V}2 BIBLIOTHÈQUE
» phir où l'on avait représenté avec un art admirable le père » Eternel dans sa gloire. L'empereur Philippe, tout jeune » qu'il était / reçut ce présent avec beaucoup de respect et » de bienveillance ; il prit sous sa protection l'église de Pâris , » près de Baie, et, par un décret particulier, lui assura le » privilège de posséder toutes les reliques que l'abbé Mar- » tin y avait apportées. »
Gunther , avant de finir son récit, fait remarquer la Providence spéciale de Dieu envers l'abbé Martin qu'elle préserva de tous dangers, parce qu'il était porteur de reliques si précieuses et si célèbres. On s'étonne dans notre siècle de voir , au milieu des grands événemens de cette croisade, un historien suivre avec une attention scrupuleuse un fait isolé , telle qu'une translation de reliques , qui ne présente en ellemême aucune importance. Mais aux yeux de la génération contemporaine des croisades, les reliques étaient les plus beaux trophées de la victoire, et plus d'un pèlerin aurait sacrifié tous les avantages des conquêtes terrestres pour le corps ou les restes d'un apôtre ou d'un saint ; on peut ajouter que cette dévotion n'était pas tout-à-fait désintéressée ; car ces reliques procuraient beaucoup d'argent aux églises qui en étaient dépositaires.
Recueil de Schardiiis (1).
Simon Schardius, né en 1535 et mort en 1575, a publié plusieurs ouvrages , entr'autres la collection qui va nous occuper un moment. Dans les quatre tomes dont elle se compose , nous n'avons trouvé qu'un écrivain qui parle des croisades. C'est Jacques Wimphelinge de Schelestadt , dont l'ouvrage a pour titre :
Epitome des affaires d'Allemagne (2). Cette chronique est une espèce d'éloge de tous les princes qui ont régné en Allemagne long-temps avant Charlemagne jusqu'à Maximilienler.; elle vante les vertus ^et qualités des Allemands. Cet écrit est divisé par chapitres. Dans celui où il parle de l'empereur Henri IV, l'auteur fait monter à trois cent mille hommes l'armée des premiers croisés. Ce qu'il dit de cette#expédition ne peut avoir aucun intérêt pour nous.
(i) Schardius redivivus , sive rerum germanicaram scriptores varii olim a Simone Schardlo , in quatuor tom. , collecti , etc.
(a) Epttoraa rerum germanicarum , Jacob. Vnimphel , etc. ( T. i f p. 170).
Sous le règne de l'empereur^Conrad, Jacques Wimphelinge raconte qu'à la nouvelle de la prise d'Edesse par les Sarrasins, saint Bernard de Bourgogne, familier avec les empereurs d'Allemagne et recominandable par la sainteté de sa vie et par sa doctrine , prenant le patronage de la religion dire' tienne {patrocinio christianœ religionis sumpto ) , exhorta tous les princes chrétiens, par messages et par lettres, à prendre la croix contre les Sarrasins. L'auteur suit Conrad jusqu'à Icône , et donne fort peu de détails sur cette malheureuse expédition» ,
Dans le chapitre consacré à l'empereur Frédéric I". , l'historien, après avoir parlé en peu ae mots de la prise de Jérusalem par Saladin, dont il vante la bonne foi et l'humanité, des conquêtes de l'empereur dans l'Asie mineure et de la triste fin de ce prince , ajoute ces mots : « Lui seul pouvait » vaincre Saladin. Je ne sais de quoi m'étonner davantage » ou de l'orgueil du souverain pontife, ou de l'entêtement » de l'empereur* ou de l'insouciance des princes qui, au » milieu des maux dont la république chrétienne était affli- » gée , souffraient qu'il régnât entre le pape et l'empereur » une discorde détestable que je regarde comme la source » de tous les malheurs qui se sont prolongés jusqu'à nous. »
En parlant de la victoire qui rendit Frédéric II maître de l'empire, l'auteur dit que ce prince leva aussitôt l'étendard de la croix pour aller secourir les princes chrétiens d'Asie qui combattaient contre les- Sarrasins ; mais qu'Houorius III anathématisa Frédéric et le dépouilla de la dignité impériale; que le Soudan, informé de ces démêlés, leva une grande armée , et , secondé par un débordement extraordinaire du Nil , força les chrétiens à rendre Damiette. Ce que Wimphelinge dit de l'expédition de Frédéric en Palestine est fort incomplet. Il s'étend un peu plus sur les démêlés de ce
C" ice avec le pape ; il passe légèrement sur l'invasion des ismiens qu'il appelle Grossom'i, et fait un long éloge de Frédéric , qu'il met au-dessus d'Annibal et d'Alexandre. « Ce » prince, dit-Il, qui avait si souvent vaincu les Italiens , » triomphé de la faction des Guelphes et éprouvé toutes les- >» vicissitudes de la fortune, se serait fait un graud nom parmi » les peuples de l'Asie et se serait couvert d'une gloire im- » mortelle, si les Italiens ne l'avaient pas empçché^tant de » fois de porter ses armes contre les ennemis du Ghrist et » s il eut .moins lait la guerre aux papes. »
Suivantiiotre historien, Rodolphe deHasbourg, élu roi des Romains , avait le projet d'envoyer une armée au secours de Ptolémaïsqui était alors assiégée. Mais la discorde des princes
qui se trouvaient dans cette vilfc accéléra la rurne des colonies chrétiennes en Orient. L'auteur donne peu de détails sur cet événement. Il accuse de perfidie le roi de Chypre; parle du naufrage du patriarche de Je'rusalem , et dit que le Soudan rasa la ville d'Acre de telle sorte , qu'on ne vit plus depuis aucun vestige de ses édifices. Plusieurs chroniqueurs ont parlé , dans les mêmes termes , de la destruction de cette place , et tous ont exagéré les faits. La ville d'Acre offre encore aujourd'hui plusieurs restes de son ancienne splendeur.
Dans son 51e. chapitre, l'auteur fait des vœux pour que les princes et les peuples chrétiens , ensevelis dans le sommeil, se réunissent pour arracher Constantinople aujoug des Turcs et porter des secours à leurs voisins les Illyriens , les Da 1 mat es , les Croates , les Pannomens , les Liburniens , les Autrichiens. Il leur reproche de ne pas penser à leurs propres dangers , lorsqu'ils voient l'incendie qui les menace.
Dans les chapitres suivans , il revient à cette idée et exhorte l'empereur Maximilien à se mettre à la tête d'une croisade générale.