‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 30 sur 171 · Devéria · texte numérisé non relu

Devéria

DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACK

sion de notre ami D. J’ai lieu de croire qu’elle est authentique1 2 * * * * *...

Lorsque l’arrivée de la saison froide eut obligé Devéria à s’éloigner de nouveau de Paris, ce fut M. Pierret qui reçut M. de Horrack au Musée du Louvre. Celui-ci informa Chabas, le 28 novembre 1867, d’une découverte qu’il venait de faire dans une des vitrines de ce musée :

J’avais remarqué, il y a longtemps déjà, dans une des vitrines du Louvre, un fragment de vase qui porte une magnifique inscription hiératique. Je me suis fait donner ce tesson il y a quelques jours pour prendre un calque. Jugez de ma surprise, de reconnaître dans l’inscription un duplicata du fragment de pierre Cailliaud, dont vous avez publié le texte dans votre « Voyage d’un Égyptien ». Je me demande si ce document a échappé à la perspicacité de M. Devéria, ou s’il le connaît et s’est proposé de le publier un jour8. Il ne m’en a jamais parlé, et son remplaçant, M. Pierret, qui m’a vu en prendre un calque avec beaucoup de soin, a paru tout surpris lorsque je lui annonçais que son ostracon reproduit une page d’Anastasi I. Quoi qu’il en soit, je me propose

1. Dans une lettre du 24 octobre 1867, M. de Horrack ajoutait que M. Zotenberg, qu’il avait rencontré en compagnie de M. Reiniscb, lui avait dit combien il avait regretté l’insertion de l’article de Brugsch dans la Revue critique , dont il était alors collaborateur, et qu’il se disposait à quitter. D’ailleurs M. Zotenberg avait fait directement connaître à Chabas, dans une lettre du 16 juin 1867, son opinion sur le rôle que Brugsch venait de jouer à Paris.

2. Devéria écrivit sur ce sujet à M. de Horrack : « Vous faites fort » bien de calquer et de publier nos ostraca. Ils sont là pour cela, et

» n’attendent que la bonne volonté des savants. J’avais reconnu depuis » longtemps et indiqué dans mon catalogue le duplicatum Cailliaud ; » mais ce n’est que le livre de M. Chabas qui m’a montré que le même

» texte se trouvait dans le papyrus Anastasi I ; je ne l’avais pas remarqué.

» Ces deux ostraca d’un même texte (avec des variantes importantes)

» prouvent que quelque superstition s’y rattachait, et qu’on devait

» l’employer comme talisman. » (Lettre de M. de Horrack à Chabas,

; du 9 janvier 1868).

NOTICE BIOGRAPHIQUE

d’envoyer mon calque à M. Lepsius pour le publier dans le Zeitschrift. Comme il doit être accompagné d’une explication plus ou moins détaillée, j’ai essayé de faire la traduction du texte, lequel bien certainement présente des difficultés assez sérieuses. Voici le brouillon de mon travail, que je prends la liberté de vous soumettre... J’ai commencé à calquer un autre ostracon, à peu près des mêmes proportions; malheureusement il n’est pas complet, à cause d’un morceau qui manque...

Chabas critiqua consciencieusement le travail soumis à son appréciation1; le 17 décembre 1867, M. de Horrack lui écrivait :

Grâce à vos excellentes notes, pour lesquelles je ne saurais vous remercier assez, mon article sur l’ostracon du Louvre a reçu une tournure tout à fait savante. Je l’ai expédié immédiatement à M. Lepsius... J’ai fini avec le calque de l’ostracon dont je vous ai parlé ; vous le trouverez ci-inclus. Quel dommage que ce texte ne soit pas complet 2 !...

Le mémoire Sur un ostracon, etc., envoyé à Lepsius, parut dans la Zeitschrift, numéro de janvier 1868 ; Lepsius en avait fait disparaître un passage où M. de Horrack défendait Chabas contre les attaques de Brugsch. L’égyptologue de Berlin avait, lors de sa visite à Paris en 1867, reçu d’E. de Rougé l’accueil le plus flatteur, et en avait exprimé sa satisfaction dans une lettre écrite à M. de Horrack3. Aussi s’appliquait-il désormais à rester étranger à toutes les polémiques qui concernaient Chabas, et M. de Horrack écrivait à celui-ci le 28 janvier 1868 :

1. Voir les lettres de M. de Horrack à Chabas, du 30 novembre et du 4 décembre 1867.

2. M. de Horrack le comparait aux pages 1-3 du papyrus Sallier I, avec lequel il trouvait une grande analogie de style (lettre du 17 décembre 1867).

3. Voir la lettre de M. de Horrack à Chabas, du 24 décembre 1867.

DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACK

... M. Lepsius me demande la permission de supprimer, dans mon article pour le Zeitschrift, le passage relatif à la critique de Brugsch de votre Voyage d’un Egyptien. J’apprécie les raisons que donne à cet effet le savant Docteur ; mais sa manière d’agir se ressent un peu de la politique de son compatriote Bismarck... C’est aujourd’hui (25 janvier) seulement que le passage final où je défends M. Chabas contre Brugsch le frappe. Le Docteur n’a jamais vu l’article en question de Brugsch, et ne sait même pas où il a paru ; mais il est persuadé d’avance que mes observations très modérées sont parfaitement justes. Cependant, il voudra éviter dans son journal toute espèce de polémique. Il désire, par conséquent, que je l’autorise, par retour du courrier, à supprimer le passage en question.

Je n’ai pu faire autrement que d’accepter « le fait accompli 1 ») et j’ai envoyé immédiatement à M. L. une autre rédaction, en conservant tout ce que j’avais dit sur les mérites de vos ouvrages, etc.; mais j’ai une vague idée que papa L. a déjà rectifié lui-même la clause finale en question, et que l’article était déjà imprimé ainsi avant le départ de sa lettre. On ne peut pas se fier à ces diables de Berlinois; ils valent bien leur réputation... Il parle beaucoup de vous, et prétend avoir fait un effort auprès de M. de Rougé pour vous raccommoder avec ce dernier...

M. de Horrack reconnut cependant, le 17 février 1868, dans une lettre à Chabas, que son article avait été correctement reproduit :

Le numéro du Zeitschrift de janvier m’est parvenu il y a deux jours ; mon petit article est assez correctement reproduit, sauf deux grosses fautes d’orthographe. Je crois que ce sont les demoiselles de M. Lepsius qui corrigent les épreuves en langues française et anglaise. Elles sont évidemment plus fortes sur la langue française, car les articles de M. Goodwin, insérés dans le même numéro, sont criblés de fautes... Il faut néanmoins savoir gré à M. Lepsius de ce qu’il accepte des articles en langue étrangère ;

1. L’article était déjà composé par l’imprimeur, et la planche exécutée.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

que ferait la Revue archéologique ou le Journal asiatique , si on lui envoyait un article en anglais ou en allemand ?...

Quant à Brugsch, il faisait paraître des livraisons successives de son Dictionnaire, où Chabas netait pas plus équitablement traité que dans la Critique du Voyage d'un Égyptien. M. de Horrack envoyait à Chabas des extraits de ce Dictionnaire, et lui exprimait combien il était choqué du parti pris et de l’injustice de Brugsch :

La huitième livraison du Dictionnaire de Brugsch vient de paraître. L’auteur y continue à vider son sac à votre égard; il le fait avec une amertume visible, en se servant des mots les plus durs et même peu convenables1...

... Votre2 mémoire3 ne peut pas être assez raide en ce qui regarde M. Brugsch. A chaque instant, je rencontre dans son Dictionnaire des phrases de ce genre : « La signification du groupe... a été à peu près devinée par M. Chabas », ou « a été devinée, mais non pas prouvée par M. Chabas... » Toute cette critique, ainsi que celle de M. de Rougé, porte presque toujours sur des points secondaires, et devient très souvent de l’enfantillage. De la part de M. B..., c’est une hostilité systématique que rien ne justifie. . .

On comprend avec quel intérêt M. de Horrack étudia la Réponse à la Critique qui lui parvint le 5 mars, et dont il remit un exemplaire à M. Zotenberg4. Il copia aussi au Louvre une stèle de l’Ancien Empire, qu’il se disposait à étudier5; il cherchait encore quel texte hiératique il emporterait à Kissingen, où il comptait passer quatre semaines

1. Lettre du 12 février 1868. M. de Horrack communiquait en même temps à Chabas des nouvelles de M. Reinisch, qui allait être nommé professeur à l’Université de Vienne, et venait de l’en informer.

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