‹ Bibliothèque dún bibliophile, 1865-1885Chapitre 43 sur 106 · I.a vignette est avant la lettre , avec son eao-forte · texte numérisé non relu

I.a vignette est avant la lettre , avec son eao-forte

302 LE TEMPLE DE GNIDE , par Montesquieu, 1772, in-4 , figures d'Eisen gravées par Le Mire.

Les figures sont avant la lettre.

L'exemplaire est relié par Trautz , en maroquin orange , charmant motif XVI IF siècle sur le milieu des plats, dos orné.

Nous sommes, à cette date, au plus beau moment de la production des livres a vignettes, et les chefs-d'œuvre se succèdent coup sur coup.

303. LE TEMPLE DE GNIDE, mis en vers par Colardeau , '773 > iri"8 . figures de Monnet.

Les figures sont avant la lettre.

Relié sur brochure par Cuzin. en maroquin rouge, trois filets.

304. Le Temple de Gnide, traduit en vers par Léonard, 1773, in-8. figures de Desrais.

305. ANACRÉON, SAPHO, BION ET MOSCHUS , 1773, in-8, illustrations d'Eisen.

Ce magnifique exemplaire contient la suite des fleurons en tirage HORS texte (i).

Il est relie par Trautz, en maroquin vert, trois filets, dos ornés de divers attributs.

C'eît donc un de ces montons à cinq pattes sur lesquels la critique n'a pas de prise.

Ils sont rares, les livres de cette espèce ! Autrefois, quand les livres du XVIII* siècle étaient à bas prix, on ne s'inquiétait guère de leur

(1) Répétons une bonne fois que toutes les illustrations ont été choisies avec un soin dont on ne peut pas se faire l'idée. Nous ne le redirons plus pour ne pas fatiguer. Citons seulement un axiome de notre bibliophile, dont l'œil, comme on sait, est phénoménal, surtout doublé de son monocle, que nous avons baptisé son iconoscope : « Si vous êtes presbyte , il ne

faut pas vous OCCUPER DE VIGNETTES ! »

qualité et de leurs défauts. On achetait vingt francS|, par exemple, les Métamorphoses J'Ovide, qu'importait que le livre fut de la première date ou de la seconde ? On ne pensait même pas a le remarquer.

La hausse des livres a amené leur connaissance raisonnée, — quand on paie cher, on veut savoir ce qu'on a, — et cette connaissance raisonnée amène a son tour ce résultat : les livres reconnus en état convenable, les livres classés vont aux nues, excelsior, toujours excelsior; quant aux autres, on ne peut même pas dire qu'ils tombent : ils deviennent invendables, personne n'en veut. Ce résultat a été peut-être désastreux, mais on n'y peut rien.

Aujourd'hui, pas un amateur ne prendrait un exemplaire d'Ovide dont le quatrième volume porterait la mauvaise date, /770 ; il n'est pas amusant, en effet, de débourser une forte somme pour s'entendre dire, chaque fois qu'un confrère ouvrira le livre : Ah ! il n'est pas de la bonne date ! Tiens ! c'est le deuxième tirage.

Et notez que c'est toujours par le quatrième volume qu'on commence a regarder l'Ovide d'un amateur, avec l'espérance secrète de tomber sur le défaut. De même, pour VAnacréon, l'œil du visiteur saute a la date, malheur si elle n'est pas la bonne !

306. FABLES DE DORAT. 177;, 2 vol. in-8, illustrations de Marinier.

Admirable exemplaire contenant tous les fleurons tirés hors texte et. bien entendu, tous a toutes marges.

Les deux titres avant la lettre.

Bref, tout ce cjue l'on peut rêver, y compris même l'en-téte et le cul-de-lampe de l'édition précédente de 1772.

La reliure est de Cuzin, en maroquin citron, dentelle a petits fers sur les plats, doublée de .naroqu in rouge semé de roses et de papillons.

Dans des étuis.

O lecteur, si vous n'êtes bibliophile, vous ne pouvez savoir quel effort représente la confection d'un pareil exemplaire des Fables de Dorât 1 C'est le treizième travail d'Hercule.

Voici votre texte, il s'agit d'avoir les fleurons, et vous n'êtes pas assez heureux pour les avoir trouvés tous à la fois ! Il faut vous décider à procéder par fractions.

Un premier acliat vous met en possession de la moitié des précieuses vignettes. Sans trop de difficultés, vous trouverez encore un autre lot : vous voici aux deux tiers de la tâche. La commence la chasse, des lots entiers achetés au poids des billets de banque pour vous procurer seulement deux ou trois pièces ; puis mille démarches pour écouler vos doubles à quelque autre amateur sans trop de perte, ou un échange proposé a un rival, vingt-cinq fleurons offerts contre un qui vous manque; puis le joli titre du second volume qui passe en vente publique, s'il allait vous échapper 1 Un mois d'angoisses ! Enfin, il ne vous manque plus que trois pièces, vous les demandez a tout l'univers ; puis deux pièces, puis une, une seule. Dix ans de votre vie pour cette pièce ! La voila ! Ce que vous coûte ce petit papier, cela ne se dit pas. .1 caure de la famille qui vous ferait interdire.

■Vous croyez que c'est fini ! Allons donc ! Vous êtes complet, oui, mais il y a des fleurons qui sont réemmargés ! Et la poursuite, et les préoccupations, et l'agitation recommencent jusqu'à ce que vous ayez remplacé la dernière pièce courte par une à toutes marges !

Et puis, il y a la reliure !

Aussi, je ne vous engage pas a faire le compte de vos cheveux quand le travail sera terminé.

307. CHANSONS DE LA BORDE ; 1773, 4 vol. in-4, figures de Moreau et autres.

Encore un des plus précieux trésors de la collection ! L'exemplaire contient :

Les épreuves avant la lettre des figures du premier volume, dessinées et gravées par Moreau.

Les EAUX-FORTES des figures des quatre volumes.

Le portrait de La Borde à la lyre, et trois autres portraits de La Borde.

Le rarissime portrait de Madame de La Borde, en pied, par Masquelier et Née, dont on ne connaît que quatre épreuves.

Ce célèbre exemplaire provient des bibliothèques Renouard , AcuiLLON, Grésy, Gonzalés ; il a toujours été en s'améliorant et se complétant.

Il était resté cartonné, non rogné. Eugène Faillet a pris un grave parti : renoncer à ce cartonnage pour faire relier ses Chansons. A-t-il bien fait? A-t-il mal fait? Le monde bibliophile a passionnément discuté cette question, pour les principes. Mais que sert-il de discuter, puisque c'est fait et non à faire ?

Ceci dit, la reliure a été admirablement exécutée par Cl'zin, en maroquin rouge, large dentelle pompadour sur les plats, et doublée de maroquin bleu : l'ornementation intérieure est des plus intéressantes comme travail, elle représente les panneaux du château de Trianon, avec tous les attributs de la musique (i).

(i) Nous citions tout à l'heure le portrait de Madame de La Borde.

C'est bien rare, un portrait dont on ne connaît que quatre épreuves!

11 y a plus rare encore !

l'endez-vous, confrères ! Pendons-nous !

Vous savez que les Chansom de La Borde sont dédiées sl la Dauphine; vous connaissez la vignette de dédicace, immédiatement après le titre: les armes de Marie-Antoinette dans un médaillon rond, et au-dessous, quatre vers :

Digne appui des Beaux-Arts, . . . etc.

Ces vers, n'est-il pas vrai, semblent s'adresser a un portrait ?

Eh bien, le portrait a été fait !

11 y a été, dans ce petit rond !! Et il en existe une épreuve.

Et non pas le premier portrait venu, je vous prie de croire, mais une adorable petite Dauphine, de Moreau, gravée vraisemblablement par Masquelier, de même dimension que les deux célèbres médaillons gravés par Gaucher et par Le Mire : seulement, ici Marie-Antoinette est de face. L'épreuve est avant la signature du graveur.

C'est délicieux !

Vous me croirez si je vous dis que, lorsque M. Decloux, le discret collectionneur d'estampes, me montra cette pièce extraordinaire, ce mouton a je ne sais combien de pattes, qu'il faut désormais ajouter au catalogue de l'œuvre de Moreau, j'en restai pâle, la gorge sèche, ébahi etjaloux. J'eus pourtant la force de lui poser la question traditionnelle :

— Et où avez-vous trouvé ça ?

— Je ne l'ai pas trouvé; on est venu me l'apporter.

— Vous avez de la chance! C'est égal, on a dû vous saler. Combien ?

— Six francs.

— Oh!... Ohl!... Oh!!!...

Et je pensai m'évanouir.

11 y avait de quoi. Avoir collectionné dix mille portraits ; avoir, tous les

308. ŒUVRES DE MOLIÈRE, édition dite rf.- fin/ ; 1773, 6 vol. in-8 , illustrations de Moreau.

Ce bel exemplaire contient les figures et le portrait, avant la lettre, et les TIRAGES HORS TEXTE des six fleurons des titres gravés par Moreau.

Reliure ancienne de Mouillé, rue St.-Jacques, hôtel de la Couture, 65, en maroquin rouge, compartiments sur les plats, dos orné, et doublée de tabis.

Notre amateur a trouvé le moyen de se faire céder cet exemplaire par Sieurin, qui ne cédait jamais rien. Il lui en coûta simplement un billet de cinq cents francs. Sieurin n'avait payé le livre que quatrevingts. O Tempora !

309. Tarsis et Zélie , par Le Vayer de Boutigny, 1774, 3 vol. in-8 , illustrations d'Eisen , Cochin , Moreau

Cartonné sur brochure.

310. FIGURES DE MOREAU POUR JEAN -JACQUES ROUSSEAU , suite des figures de l'édition de 1774-178; , par Moreau et Le Barbier, in-4.

Epreuves avant les huméros.

On fait maintenant des folies pour cette belle suite de figures, après l'avoir longtemps négligée. Il est bien de réparer ses erreurs : pourtant faire des folies est toujours imprudent.

11 faut savoir acheter avec sang-froid et ne jamais s'emballer.

C'est une maladie grave que la pléthore bibliophilique, (que les libraires appellent plus prosaïquement indige%tion de livres). Elle attaque ceux qui en ont absorbé trop à la fois, ou trop vite, ou trop cher ; ou recommencé un fort repas de bouquins avant d'avoir assimilé le précédent; sa cause déterminante est le plus souvent l'excès du débit sur le crédit, elle offre les mêmes symptômes que l'embarras gastrique ordinaire: lassitude, manque absolu d'entrain, inappétence des livres, tristesse, dégoûts ; le malade a constamment sa bibliothèque sur les lèvres et souvent, dans un moment de forte nausée, la rend d'un seul coup. Dans les cas bénins, le soulagement, puis la résolution de la maladie surviennent après des évacuations partielles.

J'ai connu un bibliophile qui a été écœure pendant près de trois mois par une suite incomplète des eaux-fortes des figures de Moreau pour

jours pendant douze ans, «transfrété la Séquane» pour fouiller les cartons d'iconopoles amicabilissimes, et ne pas avoir mis la main sur cette Dauphine, avouez que c'est enrageant !

Encore une fois, il n'y a plus qu'à se pendre. . . Commencez, ami Paillet ; je vous suis !

Moreau avait décidément la main heureuse quand il dessinait pour La Borde, le « garde-magasin de doubles-croches». Son exquise composition intitulée: la Ctiiquaiilaint, datée de 1771. que les catalogues ont toujours donné comme une estampe publiée séparément, nous ftit bien l'efiet d'être le titre de la partition de la Cinquantaine . pastorale , musique de La Borde, représentée en 1771.

les œuvres de Rousseau, (les eaux-fortes des figures ici cataloguées', qu'il avait eu l'imprudence d'absorber a sept mille francs. (Juste le prix qu'avaient coûté peu d'années avant les merveilleux dessins originaux de la même suite !). Le calme ne revint qu'à la suite d'une élimination sagement amenée. Notre bibliophile fit appel aux soins éclairés d'un spécialiste, d'une habileté suprême, qui le délivra de ce fardeau. . en le repassant à un autre amateur, pour le même prix. Résultat admirable !

On cite des ..mateurs chez lesquels des libraires ont provoqué cet état pléthorique funeste en leur ouvrant tout grand leur crédit par lequel on leur ingurgite des livres ; ils absorbent, absorbent, paient un à-compte, sont épuisés et n'ont plus qu'a vendre leur bibliothèque à perte.

IMais ça ne réussit pas toujours. Il y a des clients qui kracquent.

311. Les Femmes vengées, opéra-comique de Sedaine et Philidor, 1775, in-8, une figure de Cochin.

Reliure ancienne, en veau.

312. Œuvres de Saint-Marc, 177s, in-8. illustrations d'Eisen et autres.

Reliure ancienne, en veau écaille.

313. Contes mis en vers par un petit cousin de Rabelais , (par d'Aquin de Cliâteau-Lyon), 177s, in-8 ; frontispice et fleuron d'Eisen.

314 LES SAISONS , par Saint-Lambert, 1775 , grand in-8 ; figures de Moreau , fleurons de Chofïard.

Encore un des plus beaux livres de la bibliothèque.

Les figures de Moreau sont avant la lettre.

Les fleurons de Choffard, tirés hors texte, (a toutes marges, cela n'a pas besoin d'être dit).

La reliure est de Thibaron-Joly, en MOSAÏauE et doublée. L'extérieur est orange, bleu et rouge, avec nombreux petits compartiments pointillés d'or ; l'intérieur bleu orné d'une large dentelle. Dans un étui.

315. ANNALES DU RÈGNE DE MARIE-THÉRÈSE, par Fromageot, 1775, in-8, figures de Moreau.

Les figures sont avant les numéros.

Les deux portraits en tirage hors texte.

Plus un premier état du portrait de Marie-Antoinette, avec les signatures à la pointe.

316 SUITES D'ESTAMPES pour servir à l'histoire des Mœurs et du Costume des Français du XVIll* siècle , 1775- 1777-1783. Trois parties en un volume in-fol.

L'exemplaire contient les trois textes (le troisième est si rare que pendant longtemps on en contestait l'existence).

La suite des douze estampes de Freudeberg a la tablette blanche. et en double état, à la tablette ombrée.

Les vingt-quatre estampes de Moreau, AVEC le privilège.

Les mêmes estampes avant la lettre.

Ce morceau capital a été acheté à Morgand. et même complété et amélioré depuis.

Au bibliophile de 1875, il fallait un libraire d'allure spéciale et de grande envergure : il l'eut, ce fut Morgand.

En ce temps-la, Damascéne Morgand était le commis de Fontaine, et nous ne jurions tous que par lui. Avez-vous vu Damascéne aujourd'hui ? Je vais chez Damascéne. M'accompagnez-vous chez Damascéne? C'est un livre que je viens d'acheter à Damascéne. Damascéne par-ci. Damascéne par-là. Damascéne toujours. Il trônait dans la librairie de Fontaine au premier étage, c'est-a-dire dans le département des livres précieux, et en était une manière de vice-roi absolu. Il administrait du reste les intérêts de son patron avec le même zèle que s'il se fût agi des siens propres. Et comme c'était le bon temps, comme on n'avait pas encore surmené les livres, il y avait la de bien belles occasions. (Je me rappelle, notamment, une certaine malle pleine de vignettes avant la lettre, qui fut une mine inépuisable). De plus, bien qu il n'ait jamais eu de gout aux petites .nffaires (c'est peut-être sc>n seul défaut). Damascéne alors se donnait parfaitement du mal pour vendre un livre modeste à un prix modéré. Cela ne pouvait durer ; bientôt on s'aperçut du changement. Au bout d'un an ou deux, les prix montaient sensiblement, nous sortions de l'âge d'or : et puis ,

. . . .déjà Morgand perçait tous Dammccnc ,

et se révélai' l'homme des énormes affaires. Les plus grosses opérations n'étaient pour lui qu'un jeu. Acheter des bibliothèques entières et les revendre d'un coup ; découvrir, former, surexciter et entretenir de nouveaux et formidables clients ; ramener les amateurs dissidents, dompter les récalcitrants, mater les rebelles; terrasser tousses adversaires dans les ventes sans rester accablé du poids de ses victoires, tel fut son génie.

Intérieurement, pour préparer, peser, mijrir une affaire a longue portée, le sang-froid méthodique, raisonné, calculateur, le flegme de l'anglais , (auquel il ressemble physiquement ). Extérieurement . pour en tirer parti, la flamme française, l'art de trouver a point nomme et au commandement un enthousiasme éloquent, communicatif . entraînant, irrésistible, (et demeuré célèbre). Sous ce bouillonnement de surface un calme absolu, et le tact suprême de dire toujours tout ce qu'il faut, et de ne dire que ce qu'il faut, avec une expérience consommée du client. Causeur avec le bibliophile d'occasion qu'il faut étourdir, enlever malgré lui ; avec le véritable connaisseur, se bornant à placer a propos le mot nécessaire pour déterminer, corroborer sa conviction déjà plus qu'à demi-formée ou la raffermir en cas d'hésitation ; mieux encore, muet avec le bibliophile de haute marque dans les mains duquel il place un joyau, sachant bien que le livre parlera tout seul et que tout essai dépression ne serait que nuisible. Dédaignant l'ancien et primitif procédé qui consiste a revendre tout naïvement contre espèces les livres qu'on vient d'acheter ; se plaisant aux affaires complexes et a long terme, aux achats greffes sur des échanges, aux opérations combinées qui multiplient les transactions, les répercutent les unes sur les autres et finissent par déterminer une cascade de bénéfices; vendeur séduisant, ayant gagné sous ce rapport le surnom terrible de Serpent tentateur ; acheteur comme on n'en verra plus, et comme on n'en a pas vu depuis le jour où Jupiter séduisit Danaé par la métamorphose que l'on sait ; incomparable, inouï pour la vente des livres extraordinaires, inapte a la vente des livres médiocres (lorsqu'il

entame leur éloge, les mots lui restent dans la gorge) ; capable de noyer sans merci un client sous un flot de livres précieux, incapable de le pousser dans une fausse voie et de lui conseiller l'achat d'un objet de second ordre ; d'ailleurs, ennemi de toutes les ficelles du vieux jeu, de toutes les roueries de bouquiniste et de tous les boniments surannés ; audacieux et prudent, habile et loyal, raide et cassant parfois, mais d'une droiture et d'une sûreté de parole à toute épreuve. Voilà l'homme.

Après avoir imprimé a la librairie de Fontaine un essor inouï, Morgand s'établit a son compte. Il amena dés lors les livres a une hauteur vertigineuse. Tout à l'heure, nous lui appliquions le vers du poète , appliquons-lui maintenant les paroles de l'historien : « Maigre, il prend peu a peu confiance en lui-même, tl devient plus » ouvert, plus serein, se met à parler, perd sa maigreur excessive, se . ■•> dilate en un mot, et, ne se contenant plus, il ose tout, entreprend tout, »> s'épanouit complètement, et quand on le croirait moins actif, s'élance •■> plus impétueux que jamais! » Et, en effet, quitte a le faire rougir, je l'appellerais le Napoléon de la librairie. N'a-t-il pas bouleversé l'ancienne tactique ? Q.ue dis-je? N'a-t-il pas réalise le rêve du conquérant, la descente en Angleterre ? Et même une descente périodique, qu'il effectue tous les ans et d'où chaque fois il rapporte des trophées arrachés aux libraires anglais sur le champ de bataille des ventes. Cela n'est pas pour nous étonner : Morgand est normand, et chacun a appris par la chanson que

« C'est les Normands qu'a conquis l'Angleterre t »

Et voyez sa force et son empire sur lui-même. Lui, glorieux ; lui, roi incontesté des ventes ; lui, grand vainqueur, ayant tombé tous ses rivaux, y compris le Terrible Fifi (dit le Rempart du Boulevard Poissonnière) et \e Colosse de i'Avej'ron, lorsqu'il s'installa dans sa propre librairie, il eut l'admirable sang-froid de s'interdire toute possibilité d'entraînement d'amour-propre: il ne mit plus liipied a l'hôtel Drouot, déléguant le soin d'acheter à son associé. le sage Fatout 1

Le comble, le dernier degré du flair, c'est qu'aujourd'hui, en homme habile, il modifie son jeu. 11 avait autrefois découvert ce principe si simple . que c'est sur les livres chers que l'on gagne beaucoup d'argent. Les temps sont devenu difficiles, eh bien ! il a émis la prétention de vendre jusqu'à nouvel ordre des livres bon marché. Et il le fait comme il le dit. Il y a maintenant chez lui des occasions magnifiques. Q.ue le moment serait admirablement choisi pour commencer une bibliothèque de vrais beaux livres !

A son tour, il a maintenant pour commis un jeune sous-Morgand, qu'on appelle encore familièrement par son prénom d'Edouard, et qui, déjà, vous manipule un client avec une assurance extraordinaire. Je vous donne mon billet qu'Edouard ira loin.

317. Pygmalion. Recueil des six figures in-8 d'Eisen, gravées

par de Ghendt. Album.

Avant la lettre (Très rar^) et avec la lettre. Plus l'eau-forte d'une septième figure qui n'a pas été terminée ; plus , un joli en-téte de Marinier, sur le sujet de Pygmalion.

318. PYGMALION, scène lyrique de J.-J. Rousseau mise en vers par Berquin, 1775, grand in-8; illustrations de Moreau et Marinier.

Admirable exemplaire en grand papier, contenant les épreuves hors

TEXTE des vignettes, et, le titre avant la lettre, pièce rarissime portant la signature de Marillier.

Il est relié sur brochure par CuziN, maroquin vert, avec une ornementation des plus riches et des plus élégantes, empruntée pour l'extérieur au titre les Grâces, de Moreau. C'est une heureuse innovation apportée dans l'ornement des reliures par notre bibliophile, et je dirai même une audace, car. en matière de reliure, vouloir essayer de sortir des copies des anciens fers, c'est vouloir se faire lapider. Cette reliure est DOUBLÉE en maroquin rouge, ornée à l'intérieur d'une des plus belles dentelles qu'on puisse voir, genre Derome !

Dans un étui.

Ce Pygmalion place Cuzin très haut dans la hiérarchie des relieurs.

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