‹ Bibliothèque des croisadesChapitre 14 sur 14 · SECONDE COLLECTION · texte numérisé non relu

SECONDE COLLECTION

Trésor des Anecdotes recueillies par Dont Martine

et Dont Durand.

Cet ouvrage est un recueil informe de chroniques, de lettres , et particulièrement de pièces diplomatiques. Comme le même désordre qui se trouve dans V Amplissime Collection se reproduit dans cette seconde collection des savans Bénédictins, nous adopterons , pour le classement des matières, un ordre plus méthodique.

Chronique de Saixt-Bertin (2). — Jean d'Ipres , abbé du monastère de Saint-Bertin, vivait dans le quatorzième siècle. D'Achery, qui le premier connut sa chronique , loue le savoir et la piété de cet abbé. Il était sur le point de publier cette chronique , lorsque la mort l'enleva à la république des lettres. Le manuscrit de Jean d'Ipres passa dans les mains de Mabillon, puis dans celles de René Massuet , qui

(i) Traclalus He expugnalione urbis ConstantlnopoHs, anno i^ôX ( Tome V , page 785. )

(2) Juliannîs Ipcrii abhatls Clironicon Sylhiense Sancti-Bertiui, v\\ Chronique de Sithiu ou de Saint-Berlm , Je 590 a 1394. ( Torac !ll, page -xil, )

le donna à dom Martène. Celui-ci l'a insère dans le troisième tome du Trésor des anecdotes, avec les eclaircissemens de d'Achery. La chronique de Saint-Bertin est Fouvrage de plusieurs auteurs que Jean d'Ipres nomme dans son prologue. Elle renferme non-seulement l'histoire du monastère dont elle porte le nom, mais aussi quelques parties de l'histoire ge'ne'rale , depuis le commencement du vil.* siècle jusqu'à l'année 1292. Tout ce qui regarde les croisades y est rapporte avec plus ou moins de détails. La chronique de Saint-Bertin est souvent citée pour sa fidélité; quoique sèche et stérile, comme la plupart des chroniques de ces vieux temps qui embrassent les eVe'nemens généraux, elle peut être placée parmi les monumens historiques les plus recommandables.

Sous la date de 1085, Jean dlpres parle en ces termes du pèlerinage de Robert le Frison dans la Terre-sainte :

u Robert le Frison , dit-il , donna à son fds Robert le » comte de Flandre à gouverner, et partit jpour la Terre- » sainte et pour Jérusalem, où il se signala par de grandes J9 et fre'quentes victoires. Cependant il no recouvra pas la n Terre-sainte : cet honneur e'tait reserve' à son fils. y>

On dit que, le comte de Flandre approchant de Jérusalem , la porte de cette ville se ferma d'elle-même , comme pour lui en interdire l'entre'e. Robert e'tonne' all^ trouver un religieux solitaire auquel il confessa ses pèches , et qui lui ordonna de rendre aux heVitiers de son frère la Flandre, en expiation de la mort du comte Arnoul, son neveu, et du parjure dont il s'était rendu coupable envers Aldenarda [ Oudenarde]. Robert, ayant promis de se soumettre à cette pénitence et s'etant présente de nouveau devant Jérusalem , trouva la porte ouverte et entra dans la ville. Après être reste' quelque temps dans la Terre-sainte , il retourna en Flandre : mais il ne tint pas sa promesse; car il ne rendit aux héritiers de son frère que la ville de Douai, et mit la main sur tous les biens des églises et des ecclésiastiques. Tout le cierge se plaignit au pape Urbain II , qui écrivit au comte des leites menaçantes. Robert ne voulant pas s'amender, on convoqua à Reims un concile pour le forcer à abandonner ses entreprises. Ce concile lui envoya des de'pute's, qui vinrent le trouver au monastère de Saint-Bertin , où il était alors. Les députes le menacèrent de l'excommunication, et de frapper son e'tat d'interdit. Le comte, ù cette menace, s'humilia, et rendit au cierge et aux cgiises ce qui leur appartenait. Ces eve'neraens eurent li^u en 1092.

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Jean d'Ipres fait un récit fort rapide de la première croisade, et, dans un seul chapitre, conduit son lecteur jusqu'à la mort de Godefroi y dont il rapporte Fepitaphe conçue en ces termes:

«Ici repose Godefroi, la terreur de TEgypte, le vainff queur des Arabes , Thorreur de la Perjse : quoiqu'e'ieve sur V le trône, il refusa le titre de roi et le diadème. Tous ses » soins se tournèrent vers Sion, qu'il s'efforça de rendre f) à son ancienne splendeur. Il favorisa ia religion sainte , yf anéantit le schisme. Ainsi ce miroir de la bravoure , cette n force du peuple , cette ancre du clergé, mérita comme saint yf le diadème, n

L'auteur, après avoir indique plutôt que raconte les exploits du roi Baudouin I.^' , remarque que ce fut par suite de ses succès qu'il s'établit, non-seulement dans, la Terresainte , mais, encore dans toute la chrétienté' , un grand nombre d'ordres religieux dont il pre'sente la liste. L'ordre de Cîteaux y est nommé le premier. Ce fut après la prise d'Antioche qu'il fut fonde', c'est-à-dire, en 1098.

Jean dlpres place sous la date de 1127 l'institution des ordres militaires des Hospitaliers, des Allemands (ou ordre Teutonique ) , du Temple , de Calatrava et de Saint Jacques de Spata, ( L'auteur se trompe pour l'ordre Teutonique et les ordres de Calatrava et de Saint-Jacques de Spata.) En parlant de ia prise d'Edesse , qui donna lieu à la croisade de Louis le Jeune , le chroniqueur raconte que du temps de Je'sus-Christ il re'gnait dans cette ville un nomme' Abagare , qui, ayant entendu parler àes miracles opérés par le fils de Dieu, lui adressa une lettre que l'auteur rapporte , et par laquelle Abagare priait Jésus de lui dire s'il était Dieu ou fils de Dieu , et l'engageait à venir auprès de lui. Jean dlpres donne aussi la réponse que Jésus-Christ ^t à cette lettre. Depuis long-temps ces pièces ont été reconnues pour apocryphes.

La croisade de Louis le Jeune et de Conrad est racontée avec brièveté par Thistorien de Saint-Bertin. Selon cet historien , l'abbé du monastère de Saint-Bertin , et l'évéque d'Arras, moine de la même abbaye, suivirent l'armée des pèlerins. Le chroniqueur ne voit , pour ainsi dire , dans san récit que ces deux personnages, et néglige les événemens les plus intéressans de la croisade. Dans la quatrième partie de sa chronique, l'auteur parle du retour du comte de Flandre, époux de la belle-fille du roi de Jérusalem; ce comte avait consenti à ce que son épouse se consacrât à perpétuité au service iXas pauvres malades. Le roi de Jérusalem, appre-

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cîant un aussi saint, un aussi pieux divorce, ti*aîta avec la plus grande magnificence le comte de Flandre, qu'il combla de pre'sens. Parmi les joyaux les plus pre'cieux [jocalia cara] que !e roi donna à son gendre, !e chroniqueur compte une fiole remplie du sang de Je'sus-Christ.

A la date de 1186, Fauteur parle de Fave'nement de Gui de Lusignan au trône de Jérusalem , de Finvasion de Saladin dans la Terre-sainte, et de Fenvoi en France du prieur de FHôpital , du grand-maître du Temple et du patriarche de Jérusalem. Jean dlpres ne dit qu'un mot sur ces eVe'nemcns : seulement il repre'sente le patriarche Heraclius comme un homme sans mœurs et de mauvais exemple , qui entretenait publiquement une femme qu'on nommait la patriarchesse. II parle aussi de la bataille de TibeViade , de la captivité du roi et de la prise de Jérusalem. II dit, d'après Jacques de Vitri , qu'il cite dans son prologue au nombre des auteurs qu'il a consultés, qu'avant cette bataille de Tibériade on coupa la vraie croix en deux parties, dont une fut prise dans le combat et l'autre fut soigneusement cachée. Jean d'Ipres , comme beaucoup d'historiens contemporains, attribue au comte de Tripoli les désastres des chrétiens. Ce qu'il raconte ensuite de la prédication de la troisième croisade , du départ des rois de France et d'Angleterre, du siège et de la prise d'Acre, des combats que Richard livra aux Sarrasins après la prise de cette ville, ne nous apprend rien de nouveau; la chronique est même , dans cette partie', très-incomplète. Nous avons néanmoins remarqué un trait de Saladin au moment de sa mort , lequel est peu ^onnu. a Cç prince , dit Jean d'Ipres , fit » amener devant lui plusieurs prisonniers chrétiens de dis- » tinction, au nombre desquels était le seigneur d'AngIure,à » qui il présenta son étendard appelé Damast, II lui dit que , » s'il consentait , pour lui et pour ses successeurs , à porter cet » étendard à la guerre, il lui rendrait la liberté, ainsi qu'aux J9 prisonniers qui l'entouraient. Le seigneur d'Anglure s'y » engagea, et Saladin tint sa promesse. Depuis ce temps, n ajoute Fauteur, la famille d'Ânglure porte à la guerre la » bannière de Saladin. » (Voyez, sur ce fait, Palliot, dans son ouvrage intitulé /a Vraie Science des armoiries , pag. 561 ; on y trouve la description des armes de la famille d'Anglure.) Il dit aussi que le sultan chargea son porte-étendard d'aller dans les rues de Damas promener au bout d'une lance un morceau du drap où il devait être enseveli, en disant à haute voix : « Voilà ce que le maître de tout FOrient emporte

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yj avec lui de toute sa gloire! » Ce fiût, rapporte' par quelque autre historien , n'est rien moins que prouve'. .

Jean dlpres , qui ne fait qu'effleurer ce qu'il raconte, parle en tres-peu de mots de la quatrième croisade , de la prise de Constantinople par les Latins, et de l'élection de Baudouin comte de Flandre.

En racontant le siège et la prise de Damiette, il nous apprend qu'on trouva dans la ville un livre e'crit en ai*abe, dont l'auteur disait n'être ni chre'tien, ni Juif, ni Sarrasin, et qui annonçait que Damiette serait prise par les chrétiens; qu'ensuite un roi de Nubie , également chrétien , détruirait cette ville , et disperserait les cendres de Mahomet. La manière dont Jean d'Ipres rapporte la prise de Damiette pendant une nuit obscure et par un petit nombre de chre'tiens, s^accorde avec le récit de Jacques de Vitri, dans sa quatrième lettre au pape Honoré.

La reddition de Damiette, en 1221 , est aussi racontée à peu près comme dans l'histoire d'Olivier Scholastique ; mais l'expe'dition de l'empereur Fre'de'ric II est pre'sente'e par l'auteur avec quelques de'tails qu'on ne trouve pas chez les autres historiens. Nous allons en conséquence copier le récit de Jean dlpres.

ft L'empereur, quoiqu'excommunié, se prépara néanmoins » il passer la mer : mais il le fit avec un appareil peu convefj nable; car il n'avait que vingt-deux galères et cent cheva- « liers. Le pape, qui le sut, lui défendit de passer comme

V croisé jusqu'à ce qu'il fut absous et que la saison de navin guer fût favorable. L'empereur, dédaignant les défenses du

V pape , se mit en mer et aborda à Ptolémaïs. Il envoya au » sultan des présens et des députés qui lui dirent que l'ein- « pereur était venu, non pour conquérir le pays, mais pour n visiter les lieux saints et le royaume de Jérusalem, quiap-

V partenait à son fils par droit d'héritage. Ils ajoutèrent que, »> si le sultan voulait rendre paisiblement ce royaume, l'emn pereur se retirerait paisiblement aussi. Pendant ce temps » le pape ordonna au patriarche de Jérusalem d'annoncer » que l'empereur était excommunié et parjure. Il défendit « aussi aux Templiers , aux Hospitaliers et à ceux de Tordre

V Teutonique , d'obéir en rien à ce prince.

V Le sultan , qui vit que l'empereur était venu presque sans » suite, que les chrétiens de la Palestine s'éloignaient de » lui , qu'en outre Frédéric était en querelle avec le pape , et » qu'une sentence était prononcée et promulguée contre iui, ff jugea qu'il avait peu à craindre de ce prince. II répondit

> But députés de Frédéric qu'il désirait connaître plus clai-' y» rement l'intention de leur maître , et que quant à ce qui » regardait le royaume de Jérusalem , il ne pouvait le ren-^ » dre, non à cause de la valeur du pays, mais parce que » cela ne lui était pas permis ; car les Sarrasins révéraient » autant le temple du Seigneur, qui est la maison de Dieu , » que les chrétiens honoraient le tomheau de Jésus-Christ- » L'empereur vit par cette réponse que le sultan se jouait » de lui. D'un autre côté , les Templiers et les Hospitaliers 3> lui déclarèrent qu'ils ne voulaient obéir qu'aux ordres du » pape , et nullement aux siens ; que cependant , pour l'uti- » lité de la Terre-Sainte , ils étaient prêts à se joindre aux » autres chrétiens , pourvu qu'il ne fût publié aucun ordre >» de la part de l'empereur. Frédéric indigné s'avança sans y> eux ; mais les Templiers et les Hospitaliers le suivirent >> de loin en corps d'armée. L'empereur, jugeant qu'il était >» dangereux pour lui de faire ainsi bande à part , consentit » à ce que les ordres fussent donnés de la part de Dieu et » de la chrétienté , et qu'on ne fît aucune mention de lui. » Pendant sa marche , il l«i arriva un messager qui lui anw nonça en secret que le roi Jean conduisait une armée j> dans la Fouille , comme lieutenant du pape ; que , déjà » maître de la ville de Saint-Germain , Jean de Brienne mar- » chait sur Capoue , et que plusieurs forteresses se rendaient j> à lui. L'empereur fut fort troublé à cette nouvelle : d'un i> côté , il voyait qu'il allait perdre la Sicile par son absence ; 3> de l'autre , que sa retraite de la Terre-Sainte était diflS- » cile , parce que la saison était peu favorable* Il fit donc » un traité avec le sultan , et alla à Jérusalem , où , prenant » la couronne du royaume , qui était sur le Saint-Sépulcre , » il la mit sur sa tête , sans recevoir la bénédiction d'aucun » prélat ou ecclésiastique, et sans aucune célébration de 3> l'office divin. Il retourna ainsi à Ptolémaîs ; et, se rendant w secrètement dans l'île de Chypre, il se hâta d'arriver à » Brindes. »

Nous ne rapporterons point ce que dit le chroniqueur sur l'expédition du roi de Navarre ; les circoristances que contient le récit de Jean d'Ipres , prouvent que l'auteur était mal informé de ces événemens. (Voyez pour la croisade de Thibaud , pour les causes et les résultats de cette expédition, notre treizième livre, 4®« édition, l'extrait de Mathieu Paris , et surtout celui de la continuation de Guillaume de Tyr. ) Les négociations qui terminèrent cette croisade sont racontées avec des détails fort curieux par les historiens orientaux (lisez l'extrait de ces auteurs). Jean d'Ipres donne

sur la première expédition de saint Louig en Egypte quelques détails assez courts , et qui neiious apprennent rien de nouveau. En parlant des conditions du traité que ce prince conclut pendant qu'il était dans les fers avec le Soudan d'Egypte, il dit que quelques-uns prétendent que le roi de France s'obligea , en mémoire de sa captivité , pour lui et sa postérité, à faire représenter sur ses monnaies d'argent une tour et des chaînes. On s'abstint quelque temps en France , et surtout pendant l'absence du roi , de frapper des monnaies ; on façonnait des pièces de cuir au milieu desquelles on fixait un clou d'or et d'argent dont la grandeur déterminait la valeur et le prix. Après le retour du roi, la monnaie d'argent fut frappée à Tours ; elle représentait une tour et des chaînes , et portait ces mots : Turonis civitas (viUe de Tours). C'est de là qu'est venu le nom de livres tournois. Dans la suite^ partout où le roi faisait fabriquer une semblable monnaie , on gravait sur les pièces les mots Turonis civitas. Nous lisons dans le tome XVI de l'Histoire de l'Académie des Inscriptions quelques observations qui ont rapport à la question qui nous occupe en ce moment. A la page 191 , au sujet d'un mémoire de Lebœuf , intitulé : Remarques critiques sur les actes de saint Louis y il est parlé des monnaies frappées à Tours après la première expédition de saint Louis : nous nous arrêterons un instant à ce passage , pour faire connaître à nos lecteurs les diverses opinions qui existent sur ce sujet. Quelques savans , après Yillani , ont cru voir des rapports entre les buies ou bernicles dont parle Joinville ( 1 ) , et la figure gravée sur les monnaies de Tours. Les explications de Ducange et de Leblanc ont fait abandonner cette opinion ; les figures représentées peuvent être ou le plan du portail d'une église, tel qu'on le voit sur les monnaies de Louis-le- Débonnaire , ou le plan des toui'S d'un château , par allusion, soit aux armoiries de Castille, en l'honneur de la reine Blanche , soit à la ville de Tours où ces monnaies furent frappées. Le mémoire de Lebœuf nous expose toutes ces opinions , et l'auteur n'en embrasse aucune. Le judicieux académicien se contente d'observer qu'en admettant que des tours soient gravées sur les tournois de saint Louis , on ne pourrait y trouver aucune allusion à la ville de Tours , parce que les mêmes figures sont gravées sur les gros-parisis j c'est-à-dire sur des monnaies frappées à Paris. On peut

(i) CVtait une machine de bois qui servait à donner la question au iminels ; Joinville en a laissé une description.

crimine

DES CROI$lDES. 4t7

lire au reste les savantes dissertations de Ducange et de Leblanc , et la note qni se trouve à la page 445 du seizième livre de notre histoire (4®. édition). Sous la date de 1261 , la chronique de saint Bertin raconte avec beaucoup de détails les guerres des Génois, des Vénitiens et des Pisans^ guerres longues et sanglantes que fit naître la possession de l'église de Saint-Sabbas. £n 1265, les Vénitiens, aidés de» Pisans , mirent en fuite les Génois entre Ptolémaïs et Caïphas ; ils s'emparèrent de vingt-quatre de leurs galères , et tuèrent ou firent prisonniers quinze cents hommes. Cette grande défaite , dit le chroniqueur , abattit pour quelque temps l'orgueil des Génois. Les querelles de ces peuples qui se disputaient un sanctuaire de la Palestine , retentirent jusque dans l'Occident et embrasèrent une partie de cette Europe, toujours prête à prendre les armes. (Voyez à ce sujet le dix-septième livre de notre histoire. )

Jean d'Ipres donne quelques détails sur les Tartares , et parle de la conquête de Bagdad par le prince Houlagou. Celui-ci, après s'être rendu maître de la ville , fît venir devant lui le calife , et lui demanda pourquoi il n'avait pas employé ses trésors à rassembler des guerriers pour sa défense. « Je » croyais, répondit le calife, que les femmes suffisaient » pour protéger la ville. — Les mets ordinaires , répUqua » Houlagou, ne sauraient convenir à un prince tel que » vous j l'argent , l'ôr et les pierreries , pour lesquels vous » montrez tant d'amour, doivent seuls vous satisfaire. » Le vainqueur renferma le calife dans une chambre , au milieu de tas d'or et d'argent; il défendit de lui porter aucune nourriture , et le prisonnier périt de faim , entouré de trésors ; les uns prétendent qu'on lui fit avaler de l'or fondu ; d'autres, qu'il eut la tête coupée. Le chroniqueur, qui ^paraît avoir des notions imparfaites sur les Tartares , a fait précéder la prise de Bagdad de quelques événemens que nous n'admettrons point dans notre analyse , par respect pour la vérité de l'histoire ; il est probable que Jean dlpres n'a fait son récit que d'après des bruits populaires. Les monumens qui nous sont restés sur les Tartares, nous ont mis à portée de défendre nos lecteurr contre de graves erreurs au sujet de ces hordes qui, pendant si long-temps , désolèrent le monde. La chronique de saint Bertin rapporte que le grand khan reçut le baptême avec toute sa famille et plusieurs grands de son empire , et qu'il se disposait à détruire les Sarrasins , à s'allier avec les cnrétiens , et à leur rendre le tombeau de leur Sauveur. Les croisés se félicitaient de cette union apparente, et ne voyaient

plus que des amis dans les barbares dur M ogol. Ici se fté-* santé une observation qui n^est point sans importance dans rhistoire des croisades. En parcourant les époques des guerres sacrées , souvent nous avons vu les infidèles exprimer, par de grandes démonstrations qui furent toujours trompeuses, le désir d'établir une paix durable ; ils promettaient aux chrétiens d'abandonner l'islamisme pour suivre la religion dû fils de Marie ; et ceux-ci , par une fatale crédulité, se montrèrent toujours confians dans les promesses de ces barbares. C'est par un effet de cette facilité à recevoir les offres de l'ennemi , que les chrétiens se laissaient séduire par les discours des chefs tartares. Les guerriers de la croix ignoraient que le khan n'embrassait la loi du Christ que pour servir l'intérêt de sa dominatioB , et que les peuplades mogoles trouvaient dans leur indifférence pour toutes les religions , un moyen qui facilitait leurs progrès et leurs conquêtes.

La chronique de saint Bertin raconte quelques événemens qui suivirent la prise de Bagdad ; nous en donnerons un ré-' cit abrégé. Houlagou et le roi d'Arménie , à la tête d'une armée nombreuse, s'emparèrent de la grande Césarée, d'Icône et de toute la Turquie ou Asie mineure, jusqu'à la mer ; de là ils allèrent à Antioche , où le prince Houlagou fut reçu par les chrétiens au milieu de la pompe la plus solennelle ; ce chef marcha ensuite sur Alep , qu'il prit en quarante jours. En 1260 il se rendit maître d'Emesse et de Damas. Les chrétiens de la Terre-Sainte, voyant les Sarrasins vaincus de tous côtés , crurent qu'une nouvelle lumière allait se lever pour eux. Mais leur espérance fut déçue. Au inonient où Houlagou se disposait à aller délivrer Jérusalem avec le roi d'Arménie , il fut rappelé en Tartarie par les divisions qui s'étaient élevées parmi les Mogols pour la succession au trône impérial. Il avait laissé en Syrie un de ses lieutenans , qui fît de vains efforts pour conserver les conquêtes des Tartares : ces barbares , ajoute le chroniqueur, n'obtenant pas de grands succès contre les Sarrasins, finirent par abandonner la cause du christianisme et par embrasser les superstitions de Mahomet. ( Yoyez sur le* conquêtes d'Houlagou le dix -septième livre de notre histoire. )

Sous la date de 1 268 , l'historien rapporte que Cobilam , grand khan des Tartares , envoya en ambassade auprès du souverain pontife deux Vénitiens et un seigneur tartare appelé Catagal; celui-ci mourut en chemin. Les deux autres ambassadeurs étaient deux frères dont l'un se nom-

mail Nicolas -Paul et l'autre Maffei-Paut. Cobilam demandait au pape (Clément IV) un assez grand nombre d'hommes profondément instruits dans la religion catholique et habiles dans les arts libéraux pour opérer la conversion des Juifs , des Sarrasins , des idolâtres et de tous les incrédules qui se trouvaient dans son empire ; de plus , le grand khan priait le pasteur de Rome de lui faire parvenir de Thuile de la lampe du Saint-Sépulcre. Les députés arrivèrent à Rome au bout de trois ans. Le pape Clément venait de mourir, et il leur fallut attendre son successeur. Mais les Yéni tiens voyant que Télection traînait en longueur, et craignant les reproches de Tempereur tartare , s'ils mettaient trop de retard dans leur retour, se décidèrent à partir pour la Terre-Sainte ; Mcolas-Paul amenait avec lui son fîls Marc-Paul, âgé de vingt ans. Us abordèrent à Ptolémaïs , où se trouvait alors Thibauld , légat de Rome , qui , sous le nom de Grégoire X , remplaça Clément IV dans la chaire de Saint-Pierre. Le nou- Teau pape Grégoire, avant d'aller prendre possession du siège pontifical , donna aux députés vénitiens de l'huile de la lampe du Saint-Sépulcre, des lettres pour le grand kKan, et envoya à l'empereur deux frères prêcheurs d'un grand mérite , Nicolas de Vincence et Guillaume de Tripoli (ce dernier est ce même Guillaume qui a composé un livre sur l'état des Sarrasins après le retour de saint Louis; nous avons analysé le fragment que Duchesne nous a donné de cet ouvrage). Arrivés en Arn^énie, les frères prêcheurs, n'osant aller plus loin, à cause des guerres de Bondocdar, sultan de Babylone , revinrent sur leurs pas. Les trois Vénitiens se rendirent auprès du khan, qui les reçut avec les plus grands honneurs.

Le seconde expédition de saint Louis n'occupe que peu d'espace dans la chronique de Saint-Bertin. Jean d'Ipres s'est arrêté davantage sur le prince Edouard , fils du roi d'Angleterre , qui arriva à Tunis quelque temps après la mort de saint Louis , et qui se rendit ensuite à Ptolémaïs. Avant l'arrivée d'Edouard dans cette dernière ville , Bondocdar s'était emparé de deux places importantes dont l'une appartenait au Vieux de la Montagne , et l'autre aux chevaliers de l'ordre teutonique ; le sultan vint camper sous les murs de Ptolémaïs. Edouard, bien instruit des dispositions et de la puissance de Bondocdar, tint conseil sur ce qu'il devait faire , et résolut d'envoyer du secours aux Tartares , qui firent aussitôt des courses sur les terres d'Antioche, d'Alep, de Haro ah, d'Émesse, jusqu'à la grande Césarée, renversant partout , selon l'expression du chroni-

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queur, les Sarrasins , et relevant les chrétiens abattus. Us revinrent ensuite au lieu nommé Marais, à l'entrée de la Turquie , traînant après eux un grand butin. Ils s'y arrêtèrent autant pour se délasser de leurs fatigues que pour profiter des eaux qu'ils y trouvèrent en abondance', et pour observer les mouvemens de l'ennemi. Edouard , de son côté, alla avec ses guerriers démolir un château appelé Sabfd- George. Dans cette expédition , un grand nombre d'Anglais périrent par l'excessive chaleur et par la trop grande quantité de fruits et de miel (sucre) qu'ils mangèrent. Edouard et son frère se portèrent ensuite avec le roi de Chypre et plusieurs pèlerins vers Césarée , pour renverser le château nommé Charo. Ils y touvèrent des Turcomans , qu'ils dispersèrent ; mais , après avoir fait un grand butin , ils renoncèrent à leur projet contre Charo. Aussi Bondocdar, se moquant d'eux avec ses Sarrasins, disait que ceux qui avaient abandonné une entreprise si facile , n'étaient nullement en état de conquérir par les armes le royaume de Jérusalem.

L'auteur raconte ensuite les circonstances de l'assassinat dont Edouard faillit être la victime. En parlant de la guérison de ce prince , il rapporte une anecdote plus curieuse que vraisemblable.

« J'ai appris , dit-il , de quelques honnêtes Savoyards di- » gnes de foi , qu'il y avait en Savoie un seigneur nommé » Grandson y à qui il naquit un fils. Des astronomes (ou » plutôt des astrologues ) appelés à la naissance de ce fils 3> déclarèrent que , s'il vivait , il serait grand , puissant et « victorieux. Un d'eux , plus superstitieux ou peut - être » inspiré , tira du feu un tison , et dit que l'enfant vivrait » autant que le tison, et il enfonça ce tison dans un mur ?) pour qu'il durât plus long - temps. L'enfant vécut et n parvint à une grande vieillesse. Enfin, las de vivre, il î) fît retirer du mur le tison dont on vient de parler, » et le fit jeter au feu. Lorsque le tison fut consumé, » Grandson expira. Ce même Grandson était dans la troupe i) du prince Edouard ; ce fut lui qui , apprenant que le » prince anglais était empoisonné , osa sucer sa plaie . » se fiant, dit l'auteur, sur sa destinée qui était attachée 3) au tison : ce fut par son moyen qu'Edouard guérit. i> Depuis ce temps , ajoute Jean d'Ipres , le seigneur Grand- 3> son et les siens furent honorés par les rois d'Anglej> terre , et aujourd'hui encore ils tiennent dans ce pays un » rang très-distingué. Je ne rapporte, dit-il en finissant. » ce que je viens de raconter que comme un ouï-dire. »

11 ajoute que, plusieurs barons s'etant rethre's de la Terresainte, Ëaouard retourna aussi en Occident.

Sous la date de 1275, l'auteur de'crit ainsi les exploits de Bondocdar : u Le sultan du Caire, parcourant les plaines de y l'Arménie, tua plus de vingt mille hommes, emmena en ser- » vitude plus de dix mille enfans des deux sexes , et traîna à sa » suite plus de trente mille chevaux et autres bétes de somme.

V Le roi d'Arménie se réfugia dans les montagnes avec sa ca-

V Valérie; les marchands et autres ^ croyant échapper au dann ger, se portèrent avec leurs effets du cote de la mer, et T> tombèrent dans les mains des pirates. Ceux qui purent

V se sauver se réfugièrent à Ptolemaïs. n

Dans cette année moururent Boémond comte de Tripofi et quelques autres barons. Il s'éleva des divisions pour leur heVitage, ainsi qu'au sujet du royaume de JeVusalem, dont le roi de Chypre disputait la possession à la princesse Marie. Ce prince, ne pouvant ramener l'ordre dans Ptolemaïs, qui était remplie de troubles , se retira à Tyr , ne laissant personne pour rendre la justice aux habitans. On le sollicita en vain d'envoyer des officiers publics ; il ne voulut entendre aucune réclamation. Comme il savait que les Templiers favorisaient le parti de Marie , il suscita contre eux les Hospitaliers , et les maux se multiplièrent dans la Terre de promission.

Le roi de Chypre envoya aux princes d'Occident, et surtout au pape> des députés chargés de les informer de ce quise passait, et <k les prier d'y apporter remède. Marie, qur poursuivait sa cause à la cour de Rome , et qui était instruite de tout par les Templiers , alfa trouver le cardinal d'Albano , que le pape lui avait donné pour juge, et demanda que ce qui lui appartenait de droit lui fut adjugé. De son coté, le procurateui' du roi de Chypre déclina l'autorité du cardinal, et déclara que , le procès touchant le royaume de Jérusalem> n'appartenant point à la cour de Rome , il n'était point tenu de répondre devant cette cour, mais bien devant les barons du royaume. Marie, ayant été déclarée plusieurs fois , par les cardinaux, les évéques et la plus grande partie de là cour de Rome , véritable et légitime héritière du royaume de Jérusalem , transféra tous ses droits à Charles roi de Sicile , qui accepta la donation , et accorda en. retour à la princesse d'autres possessions dont, ajoute le chroniqueur, elle se contenta avec raison. Le royaume de Jérusalem fut ainsi dévolu au roi de Sicile, qui y envoya aussitôt, en qualité de bailli, Roger comte de Saint-Séverin , avec six galères.

En 1277, le pape Adjjien, poursuit Jean d'Ipres,, mon'-

trant un grand désir de secourir la Terre-sainte, envoya des nonces au patriarche de Jerusdem ^ avec douze mille libres tournois pour construire dés galères et pour d'autres besoins. II essaya d'encourager - par ses lettres ies habitans de la Terre-sainte. Mais les intentions bienfaisantes d'Adrien envers la Pdestine ne pureilt être remplies ^ car ii ne fut pape que vingt-neuf jours , et son successeur, Jean XXI, mourut au bout de six mois de pontificat, sans avoir rien fait pour la Palestine. Nicolas lui succéda, et ce fut sous son pontificat, ajoute l'historien de Saint-Bertin , qu'arriva ce que nous allons raconter.

Lorsque le comte de Saint-Severin , nouveau bailli de Jérusalem pour le roi Charles, fut venu en Palestine, le bailli dlbelin , seigneur d'Arsur , quitta le château de ce nom, qu'il remit au comte. Ce comte appela aussitôt tous les chevaliers qui étaient dans Ptolémaïs , et leur commanda de lui faire hommage, comme au représentant du roi de Sicile. Ces chevaliers repondirent qu'ils avaient fait cet hommage au roi de Chypre, et qu'ils ne pouvaient se soustraire à son obéissance sans sa permission , excepté le cas de mort et à défaut d'héritiers. Ils firent ensuite savoir plusieurs fois au roi de Chypre le refus qu'ils avaient fait; mais le roi perdit le temps en réponses vaines. Le comte de Saint-Séverin renouvela ses ordres , et enjoignit aux chevaliers , s'ils ne faisaient pas hommage , de quitter leurs fiefs. De l'avis des Templiers, ils informèrent de nouveau le roi de Chypre de ce qui se passait, résolus , si le roi ne leur donnait pas une réponse satisfaisante, d'obéir au roi Charles; ce qu'ils firent en effet, ie roi de Chypre ne leur ayant pas répondu comme il convenait. Le comte de Tripoli envoya des procurateurs qui firent aussi hommage au roi Charles. Le bailli de ce prince établit alors un sénéchal, un connétable, un maréchal, un vicomte et d'autres officiers , selon la coutume du royaume. La paix se fit entre les Vénitiens et le seigneur de Tyr par le moyen des Templiers; les Vénitiens recouvrèrent les droits qu*ils avaient dans cette ville. La paix se rétablit également entre les Templiers et les Hospitaliers. La division que les prétentions du roi de Chypre avaient fait naître entre eux, avait duré près de trois ans.

L'auteur rapporte , sous la date de la même année , la mort de Bondocdar, et sous la suivante, c'est-à-dire, en 1278, la prise de la forteresse de Margatte par les Hospitaliers. Cinq cents cavaliers turcs et turcomans s'étant portés sur les chrétiens peu de temps après , il s'engagea un combat où lc>

fiâèles restèrent vainqueurs. Alors le sultan Kelaoun , que Jean dlpres nomme Melekusarj s'avança à la tête d'une troupe , et vint assiéger les chrétiens renfermés dans Margatte. Ceux-ci , sortant de la forteresse , tuèrent plusieurs Sarrasins et mirent les autres en fuite. Alors les Tartares , dans l'intérêt des chrétiens , firent des courses sur le territoire d'Emesse et d'Alep. Le sultan , qui en fut informé , rassembla une armée de cent mille cavaliers et d'autant de fantassins. Les Sarrasins et les Tartares se rencontrèrent aux environs d'Emesse; une bataille fiit livrée, et les Tartares restèrent maîtres du terrain. L'auteur ne dit point que plus tard, en 1285, la forteresse de Margatte fut re-

f>rise par le Soudan. Jean d'Ipres termine sa chronique par e récit de la ruine de Ptolémaïs en 1291,, et de la perte entière de la Terre-Sainte. Ce récit est très-incomplet. Comme la plupart des chroniqueurs qui ont parlé de la ruine des colonies chrétiennes en Orient, Jean d'Ipres attribue ces malheurs à la corruption des chrétiens , qui ne ressemblaient plus , dit-il , aux premiers croisés. Le château de Bérythe fut le dernier abandonné par les fidèles; et quand les Sarrasins eurent détruit cette place, toute la Syrie chrétienne fut alors perdue. Mais Dieu , dit l'historien , vengea ensuite son peuple en faisant périr misérablement le Soudan et ses successeurs. Ce Soudan, ayant appris que l'île de Chypre servait de refuge aux chrétiens qui échappaient à sa fureur , convoqua ses émirs , et leur ordonna de préparer cent galères. Peu de jours après il les appela de nouveau, et leur déclara que son intention était de soumettre tout le territoire de. Bagdad , après qu'il se serait rendu maître de l'île de Chypre. Les émirs , qui n'entre- Toyaient plus le terme de leurs travaux , résolurent de se défaire dusoudan, et le tuèrent en effet. Us élurent un d'entre eux, qu'ils immolèrent le lendemain; un second, un troisième et un quatrième furent successivement élevés à la dignité de Soudan, et tombèrent sous le poignard.

Lettres relatives aux croisades ^ recueillies dans le Trésor des anecdotes de Martène.

Nous avons trouvé, dans le Trésor des anecdotes^ plusieurs

lettres relatives aux guerres d'outre-mer, ëcrites par le» souverains pontifes. Nous nous contenterons d'en donner une indication rapide.

Innocent III . — Lettre adressée aux évêques de la province de Tours. Cette lettre a pour objet de dévoiler la perfidie et l'ingratitude du jeune Alexis, que les croisés avaient placé sur le trône de Constantinople. Le pontife engage les évêqués à exhorter les fidèles à porter des secours à Baudouin, nouvel empereur.

Une seconde lettre du même est adressée à l'archevêque de Bourges et à ses sufFragans , pour les engager à travailler à ramener les princes et barons anglais à l'obéissance qu'ils doivent à leur roi, afin que l'expédition qu'il a entreprise contre les Sarrasins ne souffre point de leur rébellion. ( Le Berri était alors soumis au roi d'Angleterre. ) Cette lettre est de 1216.

Gr/goire IX. — Il écrit à Thibauld , roi de Navarre , pour l'engager à secourir Baudouin, empereur de Constantinople, menacé dans ses nouveaux états. Cette lettre est de 1257.

Urbain IF'. — Le pontife écrit , en 1 262, à l'archevêque de

Magdebourg et à Tévêque de Cologne, pour les engacjer à percevoir le centième sur les revenus ecclésiastiques. Il leur fait le tableau le plus affligeant de la Terre-Sainte, et leur représente l'urgence des secours qu'attend l'Orient, livré à la férocité des Tartares. Il leur dit qu'il a cru nécessaire d'accorder un subside à prélever sur les biens ecclésiastiques de toute rAlleniagne pendant trois ans. Il engage ces prélats à lui faire connaître à combien il se montera et en quelles mains il sera déposé.

En 1265, Urbain écrit h l'arclievêque de Tyr, alors en France, pour le presser de donner ses soins à la levée de la ujeme taxe , établie pour cmq ans dans ce royaume et dans le diocèse de Cambrai. Il l'engage à déposer entre les mains de personnes probes et sûres l'argent qui sera recueilli , et à l'instruire du montant des sommes rerues , pour qu'il puisse, de concert avec le roi de France, en faire l'emploi le plus avantageux pour la Terre-Sainte. Cette lettre est datée de Viterbe, le 5 des ides de janvier.

Dans la même année, et au 1 des ides de mars , ce ponlile s'adresse encore au même archevêque , pour l'engager

à user de surveillance et de zèle dans la levée de ia taxe dont nous venons de parler.

En 1264, et le 7 des calendes de fe'vrier ^ Urbain écrit au même archevêque et à Jean de Valence qu'il a charge' des députes , dans les difFerens états de la chrétienté , de recueillir des subsides pour la Terre-sainte, et qu'il les choisit pour faire dans leurs provinces ie recouvrement des sommes destine'es a cet objet.

Le même jour , le pape adressa une lettre à peu près semblable à toutes les personnes qu'il avait chargées de faire cette leve'e.

Le 4 des nones de mai de la même anne'e 1264 , le pontife écrit à son legat, le cardinal Simon, pour l'autoriser à faire prêcher une croisade contre Mainfroi et contre les Sarrasins. Peu de temps après, Urbain adressa au même legat un extrait de la bulle d'Innocent III qui commençait en ces termes, Ad liberandam Terram-sanctam de manibus impiorum, &*c,, et qui accordait des indulgences à ceux qui se croiseraient.

Clément IV, — Les lettres de ce pontife adresse'es à difFerens personnages, et toutes relatives au grand objet des croisades j sont en très-grand nombre. Elles se trouvent répandues depuis la page 103 jusqu'à la page 628 du tome II. Il j en a vingt e'crites au cardinal Simon , legat en France depuis l'année 1265 jusqu'en 1268.

Les unes ont pour objet de prélever sur les décimes imposées en France les sommes destinées a rembourser les avances que le saint-père avait faites à des princes pour les aider dans la guerre sainte ; les autres autorisent le legat à donner des secours pécuniaires à divers seigneurs, afin de leur faciliter le voyage d'outre-mer, ou lui enjoignent do prêcher une^nouvelle croisade et de s'entendre sur cette pre'dication avec les prélats du royaume. Quelques-unes contiennent un Wtig expose des calamite's de l'Orient; dans la dernière , qui est de 1268 , le pape mande à son le'gat de passer en Espagne pour exhorter le roi de Castilleà porter du secours à la Terre-sainte. Dans l'année 1265 , le pape adresse trois lettres à l'archevêque de Tyr, alors en France, et charge' de

Eroce'der à la levée du centième , pendant cinq ans , sur les iens eccle'siastiques : dans l'une , il l'exhorte à continuer avec le même zèle le recouvrement de ce subside; dans l'autre, il l'invite à prélever sur les premières rentre'es de quoi rembourser ceux qui ont prête ; dans la troisième , il lui mande de payer vingt mille livres tournois aux mar-

426 BIBLIOTHÈaUB

chanJs de Sienne et de Florence, sur la dîme leve'e en France pour la guerre de Sicile.

Dans la même année , le pape Clément e'crit à Farehevéque de SéviUe pour lut annoncer qu'il accorde une de'cime sur les revenus ecclésiastiques d'Espagne et de Portugal, pour aider le roi, attaque par les Sarrasins : il mande au patriarche de Jerussdem, aux archevêques et eVêques, aux grands-maîtres du Temple et des Hospitidiers ^ et au noble Geoflfroi de Sargines , qu'il a implore les secours du roi de France et du marquis de Brandebourg ; il les exhorte à ne pas perdre courage , et leur fait espérer de prompts et puissant secours.

En 1266, le pape écrit deux fois au comte de Toulouse, pour lui exprimer son chagrin de ce qu'il ne peut lui accorder de décimes pour la Terre-sainte; il lui conseille de s'adresser au roi de France, son frère, et de le presser vivement de secourir la Terre-sainte.

Dans la même année , il peint à Louis IX , roi de France, les dangers qui menacent la Palestine , et lui exprime son mécontentement sur la conduite de Charles roi de Sicile , auquel il a adresse quelques avis. Dans le même temps , il annonce à tous les nobles barons de France et au roi de Navarre la ruine prochaine de la chre'tiente' en Asie, si Ton ne se hâte d'y envoyer de puissans secours : il les presse vivement de prendre la croix et de se rendre en Palestine. Par une autre lettre de la même anne'e , il charge le doyen de Paris de faire donner cent livres tournois à Odon de Corpelay , qui partait pour la Terre-sainte.

En 1267, le même pape e'crit au patriarche de Constantinople, et à l'empereur des Grecs, Michel Pale'ologuc, pour les inviter à tourner les armes de l'empire contre les infidèles; aux rois d'Aragon et de Navarre : à l'un , pouc l'engager à cesser s^n commerce incestueux avec la princesse Berengère , s'il veut que son passage en Terre-sainte soit agréable à Dieu; à l'autre, pour lui accorder pendant trois ans la dîme sur les biens eccle'siastiques de son royaume. Il e'crit en même temps aux archevêques et e'vêques de la Navarre pour leur enjoindre de payer cette dîme sans difficulté'.

En 1268, le pape annonce au roi de Sicile que le roi de France a envoyé' lî Venise des personnes chargées de traiter pour le passage de la Terre-sainte; il l'engage à faciliter de tous ses moyens la ne'gociation. Les Vénitiens n'ayant pas voulu traiter, le pape invite deux citoyens de Gènes à s'arranger avec les envoyés du roi de France.

Lettres de Jacques de Vitri.

Le peu d'intérêt que nous présentent les lettres qui se trouvent à la suite de celles que nous venons d'analyser , nous autorise à passer d'abord aux lettres de l'évêque d'Acre sur la prise de Damiette. Elles sont au nombre de quatre , et servent de complément à l'histoire de Jacques de Vitri que nous avons fait connaître dans la collection de Bongars. Ces lettres, adressées au pape Honoré III, sont d'autant plus intéressantes que l'auteur y parle toujours comme témoin oculaire. Dans cette analyse , nous aurons soin de ne pas répéter ce que nous avons dit sur la prise de Damiette , en rendant compte de l'histoire d'Olivier Scholastique et des podestats de Reggio.

/f^. Lettre^ Jacques de Yitri parle d'abord de la multitude innombrable de chrétiens réunis à Ptolémaïs , sous les ordres des rois de Hongrie , de Chypre et de Jérusalem , et du duc d'Autriche. Les pèlerins qui faisaient partie de cette grande armée, assuraient n'avoir jamais vu tant de guerriers., tant d'armes et de chevaux. Les croisés se dirigèrent vers Damas , détruisant tout ce qui s'offrait à leur passage , les arbustes > les oliviers et les arbres fruitiers. Ils firent aux Sarrasins tout le mal qu'ils purent , et quelques infidèles tombèrent en leur pouvoir. Toutefois l'armée chrétienne perdit plus de pélerms qu'elle ne fit de prisonniers. (Voyez ce que nous avons dit dans notre douzième livre dela marche des croisés vers le mont Thabor. ) « Le peuple , >» dit l'historien , soupçonnait dans cette affaire une secrète » trahison. » Les grandes misères qui vinrent ensuite fondr& sur l'armée, la décidèrent à retourner à Ptolémaïs. Cesévénemens se passèrent de^isja fête de. tous les Saints jusqu'au jour de la circoncision de J^sus-Christ. Après la ïete de l'Epiphanie , les rois de Hongrie et de Chypre , et lecomte de Tripoli, retournèrent dans leurs états. (Voyez notre douzième livre. ) En parlant du château qu'élevèrent les TempUers , l'évêque de Ptolémaïs dit que cette forteresse dut leur coûter d'immenses trésors , et s'étonne que les chevaliers du Temple aient pu trouver assez de richesses pour subvenir aux frais d'une pareille entreprise. Ce château» ajoute l'auteur, devint plus funeste aux Sarrasins que la place , à la fortification de laquelle toute l'armée avait travaillé. Le roi et les princes ignoraient encore 1« parti qu'ils-

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avaient à prendre , lorsque Olivier, chanoine de Cologne, arriva avec une flotte partie du nord et venant d'Espagne. Les pèlerins que commandait Olivier avaient pris les armes à la voix de ce prêtre qui nous a laissé l'histoire des évënemens que nous racontons. Le chanoine de Cologne pressa vivement les chefs de prendre une décision , et on convint de marcher vers l'Egypte. Jacques de Yitri raconte avec des détails qu'on peut lire dans notre douzième livre , l'arrivée des croisés à Damiette , la prise de la tour située au milieu du Nil.

Z/^. Lettre, « Combien est étroite cette voie qui conduit j) à la vie éternelle ! s'écrie l'auteur en commençant sa se- » conde lettre ; car ce n'est qu'après de grandes tribulations i* qu'il nous est permis d'y entrer, comme Dieu l'a dit dans i> son saint Evangile. » Après cette pieuse exclamation, Jacques de Yitri accuse les pèlerins timides qui ont abandonné l'armée sans avoir rempli leur vœu. Cette désertion coupable a empêché l'armée d'entreprendre quelque chose d'important. Voici comment l'auteur cherche à justifier l'expédition des chrétiens en Egypte : «r Si nous n'avons 3* point marché vers Jérusalem , c'est que les chaleurs de la i) saison et le manque d'eau nous présentaient des obstacles » insurmontables. La fertile Egypte, au contraire, nous » offrait tout en abondance , et les places les plus fortes :» ne pouvaient résister à la valeur impétueuse des croi- 3) ses. Au reste, cette terre est remplie de pieux souvenirs; » c'est là qu'ont demeuré Jésus - Christ et la Yicrge Ma- » rie ; c'est là qu'accablée de fatigues , la Yierge a pris î) du repos. D'ailleurs il se trouve dans l'Egypte un grand 3> nombre de chrétiens. Cette terre est donc sainte et y> précieuse aux yeux du Seigneur. » Après avoir ajouté que la conquête de l'Egypte pouvait ouvrir aux croisés les portes du royaume de Jérusalem , l'historien fait une courte description de cette contrée. On n'y trouve point de montagnes , son territoire n'est qu'une vaste plaine , et ce n'est qu'en Egypte qu'on trouve la vigne du baume , d'où l'on fait le chrême. Jacques de \itri raconte qu'en partant pour Damiette, les chrétiens emportèrent un morceau de la vraie croix , et que la première troupe de pèlerins qui arriva à Damiette , et dont il faisait partie , ne mit que deux jours et deux nuits pour se rendre auprès de cette ville , taudis que les croisés qui partirent ensuite de Ptolémaïs , restèrent j)his d'un mois à la traversée. L'évêque d'Acre voit nu iiiiraclc dans cette différence . Les guerriers qui arrivèrent

à Damielte après la première troupe des croisés, furent surpris de voir que ceux-ei avaient déjà place leurs tentes en tace de la ville, malgré l'attaque de Fennemi. En décrivant le Delta , Jacques de Yitri étale , comme dans l'histoire qu'il a écrite , ses connaissances dans les sciences naturelles : c'est ainsi qu'il parle des crocodiles qui rendent les bord» du Nil si dangereux , et de la coutume où sont les liabitans de faire éclore les œufs en les mettant dans un four chaud. Les eaux du Nil sont très-épaisses ^ plusieurs pèlerins , attaqués de la dyssenterie pour en avoir bu , expirèrent sur le sable. Le Seigneur fut très-miséricordieux envers eux , car il leur fit la grâce de mourir en parlant , en se réjouissant et en remerciant le ciel. Dieu voulut les récompenser, parce qu'ils avaient quitté en son nom leurs biens et leurs familles. L'auteur répète ensuite ce qu'il a dit dans sa première lettre , au sujet de la prise de la tour, qu'il appelle la clef de Damiette et de toutes les villes voisines. Les échelles qu'on avait dressées pour monter jusqu'à la tour, furent d'abord brisées ; plusieurs guerriers tombèrent dans le Nil', et s'envolèrent dans le ciel après un court martyre. L'évêque de Ptolémaïs finit sa seconde lettre en annonçant au pape Honoré qu'au moment où il lui écrit , on vient d'apprendre que le sultan , frère de Saladin , est mort de douleur à la nouvelle de la prise de la tour. (Voyez notre douzième livre.)

///•*. Lettre. Jacques de Yitri peint en termes allégoriques^ la situation de l'Église d'Orient , de cette Eglise , dit l'historien , qui , après avoir jeté des rayons de lumière dans tout l'univers , a vu son éclat pâlir depuis le règne du perfide Mahomet jusqu'à ces temps malheureux qui ont annoncé la vieillesse du monde. Il raconte que, pendant l'été, une grande partie de l'armée chrétienne , comme si elle eût été appelée au banquet céleste, s'endormit dans le Seigneur presque sans aucune souffrance. (Les pèlerins dont parle ici l'auteur moururent de la dyssenterie.) Le nombre des navires qui avaient été submergés dans les flots du Nil était si grand que les chrétiens ne pouvaient ni traverser le fleuve ni le faire remonter par leurs vaisseaux. Jacques de Yitri ayant voulu s'avancer avec ses galères , perdit vingt hommes et reçut une blessure. Le chroniqueur rapporte longuement le trait de bravoure des Templiers dont nous avons rendu compte dans notre douzième livre ; il parle , comme Olivier Scholastique et l'historien de Tours, de la terrible épidémie qui fit tant de ravages dans l'armée chrétienne. Nous avons dit dans notre histoire que les chroniqueurs latins ont

ignore la cause de la retraite des musulmans. Jacques de Vitri est le seul de nos auteurs qui n'attribue point à un miracle cette fuite inespérée : il dit que le sultan fut forcé de se retirer, parce que le soudan dlcone , le roi d'Arménie et le fils de Saladin étaient entrés dans son royaume à la tête d'une armée innombrable.

IV'^, Lettre. Après avoir rendu grâces à Dieu d'avoir fait tomber au pouvoir des clirétiens llmportante ville de Damiette , dont la conquête va leur faciliter les moyens d'étendre la religion du Christ , l'auteur reprend les é vénemens du siège et parle des promesses que les Sarrasins faisaient aux croisés pour les encourager à cesser leurs attaques. « Mais ceux qui , par leur expérience , connaissaient les » ruses de ces renards, dit l'évêque d'Acre, les Templiers, » les Hospitaliers , le légat , repoussèrent les séductions des » infidèles. Comment auraient-ils pu rendre le bois de la » vraiesiîroix , continue l'historien , puisqu'après la prise de » Ptolémaïs , Saladin le fit chercher en vain pour obtenir » la délivrance de plusieurs prisonniers ! » Lorsque le sultan vit l'étendard des pèlerins flotter sur les murs de Damiette , il fit brûler son camp ainsi qu'un pont qu'il avait fait jeter sur le fleuve , et se nâta de prendre la fuite. « Il était per- » suadé [certissimè sciens), ait l'auteur, que Dieu comoat- » tait avec les chrétiens. »

Jacques de Yitri rapporte qu'un peu avant la prise de Damiette, quelques pèlerins qui n'avaient marché au combat qu'avec des sentimens d'orgueil et des idées d'intérêt, furent tout-à-coup frappés de terreur à la vue de l'ennemi ^ et atteints d'une folie subite. En parlant du butin qui devint le prix des conquérans de Damiette , l'auteur dit qu'il y avait beaucoup de voleurs dans l'armée chrétienne ( muUl Jures et lalrones) , et que ceux-là n'étaient pèlerins que de nom. Cinq cents prisonniers musulmans furent échangés contre un grand nombre de chrétiens prisonniers des infidèles. (Voyez ce que nous avons dit dans notre douzième livre sur l'état déplorable de la cité conquise , et sur les enfans que Jacques de Yitri acheta, qu'il fit nourrir, et auxquels il donna le baptême.

Nous ne trouvons rien de nouveau dans la lettre de Gilles de Lèvres , pénitencier de Pelage , évêque d'Albano , sur la prise de Damiette.

Lettre des chèques et barons de la Terre-Saintc h Thihauld, roi de Na^'arre, — Ce prince ayant demandé com^

ment il devait effectuer son passage en Palestine , ces eVéques et barons lui indiquent, dans leur réponse, le port de Marseille, ou celui de Gènes, comme le plus sur et ie plus commode. De là il devra se rendre en Chypre, oii il pourra s'approvisionner de vivres; ensuiw en Syrie, puis à Damiette ou à Alexandrie. Cette lettre finit par des vœux pour la délivrance de la Terre-sainte. Elle est datée de Saint -Jean d'Acre, au mois d'octobre 1238.

Lettre de Renauld/ie Nantçuil, évéque de Beauvais , à Philippe roi de France. — Cet evéque prie humblement le roi, si quelque obstacle légitime l'empéche de remplir le t ncBVL qu'il a fait d'aller au secours de la Terre-sainte , de vouloir bien faire remettre les douze mille livres tournois que ce prince a reçues de lui , à ceux qui doivent recueillir la dime pour le passage gênerai, ou à ceux qui doivent avoir ladite dîme; savoir: pour la dîme p^ticuiière qu'il devrait payer s'il ne pouvait faire le passage, cinq mille livres parisis , dont la moitié serait donnée avant l'embarquement, et l'autre moitié', au-delà de la mer; pluç, quatre mille six cents livres parisis à celui qui poftieir^it l'ç'tisnda^d , et qui aurait avec îui quatre guerriers ou pli^s, &c. ^\e est à la date de 1282.

Pièces diplomatiques relatives aux Croisades et recueillies dans le Trésor des anecdotes de Martène,

Charte de Baudouin, Comte de Flandre, — a Au nom du Père , du Fils , &c. Moi Baudouin , comte de n Flandre et de Hainaut, je veux qu'il soit connu de tous n que, devant partir pour Jerusfdem, je me rendis à l'abbaye n de Clair vaux ; frappé d'une divine inspiration et édifié de n l'exemple , de la piété et de la ferveur des religieux , j'ai rén solu de faire du bien à ce monastère, n

Baudouin constitue en conséqucDce une dotation à perpétuité , et confirme de plus toutes les dispositions et dotations faites en faveur du monastère par son aïeul Philippe compte de Flandre, &c. Cet acte est du mois d'avril 1202.

Edit de Philippe Roi des Romains. -^ Il est adressé aux archevêques , évéques , abbés , ducs , marquis et à tous les fidèles de ses états , et a pour but de les engager à porter du secours à la Terre-sainte* Le roi leur dit qu'ayant été informé du triste état où se trouvent les chrétiens en Orient , il a , de l'avis de son conseil , ordonné un subside de six deniers par charrue , et de deux deniers pour tout marchand ou habitant de ville, de quelque condition qu'il soit,

sans néanmoins borner la charité de personne. II ne fixe point de quotité pour les grands , et laisse à leur volonté' le soin de la régler. Ce subside, établi pendant cinq ans, sera appliqué aux besoins de la Terre-sainte. Le roi engage tous ses sujets à partager îa gloirflf d'une si bonne oeuvre. Cet édit est daté de Quidelingebert, 1207.

Charte de Raymond Comte de Toulouse, — « Que 9) tous ceux qui ces présentes verront sachent que nous f) Raymond , par la grâce de Dieu , comte de Toulouse , marn quis de Provence, reconnaissons et avouons en vérité que f> nous avons eu et reçu pour la croisade du frère Hugues » de Turenne , homme discret et religieux de l'ordre des » frères Mineurs , nonce du pape, 750 liv. mergorienses (1), » d'une part, et 115 Hv. tournois, de l'autre : argent que » Guillaume P. Basiier nous a donné par son ordre. Item, » d'une autre part , cent pièces d'or et quinze marcs sterlings » qu'il a envoyés à Sycard Allemand , pour Bertrand Ricara« n Item, dix marcs pour le sénéchal d'Agen, et onze marcs n pour Raymond Blancard , et cent sous morlans (2) pour la » mère d'Odon Escot. Item, 100 liv. tournois pour le noble T) homme comte de Rodés. Item, 314 liv. au même pour V le vingtième du Venaissin. En foi de quoi nous avons fait n sceikr les présentes de notre sceau. Donné à Marseille, » aux calendes d'octobre, l'an 1248. n ^

L'année suivante , ce même comte de Toulouse fit connaître, étant tombé malade et sur le point de mourir, rengagement qu'il avait pris d'aller en personne à 'la Terresainte. Cependant, au cas où il ne pourrait accomplir son vœu , il enjoignait à son successeur d'envoyer en Palestine cinquante hommes bien armés pour y servir pendant une année. Il voulait aussi qu'on restituât au saint-siége ditiercntes sommes qu'il avait entre les mains. Cette charte est de 1249.

Testament du Comte de Soïssons. — In nomine Patris, et Filii , et Spiritûs Sancti. Amen, a JcRaous, de yy Soissons , sires dou Tour , fas sçavoir à tous ciaus qui ces « lettres verront que je en mon bon sens et en mon bon ty mémoire , apparciîés pour aller en la Sainte-Terre d'outre- « mer , ai ordonnet mon testament et ma devise pai'-devant

(1) La iivrc mergoricnse, ou de Mcigucil, était une de celles qui avaient le plus grand cours dans ie Languedoc; soixante-quinze de CCS livres représentaient une livre d'argent.

(i) Monnaie de Morlas; on en ignore ia valeur pre'cise.

« bonnes gens , ensi corn il est ci-après contenu. Au cora- » mencement je weis et ordene que mes detes soient pailes n toutes , quel part qu'elles soient trouv^'es. Après je weis et n ordene , qui mi rendage, et ici restitutions jde mes tor fais f) qui seront prove's par-devant mes exequuteurs ou dont mi f) exequuteurs avéreront les prétentions qu'il leur semblera, » selonc le profit de m'ame, qui doient estre rendut et resn tablit psMT les mains de. mes exequuteurs qui seront ci-après fy nomet. Après ces choses devant dites , je lais set livres de J9 Paris à penre, chascun an, après mon decet, à ia Pasque,' 9 à ma rente que li ville dou Tour, me doit*, pour acheter fy dras , et depar.tir au poures de îa ville dou Tour et de ^ » Be);aincourt , à lentree de Fyver. ensuivant Après , à la » Praele XL sofe , au ouret dou Tour xx sols', à Saintn Nicolas dou Tour xL* , à mon signor Nichole le chape- 9 Jaîn X', à mon signor Maunnier x^ , au chapelain de n Sfiiiat-Ladre x* ; à i*eglise de la Val-Ie-Roy un mui de soile » à tous jors à penre à mes terrages dou Tour de des le tier ff jour de Noè'I \ pour faire mon anniversaire au jour de mon •> obit; à l'église de Signy un mui de soile à penre à tous jors » chascun an en- ce meisme terrage et à ce meisme jour def> vaut dit pour faire chascun an mon anniversaire le jor de f) mon obit. Et weil et otroi que l'église de Signy devant dite n tiegne dorenavan^t permenablement entour sis jours et demi y» de terre oh enable , qui me devoit terrage par un denier n paris à rendre chascun an de l'eglise devant dite à nous n et à nos oirs au jour de la Saint-Remy au tour, et cil quatre » deniers sunt de cens. Ajpres je lais à l'église de Vaucler un • mui de soile à penre à tous jours, et à retenir des quatre n muis de soile qu'il a à Frontrgny pour faire mon anniver- » saire chascun an au jour de mon obit. Après , au curet de >y l'église de Saint-Nicolas dou Tour et aux chapelains dou 9) Tour , trois setiers de soile à penre à tous jours qhascun an , yy au jour de mon obit, à mes terrages de Tour, et aus..,. » dou Tour, trois setiers de soile à penre à tous jours chasn cui> an , au jour de mon obit, à mes terrages dou Tour , se ^ if y estoient; et se il n'y estoient , on les penroit à mes n moulins de Tour pour faire mon anniversaire chascun au n au jour de moa obit , et pour départir au prestre et aux ^^ chapelains qui seront présent à mon anniversaire faire. A w riiostellerie dou Tour, xxx sols à penre chascun an à » tous jours à ma rente que la ville dou Tour me doit à la yy Pasque. A la maladrerie dou Tour , xx* à penre chascun « an à tous jours ù mes rentes dou Tour devant dites à la

n Paétque. Et ces choses devant dites , aussi mes detes , coin n mi rendage , mi tort fait et mi lais devant dit , je weis et » ordene que il soient pris sor tous mes biens , meubles et » iretages presens et futurs , quel part qu'il soient et en ry queconque lius où il sevont trouve's , au jour que je irai » de vie à mort. Et à ces choses fermement à tenir permen nablement ce qui à perpetuitet apartient , et toutes mes » autres choses entièrement je oblige mes biens devant dits f9 tous et mes oirs et mes successeurs. Et de mon testament » et de ma devise devant dite , je ordene et establis mes » exequuteurs hommes religieus, Fabbe' de Signj, Fabbe' de » Vaucler , de VaHe-Roy , et mon bon ami et mon fiaule wjnonseigneur Gilon de Biauru. Et weis et ordene que par For-

V denance et la devise de mes exequuteurs devant dits, totes

V les choses devant dites soient ordene'es et devisees. Et est a » sçavoir que en tous les lius là ou je ay deniers laissies ce '> sont parisis. Et en tesmoignage cle toutes ces choses de? yy vant dites , je en ai ces présentes lettres et ce testament » présent scele de mon propre sceï.

» Ce fut fait en l'an de l'incarnation Nostre-Seigneur » MCCLXX , au mois d'avril. »

Ordonnance de Charles-le-Bel. — Elle est adressée à FeVéque de Carcassonne. Le roi commence par annoncer que la délivrance des saints lieux occupe toute sa pense'c; qu'il avise aux moyens gene'raux et particuliers de les arracher des mains des infidèles, et que le choix des personnes capables d'exécuter convenablement cette importante entre^ prise est l'objet de ses méditations. Il vient tout re'cemment de recevoir, par les envoye's du roi de Chypre et par d'autres voies, la nouvelle de trois invasions successives dans l'Armcnie par les ennemis de notre foi , qui ont massacre les chrétiens et en ont emmené' captifs un grand nombre, u Ces » barbares, ajoute-t-iï, se disposent a se jeter de nouveau «sur i'Arme'nie, à envahir le royaume de Chypre, enfin ♦) à s'emparer de tous les pays occupes par les chrétiens. Ces

V envoyés, après avoir expose', dans une assemble'e tenue »> à Paris et compose'e de pre'lats, barons, &c. , la de'plorable

V situation des fidèles d'Orient , après nous avoir apitovc

V sur leur triste sort, nous ont presse' de suivre l'exemple des " rois nos pre'de'cesseurs , qui , à diffe'rens temps, ont arrache n la Terre-sainte à Ja domination des infidèles. Considérez , » nous ont-ils dit, la grande et nouvelle difficulté ou plu- 19 têt r impossibilité de recouvrer la Terre-sainte , et les proit fondes calamités qui accableraient les chrétiens d'Orienf

>» jî V Arménie et Vile de Chypre tombaient au pouvoir des » Sarrasins.

» Voulant donc prévenir de si grands malheurs . pourvoir » à la sûreté de ces pays , et empêcher d'abord que d'infaraes » et perfides chrétiens ne fassent par mer avec les infidèles » un commerce illicite et impie d'armes, de fer, de bois, etc., >i nous avons résolu d'envoyer dans les mers de Syrie un » certain nombre de bâtimens et de soldats, vers le mois de » mai prochain , et de nommer pour chef de cette expédition i) notre fidèle et amé conseiller Amauri , vicomte de Nar- >» bonne , homm.e d'une grande prudence et d'une bravoure » éprouvée. Pour rendre cette expédition plus prompte et » plus sûre , nous avons nommé pour amiral notre cher Bé- » ranger Banchi, homme également habile. Nous leur ad- » joindrons quelques prélats nos conseillers , des barons , » des gentilshommes et d'autres personnages de distinction, j> et un grand nombre de personnes tant ecclésiastiques que » sécuUères de notre royaume , lesquelles , soit par un sen- » timent de dévotion, soit pour obtenir les nouvelles indul- » gences accordées à cet effet, se détermineront à partir » pour la défense de l'Arménie et tlu royaume de Chypre. M Considérant d'ailleurs que le subside levé pour le premier i> passage ne saurait suffire pour subvenir aux dépenses de » cette nouvelle expédition, nous vous engageons à faire » une coUecte dans vos diocèses respectifs, et à exhorter vos. » diocésains à contribuer à cette bonne œuvre le plus promp- » tement possible , dans la crainte que le moindre retard j> ne laisse exposés aux plus grands dangers l'Arménie et le » royaume de Chypre. Nous désirons que les petites of^ » fraudes des fidèles soient déposées dans des troncs à » quatre clefs des églises paroissiales ; le curé aura une de ces^^ » clefs , et les trois autres seront confiées à des personnages » d'une probité reconnue , et les sommes fidèlement enren gistrées. A la fin de chaque mois , le tout sera remis à l'é- » vêque diocésain ou au chapitre de la cathédrale , et à trois » hommes prabes: désignés dans chaque ville. Le montant » de ces sommes sera envoyé à Paris , à notre bien aiméi^ » l'évêque de Mende, abbé de Saint-Germain-des-Prés , » doyen du chapitre de Paris, et à Nicolas de la Paix, qui » en feront l'usage convenable, défendant que cet argent j» soit appliqué à toute autre destination. Sachez que les. » prélats qui sont à Paris , pour exciter par leur exemple » votre zèle et votre charité, ont offert pour le premier pas- » sage , et se sont engagés pour celui qui devra avoir lieu au » mois d'août ppochain, de payer un subside du vingtième*

D de leurs revenus , indépendamment de celui de la dime. » Le roi termine sa lettre en nommant quelques princes et grands du royaume qui se disposent à partir pour ce voyage!

IlVFORMATIOrïS ENVOYÉES AU CARDINAL d'AviGNON SUR LA PRia

DE CoNSTANTiNOPLE. — Nous fcrons Connaître cette pièce dam les extraits des historiens grecs qui ont parlé de cet événement. Nous avons cru qu'elle aurait dans cette partie de nos extraits un plus grand intérêt.

SPIGILÉGE,

OU

COLLECTION DE QUELQUES VIEUX ÉCRIVAINS QUI ÉTAIEHT OUBLIES DANS LES BIBLIOTHEQUES DE FRANCE (l).

Cette collection, d'abord publiée par Luc d'AcIiery, moine de l'ordre de Saint-Benoît, de la congrégation de Saint-Maur, fut dans la suite revue et corrigée d'après les manuscrits originaux , par Etienne Baluze , Edmond Martène et Louis François -Joseph de Labarre, de Tournai. jNous avons suivi dans notre analyse cette seconde édition , infiniment plus exacte que la première ; elle fut imprimée à Paris en l'année 1 725 , en 3 vol. in-fol.

Sans nous arrêter au premier volume, entièrement étranger à l'histoire des croisades, nous passerons au second, qui renferme des chroniques où il est quelquefois question des guerres d'outre-mer. La première chronique, qui parle des croisades , a pour titre :

Histoire de Trêves ^ page 208. — Cet ouvrage , dont l'auteur est inconnu, commence à la naissance de Jésus-Christ, et parcourt dans seize pages l'espace de onze cent vingtdeux ans. On y lit, sous la date de 1096, qu'une foule immense des deux sexes et de toutes les nations , résolut de marcher à la cité sainte ; elle voulait soumettre tous les incrédules à la foi chrétienne , et c'est dans cette intention

(i) Spiclleglum , sive roUectio veterum aiiquot scriptoram qui in gallisc bibliotnecis dclitucra,iit.

qu'elle se prépara à exterminer tous les juifs. Tout ce passage, se retrouve mot à mot dans les Gestes des archevêques de Trêves, dont nous avons présenté l'analyse ( collection de Martène , page 528 ) . L'histoire de Trêves n'offre aucun autre récit relativement aux saintes expéditions.

Chronique de saint Pierre-le^V^if de Senones , de l'ordre de Saint-Benoit, par le moine Clarius , page 465. Ce que dit le moine Clarius sur les guerres saintes se trouve répété dans presque toutes les chroniques que nous avpns analysees.

Chronique de saint Médard de Soissons, page 486. — Cette chronique , qui a pour auteur un religieux du monastère de Saint-Médard , commence à Tannée 497 et ne finit qu'en 1 249. En moins d'une demi-page , l'auteur raconte les deux premières croisades ; le court récit qu'il fait de la troisième expédition renferme des inexactitudes. Sous la date de 1 207^ l'historien parle du départ des princes et des peuples qui , à la voix du prêtre Foulques , se mirent en marche contre les ennemis de la croix. « Par suite de certains événemens, » dit l'anonyme [quibusdam casibus intervenientibus) , ils di- » rigèrent leurs armes contre les Grecs , et Constantinople a> tomba en leur pouvoir. » Voici comment l'anonyme raconte la croisade d'enfans qui eut lieu en 121 5, et qu'il a placée en 1 209 : « Une multitude innombrable de petits en- » fans et de jeunes gens partirent , malgré leurs parens , » des cités , des châteaux et des villages de France ; ils di- » saient qu'ils allaient traverser les mers pour chercher la t> sainte croix. Mais ce projet n'eut qu'une fatale issue ; la » plupart d'entre eux périrent en voyage ; quelques-uns seule- » ment retournèrent dans leurs foyers .Quelques-uns assurent, » poursuit le chroniqueur, qu'avant ce merveilleux événe- » ment , on avait vu à la fin de chaque période de dix an- » nées les poissons , les grenouilles , les papillons et les oi- » seaux prendre la même direction que suivirent ces jeunes » enfans. On pécha à cette époque une si grande multitude » de poissons , que tous les hommes en étaient frappés d'é- » tonnement. Des vieillards nous ont raconté qu'il se ras- » sembla alors de diverses contrées de France une foule » immense de chiens auprès d'un village de la Champagne. » Ces chiens se divisèrent en deux bandes ; ils se battirent » ensemble avec tant de rage et de fureur, qu'ils périrent » presque tous dans le combat , et qu'il n'en revint qu'un » petit nombre, » (Voyez sur la croisade d'enfans une lettre de M. Jourdain qui se trouve dans les éclaircissemens du troisième volume de notre histoire , page 605. )

En 1217, AlbérîCf archevêque deRBeims, partit pour là Syrie avec un grand nombre de prélats et de princes qui avaient pris la croix avec lui ; ils se réunirent à Jean de Brienne, et allèrent assiéger Damiette. (Lisez le récit du siège de cette viUe dans nos extraits des chroniques d'Olivier Scholastique , des podestats de Reggio , et dans le douzième livre de notre histoire.) Après avoir rapporté brièvement le pèlerinage de Frédéric (1229) , Fauteur dit qu'à son retour l'empereur tourna ses armes avec plus d'acharnement que jamais contre les biens de l'Eglise romaine, des autres Eglises, des Templiers et des HospitaUers. (Voyez le récit de l'expédition de Frédéric , et des événemens qui la suivirent , dans notre treizième livre , et dans nos extraits de Richard de Saint-Germain et du continuateur de Guillaume de Tyr ; lisez sur le séjour de l'empereur à Jérusalem, nos analyses des auteurs arabes. ) Le chroniqueur de Saint- Médard s'arrête à la croisade de Thibaud , roi de Navarre (1259); il rapporte les terribles querelles de Grégoire IX avec l'empereur d'Allemagne. « Le pape qui depuis longj> temps l'avait frappé d'excommunication, dit l'auteur, :» l'anathématisa et le condamna tant dans les choses spiri- » tuelles que temporelles. Mais on assure que malgré ces » décrets , Frédéric ne perdit rien ou presque rien de ses » biens temporels. Parum vel nihil temporalia imminuta sunl » propter hoc. L'empereur chassa de leurs églises ou de leurs i^ monastères une foule d'évêques , d'archevêques et d'ab- » bés, et s'empara de toutes leurs possessions. » En terminant son ouvrage , l'historien rapporte la prise de Damiette par saint Louis (1249). « Nous ne savons point, ajoute-t-il, » par quel jugement de Dieu cette cité , que les chrétienj « avaient rendue inexpugnable, tomba dans la même au- » née (ce fut en 1250) entre les mains des Sarrasins sans » perte ni dommage. >j Notre chroniqueur ignorait apparemment que la reddition de Damiette avait été le prix de la délivrance du roi français. (Yoyez pour ces événemens le quinzième livre de notre histoire.)

Chronique abrégée de Saint-Denis , page 495. — Cette chronique , rédigée par un moine de Saint-Denis , n'est qu'une table très -abrégée des événemens les plus importans de l'histoire de France. Chaque événement, chaque année même, n'y tient pas plus d'une ou deux lignes; cependant la croisade de Louis Vil y est assez exactement racontée. Le chroniqueur, qui la considérait sans doute comme un des événemens les plus importans de son siècle , soit par le but pieux de l'expédition , soit parce qu'elle fut la cause àt

la régence de Suger, abbé de Saint -Denis,' y a consacré toute une colonne ; mais il n'apprend rien de nouveau et se borne à abréger Fauteur des Gestes et Odon de Deuil. La chronique rapporte , sous la date de 1 258 , que le roi de Navarre , les comtes de Champagne et de Montfort , et presque toute la noblesse , partirent pour Jérusalem ; qu'en 1 248 le roi Louis reçut des mains du cardinal Odon , dans l'église de 3aint-Denis, l'étendard , le bourdon et la panetière ; et qu'en 1 284 Philippe, roi de France , les reçut aussi dans la même église , le dimanche de la mi-carême.

Histoire de V abbaye de Senones, par Richery moine de ce monastère y page ^05. — Ce n'est qu'en 1215 qu'il est question des croisades dans cette chronique , et celle des enfans est la première dont parle l'auteur. Ce qu'il dit sur cet événement extraordinaire n'est pas sans intérêt. « Il se réunit » alors de difFérens pays , je ne sais comment , dit Richer, » de si grandes troupes d'enfans , qu'ils formaient une arj> mée innombrable. Ils faisaient porter devant eux des » étendards , disant qu'ils devaient aller au-delà des mers , » et que le sort leur donnerait la Terre-Sainte , comme l'ob- » tinrent jadis les enfans d'Israël après leur sortie d'Egypte. » Dans quelque ville qu'ils arrivassent , les habitans les re- » ce valent au nom de Dieu comme des pupilles et des or- » phelins qu'ils étaient ; ils leur fournissaient des provisions » et les laissaient partir. Ces jeunes pèlerins ayant traversé » les Alpes , entrèrent dans la Lombardie et se répandirent » dans les villes maritimes, telles que Gênes, Pise et autres » situées sur la côte. Ils espéraient trouver des vaisseaux » pour passer la mer, et n'en trouvèrent point. Il y eut ce- » pendant deux navires qui se mirent en mer, chargés d'une » partie de ces enfans ; mais on ignore s'ils arrivèrent à » quelque port, ou dans quel pays ils furent portés. Ceux » qui restèrent furent réduits à la plus affreuse misère, on » leur refusait l'hospitalité , et ces paroles de Jérémie pou- » valent leur être appUquées : Les petits enfans ont demandé » du pain y et il n'y avait personne pour leur en couper. Aussi » la plupart d'entre eux avaient péri de faim , et leurs ca- M davres sans sépulture remplissaient les rues et les places » publiques. On peut comparer cette petite nation à ces » grands innocens qui furent immolés pour Jésus - Christ, » parce que dans l'âge le plus tendre elle a supporté d'in- » croyables fatigues et les horreurs de la faim , plus cruelle >* aue le glaive : c'est pourquoi le prophète a dit ; Les vie*- » nmes qui sont tombées sous le glaive ont eu un sort plus doux »> que celles qui ont péri par la faim. Cela est trèsrvrai , car ttn

» coup d'épéc suffit pour tuer un homme, et ce n'est qu'après » de longues souffrances qu'on përit par la faim. Les entans » qui étaient plus âges et plus raisonnables se dispersèrent » dans le pays d'Italie et de Toscane , et s'ofifrirent pour la- M bourer la terre ou pour le service des maisons. Telle fut )» l'issue de cet événement, ajoute le chroniqueur, et nous )» ignorons encore ce qu'annonçait un mouvement si extraor- » dinaire. » La sixième croisade, l'expédition de Frédéric, qui marchait sous le poids d'une, excommunication , et b première croisade de saint Louis, sont raraortées brièvement par le moine de Senones ; dans ces derniers événemens le récit du chroniqueur est plein d'inexactitudes. U dit qu'il n'a parlé de l'armée de saint Louis que d'après la relation d'un prêtre qui se trouvait sur les lieux; il faut croire que ce prêtre l'avait mal informé. (Lisez le récit de ces expéditions dans nos 12^ , 13«. , 14«. et 15®. livres. )

Chronique du monastère d'Andres dans l'éséchédeBoulojgne, par l'abbé Guillaume, p. 781 . — Le chroniqueur ne fait qu'un récit rapide de la première et de la seconde croisade ; 3 raconte, comme plusieurs auteurs contemporains, que les chrétiens , au siège de Marrah , se virent obligés de manger des cadavres déjà puans , et que dans le temple de Salomon, les cavaliers étaient dans le sang jusqu'aux genoux. D'après sa relation , ce qui contribua surtout à la victoire que les chrétiens remportèrent à Ascalon , ce furent de grands nuages qui défendaient les guerriers du Christ contre les ardeui'S d'un soleil binilant. Guillaume attribue les calamités de la seconde croisade aux crimes de toute espèce dont se souillèrent les pèlerins français et allemands. Voici comment il s'exprime en parlant de l'assemblée tenue à Paris en 1 1 88 , dans laquelle on ordonna la levée d'une contribution extraordinaire pour la croisade : « Tandis qu'ils devaient s'oc- » cuper de la délivrance du saint tombeau, les princes ou*- M blierent leur serment et décidèrent une guerre non en » faveur de l'Eglise , mais contre l'Eglise. Ils livrèrent aux » fureurs des Turcs la vigne du Seigneur ; voulant coni- » mettre un crime nouveau et inoui ( novum et inaudilwn yt f admis inv&dentes) , ils la forcèrent de payer la dime. » Lisez à la page 278 de notre Bibliothèque , ce que rapporte à ce sujet Rigord , le chronographe de Philippe-Auguste ; on trouvera aussi à la page 280 l'ordonnance royale pour la perception de la dîme ( c'est la dîme saladine) . La narration que fait l'auteur de la troisième croisade , n'apprend rien de nouveau à ceux qui ont lu nos extraits de Gauthier Yinisauf, de Bromton et de la chronique anglaise.

En parlant de la reddition de Daniiette (1221), qui avait coûté tant de travaux à Tarmëe chrétienne , Tabbé 4u monastère d' Andres dit que cet événement fut cause que toute l'Eglise fut énormément lésée et épuisée par le paiement du vingtième de ses revenus pendant trois ans de suite.

Chronique de Nicolas de Treveth, dominicain, page 145, tome ni. — Ce moine, anglais de naissance, fut tour-à-tour poète, rhéteur, historien, mathématicien, philosophe et théologien ; dans Touvrage important que nous avons sous les yeux , tout en retraçant les événemens arrivés en Angleterre depuis 1156 jusqu'en 1507, Nicolas ne néglige point de raconter les faits remarquables qui eurent lieu en France et en d'autres royaumes pendant les trois siècle^. qu'il parcourt. Cette histoire , écrite avec beaucoup d' ordre et d'élégance , justifie l'admiration des contemporains pour le religieux qui en est l'auteur. Nousne pouvons nous y arrêter qu'en passant , parce que son récit des guerres d'outre-mer n'ajoute rien à ce que nous savons sur ce sujet. L'anecdote suivante qu'il raconte , sous la date de 1 1 82 , nous a paru cu-< rieuse : « La mère du Soudan d'Icône, sœur du comte de Saint- » Gilles , étant sur le point de mourir, révéla à son fils un » secret qu'elle lui avait toujours caché ; elle lui avoua qu'elle » était chrétienne , en le suppliant de croire lui-même en » Jésus-Christ et d'aimer les chrétiens. Apr'ès que le Soudan » eut répondu qu'il n'osait agir ainsi à cause des idolâtres , » sa mère ajouta ces paroles : Monjils, quand je ne serai » plus, élève-moi un tombeau en forme de pyramide, et tu j» placeras sur le haut de ce monument le signe de la croix. » Le Soudan d'Icône ayant répliqué qu'il n'oserait jamais » placer cette croix pendant le jour , la mère lui dit de le » faire pendant la nuit. Cette action du prince indigna les » Sarrasins ; deux d'entre eux voulurent , l'un après l'autre, » arracher cette croix ; mais ils périrent dans une chute sou- » daine. Trois jours après on vit autour de ce monument » une grande multitude d'infidèles qui étaient venus pour » le détruire de fond en comble , et la foudre dévora plu- » sieurs de ces barbares. On dit qu'il apparut alors l'ange » du Seigneur, et qu'il posa lui-même sur le haut de la pyft ramide une croix étincelante. Cela arriva, ajoute le chro- » niqueur fidèle à l'esprit du temps , afin que plusieurs » crussent en Jésus-Christ et adorassent humblement le » signe de notre Rédemption. >»

Ce que rapporte le dominicain sur la troisième croisade , a été emprunté au récit de Gauthier. (Lisez , pour cette troisième expédition, nos extraits de \ Itinéraire du roi Richard,

de la chronique anglaise , de Brointon> etc. ) En parlant de la prise de Constantinople parles Latins ( 1204) , l'historien' raconte qu'un grand nombre d'habitans de cette ville croyaient qu'aucune puissance humaine ne pouvait s'en emparer, soit à cause des fortifications de cette capitale immense , soit à cause d'une ancienne prophétie qui annonçait que Bysance ne serait jamais prise que par un ange (per angelum ) ; comme les croisés entrèrent par la porte où était peinte la figure d'un ange , les Grecs s'aperçurent que l'équivoque du mot angeAes avait trompés. En 1215, il rappelle que Jean , roi d'Angleterre , prit la croix et voulut aller dans la Palestine , mais que ses barons se soulevèrent contre lui et l'empêchèrent de partir. L'auteur ne parle plus des croisades que pour raconter très-succinctement les deux expéditions de saint Louis.

Fragment de l'Histoire d'Anjou , par Foulques , cobite d'Anjou. — Ce fragment d'histoire est l'ouvrage de Foulques IV, comte d'Anjou, dit le Rechin. Malheureusement, tout ce qui concernait l'auteur lui-même, et qui se trouvait au commencement, est perdu. Nous ne faisons mention de ce fragment , que parce qu'il offre à la fin un abrégé succinct et exact de la première croisade. Après le rçcit des événemens arrivés dans le comté d'Anjou, l'auteur s'exprime en ces termes : « Yers la fin de cette année ( 1 095 ) le pape vint » à Angers , et invita nos vassaux à marcher contre les in- » fidèles , qui avaient envahi toute la Palestine jusqu'à Consy> tantinople. A sa voix, non-seulement les peuples, mais y> encore les seigneurs prirent les armes. » Le comte d'Anjou raconte ici brièvement la marche et les succès des pèlerins dans l'Asie mineure. 11 décrit avec non moins de rapidité les sièges de Nicée et d'Anlioche. Ce fragment s'arrête aux souffrances qu'éprouvèrent les pèlerins assiégés dans cette cité. Yoici comment s'exprime à cette occasion le comte Foulques : « Lorsque les croisés se furent emparés d'Ani) tioche , une armée innombrable de Persans et de Turcs }> s'avança et vint les assiéger dans la cité conquise. Les j) chrétiens , étroitement pressés pendant dix-huit jours , fu- >> rent obligés de manger non-seulement de la chair de che- » vaux, mais encore du vieux cuir ramolli avec de l'eau, w mets dont ils faisaient leurs délices dans cette cruelle sij> tuation. Enfin le miséricordieux Jésus eut pitié des souf- » frances de son peuple n

Ici se termine le fragment. On doit d'autant plus regretter ce qui nous manque de cette chronique, qu'elle est l'ouvrage d'un seigneur laïque , voué à la profession des armes.

DT.S GIlOiSADES. 445

Toutes les chroniques du moyen âge étant rédigées , comme nous Favons vu , par des ecclésiastiques , ont un caractère presque uniforme ; il eût été curieux de voir comment un preux du onzième siècle aurait écrit Tliistoire des expédi-* lions d'outre-mer.

Lettres et Pièces relatives aux Croisades^ recueillies

par d'Achery.

Deux cent quinze ans avant la prédication de Pierre TErmite, l'Eglise de Jérusalem, pauvre et délaissée, avait fait entendre en Europe des paroles suppliantes. D'Achery ( tome ni , page 365 , année 88 1 ) nous a conservé une lettre d'Hélie , patriarche de Jérusalem, adressée à Charles*le -Jeune, à tous les princes très ^ magnifiques , très-pieux et très-glorieux de l'illustre race du grand empereur Charles, aux rois de tous les pays des Gaules , aux comtes , aux très - saints arches^ques , métropolitains , évêqu^s, abhés, prêtres, diacres , sous - diacres et ministres dc' la sainte Eglise, aux saintes sœurs, à tous les adorateurs de Jésus^ Christ, aux femmes illustres, aux princes, aux ducs, à tous les catholiques et orthodoxes de tout l*univer^ chrétien, dette lettre n'est pas indigne de fixer l'attention de nos lecteurs > parce qu'elle nous peint la triste situation de Ixglîse de Je-» rusalem à cette époque , et qu'elle nous annonce que , dès le neuvième siècle, il s'était établi entre les chrétiens d'Occident et les chrétiens d'Orient , des rapports qui dans la suite devaient amener les croisades.

« Nous croyons nécessaire , leur dit le patriarche , de voua » annoncer les grandes et nombreuses tribulations que nous »> fait souffrir un peuple criminel et odieux au Seigneur, et 3> dont les pèlerins ont pu vous faire un assez fidèle récit. 3> Mais il y a une chose surtout qui fait notre plus cruel » tourment , et c'est dans ces lettres que nous la confions à » votre charité. En voyant nos temples , les uns abattus , les » autres tombant en ruine par une longue vétusté , et n'o- » sant ni les reconstruire ni les r^arer, nous avons com- >» mencé à implorer la miséricorde du Seigneur par de grands -M gémissemens et des prières assidues , afin que , pour la » gloire de son saint nom , il nous donnât un moyen de re- » lever les églises par nos sueurs et notre travail. La divine » Providence a voulu que tè prince de ce pays , s'étant fait » cXkvéMïexi'^ {christianus factus) , connue nos envoyés pour- » ront vous le diie , il nous a d'abord permis de reprendre

» nos saints édifices et de rebâtir ceux qui étaient détruits. 9» Cette autorisation venait du ciel ; nous ne devions pas et j» nous ne pouvions en aucune manière la dédaigner. C'es| » pourquoi , relevés et fortifiés par le Seigneur, nous nous » sommes armés de tout notre pouvoir pour commencer » notre grand travail. Il fallait, pour l'exécution de cette 9> entreprise , des ressources que nous n'avions pas ; nous » avons eu recours aux infidèles. Mais parce que nul n'a » voulu nous donner de l'argent , sans avoir reçu aupara- » vant une garantie, nous avons livré en gages nos oliviers, » nos vignes et nos vases sacrés , et nous n'avons pu encore, "» faute d'argent , redemander ces gages à nos créanciers, b Le patriarche dit que par une suite de la perte de leurs oH- Tiers, l'huile manque aux lampes du sanctuaire ; les pauvres et les moines sont pressés par la faim , et plusieurs prisonniers que les chrétiens ne peuvent racheter, sont sur le point de périr daps l'esclavage. Comme, selon le divin apôtre, lorsqu'un membre souffre, tous les membres souffrent aussi; les chrétiens de Jérusalem ont cru devoir s'adresser à leurs frères d'Europe , espérant que ceux-ci leur ouvriront les entrailles de leur bienfaisance. Il n'y aurait rien d'étonnant qu'ils donnassent une petite partie de leurs revenus pour la reconstruction des églises de Jérusalem , puisque jadis les ^nfans d'Israël offraient d'eux-mêmes leur argent pour relever le tabernacle , et qu'on fut obligé de faire annoncer par un crieur public qne Ifes dons offerts suffisaient , avertissement qui n'arrêta pas tout-à-fait la générosité du peuple de Dieu. Il faut donc croire que si les Israélites continuaient leurs offrandes, malgré l'avis qu'ils avaient reçu , les Occidentaux dont on implore le secours , n'abandonneront point l'Eglise de Jésus-Christ. Après avoir prouvé par d'autres raisons tirées de l'Ecriture , que c'est un devoir pour les fidèles d'Europe de secourir Jérusalem, Hélie leur recommande les deux moines chargés de porter ces lettres , ajoutant qu'ils peuvent confier sans crainte tout ce qu'ils voudront à ceux à qui le Sauveur n'a pas dédaigné de confier ses sacremens et son tombeau. Le patriarche , dans cette lettre , emploie toutes les ressources de son esprit pour exciter la compassion de la chrétienté ; on entend déjà ces cris d'alarmes qui devaient un jour armer des miUions d'hommes contre les barbares de l'Orient.

Lettre d'Etienne , comte de Bloîs,

Pendant son pèlerinage , Etienne , comte de Blois , écrivit |rois lettres à soj^ épouse. La première , qui ne nous est

point parvenue , renfermait le rëcit de ce qui était arrivé à ce prince depuis son départ jusqu'à Rome , et depuis Rome jusqu'à Gonstantinople; la seconde, qu'on trouvera analysée dans la collection suivante , fut écrite du camp devant Nicée , et d'Achery nous a conservé la troisième , écrite sous les murs d'Antioche. (Tome III, page 450, année 1098.) Etienne, un des personnages les plus importans de la première croisade , sut manier la plume et F.épée ; un prélat contemporain ne craignit point de l'appeler César à la guerre, et T^irgile dans la poésie. ( Voyez le commencement de notre deuxième livre. ) Quoique la lettre du comte n'ajoute rieu à ce que nous savons sur la première expédition des chrétiens, nous en offrirons cependant une analyse étendue, afin de faire connaître le ton qui règne dans cette lettre et la simplicité naïve de celui qui parle. En écrivant leurs lettres , ces héros du vieux temps traçaient eux-mêmes sans le savoir leur véritable portrait ; nous chercherons à reproduire dans notre analyse les couleurs qui peignent si bien: les personnages de l'époque dont nous nous occupons. Après avoir donné son salut et sa bénédiction à son aimable et tendre* épouse , à ses fils chéris et à tous ses vassaux , Etienne annonce qu'il jouit d'une santé parfaite et qu'il se trouve dans une heureuse situation. Il est bien plus riche qu'il ne l'était quand il dit adieu à sa bien-aimée , parce que les princes , du consentement de toute l'armée , l'ont constitué , malgré lui, le chef et le directeur de leur expédition {omnium suorum actuum provisorem et gubematorem). Le prince rappelle à son épouse la victoire de Dorylée ; il raconte successivement la conquête de la Romanie et de la Cappadoce, les triomphes des chrétiens sur les Turcs qui ont été contraints de s'enfuir jusqu'au-delà de l'Euphrate , les nombreux combats livrés aux barbares qui venaient secourir Antioche , au commencement du siège de cette capitale ; dans ces attaques , les féroces musulmans immolaient beaucoup de chrétiens et envoyaient leurs âmes jouir des délices du Paradis, Plus de cinq mille Turcs , dit le comte , défendent Antioche , sans compter les Sarrasins , les Publicains, les Arabes , les Turcopoles , les Syriens et les Arméniens Les chrétiens combattent depuis long-temps sous les murailles de la viUe; ils ont déjà souffert des maux infinis, et beaucoup de chevaliers ont épuisé toutes leurs ressources dans cette très-sainte passion. Un grand nombre de Francs auraient déjà péri par la faim , si la clémence de Dieu et la bourse d'Etienne n'étaient venues à leur secours. Pendant tout riiiver les croisés ont eu à souffrir du froid et des

416 BIBMOTHÈQÙE

pluies conliniielles ; il n'est pas vrai qu'en Syrie le soleil soit toujours brûlant , car la saison d'hiver y est aussi rigoureuse qu'en Europe. Le comte rapporte les combats livrés près du pont de rOronte et du Port-Saint-Siméon ; il dit que les possessions des croisés en Syrie se composent de cent soixante-cinq villes ou châteaux. « Je dois le dire , ô ma 5> bien-aimée , ajoute le prince en achevant le récit de la » victoire du Port-Saint-Siméon , et tu dois croire sans aucun » doute que nous avons tué dans cette bataille trente émirs r >i et trois cents Turcs de distinction, outre une foule d'autres 1, » Turcs et de païens. Nous avons compté les cadavres de 3> douze cent trente barbares , et nous n'avons pas perdu un » seul homme. Le lendemain de cette victoire , poursuit le » comte , tandis que mon chapelain Alexandre t'écrivait ces » lettres à la hâte, on nous a apporté lès têtes de soixante 3) guerriers turcs qui venaient de périr sous les coups des 5) croisés. ma chère amie ! ce que je t'écris sur notre » grande armée est bien peu de chose , et je pourrai te^, » faire encore bien d'autres récits. Mando ut tibiœ tuœ eg-Jl » gregiè disponas (1). Adieu, traite bien tes enfans et tous » ceux qui sont sous ta dépendance ; sois sure que je re- » volerai dans tes bras le plutôt que je pourrai. »

Lettre d'Anselme de Ribemont à Mariasse, archevêque de\

Rhcims.

Anselme de Ribemont, qui périt au siège d'Arclias , et . dont la mort merveilleuse a donné au Tasse l'idée d'une de i ses plus belles fictions , tenait un rang distingué parmi les j illustres compagnons de Godefroi ; les chroniqueurs vantent surtout l'habileté qu'il déployait dans l'attaque des places. Ce prince écrivit à Manassé , archevêque de Rhcims , le récit du siège et de la reddition de INicée ; il est fâcheux que cette pièce ne soit point arrivée jusqu'à nous. La lettre que nous avons sous les yeux (Tom. III, p. 151 , an. 1099), adressée à l'archevêque de Rheims , raconte les évcncmcns les plus mémorables de la première croisade , savoir le siège et la prise d'Antioche , et la bataille livrée à Kerbogath.

Anselme commence par dire à Manassé que les chrétiens demandent du secours non-seulement à ce pontife , mais encore à tous les enfans de la sainte église de Rheims , en qui ils ont mis leur plus grande confiance. Le prélat de Rheims est leur maître et c'est lui surtout qui dirige le royaume de

(i) La significiflion du mot tibiœ a échappe h nos recherches.

Ftance. Le comta de Ribemont veut lui raconter une partie des triomphes et des misères des croisés ; il le prie d'en faire part à tous leurs frères d'Occident , afin que ceux-ci puissent se réjouir des victoires des guerriers de la croix , et s'attendrir au récit de leurs calamités.

Si nous suivions Anselme dans la description qu'il fait des nombreux combats livrés sous les murs' d'Antioche, nous ne ferions que répéter ce que nous avons dit dans nos extraits de Raymond d'Agiles et du moine Robert ( collection de Bongars ). Le comte ne parle qu'en passant des privations de toute espèce qui accablèrent les assiégeans , et se contente de dire que le courage et la résignation des chrétiens augmentaient à mesure qu'ils avaient à souffrir de nouveaux malheurs. Dans notre analyse de Robert, nous avons fait observer que ce chroniqueur est le seul qui ait parlé d'une trêve conclue entre les Francs et les assiégés , et que le récit qu'en (ait Gilon dans son poëme n'est qu'une copie de l'abbé de Saint-Remi. Anselme fait mention de cette trêve , mais sa narration n'est pas conforme à celle de Robert ; d'après la version du comte j cette espèce de suspension d'armes ne fut pas l'effet d'une trêve. « Les Turcs , ait Anselme , feignirent » de vouloir remettre la ville entre nos mains; ils nous » trompèrent au point que les pèlerins pouvaient entrer » dans Antioche et les barbares venir dans notre camp. Pfen- » dant cet intervalle, les Turcs, comme des gens sans foi, M dressèrent des embûches à nos frères , et le connétable j> Walon fut tué. Il périt dans cette attaque autant de chré- » tiens que d'infidèles. » Quoiqu'il en soit de cette trêve , le silence des historiens contemporains atteste le peu d'importance que dut avoir cet événement. Anselme , poursuivant son récit , nous annonce l'arrivée prochaine de Rerbogath , avant que les croisés se soient rendus maîtres d'Antioche ;

!ce qu'il dit au sujet de la prise de cette ville prouve qu'il n'était pas initié dans le secret du complot qui fit tomber la capitale de la Syrie au pouvoir des Francs. Il ne dit qu'un mot du massacre des infidèles dans la cité conquise et de l'horrible famine qui désola les soldats de Jésus- Christ assiégés par le prince de Mossoul. Après avoir rapporté quelques attaques de ce chef barbare , dans lesquelles périrent Roger de Barneville et autres chevaliers de distinction , le comte s'exprime ainsi au sujet de la découverte de la lance et du message envoyé à Kerbogath : « Pendant que ?ï nous étions dans un état si malheureux , Dieu tendit une » main secourable à ses serviteurs et leur fit connaître , dans j> sa miséricorde , la lance qui avait percé le flanc du Sau-

448 BlBLIOTHiQUS

» reur. Ce fer était cache sous le paré de l'élise cle Saint- » Pierre ; sa dimension comprenait la hauteur de deni » hommes. Lors<{ue nous eûmes trouyé ce précieux trésor j» (im^erUd istâ preHosâ margariid) nos cœurs se rouTiirent » à l'espérance; la veille de la fête des apôtres Pierre et Patii, » les chefs , après une délibération , enroyèrent à Kerbogath » des députés qui lui parlèrent en ces termes : Fbici ce que » dit l'armée du Seigneur : Retire-^i loin de nous, abandonne » Phéritaeedu bienheureux Pierre, ou bien nos armes êe ckas^ ' » seront a ici. En entendant ces paroles , le prince de Mossonl » tira son glaive, et après avoir juré par son royaume et » par son trône qu'il saurait bien se défendre contre les » Francs i il déclara qu'il était mattre du pays d'Antioche » et qu'il le serait toujours , à quelque prix que ce fftt; il » ajouta qu'il ne traiterait avec les chrétiens que lorsque » ceux-ci auraient quitté la ville, renié Jésus-Christ et em- » brassé la relision des Perses. A cette nouvelle, les chré- » tiens se purinerentpar la confession , s'armèrent par l'eu- » charistie et marchèrent au combat. » Ici le conàe passe en revue les différens corps d'armée et rapporte très-bnèvement la victoire des croisés qui faisaient porter devant eux la lance et la crois du Sauveur. Voici comment Anselme termine sa lettre , en s'adressant à l'archevêque de Kheims : •« Nous avons cru devoir faire à votre paternité {vesùts pa^ » temitati ) le récit de ces événemens , afin que vous vous «'réjouissiez de la délivrance des chrétiens, de la hberté de » l'église d'Antioche et afin que vous priiez pour nous tous. » Nous comptons beaucoup sur vos prières ; nous attribuons X nos succès à vos oraisons et non point à nos mérites. Nous 9» vous conjurons maintenant de garder en paix notre patrie , > de protéger les églises et les pauvres contre la fureur des » tyrans. Nous vous prions aussi de prendre un parti au su- » jet des faux pèlerins ; il faut les obliger à faire pénitence >* et à reprendre la croix , sous peine d'excommunication. » Tenez pour certain que la porte de l'univers nous est ou- >» verte [sciatis pro certo quia janua terne aperta est nobis); » entre autres événemens heureux que nous pourrions vous » raconter, nous vous annoncerons l'ambassade du roi de » Babylone, qui déclare vouloir obéir à notre volonté. Adieu, » nous demandons , au nom de Jésus-Christ , que tous ceux » qui liront cette lettre , fassent des prières pour nous et » pour nos frères morts. »

Autres lettres, ^ous passerons rapidement sur une lettre écrite d*Orient

par un chevalier du Temple, et adressée au grand-maître de cet ordre , qui avait été appelé en France par Louis \Il (Tora. m, p. 501 , an. 1 150 ou 1 152). Le prince d'Antioclie ist tous ses barons ont perdu la vie dans im combat , les infidèles s'avancent de toutes parts ; le sultan d'Estamonie et les barbares du Gorrozan , après avoir ravagé les moissons des chevaliers du Temple , tiennent ces guerriers enfermés dans leur ville. Quoique Dieu soit assez puissant pour faire que des pierres deviennent des enfans d'Abraham , toutefois il est à craindre que si le grand-maître ne vole au secours des guerriers chrétiens , il ne retrouve à son retour dajis la Terre-Sainte que les misérables restes de ses compagnons. Le chevalier finit sa lettre en disant au grand-maître qu'il lie doit pas hésiter à annoncer au pape, au roi de France > à tous les ecclésiastiques et à tous les princes que la sainte égUse d'Orient, leur pauvre mère , va périr s'ils ne se hâtent de marcher à son secours ou de donner une partie de leurs biens pour la délivrer.

Pendant qu'Innocent UI renouvelait ses exhortations pour }a délivrance de la ville sainte , Phil^pe-Auguste s'était plaint à ce pontife de ce que le cardinal légat qui prêchait la croisade en France , bouleversait le royaume en sortant des bornes de son autorité; PhiUppe reprochait surtout au cardinal d'abolir les dettes , ' sous prétexte qu'elles n'étaient qu'un efPet de l'usure , et le souverain pontife écrivit au roi (Tom. in, p. 577 , an. 1214) pour l'engager à ne pas souffrir l'usure en France. « Quoique notre légat, dit Innocent f* à Philippe , ne soit chargé spécialement d'aucune ordon- » nance contre les usuriers , cependant la peste de l'usure i> {usurariam pestent) fait dans votre royaume des progrès si 9t effrayans , les revenus des églises , des chevaUers et des » autres chrétiens sont dévorés par eUe avec une telle rapi- » dite , que notre légat a dû craindre avec raison que les » fonds manquassent pour secourir la Palestine , si un re-? » mède prompt et efficace ne venait arrêter ce mal. Médep cin spirituel , il est venu s'opposer aux ravages de ce ter-. > rible fléau , et il ne convient point à cette royale prudence 9 qui vous élève au-dessus de tous les princes de la terre , q» d'arrêter le départ des pèlerins pour quelques intérêts de ce » monde. Nous gémissons sur cette défense que vous ave» y faite dans plusieurs lettres adressées à différentes com-* » munes ; c'est afin que vous abandonniez ce projet que ?» nous vous écrivons aujourd'hui , vous exhortant à ne pas^ » empêcher en aucune manière dans votre royaume l'exer- « çice de la juridiction ecclésiastique. Toutefois nous or-.

450 ÊIBLIOTHÈQtJE

» donnons à notre cardinal de ne pas aller trop loin, de » conserver les coutumes honnêtes et les usages raisonna-* » blés {usas rcUionabiles) y nous réservant à nous- même le » soin de faire une réforme générale dans le concile œcu- » ménique [limant omnium reservando.) >»

Il paraît que cette lettre avait indisposé Philippe-Auguste contre la cour de Rome, car bientôt après le souverainpontife lui écrivit pour lui faire des protestations d'amitié et lui assurer qu'il ne serait rien statué qui i^ût lui déplaire. <» U convient a tous les hommes , disait Innocent au com^ » mencement de sa lettre , et surtout à ceux qui sont pla- » ces à la tête des empires , de ne point écouter , comme » dit l'apôtre , les différens rapports' de ces esprits infernaux » qui appellent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien; » qui appellent ténèbres ce qui est lumière , et lumière ce » qui n'est que ténèbres ; ils veulent briser les liens de la » charité afin de pouvoir plus librement semer la discorde » dans le monde. »

On lit à la même page le règlement que fit le roi de France pour prévenir les désordres qu'occasionaient les usurpations du cardinal de Courçon , envoyé de la- part d'Innocent III, pour prêcher la croisade. Nous avons cité un fragment de cette disposition dans notre douzième livre ; on en verra aussi des extraits dans le tableau que nous avons présenté de tous les privilèges accordés aux chrétiens qiii avaient pris la croix, (p. 115, 116, 117, du Tome I*^ de notre histoire).

Nous lisons à la page 624 (tome III) une lettre de l'évêque de TusGulum, dont nous avons cité plusieurs fragmens dans le quatorzième livre de notre histoire (4*^. édition), en racontant le séjour de Louis IX dans l'île de Ch^'pre. Nous offrirons dans cette analyse les détails intéressans que nous n'avons pu rapporter dans notre quatorzième livre. Le légat du pape , évêque de Tusculum , en parlant de l'ambassade des Tartares , a copié la lettre du grand khan et une autre lettre d'un connétable d'Arménie , adressée au roi de Chypre. La lettre du khan, dans laquelle ce chef tartare envoie à saint Louis cent mille saluts et bénédictions^ ne présente rien de remarquable. (Voyez ce que nous avons dit sur cette ambassade dans notre quatorzième livre.) Le connétable d'Arménie , qui parle souvent d'après ce qu'il a vu lui-même, donne sur les peuplades mogoles des récits asse« curieux. Après avoir dit que les Tartares , terribles par leur forme, sont à double face, il rapporte que dans le pays de (.'aschat ci de Tanç^hat^ ces barbares ont embrasse le clii istianismc, parce qu'ils croient que les trois monarques j ado-

rateiirs de Jésus-Christ dans la crèche de Bethléem , étaient venus de la contrée qu'ils habitent. « Je suis allé moi-même » dans leurs églises , dit le connétable , j'y ai vu l'image de » Jésus-Christ et' celle des trois rois dont l'un offre de l'or, » l'autre de l'encens et l'autre de la myrrhe. Ces tartares » doivent entrer dans l'église pour saluer le Seigneur Jésus, a avant d'aller visiter le grand khan. » Le connétable raconte que le pape ayant chargé un de ses messagers d'aller demander au roi des Tartares s'il était chrétien, et pourquoi il avait envoyé son peuple pour fouler le monde , celuici répondit que Dieu avait commandé à ses aïeux et à luimême de faire périr toutes les nations criminelles ; « Pour M ce qui regarde ma conversion , disait le khan , si le pape » veut le savoir, qu'il vienne lui-même, il verra et il saura. » Le légat du pape s'étend longuement sur les réponses aux différentes questions que Louis adressa aux ambassadeurs tartares , dans une assemblée où l'évêque de Tusculum était lui-même présent. « Ces peuples qu'on appelle maintenant » tartares, disaient les députés, sont sortis de leur terre » depuis quarante ans ; on ne trouve dans cette contrée ni » cités , ni hameaux : elle abonde en pâturages , et les ha- » bitans ne s'occupent qu'à nourrir leurs troupeaux. Cette » terre est éloignée de quarante diètes du pays que le grand » khan a choisi maintenant pour sa demeure ; cette dernière » contrée se nomme TraJietar, d'où est venu le nom de » Tartare, » ( Voyez ce que nous avons dit sur les Tartares au commencement de notre quatorzième livre ) . Les réponses des députés sont toutes plus bizarres et plus extraordinaires les unes que les autres. On ne sera pas fâché de lire ce que rapporte l'évêque de Tusculum sur des Sarrasins prisonniers a qui il donna le baptême : « Le jour de l'Épi- » phanie , dit-il au pape , je catéchisai cinquante-sept Sar- » rasins prisonniers ; quoique ceux - ci ne dussent point w recouvrer la liberté , comme on le leur avait dit expressé- » ment, ils demandèrent cependant avec instancele sacrement » de notre foi. Lorsque j'eus baptisé de mes propres mains » trente de ces prisonniers , je m'avançai avec eux sur les » bords du fleuve. Là , ces Sarrasins , en présence de » Louis IX , du roi de Chypre , et devant moi , reconnurent » qu'il n'y avait qu'un seul Dieu , qu'une seule foi , qu'un » seul baptême , et que ce qu'ils faisaient en ce moment , » c'était en mémoire de ce que fît Jésus lorsque des mains » de saint Jean-Baptiste il reçut le baptême avec les eaux du >* Jourdain. En plongeant la croix dans les eaux du fleuve , les » prisonniers ne prononcèrent que ces paroles : Lumière Père^ •

4j3 eifiLIOTHÈQtJC

» lumière Fils, lumière Saint-Esprit, C'est alors ^'ils firent clés » prières pour votre Sainteté , mais ils ne voulurent point « prier pour Vatace , parce que vous Taviez excommunié, n

L'évéque de M arseiue écrivit à Innocent lY la nouvelle de la prétendue prise du Caire par saint Louis (tome III, page (>28 , année 1249 ). Nous ne parlons de cette lettre que pour faire connaître les bruits qui avaient circulé sur Farinée de Louis IX, quelques mois après son départ de l'île de Chypre. Le précepteur de saint Jean de Marseille avait annoncé à révêque de cette ville que le Caire était tombé au pouvoir des croisés , par le moyen de quelques Sarrasins qui s'é^ taient révoltés contre le Soudan , du grand maStre de l'hôpital et d'autres chrétiens qui étaient prisonniers dans cette place. Deux jours après , le Soudan , à la tête de cent mille cavaliers , et d'une armée innombrable de fantassins , était venu attaquer les guerriers de la croix ; mais la déroute de» Sarrasins avait été complète , le Soudan avait disparu , et on disait que mille chrétiens étaient restés sur le cnamp de bataille. « Très saint père, dit au pape l'évéque de Mar- » seiUe en terminant sa lettre , on dit que l'ennemi a aban- » donné la ville d'Alexandrie à nos Français ; bénissez donc » le Dieu du ciel , confessez son nom devant tous les hommes » vivans , parce qu'il nous a fait miséricorde , en permettant M ainsi le triomphe de la chrétienté sous votre pontificat. »

Ce n'est point sortir du plan que nous nous sommes tracé, que de chercher à faire connaître la situation de la France , ])endant que saint Louis combattait en Asie pour les intérêts de la croix. La pièce suivante , qui a pour titre : Serment des citoyens de Paris, nous a paru sous ce rapport digne d'être mentionnée. (Tome III, page 630 , année 1251).

« L'an 1 251 , la veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste , » à Paris , en présence de l'illustre reine de France , etc. , etc., >» les citoyens de Paris ont juré de maintenir la paix dan» w cette ville, avec bonne foi, et selon tout leur pouvoir, n d'obéir à la reine quand elle ordonnerait à quelques-uns » d'entre eux de garder la ville , ou de veiller au maintien » de la paix, ou de rendre la justice, si cela est néces- » saire ; s'ils sont témoins de quelques délits commis dans » la ville , ils ne s'éloigneront pas pour ne point être obligés » de rendre témoignage à la vérité, excepté qu'en demeu- >» rant témoin de l'acte criminel , ils s'exposassent à perdre w la vie ; ils feront connaître à celui ou à ceux qui garderont » la ville de la part de la reine, le nom des malfaiteurs et des » perturbateurs de la paix publique. » L'Université de Pari* prêta le même serment; elle fit lire devant la reine un écrit obligatoire qui était conçu en ces termes :

n n a été promis pour l'utilité commune des études de » Paris , que tous les étudians de Paris , tant maîtres qu'é- M coliers , en théologie , en droit , en médecine , dans les » beaux arts et les belles lettres , s'obligeront, par serment, » à dénoncer en secret auprès de Tévêque de Paris , ou de M son substitut, ou du chancelier, sous huit jours, s'ils >» peuvent , tous ceux , tant clercs que laïques , tant hommes » que fenunes , dont la mauvaise conduite troublerait la » paix et les études des citoyens qui étudient dans l'une de » ces facultés nommées ci-dessus. L'évêque , le substitut et » le chanceUer promettront sur leur foi de ne nommer , de » ne dénoncer , et de ne faire connaître personne en aucune » manière. Chaque maître , dans Tune des facultés , s'oblige » par serment h ne pas demander comme son écolier , celui » qui , convaincu de s'être battu plusieurs fois , d'avoir en- » levé des femmes , brisé les portes d'un hospice , erré » pendant la nuit , pillé, volé ou tué, aurait été arrêté par » le gouverneur de la ville , par son ordre ou par l'évêque >» de Paris , excepté que le maître crût cet. étudiant de » bonne foi , et qu'il demandât sa délivrance , persuadé » qu'il est juste qu'il soit délivré. Si un maître ou un écoUer » refuse de s'astreindre par serment aux obligations ci-des- » sus exposées , il ne jouira plus des bienfaits de l'Univer- » sitéi et ne lera plus partie de ce corps. Le bachelier en » droit, les légistes s'obligeront par un serment particulier » à recevoir eux-mêmes le serment des étudians selon la » forme ci-dessus annotée. L'entrée des écoles sera interdite » à ceux qui refuseront de faire le serment, et les bache- » liers jureront de ne les recevoir qu'à cette condition. Le? *> étudians , simplement auditeurs , qui seraient arrêtés , ne » pourraient être redemandés ni par l'Université ni par » quelque maître que ce fût ; ce soin serait réservé aux bé- » dels. » Vient ensuite la manière dont les maîtres ès-arts devront redemander leurs élèves arrêtés. Ils iront d'abord auprès du gouverneur de la ville ; si celui-ci refuse de rendre l'étudiant , le maître signifiera ce refus au recteur de l'Université ; et le recteur demandera l'élève au nom de l'Université ; si le gouverneur s'obstine à ne pas vouloir rendre l'écolier au recteur, ce dernier aura recours au chancelier^ et enfin à l'évêque ou à son substitut.

En 1270, Louis IX, avant de quitter la France qu'il ne devait plus revoir , écrivit du camp devant Aigues-Mortes une lettre aux régens du royaume, Matthieu, abbé de Saint-Denis, et Simon de Nelle (tome m, page 665). Le pieux monarque se souvient que dans son royaume il se commet de grands crimes , que les blasphémateurs surtout

y sont en grand nombre, et que la vérité et la bonne foi ne {Président pas toujours aux décisions de ceux qui sont charges de rendre la justice à ses sujets. Frappé de cette idée, il appelle l'attention des régens et des baillis sur les mœurs publiques ; il leur ordonne de faire observer dâfns toute leur rigueur les réglemens qui existent déjà contre les impies et les blasphémateurs, et si ces lois ne suffisent point, il faut en créer de nouvelles. West-il pas convenable que la France soit purgée de ces hommes qui foulent aux pieds les choses saintes , tandis que les peuples et les rois marchent en Orient pour venger le Fils de Dieu des outrages qu41 reçoit de. la part des nations barbares ? Louis veut que les églises et les ecclésiastiques soient mis à l'abri des insultes des méchans ; il commande que la voix des pauvres ne soit point étouffée , que la justice soit rendue à chacun et surtout aux misérables avec le plus de promptitude possible , afin de pouvoir paraître un jour sans crainte devant le Difeu qui doit juger les jugemens de la terre. La justice est blessée, la vérité est outragée par ces magistrats qui , dans les affaires , se laissent corrompre par des présens ; saint Louis ordonne que de tels juges soient prudemment éloignés de son conseil. ( Nous avons parlé de cette lettre dans notre dix-septième livre, page 72, 4® édition).

Les monumens historiques de la seconde expédition de saint Louis sont en très-petit nombre ; des lettres qui nous raconteraient les événemens de cette époque désastreuse seraient pour nous de véritables chroniques. De ce genre sont les lettres de Pierre de Condet, chapelain de saint Louis; la première (pa^e 664, tome 111, an 1270) , est adressée au prieur d'Argenteuil , la seconde au trésorier deSaint- Frambour de Senlis (tome 111, page 667 , an 1270) , la troisième (tome 111, page 667) à l'abbé de Saint-Denis , et la quatrième (tome 111, page 668) au prieur d'Argenteuil. Ces quatre lettres sont traduites à la fin de notre cinquième volume; elles racontent avec de grands détails le séjour des Français à Carthage, la mort de saint Louis, le traité de paix conclu avec le roi de Tunis , le retour des croises eu Sicile , et cette violente tempête qui fit disparaître sous les flots dix-huit grands navires . Pour avoir une idée complète de l'histoire de cette seconde croisade, qui n'est qu'un triste enchaînement de calamités, nos lecteurs peuvent lire ces quatre pièces importantes et notre dix-septième livre (4'' édition V

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