‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 42 sur 171 · Lettre à Chabas, du 2 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Chabas, du 2 juin

NOTICE BIOGRAPHIQUE

que vous trouverez mentionnés dans la lettre de ma femme exigent une petite explication :

(( Tallie » est sa petite fille Carrie, qu’elle a perdue il y a deux ans et demi. « Charlie » and « Eddie » sont ses deux petits frères fi.. ; « Cari », le nom de mon frère tué à la bataille de Sadowa. Ma femme ne l’avait jamais vu.

Tout cela vous paraîtra extrêmement étrange; et, en effet, c’est difficile à croire sans l’avoir vu. J'ai étudié la question spirite depuis trois ans seulement ; et, sans avoir jamais vu la moindre manifestation, j’étais convaincu par les ouvrages de Dale Owen que cela devait être ainsi...

Chabas était plus difficile à convaincre; il exposa ses raisons de douter dans son article Spij'ites et médiums, dont il envoya dix exemplaires à son ami. M. de Horrack répondit le 22 juin 1874 :

... L’article est très bien et très spirituellement écrit. Je l’ai envoyé à plusieurs personnes qui s’intéressent plus ou moins au spiritisme ; mais je parie que ceux qui y croient seulement un peu n’en seront pas détournés en le lisant. Il n’est malheureusement que trop vrai qu’on a imité quelques-uns des phénomènes du spiritisme, ce qui ne prouve pas que ces phénomènes n’existent pas. On a bien imité votre vin de Bourgogne, et cependant le véritable existe. Ensuite, dire qu'il n’y a rien là où nous ne voyons rien, n’est pas précisément logique. Je ne désespère pas de vous convertir un jour malgré vous...

Le 30 juin 1874, M. de Horrack annonçait à Chabas le retour de M[n0 de Horrack à Paris, et leur projet de se rendreà Kissingen. Ils s’y trouvaient en effet au moment de l’attentat contre le prince de Bismarck1 2, et rentrèrent à Paris au commencement d’août3. M. de Horrack y reprit ses

1 . Tous deux morts à quelques années de distance de la fièvre scarlatine.

2. Lettre de M. de Horrack à Chabas, datée de Kissingen, 21 juillet

3. Lettre de M. de Horrack à Chabas, datée de Paris, 8 août 1874.

DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACK

études égyptologiques, autant que le lui permirent ses affaires et ses obligations mondaines; il écrivait à Chabas, le 22 décembre 1874 :

... C’est une série de dîners à la maison' et en ville, de théâtres, etc... Malgré cela, je suis parvenu à copier deux exemplaires du Shai-en- Sinsin du Louvre, que je compte publier avec traduction et analyse, aussitôt que je trouverai le temps de lithographier moimême les textes. Ce sont les deux beaux exemplaires qui sont sous verre, nos 3.126 et 3.291, si je me rappelle bien. J'ai découvert encore quelques fautes très graves dans la transcription de Brugsch, et je crois qu’il ne sera pas inutile de publier en hiératique ce texte intéressant...

Mais les affaires et les distractions mondaines lui laissaient toujours si peu de temps, qu’il s’écriait un peu plus tard (13 mars 1875) :

... Impossible de travailler sérieusement ; aussi mon travail sur le Shai-en- Sinsin n'avance-t-il qu a pas de tortue. Mes heures de travail sont si courtes et si peu rapprochées que je perds chaque fois le fil de mes idées, et que c’est toujours à. recommencer. J’espère que l’été me donnera un peu plus de loisir.

J’ai envoyé à M. Birch une traduction anglaise du Shai-en- Sinsin, pour le quatrième volume des Records of the Past...

Une autre lettre à Chabas, du 21 avril 1875, mentionnait l’apparition de l’ouvrage de M. Grébaut sur l’hymne à Ammon-Râ, et l’accueil favorable fait à cet ouvrage.

A cette époque, M. de Horrack et M. Charles Reed, fils de M. Reed qui se retirait des affaires, furent mis à la tête

1. L’égyptologie fut d’ailleurs parfois représentée à ces dîners. Une lettre de Mm8 de Horrack à Chabas, datée du 27 novembre 1874, lui racontait qu’elle avait invité MM. Zotenberg, Pierret, Lefébure, sur lesquels elle comptait, et M. Grébaut, qui ne s’était pas encore engagé.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

des maisons de Paris’ et de Londres1 2 de la Société Tiffany et Cie. Il en résulta un inventaire, une liquidation et des changements de livres3 4 5 qui apportèrent à M. de Horrack un surcroît d’occupations toujours peu favorable aux études égyptiennes. Dès qu’il fut libre, il alla prendre un peu de repos à Lich tentai, près de Bade, où il passa une partie du mois d’août 1875, et rencontra Leemans et sa famille*. Ce fut seulement à la fin de l’année 1875 qu’en adressant à Chabas ses souhaits tracés en fort belle écriture hiératique, il lui annonça que son mémoire sur le Shai-n-Sinsin était fini, et paraîtrait agrémenté d’une citation spirite. Mais il lui restait auparavant à lithographier lui-même les sept planches de texte hiératique des deux manuscrits du Louvre. Il travaillait à ces lithographies au mois d’avril 1876 3, en même temps qu’il s’occupait de l’arrangement d’un appartement nouveau, 45, rue de la Cliaussée-d’Antin; il s’y installa définitivement en octobre, ayant passé à Asnières le printemps et l’été de 1876. Enfin, le 8 mars 1877, une lettre de Mme de Horrack, contenant une consciencieuse étude du nouveau roman d’Ebers, Ouarda, annonçait à Chabas que les lithographies seraient bientôt achevées ; la publication parut en effet dans la même année 1877”, et obtint auprès des égyptologues un succès bien mérité.

Chabas fut réduit à l’inaction, dès l’automne de 1877, par la cruelle maladie à laquelle il succomba le 17 mai 1882. La famille de l’illustre égyptologue avait confié son grand dictionnaire manuscrit à son disciple dévoué, et autorisé celui-ci à choisir dans les traductions inédites laissées par Chabas, celles dont la publication lui paraîtrait précieuse

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