‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 67 sur 88 · S XCI · texte numérisé non relu

S XCI

Suite des conquêtes de Bibars. — Il prend Seïed.

An 664 [12661. Au mois de regeb [mai], le sultan partit du Caire pour la Syrie avec toutes ses forces; et comme quelques-uns de ses erairs avaient mis du retard à le suivre,

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il les condamna à porter pendant trois jours des espèces de menottes aux mains (1). A son passage à Hëbron , il ôta aux chrétiens et aux Juifs l'entrée du tombeau d'Abraham et de Sara, qu'ils pouvaient visiter jusque-là pour de l'argent. Ibnférat fait à ce sujet les plus belles réflexions , et dit que sans doute Dieu n'aura pas manque de récompenser Bibars, dans le ciel, d'une action si méritoire (2).

De là le sultan , se répandant dans les campagnes voisines,

Çmssa ses ravages jusqu'aux portes d'Acre, de Tyr, de ripoli: tout fut mis à ieu et à sang. En vain le comte de Tripoli prit les armes pour arrêter ces dévastations; il fut surpris du côte' d'Emesse et mis en pleine de'route. Tout le territoire chre'tien se trouva envahi et en proie à des maux horribles. Le butin, ditMakrizi, fut si grand, qu'on ne trouvait plus à vendre les vaches et les buffles. Enfin le sultan se porta contre Séfed avec toutes ses forces : ici nous laisserons parler Makrizi.

u Se'fed est situe'e sur une hauteur, entre la ville d'Acre et le lac de Tibériade. Par sa position , cette place domine les campagnes arrosées par le Jourdain. Elle appartenait aux templiers. Le sultan arriva devant ses murailles comme à son ordinaire , c'est-à-dire, sans être attendu ; ses troupes elles-mêmes ignoraient où on les menait. Le siège commença un lundi 8 de ramadan [ mois de juin]. Le sultan voulut prendre part en personne aux travaux. Comme ses machines, qu'il recevait de Damas, soit à dos de chameaux , soit sur des chariots, n'arrivaient pas assez promptement, et que les chameaux étaient fatigues de la route, il se mit lui-même en marche avec une partie de ses e'mirs et de ses soldats, et aida à traîner ces forteresses mobiles. Les autres, quand ils e'taient fatigue's, se reposaient; pour lui, il n'e'tait jamais fatigue'. Les machines furent ainsi traînées depuis le Jourdain jusqu'à Séfed. Enfin, toutes les machines étant dressées, chaque émir reçut son poste particulier. L'attaque se poursuivit jusqu'à la fin du mois; c'était celui du jeune. Le 30 du mois, comme le jeune allait finir, les e'mirs, suivant l'usage, se mirent en devoir de venir

(l) On lit dan» le texte arabe, , mots qui ne se

trouvent pas dans les dictionnaires ; c'est par conjecture que nous les traduisons ainsi.

(t) Au reste , la défense de Bibars existe encore au jounThni.

complimenter le sultan. Mais en roate , un d'entre eux ayant e'te' atteint d'une pierre lancée du haut des remparts, le sultan leur fit dire qu'il n'avait pas besoin de leurs compIimens,et que chacun eut à rester à son poste. Défense fut faite, pendant la solennité' de la fin du jeune , de boire du vin , sons peine d'être pendu. Au contraire, cent pièces d'or furentpromises à quiconque de'tacherait les premières pierres des murs de la place. Il ne voulait pas que ses gardes s'occupassent de lui. Dans l'assaut qui suivit, plusieurs musulmans moururent pour la de'fense de la religion ; mais quand il en périssait un, un autre prenait sa place. A côte on avait dresse' une tente pour les blesses ; ils y trouvaient un médecin , un chirurgien, et tout ce dont ils avaient besoin pour être panse's. Pendant ce temps les assauts se succédaient sans cesse. Le 14 deschaban [ mois de juillet] , on en livra un qui dura depuis le lever du soleil jusqu'à midi, temps où les troupes étaient dans l'usage de se reposer : comme elles se disposaient a se retirer, le sultan se mit dans une grande colère et leur ordonna de rester sous les armes, u Quoi ! leur dit-il , l'islamisme est en n danger , et vous voulez vous reposer. Restez à vos postes. » Ce jour-là, plus de quarante e'mirs furent arrêtes pour être partis trop vîte, et on les chargea de chaînes. Cependant, comme leurs compagnons intercédèrent pour eux, le sultan se laissa fléchir et les renvoya, leur recommandant cependant de montrer désormais plus de zèle. L'assaut recommença à l'instant même; de toute part on entendit le bruit du tambour et d'une musique guerrière, À la fin les assièges demandèrent à capituler; le sultan le leur accorda, à condition qu'ils sortiraient sans rien emporter en armes ni en argent, et qu'ils ne détruiraient rien dans la place. Lorsqu'ils descendirent de la forteresse, le sultan se plaça à cheval à la porte pour les voir défiler. Les chrétiens, ayant e'te' fouilles, furent trouves en faute et munis d'armes et de bijoux; on découvrit même parmi eux des captifs musulmans qu'ils emmenaient, sous pre'texte que ces captifs avaient embrasse' le christianisme. Bibars regarda cette conduite comme une infraction à la capitulation, et sur-le-champ il fit descendre les guerriers chre'tiens de cheval. On les mena hors de la ville, sur une colline, où ils furent gardes avec soin. Le lendemain, le sultan assembla ses e'mirs, et les félicita sur leur zèle; il leur fit des excuses sur la se've'rite' dont il avait use' envers quelques-uns d'entre eux, disant que c'était pour les mieux

animer à cette belle conquête. Ensuite il les fit monter à cheval; et se portant sur la colline où étaient reunis les chre'tiens, il leur fît trancher la tete : deux hommes seulement furent exceptes <Ie ce carnage; l'un , parce qu'il avait servi de médiateur dans les conférences qui avaient eu lieu et qu'il s'était fait musulman; l'autre, parce qu'on le destina à porter la nouvelle de ce massacre aux chre'tiens des villes voisines, n

Telle est la manière dont Makrizi rend compte de la capitulation de Se'fed et de la mort de la garnison. Comme cette derrière circonstance causa dans le temps une sensation extraordinaire, et qu'on en a fait, non sans raison, un sujet de reproche contre Bibars, il sera bon de faire connaître ce qu'ont dit les autres écrivains musulmans; on verra que leur propre récit ne justifie en rien l'action de Bibars.

Ibn-fevat, dont le récit se rapproche le plus de celui de Makrizi, s'exprime ainsi: u Pendant les négociations qui précédèrent la capitulation , le sultan crut devoir user d'artifice. Il promit la vie à quelques chre'tiens en particulier, et chercha ainsi à fomenter la division dans la garnison. Pour aigrir les esprits eucore plus, il déclara qu'il n'en voulait qu'aux templiers, et que tous ceux qui n'appartenaient pas à cet ordre pouvaient sortir en surete. A cette déclaration, quinze des assie'gés sautèrent des remparts, et reçurent en recompense des robes d'honneur. Les templiers, se voyant trompes, rompirent les négociations et se battirent en désespères : à la fin cependant, comme leurs ressources étaient épuisées, ils envoyèrent demander à traiter de nouveau. Bibars s'y refusa; mais un de ses émirs prit sur lui de leur promettre la vie. Les assièges, se fiant à cette promesse, ouvrirent leurs portes. Le sultan refusa de reconnaître la capitulation ; et comme d'ailleurs ou vint à trouver les chrétiens en contravention, il ordonna de les mettre tous à mort, n

Ibn-ferat ne dit rien de plus de cetemirqui s'engagea pour le sultan, et dont la parole fut désavouée; mais deux autres auteurs arabes, Ibn-Abd-alrahim et le continuateur d'Elmacin, s'expriment beaucoup plus clairement; voici ce qu'ils disent « »« Le sultan , qui voulait a tout prix s'emparer de Sefed , était décide' à séduire les chrétiens par de belles promesses, sauf ensuite à violer sa parole. Lorsqu'il fut question de jurer, il imagina de mettre à sa place un emir qui jurerait pour

lui; ce fut Ternir Kermoun-aga qu'il choisit pour cet artifice. Kcrmoun fut place' sur un troue , dans tout l'appareil de U royauté et ayant les officiers du sultan autour de lui : le sultan lui-même était à ses côte's, une e'pee à la main et dans l'attitude d'un e'cuyer. Au moment où le de'puté chrétien se présenta pour recevoir la parole du sultan , kcrmoun jura d'un ton solennel. Le députe' se retira sans rien soupçonner de la ruse ; cependant la parole de l'e'mir n'en était pas moins vainc , et le sultan n'était pas oblige' de la remplir : aussi n'hesita-t-il pas à se défaire des défenseurs de Se'fed , au nombre d'environ deux mille hommes, n

Voici au reste un nouveau trait qui achèvera de montrer l'ame de Bibars toute entière; nous l'empruntons du continuateur d'Elmacin. « Après le massacre des chrétiens, les habitan s d'Acre, touchc's de la mort de leurs frères, qu'ils regardaient comme des martyrs, envoyèrent demander leurs corps , disant qu'un tel dépôt ne pouvait que leur porter bonheur. Un députe' s'ëtant pre'sente' à ce sujet au sultan, le prince , sans rien répondre , remit l'audience à un autre jour; puis , prenant avec lui une parue de ses troupes, il partit sur le soir, marcha toute la nuit, et arriva le lendemain matin aux portes d'Acre. Comme on ne s'attendait pas a cette attaque, il trouva les habitans répandus dans la campagne et vaquant a leurs affaires : tout-à-coup le sultan fond sur eux l'e'pec à la main et tue tous ceux qu'il rencontre ; un grand nombre de chre'tiens perdirent ainsi la vie. Après cette action , Bibars partit comme un éclair et reprit le chemin de son camp. A son retour, il fit appeler le députe d'Acre et lui dit : « Vous ve- 9 niez chercher ici des martyrs; vous en trouverez auprès n d'Acre ; nous venons d'en faire plus que vous n'en vouliez. »

Après ces exploits, Bibars s'occupa de prendre possession de Se'fed. Le butin fut distribue' aux soldats. Une colonie, venue de Damas , s'e'tablit dans la ville ; on y bâtit deux mosquées ; les fortifications furent réparées , et le sultan y laissa une bonne garnison.

Bibars s'empara ensuite de Ramla, deTebnin et de quelques autres places peu importantes. Durant tout le cours de ces conquêtes , nulle armée chrétienne ne se présenta pour y mettre obstacle. Se'fed appartenant aux templiers, les hospitaliers n'avaient eu garde de la secourir. Le prince d'Antioche, le seigneur de Tyr, tous ceux qui, par un concert gênerai , auraient pu retarder (a chute des colonies chrë-

tiennes, avaient montre la môme indifférence. 0n lit dans Ibn-fe'rat que, pendant le sie'ge de Se'fed , le seigneur de Tyr, au lieu de prendre les armes, envoya prier le sultan de mettre un terme aux ravages qui se commettaient depuis quelque temps sur ses terres, représentant que la paix faite entre les Tyriens et les musulmans durait encore, et que d'ailleurs le sultan avait bien voulu le prendre sous sa protection. En effet, quelque temps auparavant, ce seigneur avait jure' d'être l'ami des amis des musulmans, et l'ennemi de leurs ennemis; il avait promis de seconder le sultan dans toutes ses guerres. Mais le sultan re'pondit avec humeur que le seigneur de Tyr s'était dépouille' de tout droit à son amitié, en négligeant de l'aider à soumettre Acre , comme il s'y était engage', et il fit continuer les ravages.

Vers le môme temps, Bibars reçut un de'pute' des ismae- Iiens ou sectateurs du Vieux de la Montagne, qui occupaient les montagnes voisines de Tripoli. Ces sectaires e'taient dans l'usage, pour leur propre tranquillité, de payer un tribut annuel à l'ordre des hospitaliers ; ce tribut consistait en douze cents pièces d'or , cinquante mille boisseaux de ble' et cinquante mille boisseaux d'orge : depuis long-temps Bibars était résolu de mettre un terme à cette sujétion , qu'il regardait comme honteuse pour l'islamisme. Au rapport de l'abre'vialeur de l'histoire de sa vie, les de'pute's du Vieux de la Mon* tagne étant venus lui faire leur cour, il leur dit : u Quoi! » vous disiez que jusqu'ici vous n'aviez paye' le tribut aux n chrétiens qu'à cause de l'eloignement de mes troupes; et » maintenant que je Suis ici , vous continuez comme au par an vant ! C'est nous plutôt qui aurions droit ù ce tribut. Je n vois bien que je serai oblige' de vous exterminer ; je finirai n par convertir vos châteaux en cimetières. *> En même temps, il leur signifia qu'ils eussent à lui envoyer de l'argent et des troupes , afin qu'ils partageassent avec lui les me'rites de la guerre sacre'e (1).

L'année suivante, au rapport de Makrizi, le grand maître

(1) L'autour désigne les ismaéliens par le mot de gens à poignards,

g^ialXLJI ce qni revient a notre expression d'assassins. H est curieux de voir que cette même dénomination ait passe* dans les écrivains chinois. Voyez le Journal asiatique, Extrait d'une relation chinoise, par M. Abct-Rémnsat , t. II, p. s 90.

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des hospitaliers ayant envoyé demander la paix au sultan, il obligea ees religieux ù renoncer au tribut que leur payaient les ismaeliens. II les lit renoncer encore à une somme île quatre mille pièces d'or que leur payaient tous les ans les villes de Hamah et d'Émessc, pour être à l'abri de leurs incursions, ainsi qua d'autres charges qu'ils avaient imposées aux villes musulmanes du voisinage. Les ismaeliens envoyèrent remercier à ce sujet le sultan , et lui firent hommage de l'argent qu'ils remettaient auparavant aux chre'ticns. u Ce métal, lui «dirent-ils, qui servait aux ennemis de l'islamisme, nous » l'offrons au sultan , pour qu'il l'emploie au bien de la re- » ligion. » Makri/.i est tout lier de cet e'venement , et fait remarquer que l'on vit ainsi contribuer aux frais de la guerre sacrée et payer tribut au sultan , les mêmes hommes qui jadis levaient tribut sur les califes et les maîtres du monde.

s xcn.

Suite des conquêtes de Bibars.

Suite de l'année 664 de l'hégire [ 1265 de J. Cl Bibars s'occupa ensuite de tirer vengeance du roi de la petite Arménie, qui, en toute occasion, s'était montre' l'ennemi acharne de l'islamisme. Ce roi se nommait Haitom, et entretenait des intelligences avec les Tartares, qui menaçaient sans cesse d'envahir la Syrie. On lit dans la Chronique arabe d'Aboulfarage, que le sultan, dans l'intention de lier avec lui des relations d'amitie, lui avait propose de laisser leurs sujets respectifs communiquer ensemble , de permettre que les Egyptiens allassent acheter en Arménie des chevaux , des mulets, du fer, du froment, de l'orge, et aux Arméniens de se pourvoir en Egypte de ce qui leur manquait, et que Haitom s'y e'tait refuse ; ce roi n'avait pas voulu non plus se soumettre à un tribut annuel. Bibars re'solut d'employer la force, et, dans cette vue, il envoya une armée en Arménie, sous la conduite du prince de Hamah.

Makrizi rapporte que les musulmans furent par-tout victorieux. Dans un combat qui eut lieu , le fds du roi d'Arménie fut fait prisonnier, son frère fut tue, ainsi qu'un de ses oncles; tout le reste fut mis en déroute ; toute l'Arménie fut mise «

feu et à sang; les hommes furent massacres, les femmes re'duites en servitude; la ville de Sis, capitale du royaume, fut livrée aux flammes; un des châteaux du pays qui appartenait aux templiers , alors tout-puissans en Arménie, fut également brûle. L'armée reprit ensuite le chemin de la Syrie : le butin était si considérable, qu'un bœuf, à deux pièces d'argent, ne trouvait pas d'acheteur. A la nouvelle de ces succès, le sultan, qui s'e'tait arrête' à Damas, s'avança à la rencontre des troupes. Il abandonna aux soldats, pour les re'compenser, sa part du butin , et accorda des gratifications à tous ceux qui avaient fait preuve de bravoure.

Pendant que Bibars était en chemin pour aller au-devant de l'armée , il apprit, à son passage à Kara, que les- chrétiens de cette, ville faisaient métier du brigandage, et enlevaient les musulmans sur les routes pour les vendre aux Francs (l). Aussitôt il fk cerner la ville et massacrer les hommes en état de porter les armes ; il n'épargna que les enfans en bas âge, lesquels, au rapport d'Aboulfeda, furent emmenés en Egypte et élevés parmi les mamcloucks turcs : les uns de-

(l) Le continuateur d'Elmacin cite le trait suivant : « Un muletier égyptien étant tombé malade dans ïes environs de Kara, fut invité par Jeux hommes de la ville à aller loger chez eux : le muletier se laissa persuader; on eut les plus grands soins pour lui. Quand il fut guéri , ïes deux hommes s'offrirent à l'accompagner; on se mit en route; mais dès qu'ils furent seuls , ils se jetèrent sur lui, le garrottèrent et allèrent le vendre aux chrétiens du château des Curdes. Il y fut retenu jusqu'à ce qu'enfin des marchands de Damas, étant venus à passer par celte ville, le rachetèrent et le mirent en liberté. • (Ceci se rapporte probablement à la fondation pieuse établie à Damas pour la rédemption des captifs musulmans. Voyez ci-dessus, p. 494.) Le muletier se rendit aussitôt à la ville musulmane la plus voisine de Kara, et raconta ce qui lui était arrivé. Sur ces entrefaites , le sultau vint à passer; on lui raconta la chose : ce prince se fit amener aussitôt les deux hommes en question; ils nièrent d'abord avoir jamais vu le muletier; mais celui-ci ayant oll'ert de faire la description de leur maison , ils furent forcés d'avouer leur crime. On reconnut que les habitans de Kara se livraient presque tous au brigandage, et qu'ils s'en étaient fait une espèce d'industrie. Alors' le sultan les rassembla tous en un même lieu , et leur lit couper la tête. La ville fut saccagée et l'église convertie en mosquée : le sultan y établit une colonie de Turcomans qui devaient y élever des bestiaux, et se livrer aux paisibles travaux de l'agriculture. •

vinrent émirs clans la suite, les outres servirent comme simples soldats.

An 665 [1266]. Rien ne montre mieux l'enthousiasme qui animait alors les musulmans , que certaines particularités jusque-là sans exemple. Makrizi rapporte que cette année, Dinars imagina de faire payer à tous ses sujets une taxe particulière destinée aux frais de la guerre sacrée ; c'était une espèce de dîme sur les bestiaux , les grains, &c. On en fit la perception dans toute l'Egypte, dans les îles de la Mer Rouge qui en dépendaient, et jusqu'en Arabie : en vain Pemir de Médine essaya d'abord de s'y soustraire; on l'obligea de faire comme les autres. Makrizi appelle cette contribution les droits de Dieu.

Sur ces entrefaites, onze cents guerriers d'Occident, qui avaient débarqué dans Acre, ayant essaye de faire une incursion du côté de Tibe'riade , furent surpris par les musulmans, et mis en fuite : un très-grand nombre périt dans le combat ; le reste se sauva dans Acre. Le sultan fit récompenser tous ceux qui s'étaient distingués, et rendit grâces a Dieu de ce succès.

Ensuite Bibars, se voyant de nouveau menacé par les Tartares, résolut de faire de Séfed le houle v art de toute It Syrie: dans cette vue, suivant Makrizi, il se rendit auprès de cette forteresse et en fit augmenter les fortifications ; les fossés reçurent plus de profondeur; il s'en réserva lui-même une partie et y travailla de ses propres mains. Cet exemple fut suivi par ses émirs; tous rivalisaient de zèle et d'ardeur. Sur ces entrefaites, les chrétiens d'Acre, pour détourner le sultan de ces travaux , lui firent faire des propositions de paix. H était alors très- irrité contre eux , à cause de quelques courses qu'ils avaient faites sur ses terres. Là-dessus, sans leur rien répondre, il monta à cheval avec une partie de son armée, et, arrivant à {'improviste sous les murs d'Acre, il y mit tout à feu et à sang : (es hommes qui tombèrent entre ses mains furent égorgés ; de tous côtés les soldats lui apportaient des têtes pour toucher la récompense promise ; le lendemain il revint à Séfed. C'est là que les députés du roi de la petite Arménie, qui demandait aussi la paix , vinrent le trouver. ils purent voir de leurs yeux les têtes des morts plantées au haut des piques, et le massacre de ceux qui avaient été pris dans cette expédition. Le sultan retourna ensuite devant Acre, et y recommença les mêmes ravages: les jardins furent détruits,

les maisons rasées, les puits combles, les arbres coupes, les villages réduits en cendre. Le sultan était lui-même à cheval, en sentinelle devant la porte d'Acre et la lance en arrêt. Ces violences durèrent quatre jours'; quand tout fut de'truit, il revint à Se'fed.

Vers le même temps , les habitans de Tyr ayant fait mourir un mamelouck du sultan , ce prince fit de'vaster toutes les campagnes du voisinage; les habitans, pour obtenir la paix, furent obliges de payer, comme prix du sang, aux parens du mort, la somme de quinze mille pièces d'or, monnaie de Tyr, et de mettre en liberté' tous les musulmans qui e'taient captifs entre leurs mains. A cette condition , la paix fut renouvelée pour dix ans.

La paix fut aussi faite entre le sultan et le roi de la petite Arme'nie, ainsi qu'avec \c seigneur de Be'ryle et le grand maître des hospitaliers. Par ce traite', les hospitaliers renoncèrent solennellement au tribut que leur payaient les ismaeliens et certaines villes musulmanes. Bientôt il ne resta plus que les templiers et le prince d'Antioche, devenu aussi comte de Tripoli , qui n'eussent pas subi le joug. Bibars ne tarda pas à se venger des premiers. Nous allons de nouveau laisser parler Makrizi.

An 666 [ 1268 de J. C.J. « Les Tartares avaient d'abord menace' de passer de nouveau l'Euphrate pour envahir la Syrie ; mais ils en furent empêche's par la terreur que leur inspirait le sultan , et Bibars put se livrer à ses projets de vengeance. Il partit d'Egypte avec toutes ses forces, et franchit les sables qui bornent la Syrie de ce côte. Il avait pris sa route par Gaza : comme il apprit en chemin que quelquesuns de ses soldats avaient fait du de'gàt sur les terres des chrétiens avec lesquels il était en paix, il leur fit couper le nez ; un e'mir qui avait passe' à cheval sur un champ ensemence, fut condamne' à donner en dédommagement au propriétaire , sa selle et les harnais de son cheval. Quant aux habitans de Jaflà , qui avaient fait des courses sur les terres musulmanes , le sultan, pour les punir, entra de force dans leurs murs : la citadelle fut rase'e ; le marbre et le bois qu'on put sauver furent envoyés par mer au Caire, où on les employa à la mosquée que Bibars y faisait bâtir. Ordre fut donne d'élever des mosquées dans toutes les contrées ou dominait jusque-là le christianisme, et de faire disparaître tout ce qui était en opposition avec la religion musulmane.

Un tribut annuel (l) fut impose aux habitans, et ils furent autorises ù en faire eux-mêmes la perception : cet argent devait être mis à part; ic sultan se le reservait pour sa table. Plusieurs terres furent érigées en fiefs, en faveur des émirs qui avaient montre le plus de zèle. Par ses ordres, des Titrcomans vinrent s'établir dans le pays, et y continuèrent leur vie pastorale; la seule chose qu'on exigea d'eux, ce fut de fournir des chevaux pour la cavalerie.

» Cependant le sultan avait dissimule jusque-là ses véritables desseins; la plupart croyaient qu'il voulait attaquer V - Tartares : tout-à-coup, se portant contre les templiers, il marcha vers Schakif , non loin de Sidon , et trouva cette place au de'pourvu; ce mouvement fut si subit, que lu veille même de son arrivée, une partie des templiers qui gardaient la ville s'e'taient rendus à Acre, et que les habiuins n'eurent pas le temps d'appeler du secours. On était alors au mercredi 19 de regeb f 4 avril J. Déjà on avait vu venir de tous les pays, des fakirs, des de'vots,des gens de loi, qui devaient enflammer l'enthousiasme des troupes. La ville ne résista que quelques jours : les hommes furent distribues aux soldats; les femmes et les enfans renvoyés à Tyr. On répara la citadelle; le sultan y laissa une garnison avec un cadi charge' d'y rendre la justice, et des imams qui devaient faire le service de la mosquée. Ce fut ainsi que les templiers perdirent successivement Sefed, Schakif et leurs principales forteresses. »

On lit dans V Abrégé de la vie de Bibars, que la prise de Schakif fut sur tout due ù la ruse. Les templiers qui étaient à Acre avaient e'erit une lettre à la garnison pour lui annoncer du secours : celui dont ils firent choix pour porter cette lettre, e'tait un musulman qu'ils avaient ù leur service; ce musulman, par scrupule de religion, étant aile' remettre la lettre au sultan, ce prince se la Ht traduire, et en écrivit une autre dans un sens tout contraire. Quand la garnison reçut cette .lettre , elle ne sut. plus quel parti prendre, et ouvrit ses portes.

On trouvera peut-être, dans ce qui pre'cède, de petits

(l) Ce que nous traduisons par tribut est appelé dans le texte arabe

pluriel . Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires; mais il est souvent cite dans les voyages du Levant; il signifie proprement péage.

DES CBOISADES. 505

laits, des circonstances ci ui se répètent sans cesse ; mais on a du voir que notre but était de peindre 1 époque, de montrer la >ituation respective des musulmans et des colonies chrétiennes, leurs intérêts, leur politique. Or, qu'aurions-nous pu faire qui remplit mieux notre objet, que de donner un re'cit complet et fidèle de ce que nous ont transmis les chroniques orientales.' Ces chroniques sont d'autant plus intéressantes , que, sans elles, cette époque serait presque ignorée; car les auteurs latins du temps n'ont presque rien dit de ces evene-

mens.

S XCIU.

Suite des conquêtes de Bibars. — Il prend Antioche.

do r année 666 f 126 S do J. C.J. Après la prise de* Schakif, le sultan résolut de se tourner contre le prince d'Antioche, comte de Tripoli, u Ce prince, au rapport de Fauteur de V Abrégé de la vie de Bibars, avait toujours e'tc l'ennemi acharne des musulmans, et ne cessait d'entretenir des relations avec les Tartarcs ; à 1 aide de cette alliance , il avait reconquis plusieurs de ses anciens domaines sur Les musulmans ; de plus, dans une occasion où des députes du roi de Géorgie, adresses au sultan, avaient fait naufrage sur ses côtes, il s'était saisi de leurs personnes et les avait livres à Houlagou, qui s'était venge' sur eux et sur celui qui les avait envoyés. Le sultan crut de la gloire de l'islamisme et de son zèle pour la religion de tirer vengeance de cette insulte. Après avoir, suivant son usage, fait ses préparatifs en secret , il fondit à l'improviste sur le territoire de Tripoli , et y mit tout à feu et à sang ; les chrétiens qui tombèrent entre ses mains curent la tête tranche'e; les arbres furent coupes, les églises bruie'es. Il se montrait par-tout ù-Ia-fois, avec la rapidité' de l'éclair et l'impétuosité de la foudre. Il eut un moment l'idée d'attaquer Tripoli ; mais comme les montagnes voisines e'taient au pouvoir des chrétiens, comme le froid e'tait rigoureux , et que la terre était encore couverte de neige, il se porta contre Antioche. Cependant il lit en sorte d'arriver sans être attendu. 11 fit dresser dans son camp plusieurs pavillons, avec la porte tournée de divers côtes. L'armée fut partagée en trois corps. Le premier dirigea sa route vers le

port de Séleucic, à l'embouchure de i'Oronte; le second vers Darbe'sac, dans la principauté d'Aiep; le sultan se réserva le troisième. Tout fut détruit sur le passage des troupes; les soldats ne respiraient que le sang, la destruction et le pillage. •»

Le sultan , suivant Makrizi , ne respecta que les terres de Safita et de Tortose, en considération du seigneur de ces deux villes, qui, pour lui faire sa cour, lui avait remis trois cents captifs musulmans qui étaient entre ses mains. En route, il défendit aux soldats de boire du vin, et de rien faire de contraire à la religion : c'était afin de s'attirer faveurs de Dieu.

Yafe'i rapporte qu'à l'approche de Pavant-garde musulmane, le connétable qui commandait dans Antioche, e'tant sorti pour la repousser, fut battu et fait prisonnier. L'émir Schems-eddin commandait cette avant-garde ; le sultan , pour le recompenser, lui permit de porter sur sa bannière, en signe de sa victoire, les armes du connétable ( l). Cet événement remplit les soldats d'enthousiasme.

Enfin , toute l'armée se trouva réunie devant Antioche. On était alors au commencement de ramadan [milieu de mai]. u Le sultan, suivant Makrizi, commença par proposer aux habitans de se rendre ; pour les persuader, il leur envoya le conne'table chargé de leur faire des représentations. On négocia pendant trois jours; comme on ne put s'accorder, H i bars fit commencer l'attaque. Les habitans se défendirent d'abord avec un grand courage (8) ; de part et d'autre la fureur était égale : mais le jour même, les musulmans, de beaucoup supérieurs en force, escaladèrent les remparts et entrèrent dans la ville. La citadelle seule Ht quelque résistance : alors commença une efTroyable scène de carnage; le glaive ne fit grâce à aucun homme en état de porter les armes. Les habitans étaient au nombre de plus de cent mille; les émirs se placèrent aux portes pour n'en laisser échapper

(l) Le texte arabe porte <A-jj . On voit qoe l'usage des était adopté chez les musulmans ; on en a déjà vu d'autres Les armes du sultan consistaient dans un lion ; on le retrouve sur ses monnaies et sur les monumens nui restent de lui.

(s) Ibn-férat remarque qu'en l'absence du prince d'Antiorhe , lequel résidait ordinairement à Tripoli, le patriarche et ses ecclésiastiques avaient la principale autorité dans la

aucun; huit mille guerriers environ, outre les femmes et les eni uns, s'étaient enfermes dans la citadelle; ils demandèrent la vie et l'obtinrent. Le sultan monta à la citadelle, muni de cordes; on prit le signalement de tous les prisonniers; les e'mirs se les partagèrent par bandes, et les scribes prirent note de leurs noms (l). Tout cela se fit sous les yeux du sultan. Antioche avait e'te' au pouvoir des Francs pendant plus de cent soixante-dix ans. »

Aussitôt après la conquête, et avant que la nouvelle s'en fut re'pandue au loin , Bibars se hâta de I annoncer lui-même au comte de Tripoli : celui dont il fit choix pour rédiger la lettre est le cadi Mohi-eddin , auteur de l'histoire de sa vie; fa lettre était sur un ton railleur et malin ; plusieurs auteurs arabes l'ont rapportée, entre autres l'abre'viateur de la vie de Bibars et Yafe'i. La voici; elle donnera une idée du Style de la chancellerie musulmane.

Bibars commence par rappeler au comte les ravages qu'il avait exerces devant Tripoli.

• Le comte glorieux, magnifique, relevé' en honneur, » magnanime, le lion courageux, Bohemond, la çloire de la n nation du Messie, le chef de la religion chrétienne, le » conducteur du peuple de Jésus , à qui l'on ne doit plus n donner que le titre de comte, et qui est déchu de celui de n prince depuis qu'il a perdu la principauté' d'Antioche, ce n comte, puisse le Seigneur lui montrer la voie qui conduit à n lui , puisse- 1- il lui accorder une bonne fin et lui faire rete- » nir ce que nous allons lui dire! Ce comte doit se souvenir n de notre dernière expédition contre Tripoli , de nos courses n au sein de ses campagnes ; il doit se souvenir de ce que n nous y avons fait, de la de'vastation des terres et des champs n ensemences , de la ruine des habitans ; il sait comment les n églises ont e'te' balayées de dessus la surface de la terre , » comment la roue a tourne' sur l'emplacement des maisons , 9 comment se sont e'Ieve's, sur le rivage de la mer, des mon-

(1) Le continuateur d'Elmacin dit aussi que les chrétiens qui e'taient dans la citadelle demandèrent la rie , et se rendirent prisonniers ; ensuite il ajoute que ïe sultan , voyant toute cette multitude à ses pieds dans un état suppliant , ne put s'empêcher d'avoir pitié' (feux, et se contenta de les faire mettre aux fers. II paraîtrait de là que le sultan, maigre la capitulation, avait eu d'abord l'idée de les faire tous passer au fil de l'épcc.

» ceaux de cadavres qui ressemblaient à des péninsules , *> comment les hommes ont été tués, les enfans réduits en » servitude, comment les gens libres sont devenus esclaves , » comment les arbres ont ete coupes, de manière qu'il n'en n restât que Ja quantité' nécessaire pour le bois de nos man chines, lorsque nous retournerons, s'il plaît à Dieu, assie- » ger ta capitale; comment ont ete' mises au pillage tes ri- » chesscs et celles de tes sujets , y compris les femmes , le» n enfans et les bétes de somme ; comment ceux de nos soldats » qui étaient sans famille se sont trouves tout-à-coup avoir n femmes et enfans ; comment le pauvre est devenu riche, le n serviteur s'est fait servir et le piéton a eu une monture. n Quant à toi , tu voyais tout cela de l'oeil d'un homme que la i» mort a frappe' de pâmoison, et lorsque tu entendais une de n nos voix, tu t'écriais : Quelle est terrible!

» Tu sais de plus comment nous nous sommes éloignés n de Tripoli, c'est-à-dire, à la manière de gens qui doivent » revenir : nous voulions t'accorder un de'lai ; mais ce délai n est compte' et détermine'. Tu sais que lorsque nous avons n quitte' ton pays , il ne s'y trouvait pas de troupeau qui n ne marchât devant nous, pas de jeune fille qui ne fut » en notre pouvoir, pas de colonne qui ne fut tombée sous n les coups de la pioche, pas de champ qui n'eut été mois- » sonné, pas de chose existante dont tu ne fusses privé. Elles n ne nous présentaient pas d'obstacles, ces cavernes qui n couronnent tes montagnes escarpées, ni ces vallées qui •> effraient l'imagination. Tu sais qu'ensuite nous nous sommes n rendus à Antioche, avant qu'aucune nouvelle de notre n approche y fut parvenue; que nous y sommes arrivés pen- » dant que tu nous croyais encore près de toi. Au reste , si » nous nous sommes éloignés, certes nous reviendrons. Pour - le moment, nous allons t'apprendre une chose terminée; »> nous allons t'instruire d'un désastre qui a tout englouti.

» Nous sommes partis de devant Tripoli un mercredi 94 n de schaban , et nous sommes arrivés sous les murs d'An- 9 tiochc au commencement du grand ramadan^. A notre apn proche , les troupes de la ville , étant sorties pour nous n combattre, ont été mises en déroute; le connétable qui les » commandait a été fait prisonnier: il s'est intime offert à » traiter avec nous au nom des tiens ; nous l'avons laisse » rentrer dans la ville, et il nous a amené une troupe de reli- » gieux et les principaux citoyens de la ville. Les conférences

» ont été ouvertes ; mais comme nous avons vu qu'à ton » exemple ils avaient un but coupable, qui devait tourner à * leur perte, et que s'ils différaient touchant le bien , ils s'acn cordaient par rapport au mal; comme nous avons vu qu'il » n'y avait plus rien à faire , et que leur perte était décrétée de n Dieu , nous avons renvoyé les députés en leur disant : Nous » allons vous attaquer; voilà le premier et le dernier avis n que vous deviez attendre de nous. Là-dessus ils se sont n retirés, imitant tes actions et ta conduite, et croyant que n tu allais venir à leur secours avec ton infanterie et ta cavalerie. En moins d'une heure, 1'aftaire du maréchal (qui n commandait en l'absence du connétable) a été consom- » mée; la terreur est entrée dans lame des moines, l'infor- » tune a environné le châtelain, la mort est venue aux assiégés n par tous les côtés ; nous avons pris Antioche par l'épec, à » la quatrième heure du samedi 4 du grand ramadan ; tous n ceux à qui tu en avais confié la garde et la défense ont été » tués : il n'y avait aucun d'eux qui n'eut avec lui quelque v chose de ce monde; à présent, il n'y a aucun de nous qui n n'ait quelque chose de ce qui leur a appartenu. Ah! si tu n avais vu tes chevaliers foulés aux pieds des chevaux , ta n ville d'Antioche livrée à la violence du pillage et devenue w la proie de chacun , tes trésors qu'on distribuait par quinn taux, les matrones de la ville (l) (ju'on vendait une pièce n d'or les quatre ! si tu avais vu les églises et les croix renversées, les feuilles des Évangiles sacrés dispersées, les n sépulcres des patriarches foulés aux pieds! si tu avais vu » le musulman , ton ennemi, marchant sur le tabernacle et » l'autel, immolant le religieux, le diacre, le prêtre, le pa- » triarche! si tu avais vu le patriarchat aboli sans retour (3), •» les gens qui jusque-là se partageaient le pouvoir, au poun voir d'autrui! si tu avais vu tes palais livrés aux flammes, » les morts dévorés par le feu de ce monde , avant de l'être

. ftua' , . a s (l) On lit dans i'urabc c'es* notre mot dame.

(î) On lit en e(Tet dans XOriens christianus du P. le Quien, t. III , col. tl62 , que le patriarche fut massacre au pied des autels, revêtu de ses habits pontificaux. Cette opinion a t ir adoptée par les auteur* de Y Art de vérifier les dates, t. I, p. 46S , édition in-â<\ Cependant on verra ci-après un auteur arabe faire survivre le patriarche «u desastre d'Antioche.

9 par celui de l'autre ; (es châteaux et leurs dépendances

* anéantis, l'église de Saint-Paul détruite de fond en comble : n certes t tu te serais écrie : Pltit à Dieu que je fusse pousn sibre (1)/ plût à Dieu que je n'eusse pas reçu la lettre qui » me mandait une si triste nouvelle ! Ton ame se serait exhav le'c en soupirs; tes larmes, par leur abondance, auraient » éteint cette flamme dévorante. Ah ! si tu avais vu ces lieux , » naguère si opulens, et maintenant séjour de la misère; si n tu avais vu tes vaisseaux pris par tes propres vaisseaux dans f le port de Seleucie , tes navires opposes à tes navires , certes n tu aurais reconnu, à n'en plus douter, que le Dieu qui t'avait n donne' Antioche, te la retirait; que le maître qui t'avait n gratifie' de sa citadelle , la reprenait et l'effaçait de la surface n de la terre ; tu aurais vu que la grâce de Dieu nous remet- » tait en possession des châteaux enlevés sur l'islamisme. n Maintenant nous avons chasse' tous les tiens de la contrée; n nous les avons comme pris par les cheveux, et nous les n avons disperses auprès et au loin. Il n'y a plus de rebelle n dans le pays que le fleuve qui passe à Antioche (l) ; encore n voudrait-il bien changer de nom, s'il le pouvait : ses eaux n s'écoulent en larmes ; jusqu'ici ces larmes étaient pures et n limpides, et voilà qu'aujourd'hui elles se rougissent du sang » que nous avons répandu.

» Cette lettre te félicite du salut que Dieu t'a accorde' et de » la prolongation de tes jours ; c'est à ton absence que tu en n es redevable; car si tu t'étais trouve' à ce siège, nul doute

* que tu ne fusses à présent mort, prisonnier ou crible' de

* blessures. Ta joie doit donc être bien grande ; car jamais n on ne sent mieux le prix de la vie que lorsqu'on échappe à n un grand desastre. Peut-être Dieu a-t-il voulu t'accorder o un re'pit pour auc tu reparusses tes désobéissances passe'es. « Comme il ne s est sauve' personne pour t'apprendre ce qui 9 s'est fait, c'est nous qui te l'apprenons; comme il ne reste 9 personne pour te féliciter de ta délivrance, nous t'avons 9 adresse' ce discours. A présent tu sauras à quoi t'en tenir; 9 tu ne pourras plus nous accuser de mensonge , et tu n'auras

(1) Ces paroles sont tirées de ÏAlcoran , sou r. lviii , vers. 4 t.

(2) Ceat le fleuve O route, qae les Arabes nomment ^LiJI ou le rebelle, à cause, dit-on, qua la différence des autres fleuves de Syrie, ses eaux coulent du midi au septentrion.

DBS CROISADES. 511

» plus besoin de t'adresser à un autre pour connaître la ve'rite'. •> Adieu, n

Que cette lettre est belle ! s'ecrie ici Pabre'viateur de la vie deBibars; comme elle garde bien la mesure convenable à ces sortes d'écrits! que de force renfermée dans les bornes de la bienséance! quelle forme piquante! comme sous des dehors polis elle cachait une raillerie amère (T) !

Cependant, le lendemain de la prise d'Antioche, Bibars, suivant Makrizi, fit mettre le butin à part, afin de procéder au partage : il voulut que tout fut place' en commun ; luimême monta à cheval, et fit apporter, par ses officiers et ses mameloucks, ce qu'ils avaient pris. « Par* Dieu! s'e'cria-t-il , » je n'ai rien retenu de ce qui m'est tombe' entre les mains, et n je veux que mes mameloucks fassent de môme. Sur ce n qu'on m'a dit que l'esclave d'un de mes mameloucks avait n soustrait un objet de peu de valeur, je l'ai puni sévèrement. n Que chacun de vous agisse avec bonne foi; je vais faire n jurer les e'mirs et les officiers , et ils feront jurer à leur tour n les soldats (5). n

En conse'quence , chaque soldat apporta ce qu'il avait pris, l'or, l'argent, &c. Le butin fut mis en tas, et forma comme de grandes collines ; ensuite on proce'da au partage. Comme il aurait e'te' trop long de peser, on distribuait l'argent monnaye' dans des vases. Les hommes furent re'partis par téte; il n'y eut pas d'esclave qui n'eut un esclave : on partagea aussi les femmes , les filles et les enfans ; un garçon en bas âge se vendait douze pièces d'argent , et une petite fille cinq. Ces soins occupèrent le sultan pendant deux jours ; il e'tait présent a tout , et voulait tout voir par ses yeux. Sur ce que quelques soldats n'avaient pas tout déclare', il entra dans une grande colère; ses e'mirs eurent beaucoup de peine à le calmer. A la fin , il se retira. La ville et la citadelle d'Antioche furent ensuite livre'es aux flammes : tout fut de'truit. L'argent qu'on retira des ferrures des portes et du plomb des e'glises , se monta à des sommes immenses. Plusieurs marches s'e'ta-

(1) II est certain que cette lettre en arabe est écrite avec beaucoup d'élégance.

(2) Personne, chez les musulmans, ne peut, avant le partage du butin, s'approprier le moindre effet, ni en disposer sous quelque prétexte que ce soit. Les cavaliers ont double portion des fantassins. Voy. le Tableau général de l'empire ottoman, t. V, p. 77, SO et 9t.

51 2 BlBUOTIikutE'

blircnt dans les environs, et ies marchands accoururent de

tous les eoles.

On aura une idée de la grandeur d'Antioche par ce que dit Yafei, que cette ville avait douze milles de tour, et que l'on y comptait jusqu'à cent trente tours et vingt-quatre mille créneaux.

î XCIV.

Suite des conquîtes de Bibars sur les chrétiens.

Suite de Vannie 666 [1268 de J. Cl. Après la prise d'Antioche, le sultan s'occupa de soumettre les places voisines; plusieurs de ces villes avaient auparavant appartenu à l'islamisme, et les chrétiens y étaient entres à la faveur des invasions des Tartarcs. Toutes ces places se rendirent d'ellesmêmes. II ne restait plus que Bagras, ville très-forte, appartenant aux templiers, qui de là inquiétaient les musulmans du voisinage. Ce château aurait pu opposer une longue résistance ; mais, comme tout le pays s'était soumis, et que le roi de la petite Arménie , dont les états étaient limitrophes, avait fait sa paix Tannée précédente, les templiers ne s'y crurent pas en sûreté' , et se retirèrent d'eux-mêmes. Les musulmans, en y entrant, n'y trouvèrent qu'une vieille femme.

A l'égard de Cosseir , ville qui appartenait au patriarche d'Antioche, un certain Guillaume, homme de confiance du patriarche (l), en avait le gouvernement. Les habitans prétendaient avoir entre les mains un diplôme du calife Omar, qui confirmait la souveraineté du patriarche sur la ville. Guillaume, qui depuis long-temps était d'intelligence avec les musulmans, gagna si bien la bienveillance du sultan , qu'il obtint d'être maintenu , mais en cédant la moitié de Cosseir. Toute la principauté d'Antioche étant ainsi subjugee, Bibars se rendit à Damas, où il fit une entrée triomphante, conduisant les prisonniers chre'tiens devant lui.

(l) Noua suivons ici la version d'Ibn-Abd-alrahim; et eu effet on a vu que le patriarche d'Antioche avait péri dans le sac de la vilie. L'abre'viateur de ta vie de Bibars suppose , au contraire, qu'il s'agit ici du patriarche lui-même , qui , après la perte d'Antioche , l'était retiré A à Cosseir.

Tant de malheurs forcèrent le comte de Tripoli à demander la paix : le sultan y consentit; mais ce fut dans le dessein de mieux se pre'parer ù achever sa ruine. On lit dans l'abrège de l'histoire de Bibars, que, dans les négociations qui curent lieu à ce sujet, le sultan se déguisa en e'cuyer, et que, se joignant aux députes qu'il envoyait au comte, il entra avec eux dans Tripoli, pour examiner l'e'tat de cette ville. Voici ce que racoute Mohi-eddin, qui faisait partie de la députa, tion (i). * Le sultan entra avec nous dans la ville, dit-il, se donnant pour notre e'cuyer; mais en effet pour reconnaître la situation de Tripoli et en examiner les endroits faibles. Dans les conférences que nous eûmes avec le comte, le sultan s'y trouva. En rédigeant le traite, nous n'avions donne à Bohemond que le titre de comte, sans faire mention de celui de prince, lequel ne lui convenait plus depuis qu'il avait perdu la principauté' d'Antioche. Bohemond , s'en e'tant aperçu , se fâcha , et demanda qu'on lui restituât son titre. Je repondis que le titre de prince appartenait au sultan , en sa qualité' de maître d'Antioche et de Jérusalem. A ces mots, le comte se tourna vers ses troupes. Ce mouvement nous remplit de frayeur; le sultan me fit signe du pied de ne plus insister : nous rétablîmes donc dans le traite' le titre de prince, et les conditions furent jurées de part et d'autre; mais, à notre retour , le sultan ne put s empêcher de rire de l'aventure, et de donner au diable tous les comtes et les princes de la terre. •

On est étonne, au milieu de ces sanglantes querelles, de ne plus entendre parler de la principauté' d'Acre, qui pourtant représentait l'ancien royaume de Jérusalem. Ce reste^ d'un puissant royaume était alors l'objet de l'ambition de divers princes, ijui ne songeaient qu'à leurs intérêts particuliers. D'un côte , Hugues III , roi de Chypre, y prétendait du chef de sa mère ; de l'autre, Charles d'Anjou, frère de S* Louis , et devenu maître du royaume de Napies et de Sicile, avait acheté' les droits d'une autre princesse du sang royal (2). L'un et l'autre e'taicnt résolus d'employer la force

(i) Ce récit est emprunté de F Abrégé de l'histoire de Bibars; l'ouvrage original de Mohi-eddin manque a. la Bibliothèque du Roi.

(a) Voyex, sur ce» débats, Y Art de vérifier le* dates, t. Il , p. 47 , «•dit. in-Au.

514 min lOTiièqrB

ponr faire valoir leurs «! roit^. Dans rcftc anarchie, les habitons demeuraient indiliercns : la ville c'tait oct upee à-Ia-fois par les Vénitiens, les l^isans et toutes les nations commerçantes de i'Kuropc; chaque peuple avait son qnartier se'pare , ses privilèges, sa juridiction; tous ne cherchaient qu'à exploiter le commerce des épiceries et des marchandises de l'Inde, qui venaient presque toutes par cette voie; peu leur importait qui serait maître de la ville. Le roi de Chypre , comme le plus proche , étant arrive le premier, se hâta d'écrire à Bibars, pour obtenir son agrément; il demanda au<si la continuation de la paix. On lut d'accord sur tous les points, si ce n'est que le roi ne voulait stipuler que pour l'île de Chypre* et se réservait , quant à la principauté' d'Acre, la faculté de rompre le traite' dans le cas ou il se ferait quelque nouvel armement dans l'Occident. Ibn-lerat rapporte que le roi montrait une frayeur extrême du roi Charles; à chaque observation qu'on lui faisait, il repondait qu'il craignait de s'exposer au courroux du frère du roi de France. . Makrizi rapporte, sur ce même sujet, une circonstance qui montre à quel point Bibars affectait de montrer sa supériorité. Dans les négociations qui eurent lieu avec le roi de Chypre , le sultan ordonna à ses ambassadeurs de ne donner au roi aucune marque de déférence, soit à l'audience, soit dans les conférences particulières, et de traiter d'égal à égal. Le jour de l'audience , le roi ayant reçu les députes sur un trône, ils exigèrent qu'on les fît asseoir de même; et sur ce qu'au moment où ils présentaient au roi le projet de traite, le ministre avait avance la main pour le recevoir, ils se tinrent #pour offenses , et voulurent que le roi prît le papier de ses propres mains.

Mohi-eddin, déjà cite pour d'autres ambassades, e'tait aussi de celle-ci , et c'est lui qui montra tant de hardiesse envers le roi de Chypre; voici comment il s'est e'xprime' à ce sujet : « A notre première audience , le roi nous reçut sur un siège élevé ; il avait l'air de vouloir prendre le pas sur nous. Comme musulmans , nous ne pouvions* souffrir une telle insulte ; nous nous élevâmes donc jusqu'à lui, et la conversation commença aussitôt. H parlait avec humeur, et sur différentes choses; je lui repondais sur le même ton. Tout-a-coup, il me regarda avec colère , et me fit dire par l'interprète de regarder derrière moi : je tournai la tôle, et je vis sur la place toutes les troupes du roi rangées en bataille; l'interprète eut même soin de m'en faire remarquer le nombre et l'attitude martiale.

Alors, je baissai les Veux, et, après qu'on meut promisse respecter mon caractère de députe , je dis an roi qu'il y avait en effet beaucoup de soldats chrétiens sur la place, mais qu'il ven avait encore pkis dans les prisons du Caire. A ces mots , le roi changea de couleur; il fit un signe de croix, et remit l'audience à un autre jour. A la fin cependant on se mit d'accord, n

La paix fut aussi demandée par le seigneur de Safita. Le sultan y mit pour condition qu'on lui céderait Gible. Cette place appartenait, non au seigneur de Safita, mais aux hospitaliers ; les hospitaliers, quoique en paix avec le sultan, furent obliges de consentir à ce sncrifice. •

An 667 [19,69 ]. En vérité, on a peine à suivre la singulière politique fies colonies chrétiennes. On vient de voir la paix conclue entre la ville d'Acre et le sultan : cette année, selon Makrizi, le gouverneur d'Acre refusa de rendre, autrement que par échange, quelques mameloucks de Bihars, qui s'étaient enfuis dans la ville et avaient embrasse le christianisme. A la fin cependant, les mameloucks furent renvoyés; niais le sultan regarda la trêve comme rompue , et vint mettre à feu et u sang le territoire chrétien.

Vers le même temps, au rapport d'Ibn-ferat, le seigneur de Tyr, avec qui le sultan était en paix, après avoir reçu le prix du rachat d'une esclave musulmane, fit courir après elle, et la remit dans les fers. A cette nouvelle , Ribars fit dévaster les campagnes de Tyr. Sur ces entrefaites, Charles d'Anjou ayant envoyé' un députe' au prince, pour solliciter sa bienveillance envers les Francs de la Palestine, et le prier de détourner l'e'pee de dessus leur tète, il repondit qu'il ne tenait pas à lui. de faire ce qu'on demandait; que les chre'tiens se ruinaient par leurs propres mains, et que sans cesse le plus petit'defaisait ce qu'avait fait le plus grand.

A cette e'poque, le commerce entre l'Europe et l'Asie, particulièrement celui des épiceries, se faisait presque en entier par l'Egypte et la Syrie; cimme, sous le règne de l'empereur Frédéric II , les marchands de Naples et de Sicile avaient joui , dans les états musulmans , de grands priviie'ges, Charles sollicita pour ses sujets les mêmes conditions : Bibart fit \cs plus belles promesses, et repondit, entre autres choses, qu'il voulait en user envers Charles « comme il avait fait » jadis envers son frère, le roi de France, lorsqu'il tomba au n pouvoir des musulmans, n

Le députe de Charles avait e'te' secrètement nreompa*ne dans cette ambassade par un agent du pape; Ribars l'avant reconnu, lui fit des reproches de ce qu'il ne s'était pas < l'abord fait connaître, et l'accueillit d ailleurs assez bien : au départ du députe, il le fit accompagner de son chambellan Bedreddin.

Vers le même temps , Bibars reçut un députe de Con radin , rival de Charles d'Anjou pour le royaume de Sicile ; Cnnradin sollicitait l'appui du sultan. Le prince lui lit une réponse très-polie, et lui recommanda les musulmans qui avaient ete au service de son père Conrad et de son aïeul Frédéric.

A la même époque , quelques corsaires catalans ayant enlevé' un navire d'Egypte, Bibars envoya un députe au roi cFArragon pour demander satisfaction ; le roi accueillit sa demande , et fit rendre le bâtiment avec les marchandises.

s xcv.

Seeoude croisade de S. Louis. — Suite des tàccès de Bibars.

An 668 [ 1270 ]. Cependant une grande partie de l'Occident se disposait ù prendre de nouveau les armes en faveur des colonies chrétiennes d'Orient; le roi de France » tait l'aine de cette entreprise. Voici, d'après les auteurs arabes, quelle était la situation politique des puissances musulmanes et chre'tiennes.

Bibars, ayant pour ennemis naturels les chrétiens de fa Palestine et les Tartares, dirigeait tous ses efforts de ce côte : il suscitait des ennemis aux Tartares , et cherchait à isoler les chrétiens , al m de les réduire à leurs propres forces. A cette c'poque, l'empire des Tartares était divise , et ces hordes sauvages , à force de se répandre sur presque toute la surface de l'Asie, avaient contracte des intérêts di lier en s. Les Tartares du Captchak, uu nord de la Mer Noire et de la Mer Caspienne, obéissaient à un autre maître que cenx de la Perse, de l'Asie mineure et de la Mésopotamie; les uns et les autres n'avaient presque plus de relations avec ceux de la Tartarie proprement dite et de la Chine. Comme Berkeh, khan du Captchak, aspirait depuis long-temps à quitter les régions stériles du nord de l'Asie, pour occuper les fertiles contrées du midi , Bibars se mit en rapport avec lui , et ils se promirent de faire cause commune contre les Tartares de la Perse,

Tranquille de ce côte, le sultan s'efforça cïe se faire des appuis dans l'Occident. On a vu, par ce qui précède, quel soin il mettait à se ménager les princes chrétiens d'Europe, 'et combien les esprits paraissaient plus disposes que jamais à une union re'ciproque. Il y aurait réussi sans le zèle religieux de S. Louis et du pape, qui ne voyaient de bonheur que . dans la délivrance des saints lieux, et sur-tout sans une circonstance qui étonna alors l'Europe, et qui eut la plus grande influence sur ses desseins : c'est l'ardeur que mirent tout-àcoup les Tartares de la Perse à relever les colonies chrétiennes d'Orient. Menace au nord et au midi, ce peuple ne vit plus de salut que dans les secours de l'Europe; et l'on doit dire qu'il ne tint pas ù lui d'arracher pour toujours la Palestine au joug de l'islamisme.

Abaga commandait alors aux Tartares de cette partie de l'Asie. Jbn-férat rapporte que ce prince envoya des députes n divers princes d'Europe, et que le roi d'Arragon fit alliance avec lui. Les deux monarques se donnèrent rendezvous en Arme'nie. Une flotte formidable partit des ports de Gatalogne; mais en route elle fut assaillie par une horrible tempête qui en détruisit la plus grande partie ; le reste , avec quelques navires venus des autres régions de l'Occident, aborda dans Acre. Ce secours releva le courage des Francs; ils reprirent aussitôt les armes : mais s'etant avances imprudemment, ils furent surpris par les troupes musulmanes et mis en fuite. Ainsi cette expe'dition n'eut aucune suite.

Cependant il n'e'tait bruit en Orient que des pre'paratifs du roi de France. Ribars e'tait alors en Syrie avec son arme'e. Le cadi Mogir-cddin rapporte que, dans un pèlerinage qu'il fit à Jérusalem, il fut effraye' de trouver, à une demi-lieue de la ville sainte, un monastère chrétien renfermant plus de trois cents moines. Il craignit qu'en cas d'invasion, les Francs ne s'établissent dans ce couvent et ne s'en fissent un lieu de retraite : en conse'quence, il ordonna de le détruire. Les moines firent ce qu'ils purent pour le rassurer; ils lui offrirent de grands presens ; mais il demeura inexorable.

De là, le sultan se rendit en Egypte pour mettre le pays en etnt de de'fense. îl ignorait encore de quel cMé se porterait l'orage; mais il e'tait impatient de mettre ses e'tats en surete'. Par ses ordres , plusieurs depute's partirent avec des presens pour se rendre auprès de divers princes de l'Occident.

518 PIBLlOTnkQVB

. An 669 [ 1270]. Enfui l'on apprit que le ror de Franc? avait fait voile pour Tunis. L'historien Gemal-edclin attribue cette resolution du roi à la crainte d'aborder en isgypte, de peur d'y éprouver le même sort que la première fois; il ajoute que le roi espérait qu'une fois maître de Tunis, il pourrait envahir l'Egypte par mer et par terre. «

Un grand nombre de princes T de seigneurs et de barons nccompagnèreut le roi dans cette expédition : on peut citer, entre autres, son fils aine' Philippe, qui iui succéda; son frère Alphonse, comte de Toulouse et de Poitiers; Thibaut, roi de Navarre; Gui, comte de Flandre; Henri, comte de Luxembourg.

De plus, il avait la promesse detre seconde' par son frère Charles, roi de Naples et de Sicile, et par Edouard, fils du roi d'Angleterre. Charles fut celui qui contribua le plus à faire tourner les efforts de ses armes contre le roi de Tunis. Depuis long-temps les rois de Tunis e'taient dans l'usage rie payer un tribut annuel à la Sicile; et comme, depuis cinq ans, le roi actuel s'en était affranchi , Charles était impatient de rendre au trône qu'il occupait sou ancien e'clat. Il n'arriva que vers la fin de l'expédition. Pour le prince Edouard , il ne put veuir à temps.

Voici comment Makrizi a rendu compte de cette croisade : « Le roi de France, dit-il, avant de sé mettre en mer, avait fait part de son dessein à tous les rois de la chrétienté', particulièrement au papç, qui est comme le vicaire gênerai du Messie. Le pape s'empressa d'inviter tous les princes chrétiens à prendre les armes. Il permit même au roi de France d'appliquer aux frais de cette guerre tous les biens des tffliiitE* qui seraient à sa biense'auce. Les rois d'Angleterre, d'Eeosse Ct d'Arragon, consentirent aussi à le seconder. Tunis était alors désolée par la famine et la misère. Le prince de Tunis (il s'appelait Mohammed Mostanser-biliah ) , ayant appris que cet armement se dirigeait conUe lui, euvoya un députe au roi de France pour lui demander la paix ; il joignit uicnie à sa demande une somme de quatre -vingt iui"c pièces d'or : le roi prit l'argent (l) , mais il persista dans ses

(t} II est probable , si ic fait est vrai, que cette somme aura <;t«; distribut-c parmi les courtisa us Je S. Louis, et que le prince, q"' nC

rsiv.uf neu de ces intrigues, fu corunu- b> de rieu u était.

projets hostiles; il débarqua sur les cotes d'Afrique , avee six mille cavaliers et trente mille fantassins, et aussitôt le siège commença.

f A cette nouvelle, le sultan Bibars se hato> décrire au roi de Tunis, pour l'exhorter à avoir bon courage, et promit de le soutenir de tous ses efforts : il engagea les Arabes nomades de Barka et des déserts d'Afrique À marcher au secours des assièges; par ses ordres, on creusa des puits sur toute la route , et ses troupes se disposèrent à se mettre en marche.

» Tunis était dans le plus grand danger. Au milieu de moharrani [août 1970], il se livra un combat terrible entre les deux armées, où il périt beaucoup de monde de" part et d'autre : déjà les musulmans étaient sur le point de succomber, lorsque Dieu permit que le roi de France mourut. Alors on tit ia paix , et l'armée chrétienne remit à la voile. Une chose fort singulière, poursuit Makrizi, ce sont les deux vers suivons, par lesquels un citoyen de Tunis, faisant allusion à ce qui était déjà arrive au roi de France en Fgypte, lui pred.t, dès le commencement du siège, un sort encore plus funeste (1) :

*< O Français! Tunis est la sœur du Caire; attends-toi à » un sort semblable.

Tu y trouveras une maison du fds de Lokman , qui te n servira de tombeau, et l'eunuque Sabih fera place aux anges n Monkir et Nakir. »

La maison du fils de Lokman est celle où le roi, dans sa captivité d'Egypte, avait été retenu prisonnier, et l'eunuque tfabih, celui qui fut commis à sa garde. Les deux anges, Nakir et Monkir, sont ceux qui, suivant les musulmans, reçoivent les ames des hommes au moment de leur mort.

L'historien Ge'mal-eddin a aussi parle de ia croisade c'e Tunis : il attribue la mort du roi de France à une horrible épidémie qui fit les plus grands ravages dans l'armée chre'tienne; ensuite il fait cette réflexion : u Ainsi Dieu traite

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ceux qui s'opinintrent dans l'incrédulité ; ainsi il trompe leurs espérances (1). »

Voici , au reste, à quelles conditions la paix fut faite entre l'armée chrétienne et le roi de Tunis. Il nous reste à ce sujet un monument précieux ; c'est l'original même du traité , e'crit en arabe, que le roi Philippe le Hardi, fds de S. Louis, apporta avec lui en France, et qui se conserve encore aujourd'hui aux archives royales (2) ; ce traite' est ainsi conçu :

u Au nom du Dieu clément et miséricordieux , que Dieu • soit propice À notre seigneur le prophète Mahomet, à sa » famille, à ses compagnons, et qu'il leur accorde le salut!

» Truite' entre le prince illustre Philippe, par la grâce de 9 Dieu , roi de France; le prince illustre Charles, par la grâce » de Dieu , roi de Sicile, et le prince illustre Thibaut, roi de » Navarre, d'une part; et de l'autre, le calife, l'imam, cornn mandeur des croyans Abou abd-allah Mohammed.

» Article 1er. Protection et sûreté seront accordées à n tous les musulmans des états du commandeur des croyans, » ou des pays de sa dépendance , qui se rendront dans les v étals des princes susdits ou dans ceux de leurs vassaux et » de leurs barons; aucun d'eux ne pourru être inquiété, ni o dans sa personne, ni dans ses biens, grands et petits; de n plus, les princes susdits veilleront à ce qu'aucun de leurs n sujets ni de ceux qui reconnaissent leur autorité et oui n courent la mer, ne causent le moindre dommage dans les n états du commandeur des croyans ; que s'il arrivait qu'un

(î) Ces paroles sont tirées de TAIcoran , sonr. xxxm, vers. î5. Gémal-eddin ajoute que la nouvelle de ce succès étant venue sa Caire ,*Bibars se hâta de l'envoyer par-tout, particulièrement à Hamah, où l'auteur vivait alors retire. Cependant il observe qu'il ne se souvient plus précisément à quelle époque cela arriva; et dans Je doute, il eu parle à Tan 6G0 de l'hégire, c'est-à-dire, neuf ans plus lot qu'il n'aurait du. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Makrizi , qui vivait près de deux siècles après, ne sachant comment concilier eette fausse date avec la véritable, a pris le parti de répéter deux fois le nicm© récit, l'un à l'année 660 de Thégire, l'autre à l'aunée 669. De telle* erreurs ue font honneur ni à l'un ni à l'autre.

(8) M. Silvcstre de Saey a le premier fait connaître ce monument. Il a composé à ce sujet une savante dissertation , accompagnée du texte ara lui et de la traduction française, qui doit paraître dans le recueil des 3fémoircs de l'Académie des inscriptions.

n des sujets du commandeur dus croyans fut fe'se dans sa n personne ou dans ses biens , les princes susdits s'obligent à » lui donner satisfaction : ils s'engnjjcnt encore à ne protéger a qui que ce soit qui manifesterait de mauvaises intentious n contre les sujets du commandeur des croyans.

» Art. i. Si un vaisseau musulman , ou un vaisseau a chre'tien dans lequel se trouveront des musulmans , vient n à faire naufrage sur les côtes des princes susdits , ils met- » tront à part ce qui aura échappe au naufrage, corps et n biens, et ils le rendront en totalité au propriétaire (l).

(i*) Cet article est important; car il nous montre lés grands pas que l'on commençait alors à faire dans la carrière de la civilisation. Un peu plus d'uu siècle auparavant, l'an 55S de l'hégire, les auteure arabes nous apprennent que, lorsqu'un vaisseau faisait naufrage sur une côte , même en pays ami, il e'tait de bonne prise (voyez ci-devant, p. 150); c'était ce qu'on appelait droit de bris et de naufrage, droit barbare qui caractérise ces temps grossiers. Ce droit e'tait aussi admis en Occident, tant sur l'Océan que sur la Méditerranée , et c'était nne branche de revenus pour les princes et les seigneurs de côtes. A mesure que les esprits se polirent, que l'esprit de commerce se propagea et que les communications se multiplièrent r on conçut de l'horreur pour cette inhumaine législation. On trouve un exemple éclatant du changement qui s'était opère' à cet égard dès l'anne'e 57 7 de l'hégire [ll81 de Jésus-Christ] , dans un traite' conclu entre la république de Gènes et Abou-lbrahim Ishak , roi musulman de Majorque, Minorque , Iviça et Formentera. Par ce traité, il est dit que si un vaisseau génois fait naufrage sur les côtes du prince musulman, la cargaison sera respectée , qu'on ne touchera pas à ce que la mer aura rejeté sur le çivage , et qu'il sera libre à l'équipage de sauver ce qa'il pourra. La même disposition se trouve dans un traité fait sept ans après entre les mêmes personnages, et elle ne tarda pas à avoir force de loi parmi toutes les nations commerçantes; car, dans un traité conclu en 1201 entre la république de Gènes et Léon dit le Grand, roi de la petite Arménie, on se conforma aux mêmes principes. II y est dit qu'on respectera non-seulement les biens et les personnes des Génois naviguant sous le pavillon de la république, mais encore de ceux qui feraient naufrage sur un navire d'une autre nation. La république obtint en 12 50 les mêmes avantages des musulmans de Tunis, et en 1278 d'un roi musulman de Grenade. (Ou peut consulter sur ces faits les copies des divers traités que M. Silvestre de S.icv a trouvés dans le-» archives de Gènes*, et qu'il a publiés dans le loin. XI des Notices de* manuscrits de la bibliothèque du Roi, p. 12 , 1 5 , 20, 2 4 et 27.) On attribue ordinairement celte grande réforme à g. Louis ; mais on voit que le principe existait long-temps avaut lui;

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n La même règle sera suivie |>ar le commandeur des croyons n envers les sujet* des princes susdits. Sûreté' entière sera n accordée aux marchands chrétiens, sujets des princes sus- » dits, dans leur personne et dans leurs biens, qu'ifs sejour- » nent dans les états du commandeur des crovans, ou qu'ils t ne lassent qu'aller et venir; en un mot , on les traitera sur » le même pied que le seront les musulmans dans les états » des princes susdits.

•» Art. 3. Il sera libre aux moines et aux prêtres chre'tiens » de s'établir dans les e'tats du commandeur des crovans : on » leur accordera un lieu où ils pourront bâtir des maisons r> construire des chapelles et enterrer les morts-, il sera per- » nus aux moines et aux prêtres de prêcher dans l'enecine1 " des e'glises, de reciter à haute voix leurs prières; en un mot, » de servir Dieu conformément à leurs rites, et de faire tout n ce qu'ils feraient dans leur propre pays.

» Art. 4. Les marchands chrétiens qui sont sous l'autorité n des princes susdits, et qui se trouvaient dans les états dn n commandeur des crovans, lorsque l'expédition a lieu , renn treront dans tous leurs droits comme par le passe'; si on » leur a pris quelque chose, on le leur rendra; ce qui le"1" *f est du leur sera paye : de plus, le commandeur des crovans » s'engage à ne pas souffrir dans ses états les transfuges et n tons ceux qui auraient levé' l'étendard de la rébellion contre 0 les princes susdits. De leur cote, les princes susdits pro- » mettent de ne donner asile à aucun musulman qui aurait n pris les armes contre le commandeur des crovans; ils rcii- » reront leur protection à quiconque annoncerait le dessein » de lui nuire.

tout ce que put faire ce vertueux roi, ce fut de le rendre obli£aioirf dois toute l'étendue de ses domaines, particulièrement sur les rôif* de Bretagne et de Gascogne, où les h africain se montraient pi"* inhospitaliers qu'ailleurs. Tel dut être i'onjet de ses réglcroeus maritimes , si célèbres sons le nom de Jugement d'Ole'ron. Par ces jn^' mens d'Oléron , S. Louis décida nue font en respectant les bicni des naufrages , si ceux-ci avaient recours à l'assistance des gens dn par? pour retirer leurs effets de la mer, ils seraient obliges de les dédnn»inager de leurs peines. Ce principe a été conserve' dans notre jnn«prudenee , et c'est ce i^ne nous appelons le droit de sauvement ou è* sauvetage; il n'en est point parlé ici, mais H était «ous-cn tendu. Oo en trouve mention expresse dans le traité entre la république J« Gèhes et le roi musulman de Majorque.

n Art. 3. De part et «l'autre les prisonniers fieront Ibis en » liberté.

n Art. g. Les princes susdits, ainsi que tous ceux qui re- » connaissant leur autorite' ou qui sont venus à leur suite , n évacueront sur-le-champ les états du commandeur des f> erofans; il en sera de même de ceux qui viendraient après n la conclusion du traite', tels que le prince lùlouard et aittres : n il ne restera ici que ceux qui ne pourront trouver place sur v la Hotte, ou qui seraient retenus par quelque affaire; en- » core ne pourront-ils pas sortir du quartier que le commnn- » deur des croyans leur aura assigne' , et ils mettront à la n voile le plus tôt que faire se pourra. En attendant, le nom- » maudeur des croyans promet de veiller à leur surete ; et » si quelqu'un de ses sujets venait à les léser dans leur pern sonne ou dans leurs biens, il s'engage à leur donner satis- » faction.

n Art. 7. La dure'e de ce traite' sera de quinze anne'es n solaires, à partir du mois de novembre prochain (l).

n Art. 8. Il sera paye pour les frais de la guerre, aux n princes susdits, la somme de deux cent dix mille onces n d'or, équivalant chacune à cinquante de leurs pièces d'ar- » gent pour le poids et pour le titre: la moitié de cette somme n sera comptée sur-le-champ; l'autre moitié le sqra en deux » paieinens, l'un d'ici à un an, et l'autre à la fin de l'année » suivante. Pour cette seconde moitié, le commandeur des ff croyans donnera des gages sur les marchands établis dans n les ûtats des princes susdits.

» De plus, le commandeur des croyans se soumet de noun veau au tribut annuel que 'les rois de Tunis étaient dans n l'usage de payer aux rois de Sicile ; il comptera au roi n Charles les arrérages des cinq dernières années, et il s'enn gage à payer de'sormais le double de ce qu'il payait autre-

n fois, n

Teilcs furent les conditions du traite. L'acte porte qu'on y comprenait l'empereur JBaadouin II, le même qui, dix ans auparavant, avuit e'te cliassë de Constantinople par Michel

(0 On cftait à la fin d'octobre, et quelques fours après l'armée chrétienne mit a la voile; tous les auteurs chrétiens du temps sont unanimes sur ce point • cependant on lit au I»as de l'acte arabe «es mots, haït ce ô fie relu second. Lequel jour repondrait au 9 t novembre, époque où la liotîc. elircucmic avait Jcjà quitte les eûtes d'Afrique.

Pnlcoïogue, et qui cherchait à rentrer dans son autorité; on y comprit encore le comte de Toulouse et de Poitiers, le comte de Flandre, le comte de Luxembourg, et tous les seigneurs, les barons et les chevaliers qui avaient pris part à l'expédition et qui « (aient seigneurs de terres. On leur donna à tous lecture de l'acte, et ils promirent de I'exécuter*seIon sa forme et teneur. Au nombre des témoins furent les moines, les évéques et les ecclésiastiques qui avaient suivi l'armée. De son cote', le roi de Tunis s'engagea pour lui et pour son fils, qui e'tait présent à la lecture de Pacte; enfin, trois musulmans de ses sujets apposèrent au bas leur signature.

Quand la nouvelle de ce traite' parvint à Bibars , if en fut très-irrité : il avait espéré que l'armée chrétienne serait retenue devant Tunis, et que l'Orient serait pour jamais délivré de tous dangers; par ce traite', au contraire, les Francs devenaient maîtres de tourner leurs eflbrts contre l'Egypte. D'ailleurs , suivant Makrizi et Ibn-férat , Ribars avait ete instruit de la conduite du prince de Tunis, de ses de'marches secrètes nuprès du roi de France, de ses bassesses. lToe troisième raison qui souleva sa colère, c'est que, lorsque le roi de Tunis n'eut plus rien à craindre, il ne'gligea dans ses lettres de Jui faire les complimens d'usage. C'est Ibn-ferat qui nous apprend ce fait, et il ne nous explique pas en quoi consistaient ces complimens. Probablement la querelle venait de ce que le roi de Tunis, qui s'était arroge' le titre de calife, prenait un ton de supe'riorite' avec Bibars, qui n'était q«e sultan, et qui d'ailleurs avait établi en Egypte un calife ue la maison des Abbassides de Bagdad, famille de tout temps ennemie des califes d'Afrique (l). Bibars, indigné, refusa les présens que le roi de Tunis "fur avait envoyés en reconnaissance de ses services, et les abandonna a ses* officiers. Dans sa réponse, il lui reprocha sa vie scandaleuse, sa lâcheté, sa négligence à profiter de la mort du roi de France pour exterminer l'armée "chrétienne, * Un homme comme n vous , ajouta-t-il , ne mériterait pas de régner sur le* n musulmans. »

(l ) II a déjà été question d'une querelle de cette nature sous SaUdiu. Voyc» ci-devant, p. 290.

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