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et nos matelots ainsi réconfortés manœuvrent passablement, mais nous ne serons cpie demain au port, incha allali, et Dieu sait à quelle heure.
Mercredi 9 avril. — Au point du jour, à la Compania de Boulaq 1 ; une heure après, nous avons nos lettres. Bonnes nouvelles pour tout ce qui me concerne; Mariette me donne l'hospitalité à bord de son grand bateau neuf, qui nous transportera vers samedi à Alexandrie, où nous resterons quelques jours avant de nous embarquer pour la France.
Jeudi 10 avril. — Visite à Rondeau et à Roquigny ; travail au musée, puis nous rencontrons M. et Mme Chaillon sur l’Esbéquiéh. Ce soir à onze heures et demie, n’ayant pas trouvé de baudets, je reviens à pied, ma lanterne à la main, je me trompe de route et traverse le campement des Bédouins partant pour la Mecque, non sans quelque inquiétude, car je ne suis pas armé. Les chiens jappent et me poursuivent d’une manière assez menaçante; je leur jette des pierres qui ne les font pas taire. Je retourne sur mes pas et arrive enfin à la Compania par les rues de Boulaq, après avoir demandé plusieurs fois ma route aux ivrognes attardés dans les cabarets, sans savoir si j’aurai assez de bougie pour n’être pas en contravention et ne pas me faire colîrer par la police arabe. Je me fais ouvrir la porte sans trop de difficultés; mais je ne suis pas au bout de mes peines, car j’ai à repousser les attaques des chiens de Mariette, qui sont beaucoup plus dangereux que ceux du faubourg. Je gagne néanmoins l’escalier du bateau, et me voilà sain et sauf, après avoir couru les plus grands périls.
Vendredi 11 avril. — Notes au musée; déjeuner d’adieu chez Auric ; acquisitions de chinoiseries avec Chaillon chez
1. Devéria désigne ainsi le Musée par son nom populaire; Mariette avait obtenu en effet, pour installer ses monuments, une partie des bâtiments alloués jadis à la Compagnie européenne des bateaux à vapeur qui faisaient le service entre le Caire et Alexandrie, avant l’établissement <lu chemin de fer.
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Soulam. Conversation intéressante avec Mariette sur les pyramides, divers monuments et toutes les difficultés que présentent ses travaux, par suite de la mauvaise volonté des moudirs, de la nonchalance de ses employés et des caprices du vice-roi. Rien absolument de la période de la XIe à la XIVe dynastie à Memphis.
Samedi 12 avril. — Empreintes dans le musée. Nous partons vers quatre heures pour Alexandrie, sur le grand vapeur, et, en passant le barrage, une heure après, nous brisons un de nos sabords par la faute du mécanicien, qui n’exécute pas assez rapidement un mouvement commandé par le capitaine. Ce soir, nous prenons le thé sur le pont par un admirable clair de lune, en compagnie de Gabet et de Floris. Mariette se livre à une multitude de calembours déplorablement approximatifs, tels que celui-ci : « Donne ta Memphis, car je Thèbes et tu m’es Caire. »
Dimanche 13 avril. — Ce matin, à peine en route, nous nous ensablons vigoureusement, à ce qu’on m’assure, car j’étais encore profondément endormi, et nous passons quatre heures pour nous remettre à flot. Nous arrivons à Kafr-es- Saiat, où l’on fait mouvoir, pour nous laisser passer, l’admirable pont tournant du chemin de fer, soutenu sur des colonnes de fonte à chapiteaux de forme antique. Mariette me donne quelques indications sur le tombeau royal qui doit répondre au plan du papyrus de Turin.
Lundi 14 avril. — Nous nous arrêtons à l’entrée du canal Mahmoudieh. Nous visitons les quatre puissantes machines à vapeur qui l’alimentent et qui soutiennent son niveau assez élevé afin d’arroser les terres environnantes, tout en fournissant l’eau d’Alexandrie; c’est tout au plus si l’écluse est assez large pour que nous y passions. Il n’y a pas 50 centimètres de chaque côté des roues. Dans le moment le plus difficile, un chauffeur n’ayant pas répondu à un commandement du capitaine, qu’il devait répéter pour le transmettre au méca-
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nicien, Mariette l’a appelé, lui dit de se coucher par terre, dit à un matelot de prendre une grosse corde pliée en double et de le frapper. Après cinq ou six coups vigoureusement appliqués et qui arrachaient au malheureux des gémissements de douleur, Mariette ajouta un coup de pied, en ordonnant à chacun de reprendre son service, ce qui fut fait sans mot dire. Le canal n’est pas en ligne directe ; bordé au commencement par une riche végétation, il est bientôt dépourvu d’arbres et prend un aspect de plus en plus monotone à mesure qu’il se rapproche d’Alexandrie. Il est si poissonneux, que le déplacement d’eau produit par le vapeur suffit pour mettre à sec, sur les bords, une quantité de poissons que des gamins, plus ou moins nus, poursuivent et prennent à la course. Nous sommes à Alexandrie, mais nous n’arriverons que demain matin au port.
Mardi 15 avril. — Visite de M. Bravay, dont on dit beaucoup de bien. Je reste à bord toute la journée.
Mercredi 16 avril. — Mariette me propose de l’accompagner par l’Autriche, ce que j’accepte avec empressement.
Jeudi 17 avril . — Séance à l’Institut d’Alexandrie, sous la présidence de Mariette.
Vendredi 18 avril. — Grand vent toute la journée. La malle des Indes, en vue depuis hier, ne peut entrer au port. Le navire autrichien qui doit nous emmener ne veut pas partir à cause du mauvais temps.
Samedi 19 avril. — Un navire s’est perdu en vue du port, on recueille aujourd’hui les épaves, mais on ignore encore si c’est un vapeur ou un bateau à voiles.
Dimanche 20 avril. — Mariette ne se décide pas à affronter la mer, et bien lui prend, car un ordre du vice-roi l’empéche de partir jusqu’à vendredi, jour du départ pour Corfou et Ancône d’un paquebot autrichien.
Lundi 21 avril. — Dans toute l’Égypte la journée se
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passe en fantasias. C’est la fête de la Goutte d’eau qui doit tomber cette nuit du ciel pour donner naissance à la prochaine inondation. Coptes et Musulmans, vêtus de leurs plus beaux habits, se promènent sous prétexte de s’amuser; sur le canal passent et repassent bon nombre de barques pavoisées, selon la fortune des promeneurs, d’un beau pavillon ou d’un simple mouchoir de poche, mais toutes avec de la musique, si musique il y a en Égypte, c’est-à-dire taraboucas, tambours de basque avec ou sans peau, etc., et accompagnement de coups de feu. Quelques-unes charrient des harems de 2° ou 3e classe; tout le monde porte des fleurs, surtout des roses. Les femmes qui, sous prétexte de pousser leurs glapissements d’allégresse, oublient de se cacher le visage, en ornent leurs coiffures; les hommes les placent de côté sous leur tarbouche. Ce soir, tous les habitants du pays vont se promener, tendant les mains et regardant en l’air, au risque de trébucher, pour voir tomber la fameuse goutte d’eau et môme tâcher de la recevoir; ce qui serait un présage des plus heureux. Chain-en-nesim, la Respiration du Zéphir, est le nom de cette fête.
Jeudi 24 avril. — Le vice-roi part pour l’Europe à bord de sa plus belle frégate de guerre; il s’arrêtera à Candie.
Vendredi 25 avril. — Visite à bord du Vulcain, paquebot autrichien, qui doit nous transporter en Europe; nous quitterons Alexandrie dimanche 27. Nous rentrons par Trieste, Venise et le mont Cenis.
Bicl. ÉGYPT., T. IV.
QUELQUES PERSONNAGES
d’une