Lettre à Chabas, du 10 mai
5. Sa lettre du 20 mai annonçait qu’il passerait peut-être à Chalon-sur- Saône, en allant de Paris à Francfort; cette première phrase de la lettre du 16 juin : « Depuis que je vous ai quitté », semble indiquer que ce projet s’était réalisé.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
grand nombre des États moyens, paraît avoir été déclarée en bonne forme à Francfort... Je compte partir la semaine prochaine pour Dresde ; et de là en Bohême pour voir mon frère, si cela est toutefois matériellement possible...
Ce frère, Cari de Horrack, était officier dans l’armée autrichienne. Le 5 juillet 1866, M. de Horrack écrivait à Chabas combien il en était inquiet :
Je suis de retour à Paris depuis quelques jours, après avoir passé à Francfort une semaine bien orageuse. Dans cette bonne ville, on ne voit plus que des soldats et des canons ; les affaires sont suspendues, et le bourgeois, si paisible autrefois, ne parle que guerre, et demande des « Prussiens » pour en faire des saucisses qu’il mangerait bien avec sa chope de bière. Mais je crains bien que, dans peu de jours, la ville de Francfort ne soit mangée ellemême par les Prussiens, et très bien digérée par les vainqueurs des Autrichiens. Ce matin, grande joie dans Paris... la paix semble être faite. Je ne m’en réjouis guère ; car je suis très inquiet sur le sort de mon frère, qui était dans les terribles batailles que se sont livrées les Allemands en Bohême ; son régiment a été détruit, et s’il a échappé à cet affreux carnage, c’est par un miracle...
J’ai la douleur, écrivait-il le 18 juillet, de vous annoncer que mes craintes au sujet du sort de mon frère se sont malheureusement réalisées. Il a succombé, après cinq jours de souffrances, à une blessure mortelle reçue à la bataille de Sadowa ; une balle prussienne lui avait traversé la poitrine. Sur la nouvelle assez vague qu’il était blessé, mon beau-frère 1 est parti de suite pour le champ de bataille, sans connaître l’endroit où il avait été transporté, et, après avoir parcouru pendant 14 heures l’affreux charnier, il a appris, par les personnes qui assistaient à ses derniers moments, qu’il était mort le 7, et enterré dans le jardin d'un château. Quelle terrible guerre, qui jette le deuil dans des milliers de familles! Je ne sais pas encore quelle impression cette triste nouvelle a faite sur ma pauvre mère...