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Sait* des conquêtes de Biban.
Suite de Vannée 664 de V hégire [4265 deJ, C] Bibars s'occupa ensuite de tirer vengeance du roi de la petite Arménie , qui, en toute occasion, sVtait montré l'ennemi acharné de l'islamisme. Ce roi se nommait Haitom , et entretenait des intelligences avec les Tartares, qui menaçaient sans cesse d'envfdiir la Syrie. On lit dans la Chronique arabe d'Aboulfarage, que le sultan, dans l'intention de lier avec lui des relations d'amitié, lui avait proposé de labser leurs sujets respectifs communiquer ensemble , de permettre que les Egyptiens allassent acheter en Arménie des chevaux , des mulets, du fer, du froment, de l'orge, et aux Arméniens de se pourvoir en Egypte de ce qui leur manqiiait, et que Haitom s'y était refuse ; ce roi n'avait pas voulu non plus se soumettre à un tribut annuel. Bibars résolut d'employer la force, et, dans cette vue, il envoya une armée en Arménie, sous la conduite du prince de Hamab.
Makrizi rapporte que les musulmans furent par-tout victorîeux. Dans un combat qui eut lieu , le fils du roi d'Arménie fut fait prisonnieri son frère fut tué, ainsi qu'un de ses oncles ; tout Te reste fut mis en déroute ; toute l'Arménie fut mise à
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feu et à sang; les hommes furent massacres , les femmes réduites en servitude ; la ville de Sis , capitale du royaume, fut livrée aux flammes ; un des châteaux du pays qui appartenait aux templiers , alors tout-puissans en Arménie, fut également brûle'. L'armée reprît eosuite'^Ie chemin de la Syrie : le butin était si conside'rable , qu'un bœuf, à deux pièces d'argent, ne trouvait pas d'acheteur. A la nouvelle de ces succès , le sultan, qui s'e'tait arrête à Damas, s'avança à la rencontre des troupes. Il abandonna aux soldats, pour les recompenser, sa part du butin , et accorda des gratifications à tous ceux qui avaient fait preuve de bravoure.
Pendant aue Bibars était en chemin pour aller au-devant de l'arme'e , il apprit, à son passage à Kara, que lés* chrétiens de cette, ville faisaient métier du brigandage, et enlevaient les musulmans sur les roules pour les -vendre aux Francs (l). Aussitôt il fit oerner la ville et massacrer les hommes en état de porter les armes; il n'épargna que< les enfans en bas Âge, lesquels, au rapport d'AbouIféda, furent emmenés eo ^ypte et élevés par^ii ies^mameloucks turcs : les uns de-*
(l) Le continnatear d*EImacin cite le trait saivaDt : « Un moletier égyptien étant tombé malade dans les environs de Kara, fat invité par denx hommes de la TÎlIe à aller loger chez eax : le mnietier se laissa persuader; on eut les plus grands soins pour lui. Quand if fat guéri , les deux hommes s'offrirent à l'accompagner; on se mit en route; mais dès qu'ils furent seuls , ils se f etèk'ent sur lui , te^rrotcèrent «t allèrent le vendre aux chrétiens du château des Curdes. 11 y fut retenu |usqu à ce qu enfin des marchand^ de Dam^s , étant venus à passer par cette ville , le rachetèrent et le mirent en liberté. • ( Ceci se rapporte probablement a la fondation pieuse établie à Damas pour la rédemption des captifs musulmans. Voyez ci-dessus, p. 494.) Le muletier se rendit aussitôt à la viiie musulmane la plus voisine de Kara, et raconta ce qui lur était arrivé. Sur ces entrefaites > le sultan vint k passer; on lui ZBconta ta chose : ce prince se fit amener aussitôt les deux hommes en question; iis nièrent d*abord avoir jamais vu le muletier; mais <{eiui-ci ayant offert de faire la descrip^on de leur maison , ils fureût forcés d'avouer leur crime. On reconnut que les babitans de Kara se fivraient presque tous au brigandage , et qu ik s'en étaient fait une espèce d'industrie. Alor^ le sultan les rassembla tous en un même lien, et leur fit couper fa tête. La ville fut saccagée et Tiglise convertie en mosquée : ie sultan y établit une colonie de Turcomans qui devaient y élever des bestiaux, et se livrer aux paisibles travaux de Fagriculture. •
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vinrent émirs dans la suite , les autres servirent comme simples soldats.
An 665 [^266]. Rien ne montre mieux Penthousiasme qui animait alors les musulmans , que certaines partîctdariteB jusque-là sans exemple. Makrizi rapporte que cette année , Bîbars imagina de faire payer à tous ses sujets tne taxe particulière destinée aux frais de la guerre sacrée ; c'était une espèce de dime sur les bestiaux , les grains, &c. On en fit la perception dans toute l'Egypte, dans leff îles de la Mer Rouge qui en dépendaient , et jusqu'en Arabie : en Tain l'émir de Médine essaya d'abord de s'y soustraire;. on l'obligea de faire comme les autres. Makrizi appelle cette contribution kê droits de Dieu,
Sur ces entrefaites , onze cents, guerriers d'Occident, qui avaient débarqué dans Acre , ayant essayé de faire une incursion du cÂté de Tibériade , forent surpris par les musulmans, et mis en fuite : un très-grand nombre périt dans le oombat ; le reste se sanya dans Acre. Le sultan fit récompenser tous ceux qui s'étaient distingués , et rendis grâces à Dieu de ce succès.
Ensuite Bibars, se voyant de nouveau menacé par les Tartares , résolut de faire de Séfed le boulevart de toute la Syrie : dans cette Tue, suivant MaJ^rizi, il se rendit auprès de cette forteresse et en fit augmenter tes fortifications ; les fossés reçurent plus de profondeur ; îl s'en résenra lui-même une partie et y travailla de ses propres mains. Cet exemple ftit suivi par ses émirs; tous rivalisaient de zèle et d'ardeur. Sur ces entrefaites, les chrétiens d'Acre , pour détourner le sultan de ces travaux , lui firent faire des propositions de paix. II était alors très-irrité contre eux , à cause de quelques courses qu'ils avaient faites sur ses terres. Là-dessus, sans leur rien répondre , il monta à cheval avec une partie de son armée , et, arrivant &' ('improviste sous les murs d'Acre, ii y mit tout à feu et a sang : les hommes qui tombèrent entre ses mains forent égorgés ; de tous càtés les soldats loi apportaient des têtes pour toucher la récompense promise ; le lendemain il i^evint à Séfed. Cest là que les dépotés du roi de la petite Arménie, qui demandait aussi la paix ,. vinrent le trouver, lis purent voir de leurs yeux les. têtes des morts plantées au haut des piques, et le massacre de ceux qui avaient* été pris dans cette expédition. Le sultan retourna ensuite devant Acre, et y recommença les mêmes ravages : les jardins furent détruits »
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fes maisons rasoes, les puits combles, les arbres coupes, les villages réduits en cendre. Le sultan était lui-même à cheval, en sentineHe devant la porte d*Acre et la lance en arrêt Ces violences durèrent quati^e jourS*; quand tout fui détruit , il revint à Se'fed.
Vers le même temps, leshabitans de Tjr ayant Suit mou* rir un mamelouck du sultan , ce prince fit dévaster toutes les campagnes du voisinage ; les habitans , pour obtenir la paix , furent obligés de payer, comme prix du sang, Hhx parens du mort, la* somme de quinze mille pièces d'or, monnaie de Tyr, et de mettre en liberté tous les musulmans qui étaient captifs entré leurs mains. A cette condition , la paix fut re-* nouvelée pour dix ans.
La paix fut aussi faite entre le sultan et le roi de la petite Arménie, ainsi qu'avec le seigneur de BéiVjrte et le grand maître des hospitaliers. Par ce traité, les, hospitaliers renoncèrent solennellement au tribut que leur payaient les Ismaéliens et certaines villes. musulmanes. Bientôt il ne resta plus que les templiers et ie prince d'Antiocfae, devenu aussi comte de Tripoli , qui n'eussent pas subi ie joug. Bibars ne tarda pas à se venger des premiers. Nous allons de nouveau laisser parler Malurizi.
An 666 [126S de /. C.]. » Les Tartares avaient d'aborë menacé de passer de nouveau PEkiphrate pour envahir la Syrie ; mais ils en furent empêchés par la terreur que leur inspirait le sultan , et Bibars put se livrer a ses projets de vengeance, II partit d'Egypte avec toutes ses fdrces, et franchit les sables qui bornent la Syrie de ce côté. Il avait pris sa route par Gaza : comme il apprit en chemin que quelquesuns de ses soldats avaient fait du dégât sur les terres des chrétiens avec lesquels il était en paix, il leur fit couper le nez ; un émir qui avait passé à cheval sur un champ ensemencé, furt condamné à donner en dédommagement au propriétaire , sa selle et les harnais de son cheval. Quant aux habitans de JaRa , qui avaient fait des courses sur les terres musulmanes , le sultan, pour les punir, entra de force dans, leurs murs : la citadelle fut rasée ; le marbre et le bois qu'on put sauver furent envoyés par mer au Caire, ou on les employa à la mosquée que Bibars y faisait bâtir. Ordre fut donné d'élever des mosquées dans toutes les contrées q\x dominait jusque>là le christianisme, et de faire disparaître tout ce qui était en opposition avec la religion musulmane.
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Un tribut annuel (l) fut impose aux h«bit§|is, et ils furent autorises ù en faire eux-mêmes la perception : cet argent devait être mis à part; le sultan se le reservait pour sa table. Plusieurs terres furent ey^çcs en fiefs , en faveur des émirs qui avaient montre' iQplus de zè[e. Par ses ordres, des Turcomans vinrent s'etahlii* dans lé pays , et j continuèrent leur vie pastorale ; la seule ciiose quVxn exigea d'eux , ce fut de fournir des chevaux pour la cavalerie.
» Cependant le sultan avait dissimule' jusque-là ses véritables desseins ; la plupart oro^ri^ent qu'il voulait attaquer les Tartares : tout-4-coup , se portant contre les templiers, il marcha vers Schakif , non loin de Sidon , et trouva cette |>lace au de'pourvu; ce mouvement fut si subit, que la veille même de son arrivée, une partie des templiers qui gardaient la ville s'étaient rendus à Acre, et que les habitans A*eureot pas le temps d'appeler du secours. On était alors au mercredi 19 de régeb [ 4 avril ]. Défà on avait vu venir dç tous les pays, des fakirs, des dévots, des ^ens de loi, qui devaient enflammer l'enthousiasme des troupes. La ville ne résista que quelques jours : les hommes furent distribués aux soldats; les femmes et les enfans renvoyés à Tyr. On répara la citadelle; le sultan y laissa une garnison avec un cadi chargé d'y rendre la justice, et des imams qui devaient faire le service de la mos-
?uée. Ce fut ainsi aue les templiers perdirent successivement léfed , Schakif et leurs principales forteresses. » On lit dans V Abrégé de la vie de Bibars, que la prise de Schakif iFut sur- tout due ,à la ru^e. Les templiers qui étaient à Acre avaient écrit une lettre à Ja garnison pour lui annoncer du secours : celui dont ils' firent choix pour porter cette lettre, était un miisi^man qu'ils, avaient i leur service; ce musulman ^ par scrupule de religion , étant idlé remettre la lettre au sultan, ce prince se la fit traduire, et en écrivit une autre dans un sens tout contraire. Quand la garnison reçut cette .lettre, elle ne sut. plus quel parti prendre, et ouvrit »es portes. .
On ti'ouvera peut-être, dans ce qui précède, de petits
(l) Ce que nom traduisons par tribut est appelé' ifaas le texte arabe
, pluriel '>ÂÂ. . Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires ; aials il est souvent cite' dans bs voyages du Levant; ii signifie proprement jrea^e.
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faite, des ctrconsjftnces qui se repètent sans cesse ; mais on a du voir que notre but e'tait de peindre i*epoquc , de montrer la situation respective des musulmans et des colonies chrétiennes, leurs intérêts, leur politiqu|s. Or, qu'aurions-nous pu faire qui remplit mieux notre objet, que de donner un récit complet et, fidèle de ce que nouç ont transmis les chroniques orientales? Ces chroniques sent d'autaat plus intéressantes , que, sans elles*, cette époque serait presque ignorée; car les auteurs latins du temps n*ont presque. rien dit de ces eVe'nemens.