‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 31 sur 171 · Lettre de M. de Horrack à Chabas, du 4 avril · texte numérisé non relu

Lettre de M. de Horrack à Chabas, du 4 avril

DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACK

du congé qu’il espérait pour le mois de mai. Mais un événement imprévu vint déranger ses projets de voyage et d’étude. Son collègue au bureau de la maison Tiffany et Reed, M. Lockwood, était souffrant depuis la fin de mars, et tout le travail du bureau retombait sur M. de Horrack. Celui-ci attendait patiemment la guérison de son ami: mais M. Lockwood devint de plus en plus faible, et mourut le 30 avril 1868. Le 8 mai, M. de Horrack, s’excusant de n’avoir pu rendre à M. Lefébure, alors à Paris, les services qu’il avait l’habitude de prodiguer de si bonne grâce aux amis de Chabas, racontait à celui-ci les tristes jours qu’il venait de passer :

. . . Depuis que je vous ai adressé les lignes qui vous annonçaient la mort de mon pauvre ami, j’ai passé des jours que j’espère ne pas revoir. Voici en peu de mots ce qui s’est passé. M. Lockwood, malade depuis quelques semaines, ne souffrait plus, mais était d’une faiblesse qui me semblait étrange. Suivant son désir, il fut transporté à Saint-Germain le 27 avril, et installé dans une maison confortable qu’il avait louée il y a déjà quelques mois. C'est jeudi matin que je trouvais le fatal télégramme sur mon pupitre. Je partis immédiatement ; je le trouvai mort, et sa pauvre femme toute seule avec deux bonnes, dans un état de consternation difficile à décrire. Depuis ce moment, je suis installé à Saint-Germain... Je suis loin d’être au bout de mes soucis. Mme Lockwood est enceinte de neuf mois et attend son accouchement avant le 15 de ce mois1 ; heureusement sa santé est bonne et son moral un peu plus relevé. Votre bonne lettre lui a fait beaucoup de bien.

Pour comble de malheur, personne de la famille Reed2 n’est à Paris. J’étais obligé de me couper en deux pour ainsi dire; d’un côté, pour diriger un peu les affaires à Saint-Germain, de l’autre,

1. Elle mit au monde le 21 mai une petite fille qu’elle appela Carrie, et qui mourut le 22 octobre 1871. Mme Lockwood avait une autre fille, aujourd’hui M"’e Gélis Didot. Elle eut encore, en 1876, sa fille Amy de son mariage avec M. de Horrack.

2. Mmc Lockwood était nièce de M. Reed, un des chefs de la maison Tiffany.

Bibl. égypt., t. xvii.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

pour ne pas tout à fait négliger celles du bureau où j’avais le grand bilan à faire... ; en un mot, de la besogne par-dessus la tête, et des chagrins sérieux par-dessus le marché...

M. Reed, qui était en Amérique, ne pouvait revenir à Paris qu’à la fin du mois de juin, et M. de Horrack dut continuer longtemps la mission de dévouement qu’il avait généreusementacceptée. Ses vacances avaient été sacrifiées, et il avait dû, faute de temps, laisser momentanément de côté ses travaux égyptologiques. Mais ces événements préparaient un changement encore plus important dans sa vie. Mme Lockwood avait pu dans ces jours difficiles apprécier les rares qualités et la délicate bonté de ce fidèle ami; luimême avait été touché de la confiance qu’elle lui avait manifestée; il avait admiré le courage qu’elle avait montré dans cette terrible épreuve. Aussi Chabas ne fut-il pas étonné quand son ami lui écrivit, le 14 mars 1869, que son mariage avec Mme Lockwood était décidé pour le mois de septembre.

... Je n’ai pas besoin, écrivait-il, de glorifier vis-à-vis de vous les nombreuses bonnes qualités de ma future. Vous en connaissez quelques-unes b Mohjel’aivue passer successivement par les plus rudes épreuves, qui m’ont révélé toute la noblesse de son cœur, et en sus une énergie et une fermeté de caractère que je ne soupçonnais guère...

Mrae Lockwood allait d’abord faire un voyage en Amérique pour rendre visite à sa famille avant son mariage. En

1. Parmi ces qualités Chabas avait pu remarquer l’aptitude de Mmc Lockwood à tracer les hiéroglyphes avec une habileté qui faisait honneur à son maître d’écriture, M. de Horrack (voir les lettres de M"‘e Lockwood à Chabas, du 10 novembre et du 5 décembre 1868; voir aussi Bibliothèque ègi/ptoloçjique, t. IX, p. cxvi, note 3) ; elle envoya à Chabas de petites dissertations sur l'égyptologie ; et aussi, le 5 janvier 1869, une jolie pièce de vers anglais, à laquelle Chabas répondit en vers français le 16 janvier 1869.

DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACK

attendant son retour, M. de Horrack voulut se remettre activement à ses travaux égyptologiques, et préparer pour la troisième série des Mélanges de Chabas une étude sur l’ostracon du Louvre1 mentionné à la fin de sa lettre du 28 novembre 1867; mais il eut seulement le temps de prendre connaissance des travaux publiés depuis les premiers mois de 1868, et de causer un peu d’égyptologie et detudes orientales avec son ami M. Zotenberg'2. Après son mariage, il fit un voyage en Allemagne avecMm0 de Horrack, et revint demeurer à Paris, 54, rue du Cardinal-Fesch3. Sa femme voulut alors étudier plus sérieusement l’égyptologie. Ses maîtres furent son mari et Chabas, dont elle dévora les ouvrages4. En retour, elle entreprit de les instruire dans le spiritisme. Mais Chabas fut toujours rebelle à cet enseignement; et M. de Horrack, qui devait à la longue se laisser convaincre5 6, montra par ses lettres de 1869 et 1870 qu’il était d’abord fort mal disposé :

... Votre dissertation sur le Spiritisme, adressée à ma femme, m’a beaucoup amusé. Il y a longtemps qu’elle m’a baptisé ((Thomas », parce que je refuse à croire dans le surnaturel... Mon oncle, M. Reed, est également spiritualiste. Cette prétendue science a pris profondément racine dans le pays le plus libre du monde, où elle est pratiquée commeune espèce de religion "...

... Je crois avec vous que nous tenons le Chameau dans les hiéroglyphes. C’est certainement bien plus probable que le Spiritisme que ma femme pensait avoir trouvé dans les hiéroglyphes. Si votre réponse avait été favorable, vous auriez vu paraître dans

1. Lettre à Chabas, du 29 juin 1869; nous verrons plus loin que M. de Horrack se décida ensuite pour un autre sujet.

2. Lettres de M. de Horrack à Chabas, du 5 juin et du 5 août 1869.

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