‹ Bibliothèque égyptologique (volume 2)Chapitre 213 sur 247 · A. vol. 2, pl. 76, fig. 1-6, et pl. 30, fig. 8 et · texte numérisé non relu

A. vol. 2, pl. 76, fig. 1-6, et pl. 30, fig. 8 et

Bibi,. égypt., t. iv.

DE

BAKENKHONSOU

GRAND PRÊTRE D’AMMON ET ARCHITECTE PRINCIPAL DE THÈBES, CONTEMPORAIN DE MOÏSE

La riche collection de sculpture formée par le roi Louis de Bavière, et connue sous le nom de G/ 'yptothèqiæ de Munich, possède quelques monuments égyptiens isolés et en quelque sorte perdus au milieu d’un grand nombre d’objets d’art grecs et romains, ce qui fait que peu d’égyptologues en connaissent l’existence. L’un d’eux, n° 30 de la collection, est la statue d’un grand prêtre d’Ammon, contemporain de Moïse et architecte des palais de Tlièbes sous deux règnes de la XIXe dynastie; elle est ornée d’inscriptions hiéroglyphiques qui nous donnent, outre des formules religieuses assez remarquables, un précieux résumé de la biographie de ce personnage. L’interprétation de ces textes égyptiens est l’objet du présent travail; mais, avant de l’entreprendre, je

1. [Publié dans les Mémoires de l'Institut èg aptien, 1862, t. I. p. 701-754]. L’impression de ce mémoire était décidée par l’Institut égyptien le 30 septembre 1861; mais des circonstances inattendues ayant retardé sa publication, l’auteur a cru devoir en donner, dans la Reçue archéologique (août 1862), un court extrait [qui est reproduit aux p. 269-273 du présent volume].

dois dire que je suis redevable de leur communication à M. Alphonse Mallet, membre honoraire de l’Institut égyptien, qui fut le premier à en comprendre l’intérêt. Ce savant distingué eut en effet la bonne fortune de découvrir l’importance de ce beau monument; il en fit une excellente copie, dont il veut bien m’autoriser aujourd’hui à faire profiter la science.

Le personnage est représenté assis à terre, à l’égyptienne, les bras croisés horizontalement sur les genoux, qui sont presque à la hauteur des épaules, et dans l’attitude que figure le signe employé souvent comme déterminatif ou idéographique du nom hiéroglyphique de ce genre de statue, snn'; mais on verra plus loin que celle qui nous occupe est désignée par le terme x'ntu, que le texte

grec de l’inscription de Rosette traduit par elxiv, image.

La tète présente un beau type et une belle expression; la sculpture est soignée et d’un excellent travail dans toutes ses parties.

On a malheureusement gravé sur les pieds quelques mots abrégés, en caractères français, qui ne sont cependant pas sans utilité, car ils nous indiquent la provenance du monument :

De : ch pr. J. Rifaud, ér. françoi | à Thèbes, 1818.

Cette inscription moderne ne peut être entièrement expliquée qu’avec l’aide de celles qui endommagent également presque tous les monuments du musée royal de Turin, et dont voici trois exemples :

Dvt. PAR JL Rif.vud | ESClllptEUR | 1818. | ThÈbES. | AU SERVICE. d. m. | d. (Dieux, stat. n° 4).

1. Louvre, A. 84, côté droit; Greene, Fouilles, pl. X, 5. Le défunt s’exprime ainsi dans la formule funéraire : « O prophètes, divins pères, » purificateurs et officiants, qui approchez tous de cette statue (snn), etc. »

DÉCOUVEt. PAR J1 2!. RlfAUCl SCultEUR | SCulptEUR AU CERVICE DE |

Mn DROvÈtti a thEbES, 1818. (Rois, stat. n° 1).

DECOUVERt. pAR. J :1 RlfAUd | SCulptEUR AU CERVICE. D. MI DROVÉ

| tti. (Dieux, stat. n° 1).

Celle que porte notre statue doit donc se lire littéralement :

Déc[ouver]t. p[a]r. J[acques]. Rifaud. é[sculpteu]r. françoifs]. à Thèbes, 1818.

Jacques Rifaud, auteur de quelques opuscules1, exécuta effectivement à Thèbes, aux frais de M. Drovetti, consul général de France en Égypte, les fouilles qui eurent pour résultat la découverte des monuments qui composent aujourd’hui la belle collection du musée de Turin. J'ignore par suite de quelles circonstances la statue de Munich n’en fait pas partie.

Jacques Rifaud nous donne, du reste, dans une de ses publications1, quelques indications sur ses travaux : « Je » commençai, dit-il, à faire des fouilles dans l’ancienne » Thèbes en 1817, et je continuai d’explorer ce sol antique » jusqu’en 1823. Je vins aussi cette même année dans la » province de Fayoum, où je creusai également le sol; je

» m’en occupais encore en 1824 . En 1825, je passai au

» Koum-Mougedan, où je creusai encore de vastes puits, si » je puis me servir de ce terme pour exprimer les grandes »> cavités et les déblayements considérables que j’ai dû faire » sur plusieurs points. Le travail dura un mois environ, du » 26 février au 21 mars. Depuis, je me transportai à San, » dans la basse Égypte, et dans d’autres endroits, où je fis » des découvertes non moins curieuses; telles sont Koum-

1. Tableau de l'Égypte, de la Nubie et des lieux circoncoisins , ou itinéraire et. l’usage des voyageurs qui visitent ces contrées. Paris, 1830, in-8".

2. Description des fouilles et des découvertes faites par M. Rifaud dans la partie Est de la butte Kouni-Mcdinct-el-Farès, lue à la Société de Géographie le vendrediT9 juin 1829. Paris, in-8% p. 4.

» Talle-Trip, dans la basse Égypte, et Koum el-Alimar. » La date de notre monument, et conséquemment l’époque du personnage qu’il représente, sont données tout d’abord par deux cartouches royaux gravés sur les avantpi^ bras : ce sont ceux de Ramsès II, de la XIXe dynastie, le Pharaon de Moïse, ainsi que notre savant académicien M. le vicomte de Rougé l’a établi depuis longtemps1, et que l’admettent maintenant tous les égyptologues. Ils se lisent :

Le seigneur des deux mondes Râ-user-mà-sotp-en-Rà , et Le seigneur des diadèmes } Râ-mes-su-mer-Amen.

Devant les jambes est une inscription composée de quatre colonnes d’hiéroglyphes, et qui devait sans doute être lue la première 2; nous commencerons donc par elle.

C’est le personnage lui-même qui parle :

lit

Su

A^VNA I

tn]-tâ-/Mp (1) Amn-lld(2), Tum( 3),

Hcar-m-aæ*u (4), bd

Proscynème il Ammou-Râ, Toum, Hartnacbis, âme du ciel.

Év 30

dnæ* ni nui.

dxcin (à) Ifr-hH

ua- lo

Mu-t-ur (6)

vivante en vérité,

(larve divine) au milieu

de sa barque,

à Methuer,

fl /www

AAAAAA 1 U û u III

h'r-cip (?) tà-tï Xcnsu-mcr-/etp (8) tu-sn

protectrice des deux mondes, et à Khonsou-newer-hotep; qu’ils accordent

/WWNA

1ÜW

ihl-ui

ex

rn-a mn ni ZAdm ihl-uî n-xct /r/e

que mon nom reste dans laTbébiïde et se perpétue à la suite des temps,

1. K. de Rougé, Xolicc (les monuments exposés dans la galerie d’untn/ tt il es (‘i/i/pticnncs ( su Ile du l'c^-de- chaussée) un Musée du Loucre, 1" édit. Paris, 1849, p. 9, etc.

2. Voyez n° 1 sur la planche à la tin du mémoire. Les chiffres entre parenthèses, dans la transcription des textes qu’on va lire, renvoient aux notes placées à la fin du mémoire.

AAAAAA

Tl

à (moi qui suis) (9)

kd

la personne

n rpd du noble

h’à mr chef, chargé

ntr-h’n-u des prophètes

ntr-u nb-u

des

dieux tous,

lî

ntr-h’n

premier

dp

prophète

I AWAM 71 A mil

d’Ammon

m Ap-u dans Thèbes,

Bdk-n-x’nsu. (10) md-æ’ru.

Bak-en-Khonsou, justifié.

Après cette courte prière, par laquelle il demande aux dieux de Thèbes que son nom pusse à la postérité, le défunt Bakenkhonsou s’adresse aux prêtres de différents ordres qui visitent son tombeau :

Z’d-io Il dit :

A/WVNA

a! ntr-h’-n-u ntr-tœ-u [«£,]-« (11) n pr-Amn,

O prophètes, divins pères et purificateurs delà demeure d’Ammon,

AAAAAA

AAAAAA

AAAAAA

AAAAAA

ammü(Vâ) ünæ’-u(13) n æ’ntu-a (14) qbh’ ( 15) n s’-a nuk

donnez des fleurs à mon image et des libations à mou corps; je (suis)

h’n æ’u (16) n nb-ic tjr mt(17) ma

l’esclave qui fait honneur à son maître, proclame l'équité et la justice,

/ici/- (1S) h’r mà msclil as*n;-tt s-«â(19) s-rx’ ( C 0 )

se repose sur la vérité, déteste le mal et développe la doctrine

ntr-ic ntr-h’n-dp n Amn Bdk-n-x’nsu.

de son dieu, le premier prophète d’Ammon, Bakenkhonsou

On remarquera dans ce paragraphe la distinction établie entre les deux offrandes que demande le défunt: des fleurs pour son image, c’est-à-dire pour la statue elle-même, et des libations pour son corps. Il semble, en effet, d’après quelques passages du rituel, que la libation était un des éléments destinés à développer le germe de la vie que conservait la dépouille mortelle pour la résurrection, et cette libation parait être Osiris lui-même d’après une peinture que m’a communiquée mon savant ami M. Chabas, et l’une de celles qui décorent la momie de Bu-tha-Amen au musée de Turin. (Voir Chabas, Revue archéologique , juin 1862, p. 370-374.) On se rappelle aussi la prescription que Batou fait à Anepou, dans le Conte des deux frères, et dont l’exécution ramène le jeune homme à l’existence ’, tandis que les fleurs ne semblent jamais être offertes que comme un hommage de souvenir.

Bakenkhonsou, suivant la coutume des Égyptiens, chez lesquels la modestie n’était pas une vertu, se vante ensuite de tous ses mérites : il est l’esclave qui fait honneur à son maître, c’est-à-dire au roi son souverain; il proclame l’équité et la justice, se repose sur la vérité et déteste le mal; il est enfin le grand prêtre d’Ammon qui développe ou propage, littéralement qui Jait grandir, la doctrine de son dieu.

Nous allons maintenant passer à l’interprétation de l’inscription horizontale qui entoure la partie inférieure de la statue b On ne s’étonnera pas d’y rencontrer les mêmes épithètes; les répétitions sont fréquentes dans les textes de ce genre.

It/id, ICd ntr-ldn-dp Le noble chef, premier prophèle

n A rnn

d'Ammon,

Iiâl:-n-xtnsu

Bakenkhonsou

[inû-x'ru

[justifié.

1. E. de Rougé, Notice sur un manuscrit égyptien, etc. Extrait de la Revue archéologique, IXe année, p. 0.

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