ÉLÉMENTS DES ÉCRITURES ÉGYPTIENNES
Le système hiéroglyphique des Égyptiens, et les deux écritures qui en sont dérivées, l’hiératique et le démotique, se composent chacune de deux classes de caractères bien distinctes : les signes idéographiques et les signes phonétiques. Ainsi que leur nom l’indique, les premiers servent à l’expression des idées, les autres, à celle des mots. De là l’emploi simultané de ces deux classes de caractères pour écrire une pensée, une idée, à l’aide d’une phrase ou d’un mot qui en était l’énonciation.
Comme l’emploi des deux classes de caractères est à peu près le même dans les trois systèmes graphiques des anciens Égyptiens, et que la forme des caractères a seule subi d’importantes modifications, nous ne nous étendrons un peu que sur le système hiéroglyphique.
1. On trouvera ci-contre un tableau des signes alphabétiques et syllabiques de l’écriture démotique, que nous empruntons à M. Henri Brugsch.
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La première classe, celle des signes idéographiques, se divise elle-même en deux sous-classes : les signes figuratifs et les signes symboliques; les premiers expriment au propre les idées concrètes, celles des objets matériels que la peinture peut rendre par la simple imitation des formes; les autres rappellent indirectement, ou par allusion, les idées abstraites au moyen de la représentation d’objets matériels s’y rapportant. Ainsi, pour en donner des exemples, les signes
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, etc.,
représentant le soleil, la lune, une montagne, un homme, un taureau, un épervier, un serpent, un poisson, une Heur, une muraille, une barque, un siège, un miroir, une sandale, une balance et une charrue, suffisent pour exprimer l’idée de ces divers objets. Mais ils peuvent aussi être précédés chacun du mot qui les désigne, c’est-à-dire de l’expression phonétique du nom de l’objet qu’ils représentent, et cela au moyen de la deuxième grande classe de caractères, sur laquelle nous reviendrons tout à l’heure.
Les signes suivants, au contraire, appartiennent à la deuxième sous-classe, celle des caractères symboliques :
ils représentent le disque rayonnant du soleil, un homme portant sa main à sa bouche, un coupable frappé d’un instrument de supplice, un bras armé d’un bâton, deux bras armés d'une masse d’armes et d’un bouclier, deux jambes en marche dans le sens opposé à celui de l’écriture, deux jambes en marche dans la direction de l’écriture, un calame, un petit vase et une palette liés ensemble, le lien d’un volumen, un volumen ou rouleau de papyrus, et enfin un couteau; le premier s’applique à l’idée de la lumière ou de la clarté; le second, à celle d’une action de la bouche ou de la voix, et
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par suite, aux émotions de l’àme; le troisième exprime le mal et tout ce qui est mauvais; le quatrième indique une action demandant de la force; le cinquième est le signe du combat; le sixième est celui de la progression et de la locomotion; le septième, celui de la rétrogradation; le huitième et le neuvième, ceux de l’écriture; le dixième, celui de la science ou de l’abstraction ; le dernier enfin exprime l’idée de la division ou de la séparation. Les signes de cette sousclasse sont plus rarement employés isolément ou sans le secours d’un groupe phonétique, que ceux de la première, par la seule raison que leur sens est moins précis et peut s’appliquer pour chacun à un plus grand nombre de mots ayant rapport à la même idée. On s’en servit donc le plus souvent, ainsi qu’on pouvait le faire des premiers, comme de signes déterminatifs, c’est-à-dire servant à déterminer le sens ou l’ordre d’idées auquel appartenait tel ou tel mot de la langue égyptienne, écrit au moyen de caractères phonétiques , qui en figuraient plus ou moins exactement la prononciation.
Nous voici arrivés à la classe des signes phonétiques; ceux-ci se divisent aussi en deux sous-classes : les signes purement alphabétiques et les signes syllabiques. Les premiers s’employaient comme les lettres de notre alphabet, mais peut-être avec moins de fixité dans la prononciation des voyelles; leur nombre, restreint dans les bonnes époques de l’écriture hiéroglyphique, devint plus grand dans les temps de décadence, c’est-à-dire sous la domination des Lagides et des empereurs romains, par suite d’emprunts abusivement faits à la série des signes syllabiques ou des signes idéographiques, en modifiant les valeurs primitives de ces caractères, et par l’introduction dans l’écriture do signes inusités antérieurement.
Nous donnons ici le tableau des signes purement alphabétiques des bonnes époques de l’écriture, en y joignant les plus usités des signes introduits postérieurement.
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Alphabet hiéroglyphique égyptien.
1. L’l ne s’est un peu distingué de I’r que dans les basses époques.
DES ÉCRITURES DE LANCIENNE ÉGYPTE
On voit par ce tableau que deux voj'elles et trois consonnes seulement ont des homophones dans les temps anciens, et leur usage a été amené naturellement par la nécessité d'avoir des signes de superficies différentes pour conserver le carré de certains groupes dans l’écriture. Ce n’est qu’une question de calligraphie.
Il est admis en général que les signes alphabétiques tiraient leur valeur de la voyelle ou de l’articulation initiale du nom de l’objet qu’ils représentaient; il est donc inutile de revenir sur ce point.
Passons maintenant aux signes syllabiques; leur constatation est certainement le plus grand pas qu’on ait fait depuis la mort de Champollion, dans la connaissance du système graphique des Égyptiens; elle a permis de ne plus supposer un nombre indéfini de signes alphabétiques et d’homophones, qui ne pouvaient pas avoir de raison d’être et dont l’usage n’aurait servi qu’à embrouiller l’écriture d’une manière inextricable. Il faut remarquer cependant qu’on compte parmi eux, comme parmi les caractères purement alphabétiques, quelques homophones, mais il y en a fort peu dans les temps anciens. Ces signes peuvent être divisés en monosyllabiques et dissyllabiques ; ces derniers sont en très petit nombre.
Les signes syllabiques peuvent, en vertu des règles de ce qu’on a appelé le pléonasme graphique, recevoir comme signes diacritiques un ou plusieurs des éléments alphabétiques qui répondent à leur prononciation. Ainsi, le signe de la syllabe AM -J- suffit pour exprimer cette syllabe, mais on peut le faire précéder d’un A (j - -, ou le faire suivre d’un M -[- ou même le placer entre un A et un M (j - - sans que la prononciation de la syllabe AM, qu’on peut encore écrire (J avec les caractères alphabétiques seuls, subisse
aucune modification dans sa prononciation. Ce système, qui
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paraît étrange au premier abord, avait sans doute pour but dans le principe de faciliter la lecture des signes rares dont on pouvait aisément oublier la prononciation, et l’on reconnaît qu’il était indispensable quand on rencontre des signes syllabiques qui avaient deux ou trois valeurs différentes. Le signe représentant un bandeau par exemple, répond
aux syllabes MR et NS. Quand il est seul, il se lit ordinairement MR, mais il est souvent suivi d’un R (<=>) ^ qui
détermine sa prononciation; si, au contraire, il a la valeur
AAAAAA ^
de NS, il est précédé d’un N s , ou suivi d’un S 1 , ou bien placé entre un N et un S
La valeur primitive de quelques signes syllabiques s’est aussi modifiée à la longue, par suite d’un affaiblissement naturel de la prononciation, dont le copte, comparé à la langue antique, a conservé de nombreux exemples. Ainsi
le mot
NTR,
dont l’orthographe pleine était ^ est devenu en copte hottc. C’est pour cela que le signe répond h qr ou à qe et qu’il peut avoir pour complément ou signe diacritique <=> R, ou E. Ailleurs, le b final parait s’être oblitéré. Ainsi la prononciation du signe semble avoir été dans le principe sb, et il s’emploie pour le mot se, copte ci « fils ». Autre part, c’est l’aspiration finale qui a disparu, comme dans le caractère o, qui est également devenu SE. D’autres signes enfin, tels que et peuvent recevoir ou rejeter une voyelle initiale. Mais le nombre des caractères dont la prononciation subissait de semblables modifications n’est pas considérable et n’embarrasse plus, quand on y a fait une fois attention. Nous pouvons maintenant récapituler dans un petit tableau synoptique les différentes sortes de caractères qui composent chacune des trois écritures égyptiennes. Ce sont :
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I idéographiques phonétiques
figuratifs s emboliques alphabétiques
syllabiques
( isolés.
I déterminatifs, i isolés.
I déterminatifs, t voyelles.
( consonnes.
( monosyllabiques.
I dissyllabiques.
Mais il faut observer qu’un assez grand nombre de signes étaient employés, suivant les circonstances, comme idéographiques ou comme phonétiques ; il n’est pas possible de donner ici des règles propres à faire reconnaître dans laquelle de ces deux valeurs ils doivent être pris; cependant les caractères figuratifs isolés sont ordinairement notés des signes c. i; quand ils sont déterminatifs du nom de l’objet qu’ils représentent, cette marque disparait et elle devient inutile, car on ne pouvait se tromper sur le sens. Les symboliques sont le plus souvent accompagnés de la note quand ils doivent être pris dans un sens spécial; on les trouve parfois aussi notés d’un trait i, et généralement tout déterminatif doit être précédé de q. Mais ces signes d’attention sont souvent omis, et le meilleur guide était l’usage; c’est maintenant l’habitude du déchiffrement et la comparaison des groupes analogues. La même difficulté existe souvent pour distinguer la clef de la partie phonétique d’un caractère chinois composé de plusieurs éléments.
Un certain nombre de caractères, enfin, étaient employés avec une valeur à la fois idéographique et phonétique, pouvant recevoir des compléments ou signes diacritiques sans perdre leur valeur idéographique. M. Birch les a appelés signes mixtes, et on les divise en phonético-figuratifs et symbolico-phonétiques, suivant que leur valeur idéographique est figurative ou symbolique.
On trouvera ci-annexé, comme complément de ce qui précède, un tableau des signes les plus usités de l’écriture hiéroglyphique, avec l’indication des diverses valeurs dans lesquelles ils sont le plus ordinairement employés.
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Tableau des signes hiéroglyphiques les plus usités.
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AAAAAA
AAAAAA
FIG
ClEL
(Ciei. et Étoile)
S YM B.
supériorité, ciel, nuit, obscurité, ténèbres.
(ÉTOILE DANS UN CERCLE) TE0U’ liaüu’ *gUm, Céleste,