‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 66 sur 171 · LES · texte numérisé non relu

LES

d’après un manuscrit hiératique du Musée royal de Berlin '

La riche collection des papyrus égyptiens du Musée royal de Berlin renferme un manuscrit sur lequel l’attention des égyptologues a été appelée plusieurs fois par M. le docteur Brugsch. C’est le papyrus qui porte le numéro 1425. Il provient des ruines de Thèbes, où il fut découvert par M. Passalacqua, dans l’intérieur d’une statue représentant Osiris. Sa longueur est de plus de cinq mètres sur quarante centimètres de haut. 11 est divisé en deux parties bien distinctes. La première, en écriture hiéroglyphique, contient des chapitres tirés du Rituel funéraire. La seconde, qui est l’objet du présent travail, consiste en cinq pages d’une belle écriture hiératique de la basse époque (probablement du temps des Ptolémées) et nous offre un document extrêmement curieux. C’est grâce à l’empressement obligeant de M. le professeur Lepsius, directeur du Musée égyptien de Berlin, et aux facilités qu’il a bien voulu m’accorder, que j’ai pu en prendre un calque d’après lequel a été exécuté le fac-similé ci-joint.

1. Publié en fac-similé, avec traduction et analyse. Paris, librairie Tross, 5, rue Neuve des Petits-Champs, 1866, — in-4\ 16 p. et 2 pl.

Bibl. kgvpt., t. xvii. 3

34 LES LAMENTATIONS ü’iSIS ET DE NEPHTHYS

Notre texte se compose d’une série d’évocations et d’invocations, précédées d’un préambule et suivies d’une clause finale. Le préambule, qui remplit la première page tout entière, nous renseigne sur la nature et l’objet de ces formules, en expliquant très clairement qu’elles ont été récitées par Isis et Nephthys pour rendre la vie à leur frère Osiris, et qu’elles ont pour but la résurrection de la défunte à laquelle le papyrus est consacré. Nous avons donc affaire à ces fameux chants de deuil plus connus sous le nom de Lamentations d’Isis et de Nephthys. Les textes originaux en ont fourni des spécimens plus ou moins étendus; mais il n’en existe pas, à ma connaissance, de plus remarquable que celui du Papyrus de Berlin, surtout sous le rapport de l’élévation du langage et de la douloureuse éloquence de la plainte.

Au bas du manuscrit, on remarque un tableau divisé en trois scènes, où sont représentés les principaux personnages mentionnés dans le texte. De courtes légendes tracées auprès des figures indiquent leurs noms et leurs qualifications.

Le texte peut être considéré comme facile. Il contient néanmoins des passages qui présentent des difficultés. Si je suis parvenu à les résoudre, c’est grâce aux bienveillants conseils de M. F. Chabas, dont les travaux tiennent une place si éminente dans la science du déchiffrement des hiéroglyphes.

Je donnerai la traduction par sections, en faisant suivre chaque paragraphe de quelques courtes observations sur le texte, et d’une analyse succincte des mots nouveaux et des points douteux qu’on y rencontre. Je ne m’arrêterai pas aux expressions déjà étudiées et admises parles égyptologues; elles se trouvent, pour la plupart, dans les excellents glossaires que M. Chabas a ajoutés à deux de ses plus importants ouvrages1.

1. Le Papyrus magique Harris et Mélanges èggptologiqucs, 2e série.

LES LAMENTATIONS D ISIS ET DE NEPHTHYS

Quant à la portée mythologique des lamentations, elle touche principalement au double rôle, divin et terrestre, d’Osiris. C’est un sujet tellement difficile et la matière en est si vaste, que je ne ferai que l’effleurer, en renvoyant, pour de plus amples renseignements sur le culte et les nombreuses formes du dieu, aux mémoires qui ont été publiés par MM. Birch’, Lepsius 1 2 et E. de Rougé3 4 5, et surtout à un savant travail de M. Chabas, qui a rassemblé dans son « Hymne à Osiris7' » les récits mythologiques et cosmogoniques qui se rattachent à la personne d’Osiris.

C’est ici qu’il convient de dire que notre papyrus a déjà donné lieu à un intéressant travail de M. Brugsch, qui, le premier, en a reconnu l’importance \ Le savant docteur en a traduit la deuxième page et le commencement de la troisième, mais sans donner le texte égyptien, qui cependant était indispensable pour qu’on pût examiner et apprécier les déductions ingénieuses que l’auteur avait tirées de son interprétation.

PREMIÈRE PAGE Préambule

[Ligne 1] Invocations précieuses faites par les deux sœurs divines [1.2] dans la maison d’Osiris Khent-Ament 6 , dieu grand, [1. 3] seigneur d’ Ab y do s, au mois de Choiak, le vingt-cinquième jour. [1. 4] On fait de même dans toutes les demeures d’Osiris [1. 5] et dans toutes ses fêtes, et cela

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