Voir le numéro du Moniteur du 2 mai
Bibl. égypt., t. xvii.
NOTE SUR UN HYPOCÉPHALE
Égyptiens ; mais c’est surtout dans son savant travail sur le Rituel funéraire' que l’on trouve exposé, d’après des textes hiéroglyphiques très précis, le fond et la substance de la doctrine égyptienne. C’est là que cet éminent égyptologue a établi d’une manière décisive que cette doctrine repose tout entière sur la notion d’un Dieu unique, existant par lui-même dès le commencement, et s’engendrant lui-même éternellement, les autres divinités dont la mythologie égyptienne est remplie n’étant d’ailleurs que les attributs de cet être suprême personnifiés et symbolisés sous des formes particulières, qui prenaient des noms différents suivant les localités où on les adorait.
Une autre croyance non moins sublime se lie intimement au dogme fondamental, l’immortalité de l’âme1 2, et c’est à ce dogme qu’a trait particulièrement l’usage des hypocéphales. Ce sont encore des documents originaux qui nous ont fourni des renseignements précis sur cette partie de la doctrine égyptienne, car les liturgies, les hymnes et les prières que contiennent les papyrus funéraires traitent non seulement des cérémonies de la sépulture, mais aussi de la destinée de l'âme après la mort. La réunion d’un grand nombre de ces textes formait un livre sacré que Champollion a nommé le Rituel funéraire, et dont un exemplaire plus ou moins complet était placé dans chaque sépulture. Nous en possédons de nombreuses copies, à l’aide desquelles le texte original peut être rétabli dans toute son intégrité. La haute importance de ce livre funéraire pour l’étude de la religion égyptienne est généralement reconnue aujourd’hui, et, dans ces derniers temps, le Rituel a été l’objet d’un examen ap-
1. Etudes sur le Rituel funéraire, etc., Revue archéologique , 1860, numéro de janvier et suivants.
2. Il faudrait plutôt dire : l'immortalité de l’homme. M. Chabas, à qui je suis redevable de plusieurs indications très utiles, m’a fait observer avec raison que l’immortalité du corps et même celle de l’ombre sont affirmées dans les textes aussi positivement que celle de l'âme.
NOTE SUR UN HYPOCÉPHALE
profondi de la part de M. de Rougé, qui a commencé à publier les résultats de ses investigations’.
Pour obtenir l’immortalité, le défunt devait subir des épreuves nombreuses et avoir été reconnu vertueux par Osiris, juge suprême de l’Occident, l’enfer égyptien. Après des pérégrinations accidentées, l’âme etle corps se rejoignaient pour ne plus se quitter. « Son corps ne périra pas, et son âme ne sera plus jamais séparée de son corps, » dit le Rituel au chapitre 891 2, qui a pour titre : Chapitre de réunir l’âme à son corps dans la région funéraire . La vignette qui accompagne ce texte représente la momie couchée sur le lit de mort, et l’âme, sous la forme d’épervier à tête humaine, volant vers elle et lui apportant la croix ansée, symbole de la vie. La même idée se trouve illustrée dans les petits cénotaphes du Musée du Louvre, où l’on voit le défunt, couché sur le dos, accompagné de sa femme ou de sa sœur. Lame, sous la forme décrite plus haut, s’approche pour se réunir au corps, qu’elle doit animer d’une nouvelle vie3.
Cette doctrine proclame donc la continuation de la vie après la mort ; mais, chose remarquable et bizarre, elle enseigne encore que cette nouvelle vie se fera dans le corps même, que l’âme doit rejoindre à cet effet, comme nous venons de le voir ; idée qui est confirmée par de nombreux passages du Rituel, d’où il ressort clairement que le défunt était censé se servir des membres de son corps comme s’il était sur la terre. Cette croyance a dû conduire naturellement à la coutume d’embaumer les corps pour les conserver intacts, et de les protéger avec soin contre toute espèce de destruction. Pour atteindre ce but, les rois et les riches se faisaient construire des hypogées ou souterrains qui déliaient
1. Études sur le Rituel funéraire, etc., Revue archéologique, 1860, numéro de janvier et suivants.