujets du sultan , soit à quelqu'un de sef alliés, ferait naufrage ou serait submergé sur les cAtes de Tortose, les habitans lui prêteront secours et assistance; l'équipage sera respecté dans les personnes , les biens , le* marchandises et les effets de tout genre. Si le propriétaire dn bâtiment se présente, on lui rendra le navire avec tout oe qu'il contenait, sans qu'il j manque la moindre chose; qs^ si le propriétaire a péri dans le naufrage , ou qu'il néglige de se présenter , les efiets.seront gardés en dépôt par les autorites du pays et remis en nature au sultan. Le sultan agirs de la même manière envers les chrétiens de Tortose qoi feraient naufrage sur ses côtes (3)^

Enfin il est dit par le dernier article que les templiers ne

(i) L*ère d'Alexandre, aatrement dite des Sélencides, a de i^ temps été en mage chez les chrëtiens d'Orient dans leurs contrats»

(s) II n'est pas dit expressément si I*on parle d'années solaires on lanaires; ee qui eût pourtant mérhé d'être déterminé, yn que, dam Fespace de dix ans , il y a entre les deux manières de compter une différence de quatre mois. Dans le traité conclu entre Philippe fe Hardi, fils de S. Louis, et le roi de Tunis , on a tu qu'il est fait meotioo d'années solaires ; il paraît que, dans le traité dont il est ici question, il B*tigii d'années lunaires : du moins on en Terra ci-dessaoo des exemples.

' (s) II a déjà été question d'une disposition de ce genre dsss » traité entre Philippe le Hardi , roi de France , et le roi de Tunis.

D^ CnOUàDBM. 546

pourront faire «ucooe reparalioD aiu fcMltfiofttions de Toftose ni en tàtir de nouveHes ; ib ne pourront point creuser de nouveaux fosses ni prendre aucune mesure de défense.

An 682 HMSJ. Traité avec la ville d'Acre.

Cette ville e^t alors à-peu-près tout ce qui restait de Fancien royaume de Jérusuem : plusieurs princes prétendaient à sa possession ; mais telle était l'anarchie qui dominait alors , qu'on ignore au \ù^e qui en était réellement maître. Le roi de Chypre avait été obliffé de l'évacuer; et Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile , l'avait fait occnper par sef troupes; la ville était gouvernée au nom de Charies par le comte Roger de Saint-Severin. Cependant, dans le traité que nous aUona bientât rapporter , il n'est pas question de ce prince.

Depuis que la ville d'Acre obéissait à Charles , les habitans avaient religieusement observé la trêve. Makrizi rapporte qu'une conspiration ajant. été formée par quelques anciens mameloucks de Bibars contre la vie du sultan , les csfarétiens , instruits du complot , en donnèrent avi» au prince , qui mit sa vie en sûreté.

Le traité est fait entre Kélaoun et son fils , d'une part, et, de l'autre, les régens de la principauté d'Acre, à savoir, le sénéchal Eudes (l), messire frère Guillaume deBeaujeu,

Eand-maitre de l'ordre des templiévyT; messire^ frère Nicolas >rgue , grand-maître des hospitaiinrs ; le majordome du grand-maître des hospitaliers allemands (chevîdiers teutoniques). Il devait durer dix ans dix mois dix jours et dix heures.

Il est dit par le premier article que les chrétiens ne pourront faire aucune réparation aux forteresses de la principauté, si ce n'est dans Acre, Sidon et Atelié; encore ne pourront^ils le faire que dans l'intérieur de la place et non au-dehors«

L'artide suivant porte que les galères du sultan, lorsqu'elles seront armées contre un pays en paix avec la prin*

(l) Peot-étre ce aën^chid Eudes est-HIe même que Hugues Pilicfain , qni» après le rappel dtt comte Roger, goavenia la viîlè d'Acre an nom da roi Charles. Voyes F^rf de verrier Us dates, ëdit. iA-4^y t. II, p. 47. La différence entrt les mots Hugues et Eudes, écrits en caractères arabes, est trèi4^ève; les voici x ^A et i^A .

546 nBUOTOBQIim

cipaute cPAore , ne pourront rdâcber dm» les port» de itdite prinoipAUté, ni j faire des ▼hrre»; elles ie pourront, »« contraire, lorsque le pays contre lequel sef dirigent les gilères, sera en guerre avec la principauté d'Acre.

Si une galère musulmane, tandis qu'elle se dîr^e contre un pays en paix avec la principauté d'Acre ,. vient à faire naufrage sur les c6tes de ladite principauté, les rdgeiis et les grand»>maitres do Temple et de rHApital prêteront assistance au navire , et fourniront à l'équipage les vivres et les secours qui lui seront nécessaires pour retourner dans les états du sultan ; ils ne pourront rien soustraire des^elFets appartenant au navire , ni rien de ce que la mer aura rejeté sur ie rivage. Si I au contraire , le pays contre lequel se dirige la galère est en guerre avec la principauté d'Acre , niMi-seulement i'éqoipage pourra se fournir de vivres dans ladite principauté, maïs n pourra réclamer les secours nécessaires pour radouber ie'vaisseau et pouvoir continuer sa route. Cet article est eonninn aux deux parties contractantâs (l).

Le. quatrième artieie est ainsi conçu : Dans le cas ou il se préparerait une nouvelle croisade en Occident, les régcni de ta principauté d'Acre s'obligent i en prévenir le sultan au moins deux mois à l'avance; afin que ie prince ait le temps de faire ses dispositions. Il en sera de même dans le cas d'une invasion de Ta part des Tartares ou de toute antre nation; celle des deux parties qui en sera instruite la première, en donnera avis à i^autre. Que si les Tartares ou toute autre nation venue du fond de l'Asie tentaient d'envahir la Syrie, et que le sultan fut hors d'état de les repousser, ce serait à ehacnifie des parties contractantes de se défendre ellennénie. Il en sera de même si le péril venait d'une nation musulmane.

Par l'article cinquième , les régens de la principauté d'Acre et les magistrats des villes comprises dans le présent traite) s'engagent à ne pas protéger les pirates, à ne pas leur laisser faire des vivres sur leur territoire. Que si un pimte tombe entre leurs mains , ils se saisiront de sa personne ; si un pirate vient vendre chez eux quelque marchandise , ils h saisiront et la garderont en dépota pour la remettre aupropriétaijre, s'il se présente , ou, a son défaut, aux gens du

(i) Cet artick est obscur dans le lexls jumbt.

Dtt GttOIfilAlIBS. 547

sultan. Le sultan en agira de même envers les sujets de la principauté d'Acre.

Le dernier article est consacre aux prérogatives des pe* lerins chrétiens ^uî tobI visiter les iieM saints. Il j est dit yi'on laissera aux pèlerins qui se rendent à Nazareth, l'usage de l'église du village el des quatre maisons qu} en dépendent, et que tous les pèlerins, gmnds et petits, sans distinotîofk de naissance ou de nation , aurontle droit d'y être admis ; bée» entendu que l'exercice du cullie né dépassera pas l'enceinte* de l'églisb. Si qfic4q(fe pién'e de l'émisé se détache, od h fellera dehoM , sans 4ti'eHe puisse servir à la aérne bâtisse (l). A l'éganl de l'exercice du culte ^ il çst ^it expressément que >c'éftt itti effet des- bonnes grâces dtr'siiltari , et que les chrétiens n'y iivaient attèiin drèit

àmmd i» traité eutiétéaÎDSî'rédr^'; le sultad léfui^i et chargea deux émirs dUler recevèirl» serinent des rég^rie dé la principauté d'Acre. On mit donc bas les armes : mais Pansée suivante, le roi de Chypre, qui n'avait pas rènotiCf^ a ses prétention», voyant Petnbti¥it»«^ii^ sëtroiiWif le' roi Charles à cause tde quelques «rouMee-^ljÀ^ étaiéht MHeil^^ij onSiele^ lem desr troupes et ésssrya de Ventiler dans la Vll!^ d'Aéré. Lis: sultan penchait au fond potir fes'intér^ du' roi de-Cby^çoiais oraignaaa pour ses^piMifiresétAtti, il'ordôona àses UeMenaM de supposer i' cette etitreptise. Lié- r6\ avaji été îeté par le vent du oAlé de Bér^te; H tenta éHfàid :dé sWvrir un passage; les mrusuilnaus lé ^épou^êreôt^uf toUif les nomtk , et le roi se rendit à Tyr, éik il ntourut ; dSWoo , Hé doineur» Ce ne fut qu'en 685 de Pb^giré , c'est^à^ire dedi^ ans apris , que son fils Henri II, ref de Chypre, prit possession de la ville d'Acre, après avoir obtenu l'agreibeht du sdltan et lui avoir envoyé de riches présens. Ce^ Mt^ nooîf ont été conservés par fauteur de l'histohv dé Kâaoun.

les

pareille poVid^^e lA'existe que ehez les Tu^ca. Voyez \ 'au reste , les

pi«cM jnstifi4aiives fia iem«T de VHîsMirt des drùi$ad€$, p. 875

etéV4; . .^ . • •- . ^

548 BiaUOTBàQDB

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