‹ Bibliothèque dún bibliophile, 1865-1885Chapitre 2 sur 106 · MANUSCRITS · texte numérisé non relu

MANUSCRITS

E ROMAN DE LA ROSE. Manuscrit sur vélin

du commencement du XIV^ siècle. In-fol. de

182 ff., bordures, lettres ornées. Deux grandes

miniatures et trente-et-une petites, à fond d'or

et à damier.

Reliure de Lortic; en MOSAÏauE, et doublée. L'extérieur orange , avec enroulements noirs , verts et rouges. L'intérieur rouge , semé de fleurs de lys. Tranche dorée ciselée.

. HEURES. Manuscrit sur vélin de la fin du XIV siècle Petit in-8 de 232 (ï. Lettres ornées. Dix-huit miniatures , très-fines. L'une d'elles eprésente le personnage qui a offert ce livre d'heures ; une autre , la dame qui le possédait.

Reliure ancienne en maroquin noir.

. LA CHASTETÉ DANS LE VEUVAGE , lettre de Saint Jérôme « à madame Furie , fille d'un sénateur de Rome . . . translatée en françois par Charles Bonin , prêtre » , pour une damoiselle veuve, de la maison de La Rochefoucauld. Manuscrit sur vélin du XV° siècle. In-8. Miniature à deux compartiments représentant d'un côté , Saint Jérôme confiant sa lettre à un porteur, de l'autre , le porteur la remettant à Madame Furie.

Reliure du temps, en velours rouge.

4. HEURES LATINES. Manuscrit sur vélin de la fin du XV^ siècle. In-8 de 135 ff. dont toutes les pages sont entourées de riches bordures où se voient des fleurs, des fruits, des oiseaux, des insectes, des chimères et autres ornements, peints en or et en couleur ; nombreuses lettres initiales ; vingt grandes miniatures et trente-neuf petites, plus celles qui entourent le calendrier.

Ce beau manuscrit, remarquable par la richesse de son ornementation . est relié en velours violet par Bauzonnet.

C'est un des deux manuscrits que possédait le grand bibliographe Ch. Brunet.

5. OFFICE DE LA VIERGE MARIE , avec un exercice spirituel. Manuscrit sur vélin, 1654. Petit in-8 de 336 pages, en deux écritures, romaine et bâtarde, divisé en plusieurs chapitres, en tête desquels se trouvent de petits ornements peints , et alternativement un chiffre formé de deux A renversés, et un autre formé de deux D et deux C. L'écriture est noire , rouge , bleue , entourée d'un large filet d'or. Elle est du célèbre Nicolas Jarry, écrivain des rois Louis XIII et Louis XIV.

Si le livre est précieux , la reliure est digne de lui.

Elle est en MosAïauE et doublée, par Trautz. C'est une des vingtdeux mosaïques qu'a faites, en tout , l'illustre artiste.

L'extérieur en maroquin blanc, mosaïque bleue et rose, dorure au pointillé genre Le Gascon : l'intérieur en vélin blanc ; têtes d'anges dans les angles et au milieu le mot Marie dans une auréole entourée d'un semis d'étoiles. Tranche ciselée et peinte en blanc, bleu et rose.

Trautz, bien que très modeste, ne revoyait iamais sans orgueil ce chef-d'œuvre sorti de ses mains, et qu'il a vojIu signer trois fois, (deux fois sur le livre, une sur la boîte qui le renferme). Il le contemplait avec amour, et observait , avec une satisfaction d'artiste la modification apportée par le temps a la couleur du maroquin blanc, qui a pris aujourd'hui une chaude teinte d'ivoire.

6. RECUEIL DE DIFFÉRENTES PIÈCES CONCERNANT LA RÉGENCE DE PHILIPPE D'ORLÉANS, par Lagranche- Chancel. Manuscrit in-12.

Ce manuscrit curieux contient les c\n<\ Philippiqtiei, la Parodie Je MilhriJale. etc. Lorsque Lagrange-Chancel composa ces pamphlets, aucun libraire n'en voulut risquer l'impression ; il en courut simplement quelques exemplaires manuscrits sous le manteau, dont celui-ci, vraisemblablement.

Reliure de Padeloup, maroquin rouge, trois filets, dos orné, doublé de tabis.

7- Abrégé du droit ou jurisprudence romaine , avec son rapport à ce qui est de notre usage. Manuscrit du XVIII'' siècle , de 209 ff. In-8.

Reliure de Brany, en maroquin brun.

8' Almanach pour 1758. Manuscrit in-12 , vignettes à l'encre de Chine.

Reliure ancienne , maroquin vert , large dentelle. Aux ar.mes de Thiéry de Sainte-Colombe.

9. Recueil de Poésies galantes , tant fugitives que tirées des auteurs les plus célèbres. Coilexit Guyot , à Bourges , 1761. Manuscrit en trois volumes in-8.

Veau écaille, trois filets, chiffre et couronne de comte.

Nous ouvrons un volume au hasard et tombons sur cet aphorisme: Dés qu'un objet cesse de plaire Le commerce amoureux aussitôt doit finir , Le respect des serments n'est plus qu'une chimère, La perte du plaisir qui nous les a fait faire , Nous dispense de les tenir.

Jolie morale! Eh bien, l'axiome s'applique parfaitement a l'amour des livres : dès qu'un volume cesse de plaire, rien ne saurait y faire, il faut qu'il parte.

Le tout est de savoir le faire partir dans de bonnes conditions!

10. CONTES DE LA FONTAINE , manuscrit de la fin du XVIir siècle, en 2 vol. grand in-4, à l'encre noire, verte et rouge (par Monchaussé), illustré de culs-de-lampe dessinés qui reproduisent des compositions de Choffard (par de Marolles) , et contenant cinquante-sept dessins originaux de Fragonard. Exécuté pour Bergeret , fermiergénéral , qui n'a fait transcrire que les cinquante-sept contes pour lesquels il possédait des dessins.

La reliure est de Derome, en maroquin rouge, grecque et encadrements sur les plats, dos orné, doublée de tabis.

La merveille de la bibliothèque Paillet !

L'histoire de ce livre est connue, cependant il faut la rappeler ici en détail , pour l'esbattement et instruction de la gent bibliophile.

Il fut autrefois en la possession de iVI. Feuillet de Conches, qui l'acheta dans le bon temps, pour un prix minime, presque pour rien, pour une grimace, comme disait Sieurin. On le retrouve ensuite chez divers amateurs. Mais passons.

Le voici à vendre et l'on en demande viNOT-ciNa mille francs ! Laisser échapper un pareil chef-d'œuvre est absolument impossible !

Mais, d'un autre côté, débourser vingt-cinq mille francs d'argent, cela demande réflexion, il n'y a aucune honte à l'avouer. D'ailleurs, ces achats contre espèces sont le fait des collectionneurs plus riches que forts , on doit laisser aux « gros sacs » cette manière brutale et banale d'opérer : le grand collectionneur procède d'une façon plus complexe et plus intéressante.

Il faut trouver dans sa bibliothèque les matériaux d'un échange habile, qui procurera un fort a-compte sur la somme.

Et voilà notre bibliophile planté devant ses livres, cherchant, non pas quem devorel, mais au contraire ce qu'il va abandonner en pâture au minotaure-Morgand. Imaginez un père obligé de choisir lui-même parmi ses enfants celui qui sera mangé I

Il faut sacrifier un morceau de premier ordre, il n'y a pas a dire ; sans cela, point d'affaire. Allons, pars, mon beau Faublas, pars avec tes précieux dessins originaux de Marillier, pars avec ta suave reliure de Trautz, bleu doublé d'orange; pars, je verse sur toi des pleurs, mes reçrets t'accompagnent. Je te laisse échapper pour dix mille francs, si jamais je te retrouve pour cinq, crois bien que je ne te manquerai pas. Pauvre Faublas!... Mais quaud je pense a ces cinquante-sept merveilleux dessins de Fragonard... allons, va-t-en!... va-t-en !...

Ah ça, maintenant, assez de sacrifices, et jouons serré.

Hors d'ici Contes de Perrault de 1781, livre estimé mais mal fait, tu es en vogue, les amateurs font des folies pour toi : c'est le moment de te lâcher, à un bon prix.

Si Calypso se montra inconsolable du départ d'Ulysse, je me consolerai fort bien, moi, de celui de Tclémaque, édition originale par parties. Hors d'ici !

Quoi encore? VHeptatnéron de 1559? Allons, soit!

Mais, j'y pense, les Comédies de Regnard, éditions originales ? Si nous sacrifiions cet excellent Regnard ? Va pour Regnard.

Il manque encore quelque chose. Oh! oh! Un roman de Restifde la Bretonne, le plus rare il est vrai, mais dont je me soucie guère. Combien en demander ; pour quel prix insensé le jeter dans la gueule du monstre ? Trois mille francs, pas un sou de moins...! S'il allait hésiter? Morbleu ! il faudra qu'il l'avale {sic)...

Et en effet, le tout fut «avalé», pour vingt-deux mille francs, et moyennant trois mille francs de menue monnaie Kragonard entra triomphant dans la bibliothèque du bibliophile !

Mais ceci n'est rien encore !

Vous savez tous que ces dessins exquis sont inédits en majeure partie ; de plus, ceux qui ont été publiés plus tard ont été gravés d'une façon qui n'est pas absolument conforme aux dessins originaux, lesquels ne sont pas très faits : il a fallu en préciser toutes les indications en les gravant.

Voilà qu'un beau jour le libraire Rouquette flaire une forte opération et vient demander a notre ami de laisser graver ses cinquante-sept dessins en fac-similé, par Martial. Refus. — Mais je vous abandonne le tiers du bénéfice, le second tiers étant pour le graveur, et le dernier pour moi. — Refus... Rouquette insiste, il persécute, il fait vibrer la corde sentimentale: pourquoi priver de ces reproductions en fac-similé les bibliophiles qui les désirent, et qui les attendent avec passion ?

Cette raison décide tout, on grave les dessins, on tire à nombre limité d'exemplaires qui se vendent sur le champ, on fait le compte; Rouquette gagne trente mille francs, Martial en reçoit autant, notre bibliophile autant.

Son livre de vingt-cinq mille francs lui coûte ainsi... cinq mille francs de bénéfice.

Il est vrai qu'il en vaut cinquante mille!

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