‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 86 sur 171 · SUR UN · texte numérisé non relu

SUR UN

OSTRACON DU MUSÉE DU LOUVRE

Lettre à M. le Docteur Lepsius '

Monsieur,

Dans son remarquable ouvrage Voyage d’un Égyptien, etc. M. Chabas a reproduit le texte hiératique que porte un fragment de pierre de la collection Caillaud, texte que le savant égyptologue a reconnu correspondre à une partie de la cinquième et de la sixième section du Papyrus Anastasil.

Je puis aujourd’hui signaler l’existence d’un monument du même ordre que possède le Musée égyptien du Louvre. C’est un fragment de vase de terre cuite, couvert d’une magnifique inscription hiératique du beau type de l’époque de la XIXe dynastie. De même que le fragment de pierre de la collection Cailliaud, le tesson du Louvre reproduit le texte du Papyrus Anastasi I à partir de la page 8, ligne 3 à la page 9, ligne 2. La rédaction en est presque identique à celle du fragment de pierre dont elle facilite la lecture.

Je m’empresse, Monsieur, de vous envoyer un fac-similé de cet intéressant document, pensant qu’il vous sera agréable de le porter à la connaissance des égyptologues dans les

J. Publiée dans la Zeitschrift , 1868, p. 1-6.

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colonnes de votre estimable journal. J’y joins une traduction, suivie d’une courte analyse et de quelques remarques nécessaires pour la justifier.

Dans son étude sommaire sur le contenu des quatorze premiers chapitres du Papyrus Anastasi I, M. Chabas a donné la substance de ces mêmes sections qui se trouvent reproduites sur l’ostracon du Louvre (cf. Voyage, etc., p. 29). Je réfère le lecteur à ce savant travail et je passe immédiatement à la traduction de notre texte. Il présente quelques difficultés que je n’ai peut-être pas résolues d’une manière tout à fait satisfaisante, et sur lesquelles pourra s’exercer l’expérience de mes collègues et surtout de l’éminent égyptologue de Chalon, dont les bienveillants conseils m’ont été d’une grande utilité.

Voici ce que je lis sur l’ostracon :

« Le dieu Thoth est comme un bouclier derrière moi. Tout » ce que tu me dis, c’est comme si tu parlais à un ennemi » quelconque. Je serai enterré à Abydos dans la tombe de » mon père, [car] je suis vraiment un citoyen du district de » Ma-ti. Je serai enseveli par mes parents dans la montagne » Ta-ser. Comment verras-tu l’indignation de mon cœur? » Oh ! supporte-moi ! Par qui ai-je été dénoncé pour des » propos méchants ? Je t’ai fait des rapports plaisants. On » s’égaie en écoutant cela comme un amusement.

» Tu me dis encore : Bras rompu! sans courage! sois » actif comme un scribe. Tu dis : Il ne sait rien, il ne sait » rien. Ce que j’ai fait un instant auprès de toi pour t’adoucir, » c’est à savoir : j’ai été son domestique, l’autre, il m’a » tourmenté. Les ordres du Seigneur au nom victorieux sont » dominants; sa loi est très immuable comme celle de Thoth. » Moi, je suis un soutien de famille.

» Au mois de Phamenoth, jour 29e. »

Le sujet général de l’ensemble du papyrus a été parfaitement reconnu par M. Chabas (cf. Voyage, p. 40). L’écrivain

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se défend sans cesse contre les accusations de son supérieur qui lui conteste, en divers passages, la légitimité de ses titres et même, à ce qu’il paraît, sa qualité de citoyen. Dans notre document le scribe fait allusion à ce reproche, en se justifiant en même temps de certains propos malveillants qu’il est accusé d’avoir glissé dans ses écrits sur le compte de son supérieur. Peut-être même ne s’agit-il que de l’interprétation offensante que le maître aurait faite de quelques expressions un peu vives dans les lettres de son subordonné.

Le texte commence par la phrase :

un f MË®Ê

Est le dieu Thot comme un bouclier derrière moi.

Ce préambule n’exige aucune explication.

Nous lisons ensuite :

Agit ce qui sort de la bouche contre tout ennemi.

On remarquera que le papyrus a le mot V37 « tout », après le groupe <E£>, ce qui rend le sens plus clair. Ce groupe

que les deux ostraca rendent par la forme <=>yx, signifie tout simplement « sortir », mais jamais proferre, annuntiare, « parler », pas plus que le mot français « sortir » n’a cette acception dans la phrase : « tout ce qui sort de ta bouche ». Le sens du passage qui nous occupe serait donc : tout ce que tu me dis, c’est « comme si tu parlais à un ennemi quelconque ». Évidemment l’écrivain se plaint de l’hostilité de son supérieur.

Ici le papyrus intercale un paragraphe, en partie endommagé, qui signifie à peu près : « Par la Majesté de Ptah, » Seigneur des Vérités j’ai agi selon tes paroles;

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)> elles tendent (littéralement : les conduisant,

» à se réaliser. » La formule par la-

quelle commence cette phrase, a été signalée et expliquée par M. Chabas (cf. Voyage, p. 93).

Je passe à la phrase suivante :

Je serai enterré à Abydos dans

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la tombe de mon père;

je suis

un fils véritablement

du

district

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de Ma-ti;

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je serai enterré par [mes] parents dans la montagne de Ta-ser.

L’écrivain, après avoir soutenu qu’il est vraiment un fils, c’est-à-dire un citoyen du district de Ma-ti, prétend avoir droit à un bon enterrement dans la tombe de son père, et espère qu’il sera enseveli par ses parents dans la montagne de Ta-ser. C’est ce droit que son supérieur parait avoir refusé de reconnaître.

Le groupe I^r, mer, désignait une des subdivisions des nomes de l’Égypte. Ma-ti était le mer du quatrième nome de la Haute Égypte et avait une importance théologique particulière (cf. Brugsch, Géogr., I, p. 189). Notons que

l’expression ^ ( ~ ( est remplacée, dans le

papyrus, par

( mm (( de ville toute », c’est-à-dire « de la ville entière, de toute la ville ». L’écrivain a sans doute voulu affirmer ici sa nationalité. Quant au groupe

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traduit «concitoyens», par M. Chabas ( Voyage , p. 41), et «compagnons, amis», par M. Brugsch ( Di et ., p. 80), je

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crois qu'on doit le rendre ici par « parents », mais je n’ai aucune preuve de l’interprétation que je propose.

Le paragraphe qui suit consiste en deux phrases, que l’ostracon sépare tandis que le papyrus les lie. J’en reproduis les deux versions en commençant par celle de l’ostracon.

On y lit :

Tu verras

l’horreur de mon cœur comment?

ri IWÎMC -

Oh 1 supporte-moi. J’ai été dénoncé par

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