‹ Bibliothèque égyptologique (volume 2)Chapitre 30 sur 247 · De Rongé, Journal asiatique, t. VIII, p · texte numérisé non relu

De Rongé, Journal asiatique, t. VIII, p

3. Inventorié comme faisant partie du carton 6 bis dans la division des objets fins de l’ancien catalogue manuscrit de la collection; il est porté sous le n” 956 du catalogue de vente.

LE BASILICOGRAMMATE THOUTH OU TETI

Le centre est occupé par une fleur astéroïde dont le cœur saillant est entouré de pétales droites et serrées; autour, cinq poissons dans une sorte de guirlande formée de douze Heurs de lotus réunies l’une à l’autre par les deux extrémités d’une même tige. Dans le champ, en dehors, la légende hiéroglyphique suivante occupe environ un tiers de la circonférence :

Ol

A/VNAAA

MH HT N NB TE-TY (?) IISY NTR

Celui qui emplit le cœur du seigneur des deux mondes le loué du dieu

^ ni

NFR SU(TN) A-N MR SBY-Ü (?) JIH-TE TT-T

bon’, le basilicogrammate, le gouverneur des pays septentrionaux, Teti.

Ce plateau a malheureusement été brisé, mais il paraît n’avoir jamais eu de rebord; c’est ce qui explique la présence de la légende dans le champ, car celle du plateau d’or du Louvre est gravée extérieurement sur le pourtour du rebord. L’inscription que je viens de traduire s’est conservée entière malgré les fractures, et pas un seul des signes qui la composent n’est douteux. On y reconnaît facilement une dernière variante des titres du même personnage, car, outre le titre de basilicogrammate, commun à presque tous les monuments que j’ai signalés, celui de gouverneur ou chargé des pays septentrionaux, et la ressemblance des deux plateaux ne laissent subsister aucun doute sur l’identité d’origine des deux objets, identité qui du reste a parfaitement

1. Les expressions seigneur des deux mondes et dieu bon sont des synonymes du mot roi. M. Birch traduit le mot hsy par sujet, mais l'acceptation de loué me paraît présenter ici un parallélisme plus conforme aux habitudes égyptiennes.

LE BASILICOGRAMMATE THOUTH OU TETI

été reconnue dans le catalogue rédigé à l’occasion de la vente de la collection ' .

Je noterai aussi que le nom du personnage est suivi du signe ^ qui détermine toujours le nom d’un mort, et que ce fait confirme pleinement la supposition de M. Birck, suivant laquelle la patère d’or donnée par Toutmès III au basilicogrammate Teti, aurait reçu l’inscription dont elle est ornée seulement après la mort de ce dernier pour être déposée dans son tombeau. Il est très probable, en effet, d’après la ressemblance des deux objets, que le plateau d’argent avait été une première rémunération accordée au basilicogrammate, et, que le pharaon voulant donner ensuite au même personnage une nouvelle preuve de sa satisfaction, lui aura fait présent de la patère d’or comme deuxième récompense plus importante que la première, et enfin que les légendes de l’un et de l’autre de ces deux objets auront été gravées en même temps. Le même fait a dû se présenter assez souvent, car on connaît un certain nombre d’objets qui paraissent avoir servi et qui portent néanmoins des formules de consécration funéraire.

Je dois, avant de terminer cette notice, ajouter quelques

1. François Lenormant, Catalogue d’une collection d’antiquités èggptiennes, Paris, 1857, 8“, p. 80. L’auteur prévient lui-même, dans une courte préface, qu’il a été obligé de faire son travail dans un espace de temps beaucoup trop restreint. On ne s’étonnera donc pas de trouver quelques dissemblances entre sa description et la mienne. De plus, comme il résulte clairement du travail de M. Birch que le basilicogrammate Teti n’était pas intendant de l’or, de l’argent et de l’étain, mais bien gouverneur des possessions égyptiennes sur la Méditerranée, et le mot h’sbt, dans lequel Cliampollion avait cru reconnaître le nom de l’étain, désignant le lapis-lazuli, il ne faut pas s’attendre à retrouver la coupe d'étain dont l’existence est mentionnée comme probable dans ce catalogue. Les deux plateaux d’or et d’argent paraissent d’ailleurs avoir été donnés comme récompense, ce qui ne serait pas admissible pour une coupe d’étain.

LE BASII.ICOGRAMMATE THOUTII OU TETI

mots sur le nom du basilicogrammate Thôtb, Thoûth, , Toutty ou Teti, qui. comme je l’ai dit, est le même

que celui de l’Hermès égyptien.

Ce nom propre, très rare sur les monuments, n’est cependant pas en dehors des usages adoptés au temps des Pharaons pour la formation des noms d’hommes; car, bien que les Égyptiens ne fussent pas dans l’habitude de donner à leurs .enfants le nom d’une grande divinité sans y ajouter une épithète, ils pouvaient porter celui d’un dieu du second ou du troisième ordre : ainsi, ils s’appelaient Chonsou aussi bien qu’Horus et Imouthès, du nom de ces dieux qui ont le rôle de fils dans les triades. Or, le dieu Thôtb ne peut pas être considéré comme un dieu du premier ordre puisqu’il s’assimile et s’identifie au dieu Chonsou jusqu’à ne faire plus qu’un avec lui. Je ne connais cependant que deux autres exemples de l’emploi du nom de Thoûth ou Teti comme nom d’homme; l’un sur une momie du musée britannique (n° GG99), l’autre dans les légendes d’une statuette de la collection Abbott', encore le personnage qui le portait est-il ordinairement désigné par un surnom, ~^\\ , comme dans la légende de son scarabée funéraire *.

1. Voir le catalogue de cette collection, New-York, 1854, 8“, p. 17, n" 170. Je dois à l’obligeance de M. Edwin Smith la copie de l’inscription de cette statuette.

2. N“ 1042 de la même collection. — La transcription s’a ou s’u,

pour me parait contestable, et de nombreuses variantes semblent

indiquer plutôt a’a’. Ce signe se retrouve, il est vrai, suivant Salvolini,

à la place de (Alphabet, 196), mais la prononciation s’u, pour ce 0 u I w I

dernier, ne me semble pas mieux établie. La variante pour

° citée par M. de Rougé ( Inscription d'Ahmès, p. 116),

doit être fort rare, et je crois que c’est une transcription fautive du signe (Louvre, pap. 3092, c. 363, = Todt., 64, 16), forme

abrégée de (même pap., col. 262, = Todt., 82, 5; 87, 1), et

qui remplace également (même pap., col. 533 = Todt., 110, a).

LE BASILICOGRAMMATE THOUTH OU TETI

J’avais d’abord pensé que cette statuette, qui porte la légende et les attributs d’un grammate, représentait notre personnage; mais j’ai dû renoncer à cette opinion pour trois raisons ; premièrement, les légendes ne donnent au personnage représenté que le titre de grammate, au lieu de celui de basilico grammate ; ensuite, elles le désignent plusieurs fois par un surnom qui ne paraît sur aucun des monuments que j’ai mentionnés; enfin, l’existence dans la même collection d’un scarabée funéraire qui ferait, avec celui du musée de Leyde, un double emploi sans exemple pour un même personnage, ne peut laisser aucune incertitude à cet égard.

Le signe me Paia‘ssaif fautif dans le nom de Darius, gravé sur la statuette néophore du Vatican, et même douteux d’après une copie anterieure à la découverte du système hiéroglyphique, qui donne dis-

/WWVA

tinctement les signes JBse, v\ i i (Masco Pio Clémentine, t. VII,

pl. A); Champollion lui-même a lu sur l’original

(Grammaire, p. 500). Mais M. de Rougé affirme avoir reconnu le quadrupède sur le monument. Voici, dans tous les cas, les variantes qui

me font préférer la lecture a’a’ : o^> lr^h (Bibliothèque

impériale, stèle 11), ou o (pap. retr. de Nebset, 12, 3)

= — ° ( Todc ., 102, 6); 2° le même mot se trouve sur lescippes

d’Horus, sous les formes : “ 0£ë3i>

iâça

ilrEâ (?), Q. I et. ccE3i (musée Borgia), enfin

^a et âça (bibliothèque impériale, 290 et 292); 3“ ^

dans le prénom d’Évergète I“r (Louvre, stèle du Sérapéum). Donc = ° = X7\I7 = a’a’ (la voyelle du premier exemple est sans

importance). L’équation des signes et n’est pas douteuse

dans certains cas, mais elle ne peut être expliquée que par la polyphonie des caractères, car la valeur ordinaire du dernier est fu, ainsi

que le prouvent trois mots dilîérents : 1° (Bibliothèque impériale, stèle 11), ou (Louvre, stèle Anastasi, n° 63), où le signe

est régulièrement placé entre les éléments phonétiques correspondants f, et u ^ ou (2; 2" ZMn., hf, ou ISWL, hfy,

LE BASILICOGRAMMATE THOUTH OU TETI

L’inscription de cette statuette qui donne un abrégé de la formule des proscynèmes plus complet que celui de la palette funéraire dont nous nous sommes occupé, commence par ces mots :

Su[tn] TA HTP AMN-rtA’ NB k’r 1 TE-TY (?)

Proscynème à Aoitnon-Soleil. seigneur de la région des deux mondes

UF.S-AR ANP PR Il’RU T H K AHE

à Osiris-Sokari et Anubis ; offrande d'aliments solides et liquides , des bestiaux

APT h’t NB NA’R UAB a’nh’-TE NTR AM TATA (?)

et des volailles-, toute chose bonne et pure dont vit un dieu, les dons du

P-T (?) KME TA (?) PRR HR UTH N NB

ciel et les créations 3 de la terre s, les offrandes de la table du seigneur

HH SUR IIR BB NE (?) Nt’.M

du temps ( Osiris ) 3, la boisson à la fontaine (d’Atour) et le souffle agréable

N MH N k’e N a'n (?) TT-TY (?) T’T-N-F a’a’YU 6

de l’air, à la personne du grammate Toutty, surnommé Aâyou.

IMl (Louvre,

au pluriel hfu, serpent, qui est remplacé par

toile 3097 = Todt., 108, 149, etc.) et écrit (Louvre, sar¬

cophage de Taho) et pp *v\ Visai (Louvre, papyrus 3092, col. 533

[Todt., 78, 3; 15,20)

= Todt., 110, a, var.); 3° enfin est écrit (Louvre, pap. 3092, col. 171), d’où il résulte que

est égal à fu.

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