‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 46 sur 55 · S CIV · texte numérisé non relu

S CIV

Traités de Rélaonn avec les rois dTArragon et des Denz-Siciles, et

avec la république de Gènes (i).

* An 689 [1290], f^s rrfations commerciales entre FEgypte

et les régions occidentales d'Europe devenant toujours plus fréquentes y Alphonse III , roi d'Arragon , et ses frères , D. Jayme, roi de Naples et de Sicile, D. Pedro, &c. , proposèrent à Relaoun de faire un traite de commerce. L'historieD de la vie du sultan a soin de remarquer que les ne'gociations qui eurent lieu à cette occasion furent provoquées par les princes chrétiens, et qu'ils envoyèrent de grands présens pour cet objet. Ils demandaient pour leurs états respectifs les mêmes conditions que l'empereur Frédéric II avait obtenues du sultan Malek-kamel pour ses états d'Italie. Le sultan se montra favorable à leur demande, et l'on convint des articles suivans (9) :

Article l*^ Les deux parties contractantes s'engagent à faire cause commune ensemble , et à avoir en toute occasion les mêmes amis et les mêmes ennemis , sans distinction de religion et de peuple. Si le pape qui est à Rome , ou quelqu'un d'entre les Francs, couronné ou non couronné, grand ou petit, sans excepter les Génois, les Vénitiens , les Grecs, les templiers , les hospitaliers , mat;hine quelque mauvais dessein contre le sultan , le roi d'Arragon et ses frères tache*

(l) Ces deux traités ont déjà M publiés par M. Silvestve de Sacy : le premier, en français senlemeat , dans le Magasin encyciopédique, année vii% t II , p. 145 et soiv.; le second , en arabe et en firançaii» dans le tome XI des Notices des fMamtscrits de la BihUoikique du Roi, p. 33 et sniv. ^ .

(s) Dfau le texte arabe, Alphonse est nommé ^jSUaJl j^ , c'est-àdire Don Alphonse.

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K ront de faire diversion , et retiendront les agresseurs sur leur

r propre territoire. Ils les attaqueront par terrcet par mer, et

5 se deVou^ront pour le salut du sultan.

s Art. s. Si les chre'tiens d'Acre ou de Tjr viennent à en-

freindre les conditions du traite que le sultbn leur a accorde , et qui est encore en, vigueur , et qu'il survienne une rapture , leroid'Arragon et ses frères s'engagent à ne point leur prêter assistance ^ et à ne leur fournir ni armes, ni argent, ni rien de ce genre. Ils n'accorderont aucun secours au pape de

^ Rome , ni aux rois francs y aux Grecs , aux Tartares ou à tout

autre peuple qui formerait quelque entreprise contre le sui** tan; ils ne souliriront pas qu,'on prêche aucune croisade dans leurs états, et ne feront rien contre ies intérêts du sultan.

Art. 3. Si le roi d'Arragon et ses frères apprennent qu'il se machine quelque chose contre le sultan, ils l'en instruiront dans le plus bref délai possible.

Art. 4. Si un vaisseau des états du sultan fait naufrage sur les câtes du roi d'Arragon ou de ses frères, on portera secours à l'équipage, et l'on renverra les marchands avec leurs marchandises et leurs^ effets.

Art. 5. II en sera de même si quelque sujet du sultan , musulman ou chrétien , vient à mourir dans les états du roi d'Arragon ou de ses frères f.ses biens seront rendus avec tout ce qui lui appartenait. Le sultan usera de réciprocité envers les sujets du roi d'Arragon et de ses frères, qui feront naufrage sur ses oêtes ou qui mourront dans ses états.

Art. 6. Le. roi d'Arragon permettra dans ses états l'exportation du fer,. du papier et des autres productions du pays (l). Art. 7. De part et d'autre , on se rendra les transfuges sur le pied d'une parfaite réciprocité. Si le transfuge n'a pas changé de religion, on le renverra, lui et tout ce qu'il aura emporté; s'il a changé de religion, c'est-à-dire , si de chrétien il s'est fait musulman , ou de musulman chrétien , on livrera les biens, mais non la personne (S).

(l) Cet article est directement contraire h, ce qui avait été pratiqué fiisqne-Ià en Occident , les papes défendant sévèrement qa on portât du fer et des armes anx ennemis dn nom chrétien. Voyez au tome II de la BibUùfhèque des Croisades, page 771.

(a) On a vu ci-dessus une politique différente dans le traité entr* le sultan et le roi de la petite Arménie.

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Art. 8. li sera permis à tout sujet du roi d'Armgon de yisiter le Saint-Sépulcre et les autres lieux de pèlerinage, pourvu qu'il soit muni d'une lettre du roi revêtue de son sceau.

Le dernier article porte qu'on laissera subsister sur le même pied que par le passe les droits perçus jusnueJà sur les vaisseaux du roi d'ArragoQ dans tes ports d'Alexandrie, de Damiette et les autres places maritimes de PEgjpte. Les navires musulmans qui commerceront dans les ports d'Arragon seront traités cle la même manière. An reste , H n'est pas dit en quoi consistaient ces droits.

Ensuite on s'occupe de la formule du serment que devait prononcer chaque partie contractante. Kelaoun , d'après la formule que lui présenta le roi d'Arragon , répéta trois fou les mots par Dieu, et fit faire le même serment a son filf et héritier présomptif.

A l'égard de la formule imposée par Kélaoun au roi d'Arragon et à ses frères, elle se terminait ainsi : « Si je manque n à qudqu'une des conditions susdites (c'est le roi d'Arragon j» qui parle), je consens a être rejeté du sein de ma religion, 9 et & être déclaré rebelle à ma croyance et à la croyance des • disciples de ma foi (1). »

Ce traité fut bient6t suivi d'un autre entre le sultan et h république de Gènes. Voici ce qui y donna lieu. Depuis long-temps les marchands génois étaient établis en Egypte, et y faisaient un commerce considérable; les sultans leur avaient accordé de grands privilèges. Ibn-férat, sous la date de l'an 673 f fait mention d'une ambassade envoyée par la république à Bibars , et 'de la conclusion d'un traite de commerce; Makrisi en cite une autre sous la date de Tan 6S4 : ces relations étaient également utiles auXideux nations. Ton tàrcoup la bonne intelligence fut.troublée : pendant le êîéçe de Tripoli par les musulmans^ un amiral génois, appelé Benoît Zakaria, s'était enfermé dans la ville pour en prendre la défense; après le siège, il se remit en mer et courut sur tous les vaisseaux musulmans; un navire parti du port d'Alexandrie fut enlevé avec ce qu'il contenait.

(i) Voyez , snr Tusage des princes masalaïaDS et chrétiens de »'f]aposcr des formules 4e terment , an exemple sfDgulier rappôrtff j»r Joinviile au sujet de S. Louis, Histoire des Croisades, 1 IV, p. 9S0-

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A cette iHMiYeHe, le sultan fit arrêter tous les marchands génois qui étaient dans ses états. Les chefs de la république , eflGrayés y se hâtèrent d'envoyer une ambassade à Kelaoun y pour désarouer Pentreprise de Benoit Zakaria. Ils rendirent les marchands avec ce qu'on leur avait pris, et demandèrent à renouveler la paix sur le même pied qu'auparavant. Kélaoun , à qui le comnierce des génois était fort utile , accueillit leur demande avec empressement. Les ambassadeurs et le consul de Gènes jurèrent sur l'évangile que la république était innocente de l'infraction faite au traité. Pour rendre le serment plus solennel, on appela comme témoins l'évéque copbte du Caire et plusieurs moines-, et la bonne harmonie se rétablit entièrement.

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