‹ Bibliothèque dún bibliophile, 1865-1885Chapitre 41 sur 106 · La Nuit et le Moment. Londres, 1762, in-12, figures · texte numérisé non relu

La Nuit et le Moment. Londres, 1762, in-12, figures

275. CONTES DE LA FONTAINE, édition dite Jt'5 fmM»m généraux . 1762 , 2 vol. in-8 , figures d'Eisen , fleurons de Choffard

Exemplaire de premier tirage, (avec le bon état du portrait de Choffard dans le cul-de-lampe du Roisigiial) , auquel on a ajouté vinct- Q.UATRE FIGURES DOUBLES (les Lunettes, le Rossi^ifnol, etc.).

Reliure ancienne, en maroquin rouge, trois filets, dos orné, par Le Tellier fils, maître relieur, rue du Mont-St.-Hilaire, a Paris.

Nous voici tout a fait dans les beaux livres a figures du XVIII" siècle, qui, après avoir été longtemps méconnus, se relevèrent d'une façon si extraordinaire il y a une quinzaine d'années, et engendrèrent une couche toute spéciale d'amateurs.

Sur le bibliophile en général tout a été dit, et nous n'avons pas l'outrecuidante prétention de peindre à nouveau cette variété de collectionneur. La Bruyère, nous l'avons vu plus haut, s'est livré sur son compte à une amplification qui, d'ailleurs, n'a pas l'ombre de sens ; Iules Janin l'a béni, naturellement; Charles Nodier le définit; « un nomme doué de quelque esprit, qui prend plaisir aux œuvres du » génie, de l'imagination et du sentiment, qui aime cette muette » conversation avec les grands esprits «, (rien de sj faux, à notre avisl, et il établit entre le bibliophile et le bibliomane une démarcation qui, je le crains, est bien difficile à discerner dans la pratique. Tandis que Gavarni, avec sa puissance ordinaire de condensation, peint le collectionneur en une ligne : Moins satisfait lic ce qu'il a que désireux de ce qui lui manque , le comte Horace de Viel-Castel ajoute un chapitre a Buffon en le cataloguant en trois sous-genres: 1 amateur pur-sang , inculte et sauvage, à la redingote usée, au chapeau retapé, grand seigneur, riche , bien élevé , qui a renonce à toutes les jouissances terrestres, hormis celle de vivre enfermé avec sa collection ; l'amateur brocanteur, négociant de bonne compagnie, trafiquant en curiosité, qui ressemble a première vue au pur-sang, montre le même enthousiasme, est même plus ardent, plus incisif dans son langage, fait l'amoureux de sa collection et « rugit pour sa belle » en attendant qu'il la cède à fort bénéfice ; enfin, l'amateur par mode qui collectionne sans conviction, parce que cela fait bien, (ou parce qu il a gagné a la Bourse).

Tout cela, c'est le collectionneur de tous les temps, ce n'est point le bibliophile spécial d'il y a dix ans : ce n'est point cette phalange d'amateurs enflammés (quorum pars parva fui), qui laisseront dans l'histoire de la bibliophilie des types inoubliables.

On pourrait, en rassemblant des traits épars, les résumer en une physiologie, comme on aurait dit il y a quarante ans, ou en un portrait, que nous appellerons le Bibliophile de 1875.

La bibliophilie de 187$ est une bibliophilie a part, particulière a ce

temps, et qu'on ne reverra peut-être jamais. C'était la fièvre, la surexcitation a son paroxysme, la spéculation effrénée, le système de Law : la salle de vente ressemblait a la rue Quincampoix pendant l'agiotage ; les livres à vignettes étaient de vraies actions du iMississipi ou de l'Union générale. Q.uand on vit qu'il y avait un bénéfice immédiat a à faire sur ces livres, tout le monde s'y mit : cela coïncidait d'ailleurs avec une énorme prospérité financière ; les amateurs ne se ménageaient donc point. La cote était une fantaisie, ou plutôt il n'y avait plus de cote. On voulait jouir vite. Aux gens d'autrefois les collections lentement formées; à nous les bibliothèques instantanées, surgissant toutes faites, toutes choisies, toutes reliées, comme par un truc de féerie !

On allait donc trouver tous les amateurs-connaisseurs qui avaient réuni avec patience quelque jolie bibliothèque, et on leur posait la question : Combien vous coûtent vos livres? — (Quarante mille francs. — En voulez-vous soixante? — Je ne veux pas les vendre. — (Quatrevingts ? — Non, vous dis-je. — Cent mille ? — Laissez-moi. — Deux cents ? — Prenez-les.

Et l'on passait a un autre.

Des amateurs furibonds perturbaient tous les prix et toutes les habitudes. L'un donnait à ses commissions une latitude inusitée et extraordinaire : Combien vaut ce livre qui va passer en vente ? — Six cents francs. — Poussez-le jusqu'à quatre mille. Et ce livre là? — Cinq mille. — Allez jusqu'à vingt !

Un autre amateur ne limitait même pas ses commissions ; on pouvait pousser pour lui une vignette de vingt sous sans s'arrêter jamais, jusqu'à mille francs ! Et son commissionnaire s'en vantait tout haut d'avance 1 Et tous les marchands le poussaient en conséquence.

Un autre donnait la liste de ses desiderata a plusieurs libraires : le jour de la vente, deux ou trois libraires poussaient à outrance un volume qui montait à un prix béte: vérification faite, c'était pour le même amateur qu'ils avaient ainsi \* chauffé » l'objet, et cette belle lutte se passait sur son dos.

Et comme dans les ventes on sava:: viser les acheteurs connus pour ne pas reculer ! tXuelle adresse à les mettre en goût, à les faire « monter à l'arbre >> par d'insidieuses préfaces de catalogues, où l'on mettait en vedette, où l'on glorifiait spécialement à leur intention les livres et les estampes qu'on supposait pouvoir les tenter.

Et comme ça mordait bien !

Comme l'amateur accourait du fond de sa province, excité, prêt a tout ! Vous rappelez-vous ce libraire qui , pour préserver son client de toute influence autre que la sienne, ne le laissait pas descendre a l'hotel et le faisait coucher dans sa librairie ?

Vous rappelez-vous la manière de certains libraires, mettant les enchères à la grande cuiller, ne perdant pas leur temps à pousser avec ménagement par petits a-coups, et parfaisant immédiatement les sommes rondes, avec ce cri. (que je ne vous engage pas à adopter pour votre usage, si vous vous piquez d'atticisme) : Le mot !

(Par exemple, si un livre est à quatre-vingt-dix francs . le mot , c'est cent francs. S'il est au-dessus de neuf cents, le mot. c'est mille francs, et ainsi de suite: Vous voyez avec quelle rapidité /<• mot permet de mener les choses ! )

On parlait d'acheter un volume vingt mille francs comme de croquer une pomme. Vingt mille francs un exemplaire des Contes de La Fontaine avec gravures d'après Fragonard. Vingt mille francs un roman de chevalerie . Olivier de Castille, de sorte qu'on n'abordait plus son acquéreur qu'en lui disant : Comment va ee cher Olivier de Castille ?

Un libraire trouvait un amateur capable de lui prendre pour un million de livres en trois ans !

Aussi rien n'était curieux comme le parfait mépris de certains libraires pour le fretin des amateurs, et, ce qui est plus fort, pour le client qui, après avoir absorbé une ou plusieurs centaines de mille francs de livres,

demandait simplement a souffler, ne fût-ce que huit jours! Il fallait entendre le ton dont on disait de ce client qui, la veille encore, était une vache à lait :

allons! encore un qui at gavé! (ô élégance!) Ça veut acheter des livrci et ((J n'a pas d'estomac. Celui-là aussi se met à ràUr !

Râleur! Mot ignoble des marchands pour caractériser un amateur qui renonce, ou simplement qui se repose!

Une folie , un délire ! C'était le sabbat des livres ; ils chevauchaient une ronde folle. Aujourd'hui, un petit volume entrait à trois cents francs dans la bibliothèque d'un amateur: il en sortait le lendemain pour six cents, l.e surlendemain, il était pour deux mille dans la bibliothèque d'un troisième. Parfois, il disparaissait pendant un an, puis reparaissait relié par Trautz . alors il sautait dans une autre bibliothèque pour dix mille francs.

On disait à un relieur : donnez-moi ce livre-là avant trois mois, cl je TOUS couvrirai d'or (textuel). Si ce relieur était Trautz, on lui offrait n'importe quel prix pour arriver a l'avoir, puis on vendait ce livre à terni.;, en escomptant la plus-valur que lui donnerait la reliure du maître. (Q.u'est-ce. je vous le demande , que « l'art d'élever des lapins » à côte de cette culture intensive d'un relieur ?). Les libraires lui disaient : « Monsieur Trautz. par pitié, exécutez pour nous cette reliure pour laquelle vous demandez Jeux cents francs aux amateurs, et nous vous la paierons le sextuple.» Le moyen de résister ? Un amateur proposait même a Trautz de le défrayer de toute dépense et de lui donner trente mille francs d'appointements a la condition de ne relier que pour lui. Trautz eut le courage de refuser cette proposition magnifique pour ne pas enchaîner sa liberté.

Vous alliez voir un amateui pour regarder ses livres: Plus rien. Bibliothèque vide. Les livras vendus de la veille. Trois mois après, vous y retourniez, votre homme avait une nouvelle bibliothèque plus consiaérable que la première. Vous le croyiez calmé ? II vous étonnait par son audace. Vous comptiez sur lui pour lui repasser à un fort prix un livre que vous aviez acheté pour faire un coup ? Il s'effondrait!

Vous allez penser que ce n'est pas la le type idéal du collectionneur. Passion factice, diiez-vous, et superficielle. — Non. mille fois non ; passion sincère, intense, mais trop violente pour pouvoir durer. — Amateur pas sérieux ! — Et quoi ! pour être collectionneur faut-il donc avoir la gravité d'un bonze ?

Eh bien, croyez ceci : c'est que. si le but du collectionneur est de se procurer une aistraction agréable, jamais, entendez-moi bien, jamais amateur ne se sera plus amusé que le bibliophile de 1875. Il a vu passer sous ses yeux, en quelques années, tout ce qu'il est possible de rêver en fait de beaux livres : les gros prix les faisaient sortir et les amenaient dans les librairies ou a la salle de vente: dessins originaux, vignettes avant la lettre, fleurons en tirage hors texte, suites d eaux-fortes, exemplaires en grands papiers, reliures précieuses, maroquins doublés, mosaïques, estampes de l'école française en états exceptionnels ou uniques, gravures m couleurs, livres les plus rares et les plus extraordinaires, tout, absolument tout, a défilé sous ses yeux en quatre ou cinq ans. (Sans quitter les Contes de La Fontaine, faut-il rappeler qu'en peu de temps passèrent en vente l'exemplaire de Brunet. relié en mosaïque ancienne, qui alla chez Léon Mercier: l'exemplaire aux armes de Madame de Pompadour. qui alla chez M. de Lacarelle . — et, un exemplaire qui fit moins de bruit, et qui, cependant, excite toujours les regretsd'Eugène Paillet et les miens, parceque nous avons commis la sottise de ne pas le prendre : il était d'extérieur modeste, mais renfermai; toutes les figures en épreuves d'artistes, tirées sur un papier de Hollande fort comme du carton. Hélas 1). Sur cette masse de trésors, il en a happé quelques-uns au passage, et il en a joui

bruyamment. Son enthousiasme pour eux a tenu de la frénésie et il les a célébrés avec ivresse. Un amateur mordant peignait d'un mot typique ce délire du bibliophile : // mel sa livres, dam un saladier, et il Us eal pour tes/aire mousser !

Il ne se contentait pas d» sa bibliothèque, il avait aussi celles de ses confrères qu'il visitait, examinait, épluchait, critiquait. Il avait encore les libraires : a toute heure de la journée , il lui fallait causer de livres ; il entrait chez Gouin, il en causait; chez Saint-Denis, il en causait; chez la veuve Hénaux, il en causait. Il en causait chez Claudin , il en causait chez Porquct, il en causait chez Labitte. 11 faisait une longue station chez Potier, et il en causait. Il passait les ponts pour aller chez Téchener, et il en causait plus que jamais ; puis chez Morgand, chez Fontaine, chez Rouquette, et il en causait, causait, recausait, l'œil en arrêt, toujours prêt a sauter sur une occasion avantageuse. Lesjours de vente, il était fou, manœuvrant dans les sapes pour avoir à des conditions raisonnables le livre convoité, et en même temps se donnant un mal du diable pour faire monter le plus haut possible les livres qu'il possédait déjà; racolant à cet effet des amateurs nouveaux. les préparant, les catéchisant, les excitant à la débauche bibliophilique. les menant au feu, les lançant a l'assaut, les enlevant sans en avoir l'air au moment décisif, par quelque exclamation traîtresse habilement murmu rée : Bel exemplaire ! Qiielte marge ! Il est énorme ! Très-frais ! Il y a une figure déeouverte ! Je ne t'ai jamais lU eo m tne (a ! Tout a coup se levant, dégringolant l'escalier quatre à quatre, bondissant dans un fiacre, et se faisant conduire au quai. C'est qu'il venait de voir a la vente un volume atteindre un prix inusité, il connaissait le pareil chez un libraire à un prix très-inférieur, et il se précipitait pour le lui acheter avant que la renommée ne lui eût appris la hausse qui venait de se produire sur l'article !

Et le soir, il donnait encore des dîners succulents, où l'on reprenait en chœur la conversation sur les livres 1

Car il était aimable et accueillant, le bibliophile de 1875 ! Remuant et agité, achetant, vendant, brocantant, échangeant, usant de tous les moyens pour parvenir à la possession de l'irréprochable et de l'exquis ; il est juste aussi de dire à sa louange qu'il fut le plus généreux, le moins regardant au prix, et le mieux payant des bibliophiles de tous les temps.

Tout en ce monde n'est que passager. Les livres précieux se sont casés dans des bibliothèques d'où il ne faut pas compter les voir sortir. Ils se sont faits rares. Le krach est venu, quia entamé plus d'un bibliophile. D'autres se sont lassés de l'éternelle conversation sur les livres, qui tournait au rabâchage, et de la sempiternelle promenade le long des quais et dans les passages, qui finissait par friser le crétinisme. D'autres ont la collection qu'ils voulaient, et s'y tiennent. D'autres, hélas ! sont morts. Nous revenons en plein au vieux jeu. Nous sommes sages, calmes, modérés, pondérés, pour tout dire en un mot : raisonnables. Tout à l'heure nous serons mystérieux et cachottiers. C'en est fait de la bibliophilie de 1875. Mais ceux qui ont été de la fête n'y penseront jamais sans se dire :

C'était bien amusant !

276. Il, Pastor FIDO, de Guarini Glasgow, 1705, in-12 , figures.

Reliure curieuse en vélin blanc. Sur les plats, deux reproductions de dessins, dont l'une d'après Cypriani. Sous la dorure de la tranche est

peint un paysage qui apparaît lorsqu'on étage cette tranche sous le doigt.

Ces reliures faisaient rage en Angleterre, il y a cent ans.

277. ZÉLis AU BAIN, par le marquis de Pezay, 1763, in-8, illustrations d'Eisen.

Très-bel exemplaire, en demi-reliure, non rogné.

278. Anthologie française , par Monnet , 1765 , 4 parties en 2 vol. in-8, figures de Gravelot.

Reliure ancienne, maroquin rouge, trois filets, dos orné.

279. CONTES MORAUX, de Marmontel , 176s, 3 vol in-8, figures de Gravelot.

Exemplaire du Duc de La Valliere, dans une ancienne reliure en veau. Les figures sont en très-belles épreuves, ce qui est infiniment rare. C'est un livre qu'on a toutes les peines du monde a se procurer satisfaisant.

280. La Partie de Chasse de Henri IV , Suite des six grandes figures de Gravelot, in-4 ovale avec leur explication gravée.

(Rare). En un album.

281. LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV, par Colle, 1766 , in-8 , figures de Gravelot.

Précieux exemplaire renfermant les quatre dessins originaux de Gravelot, légués a M. Paillet par Philippe de Saint-Albin, qui fut, le premier, président de la Société des Amis des Livres.

Reliure de CuziN, en maroquin bleu, doublée en maroquin bleu, dentelle intérieure fleurdelysée, à petits fers.

282. VIRGILII OPERA. Barbou, 1767, -s vol. in-12, figures de Cochin.

Exemplaire en GRAND papier.

Reliure ancienne en maroquin rouge, trois filets.

285. L'Honnête criminel , par Fenouillot de Falluire , 1707, in-8 , figures de Gravelot.

Cartonnage de Lemardeley, en vélin blanc.

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