‹ Bibliothèque dún bibliophile, 1865-1885Chapitre 3 sur 106 · LIVRES DU XVF SIÈCLE · texte numérisé non relu

LIVRES DU XVF SIÈCLE

RS PREDICANDl SANCTI AUGUSTINI. Imprimé par Jehan Mentelin , à Strasbourg , pet. in-fol.

Reliure du XV^ siècle, veau gaufré.

Important spécimen des impressions de Mentelin. On sait que la

en faveur de Gutenberg.

De si graves débats ne sont point notre fait : passons.

Mais avant d'aller plus loin , expliquons tout de suite notre classement chronologique pour le présent catalogue.

D'habitude , les livres sont catalogués suivant la division des connaissances humaines: théologie, histoire, sciences, beaux-arts, littérature , etc.

Cela se comprend pour les bibliothèques d'étude, ou encore pour les vastes bibliothèques encyclopédiques comme en possèdent encore quelques rares amateurs.

Mais ce classement ne convient guère aux bibliothèques restreintes de la plupart des amateurs d'aujourd'hui , qui sont à proprement parler, non des bibliothèques, mais des collections de livres, ce qui est bien différent.

Il faut oser dire que le programme des connaissances humaines tient maigre place dans les préoccupations d'un bibliophile; ce qu'il recueille, ce sont de j'o/zs livres : le but que poursuit cette variété de collectionneurs, c'est de reconstituer l'histoire de ce bibelot particulier qui s'appelle le Livre , rien de plus.

Le classement chronologique a sa dose d'inconvénients et d'arbitraire. Mais l'autre aussi. Témoin certain catalogue de vente dans lequel, pour éviter de présenter en bloc toutes les éditions des Mctamnrphoses d'Ovide , on les avait dispersées :

A la théologie, parce qu'il y est traité des superstitions des anciens : A la littérature, parce que c'est écrit en vers latins ; Aux beaux-arts, en considération des vignettes et des fleurons ; A l'histoire, à cause du passage sur les prodiges qui annoncèrent la mort de César.

Voltaire considéré comme écrivain du XVI 11^ siècle, se classe facilement et d'un seul morceau. Sinon , il nous faut mettre son théâtre a \a pocsic lyrique , la Henriade a l'A/s/o/Vc, la Pucelle aux /acd/jVs, sa correspondances aux cpistolaires. Si nous avons le tout réuni en œuvres complètes, Voltaire devient un /)o/j'^r(7pAc .'

Après cela, vous voyez qu'il n'y a pas à se gêner.

Voilà pourquoi nous avons abandonné le cycle des connaissances humaines, et la théologie, et l'histoire avec ses prolégomènes et ses paralipomènes (ombre de Bacon, pardonne-moi !; et pourquoi nous allons vous présenter d'abord les incunables , et les livres du WF siècle.

12. LETTRES DE SAINT- JÉRÔME , imprimées par Jean Mentelin de Strasbourg , in-fol.

Reliure en bois, parchemin gaufré, commencement du XVP siècle.

13. MATHEUS DE CRACOVIA. TRACT ATUS RACIONIS ET CONSCIENCIAE. Gutenberg, vers 1460, in-4.

Reliure de Trautz, maroquin brun, compartiments XV^ siècle sur les plats, titre et autres indications argentées. Curieux spécimen des impressions de Gutenberg.

La bibliothèque que nous décrivons est éclectique et formée de spécimens de tous les genres, mais toujours choisis dans les plus marquants et les plus célèbres de chaque genre, et encore a la condition d'être parfaits, sans défaut, irréprochables et exceptionnels.

C'est dans cet éclectisme exigeant que réside le cachet particulier de la bibliothèque; notre classement le fera bien saisir.

L'intéressant, pour nous , n'est pas d'aligner dans un ordre consacré un certain nombre de titres d'ouvrages : (à ce compte-la, autant prendre Brunet tout de suite); c'est de faire ressortir l'idée particulière quia présidé à la formation de la collection, de pénétrer le plan que l'amateur s'est imposé, de se rendre compte s'il l'a exécuté résolument et avec goût.

De nos jours, en effet, les programmes de bibliothèques varient de plus en plus; il y en a autant que de collectionneurs, chacun étant obligé de se limiter.

Le bibliophile d'autrefois, habitant des châteaux ou de vastes logis, consacrait une salle a sa bibliothèque, ne reculait devant aucun ouvrage, prenait tout, avait régulièrement sa rangée de beaux in-folios : achetant beaucoup aussi parce qu'il achetait a des conditions possibles. Les temps sont changés. Avec la somme que produisit il y a un siècle l'immense bibliothèque du Duc de La Vallière, on aurait aujourd'hui simplement

trois ou quatre morceaux tout-à-fait hors liçne. Autrefois, quand la bibliothèque de Charles Nodier produisit soixante mille francs, cette somme fit sensation. Aujourd'hui , pour le même prix, on a le demiquart d'un rayon de bibliothèque , en bons livres s'entend. Aussi , ne pense-t-on qu'a se condenser. Il y a bien encore des bibliothèques , dans la grande acception du mot; il suffit de citer celle de Chantilly ; celle que le baron James de Rothschild avait si masjnifiquement installée dans son hôtel de l'Avenue de Friedland ; ou bien encore celle de M. de Lignerolles, d'où les rares mortels qui y ont pénétré reviennent éblouis , étourdis de visions fantastiques , comme s'ils sortaient de la caverne de Montesinos. Mais il y a surtout une foule de petites collections (tout le monde collectionne aujourd'hui) , bornées d'un côté par le prix des livres , de l'autre par l'exiguité des appartements modernes.

Les in-folios sont délaissés : ce n'est pas laid, mais ça tient de la place. Les grands Bodoni, les grands Didot, jadis l'orgueil des bibliothèques, vous les auriez maintenant par dessus le marché. Q,u3nd on veut donner la plus haute idée d'un bibliophile, on ne dit plus : il a dix mille volumes; on dit: il a deux mètres de rares plaquettes. Renouard avait onze grammaires latines, dix-huit dictionnaires de Calepin, trente-huit Homeres, une quarantaine de Xénophons, deux quarterons de Virgiles, et cinq douzaines d'Horaces : le reste à proportion. Ces textes multiples pouvaient lui être utiles pour sa profession d'éditeur; il n'y a rien d'étonnant d'ailleurs a voir de pareils assortiments, car quel est le fait du collectionneur, si ce n'est précisément de coUiger? Mais rassurez-vous, on peut encore se dire bibliophile à moins ; aussi ne se fait-on pas faute aujourd'hui de se concentrer sur un nombre restreint de morceaux, mais du premier choix: rien que la fleur, le suc, la quintessence : ces coIIections-Liebig ne sont pas les moins intéressantes. Cette transformation moderne de la.manière de collectionner est a signaler. Autrefois, on puisait a pleine mine dans les livres de tout genre, maintenant chacun suit un petit filon particulier ; qui tel siècle ; qui les seules éditions originales; qui les elzevirs ; celui-ci limite son ambition aux seules éditions de Montaigne, ou de Régnier, ou de Manon Lescaut. Une collection bien connue se compose d'éditions de Béranger. Un amateur s'est fixé une dimension de bibliothèque et a juré qu'il fera tenir cinq cent mille francs de livres dans une petite armoire carrée de soixante centimètres de côté. Cet autre ne recherche les livres que s'ils sont en reliure de Derome ; un plus exigeant se limite a celles de ces reliures qui sont en maroquin vert pomme. D'autres se vouent a la spécialité des exemplaires sur peau de vélin. Certains afl^ectionnent uniquement les livres ultra-légers.

Brunet est aujourd'hui inutile a toute une classe de bibliophiles, qui n'ont besoin que de Cohen ou de Brivois. Ils ne poursuivent que les livres a figures du XVIII* siècle, ou bien, s'ils sont terrifiés par la valeur exorbitante a laquelle ceux-ci ont été poussés, se rejettent sur les livres a illustrations de notre temps.

Et même dans l'amateur de livres modernes il y a des variantes : celui qui surveille l'apparition des publications contemporaines pour souscrire a des exemplaires sur japon ; celui qui cherche les livres illustrés, mais seulement brochés ; celui qui, au contraire, les veut en demi-reliure 1830; celui qui s'efforce d'y joindre les fumés des bois; celui a qui il faut les eaux-fortes des figures ; celui qui ne prend point un livre quand il n'a pas conservé sa première couverture ; ou même qui exige le prospectus et l'affiche de la publication.

11 y a l'amateur malin, qui a un joli petit noyau de livres, et avec cela une grande collection d'anecdotes sur toutes les bonnes occasions qu'il a eues et qu'un accident seul lui a fait manquer, sur tous les livres qu'il a failli emporter de vive force au feu des enchères. Avec le récit de ces performances économiques, on se fait de la réputation et on s'amuse beaucoup, car parler des livres est une joie tout aussi bien que les posséder.

Et le grand bibliophile, qui n'achète plus rien parce qu'il connaît si bien le fort et le faible des livres, le faible surtout, qu'aucun n'arrive plus a le satisfaire ! Son expérience est telle que, quel que soit le volume qu'on lui présente, il se rappelle toujours avec regret avoir vu passer entre ses mains un exemplaire supérieur. Kt à force de surexcitation, on finit par chercher l'impossible, on arrive a l'état maladif; on soupire après le livre qui n'existe pas et ne peut exister, cherchant de bonne foi le Contrat social exemplaire de Charles-Quint, Notre-Damede-Paris imprimé par Geoffroy Tory, et Justine aux armes de Blanche de Castille.

Mais devinez quelle est la variété de bibliophile la plus commune. C'est le bibliophile qui n'a pas de livres du tout. — Mais alors, ce n'est point un bibliophile? — |e vous demande pardon, puisqu'il fait partie d'une société de bibliophiles. Dans toutes les sociétés de bibliophiles, vingt sur vingt-cinq n'ont pas de livres. Il y en a qui font passer la chose avec esprit. Notre amiL...., de la Société des Amis des Livres, prétend qu'il se contente de collectionner... les bibliophiles, les trouvant très -drôles.

Pour en revenir au plan de la bibliothèque Paillet, voici son précieux avantage : quand vous aller la visiter, quelle que soit votre spécialité, vous êtes sûr d'y trouver, en état supérieur, les livres qui correspondent à votre propre goût. C'est ce qui explique l'intérêt qu'elle inspire a tous.

14. LA TERRIBLE ET MERVEILLEUSE VIE DE ROBERT LE DIABLE. Paris, Nicolas Bonfons, sans date (gothique), Petit in-4.

Relié par Kœhler en maroquin violet, compartiments sur les plats.

15. IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, édition princeps. (Augsbourg, 1471 ) , in-fol.

Reliure de Trautz, maroquin tanné à croix, rosaces et compartiments gaufrés a froid.

Exemplaire d'une pureté parfaite.

16. SANCTUS AUGUSTINUS. CONFESSIONES. Milan , J. Bonus, 1475. Première édition avec date , imprimée en caractères ronds, à longues lignes, sans chiffres, signatures, ni réclames, in-4.

Reliure du temps, en vélin blanc.

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