DEUXIÈME PARTIE
1° Extraits des Notes de Voyage de Fourier; 2° Extraits du Journal de Delille;
3° Extraits du Journal de Balzac ;
4° Extraits du Journal de Descostils;
5° Extraits du Journal de Jomard ;
6° Extraits du Journal de J. D. ;
7° Extraits du Journal de Corabœuf.
Le Fayoum
Béni-Souef est actuellement le chef-lieu de la province du Fayoum. C’est un village assez peu considérable, il était la résidence du Cachet. Behnésieh avait été le chef-lieu de la province, environ cinquante ans auparavant.
Le Fayoum a payé au Gouvernement français soixantedix mille francs d’impositions ; on y perçoit encore un tribut en grains de deux cent quarante mille ardeps. On peut évaluer à cinq cent mille ou six cent mille ardeps le produit en grains.
On y cultive l’indigo et surtout le lin, le safran et la canne à sucre. Dans le midi de la province, il y a des fabriques très considérables de sucre. Cette province est une des plus fertiles de l’Égypte; elle s’étend à l’ouest fort loin du Nil. Le canal appelé Bahr Yousef fournit la plus grande partie des eaux qui fécondent ces terres; le prolongement de ce canal se détourne à Hahou, vers l’ouest, et coule en cet endroit dans une gorge qui sépare ces deux parties de la chaîne occidentale. Le fond de cette gorge est de roc. Elle s’élargit rapidement et forme un bassin que le canal traverse par le milieu, jetant diverses branches à droite et à gauche. La partie basse du Bahr est le Birket el-Qéroun, qui était autrefois plus étendu et répond, selon toute apparence, au lac Mœris. La côte qui borne ce bassin au nord se
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détourne bientôt de l’ouest au nord et se réunit à la cliaine calcaire qui borne à l’ouest la vallée des lacs Natroun. Quant à la côte méridionale du bassin du Fayoum, elle se perd à l’occident et contribue à former le bassin de la mer.
Le lac Qéroun reçoit les eaux du Fayoum; le terrain qui l’avoisine au midi est fangeux et mobile; les voyageurs y courent des dangers. Les mines de sel gemme rendent ces eaux très saumâtres, surtout dans la partie opposée aux embouchures des divers canaux.
Parmi ces canaux, les principaux étaient entretenus aux frais du prince et les autres par les particuliers. Le système d’administration et possession des terres est le même que dans les autres parties de l’Égypte. La partie de l’impôt qui se paye en grains est déjà plus forte que dans les provinces plus voisines du Caire; ce rapport augmente à mesure qu’on s’avance dans l’Égypte méridionale. On cultive beaucoup les rosiers dans le Fayoum; l’eau de rose, dont les habitants un peu aisés font un grand usage, est apportée au Caire en majeure partie de la province du Fayoum. Les habitants se déterminent difficilement à payer les impôts et sont disposés sinon à la révolte, du moins au mépris de l’autorité; la grande étendue de cette province ne permet de placer des garnisons qu’en quelques endroits fort éloignés, et l’absence du Gouvernement ou de ce qui le représente entretient cette disposition d’esprit.
On trouve dans le Fayoum les ruines d’Antinoé, et dans le voisinage, un obélisque, et plus loin à l’orient, des pyramides de briques; à l’occident de la province du Fayoum, on doit chercher les ruines de l’un des labyrinthes, et celles de l’autre, à l’orient. Près du premier labyrinthe, on remarque un temple égyptien, dont la plus grande partie est très bien conservée: c’est le Kasr-Kavoun, qui a été décrit d’une manière bien peu exacte par Pokocke et surtout par P. Lucas; on y retrouve encore le nom de ce dernier voyageur. Les ingénieurs français ont levé avec beaucoup de
précision le plan de ce monument d’un goût distingué et le lieu où se plaçaient les prêtres qui rendaient les oracles; c’est une enceinte très obscure dans laquelle la voix retentit fortement. Ce temple paraît d’une construction extrêmement ancienne, et l’on y voit point d’hiéroglyphes. On porte à quatre-vingt-dix mille personnes la population du Fayoum.
Minieh
Arrivé le 12. — Cette ville est plus considérable et mieux bâtie que Béni-Souef; on y peut compter huit à dix mille habitants, et dans la province entière environ soixante mille. On remarque dans la ville de Minieh des bains d’une bonne construction et une grande mosquée. La province produit une grande quantité de grains; on y cultive beaucoup la canne à sucre et il y a de très grandes fabriques. Sa figure est celle d’un carré long. Le Nil, le canal de Joseph et une multitude d’autres canaux fournissent les eaux qui fécondent cette province. Elle contient, à peu de distance de la rive droite, les ruines d’Achmounéin, où subsiste encore un portique égyptien chargé d’hiéroglyphes. Nous remarquâmes, sur la rive opposée, la montagne des Oiseaux, Jebel el-Tair: c’est une partie du rocher calcaire qui s’élève à une assez grande hauteur et fort près du fleuve; elle est couverte de pigeons.
Dans toute l’étendue de la province de Minieh, l’œil s’approche jusqu’au pied de la chaîne orientale et laisse, entre la rive occidentale et la chaîne du même côté, un grand espace qu’arrose le canal de Joseph. Les cartes de d’Anville indiquent, entre ce canal et le fleuve, un autre canal qui coule dans toute sa longeur, presque parallèlement au premier, mais il résulte des renseignements multipliés que nous avons pris à ce sujet, que ce canal intermédiaire n’existe pas; il y a seulement plusieurs petits canaux de dérivation qui sortent du Nil ou du Bahr Yousef.
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Nous n'avons pu visiter Achmounéin, que l’inondation nous aurait presque complètement caché. Nous avons aperçu sur la pente de la chaîne orientale qui borde le Nil, des ouvertures taillées dans le roc. Quelques-unes nous paraissant fort régulières, nous nous déterminâmes à nous arrêter quelque temps dans cet endroit. Ces espèces de grottes avaient été aperçues de loin par les voyageurs, mais aucun ne les avait encore visitées. Les premières nous offrirent des temples égyptiens, d’une petite dimension, d’une belle et simple architecture. Nous avons levé le plan de celui de ces temples qui nous a paru le mieux conservé.
On traverse, pour y entrer, un petit péristyle où se trouvent deux colonnes de quatorze pieds de circonférence sur vingt-quatre de hauteur. Entre l’architrave qui repose sur ces colonnes et le temple, on a taillé dans le roc une voûte aplatie, et le temple a trente pieds de long et trente de large. Quatre colonnes de dix à douze pieds de circonférence et de vingt-quatre de hauteur sont placées de manière qu’elles divisent la longueur et la largeur en trois parties égales. Les deux architraves, qui portent sur ces colonnes dans le sens de la longueur du temple, sont jointes par une voûte surbaissée taillée dans le roc. Entre chaque architrave et la cime, on voit des voûtes cylindriques, mais surbaissées et taillées de la même manière. Au fond du temple, on voit la porte d’une petite enceinte carrée, qui contient trois statues en bas-relief, de grande proportion; celle du milieu embrasse les deux autres. Tout l’intérieur de cette grotte est couvert d’hiéroglyphes écrits dans des bandes verticales; on voit aussi beaucoup de peintures assez bien conservées.
On y remarque la couleur bleue, le rouge foncé, le jaune et la teinte noire, plus ou moins forte, qui indique les chambres; le bleu surtout s’est conservé et il domine. Les murs, au dehors des voûtes, sont ornés de bandes verticales, où l’on a peint des fers de lance. Beaucoup d’hiéroglyphes
sont peints, un plus grand nombre sculptés, d’autres sont sculptés et peints. On distingue sur le mur, à droite, une procession isiaque, en partie peinte, en partie sculptée : une déesse, assise et la tête couronnée, reçoit les offrandes de quatorze prêtres qui s’avancent en portant des objets différents ; l’un présente le lotus, l’autre des poissons, un troisième des fleurs, et ainsi de suite. Le péristyle est également couvert d’hiéroglyphes, et le frontispice porte une inscription hiéroglyphique.
Les autres grottes, dont le nombre est très considérable, sont taillées avec moins de soin : dans plusieurs, les colonnes ou piliers ont été détruits, les peintures sont effacées. Quelques-unes sont fort petites et ressemblent plutôt à des habitations particulières qu’à des temples.
En s’avançant au midi, on en voit de plus grandes, mais dans aucune les hiéroglyphes ne sont aussi bien conservés que dans la première. On remarque dans presque toutes une ouverture rectangulaire pratiquée dans le rocher au-dessus du parvis et par laquelle les grottes communiquent. Dans un de ces temples, nous avons remarqué des colonnes d’une construction singulière : chacune est formée de trois ou quatre fûts, qui se réunissent ou diminuent de diamètre en s’élevant. A la hauteur du chapiteau, ces trois fûts paraissent attachés ensemble; le lien qui les unit est sculpté et exactement imité; dans cet endroit, les trois baguettes éprouvent une diminution subite, comme si elles étaient pressées et fortement retenues par le lien, puis, au-dessus du lien, ces fûts s’élargissent, et, n’étant plus resserrés, forment, en s’éloignant un peu, le chapiteau. Pour rendre l’imitation plus parfaite, on a placé sur le lien seulement, et entre deux fûts voisins, une espèce de petite branche verticale; les baguettes, descendant au-dessous du lien et s’élevant davantage au-dessus, contribuent à former le chapiteau.
Dans une autre porte placée plus au sud, nous avons distingué une partie d’une architrave simple et régulière ; elle
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est ornée d’une gorge non cannelée. En général, l’architecture de ces petits temples présente peu d’ornements, elle plaît par sa simplicité et la distribution régulière des masses.
Le 13 au matin, nous sommes arrivés au pays appelé Cheik Abadi, où le Dr Pokocke avait aperçu sur le rivage une colonne corinthienne. En nous avançant dans le village, perpendiculairement au fleuve, nous avons reconnu les belles ruines d’Antinoé, ville bâtie sur les ordres de l’empereur Adrien, sur les ruines d’une ville égyptienne qui portait le nom de Bésa. MM. Redouté, Cécile, Chabrol, Jomard, ingénieurs, s’empressèrent de dessiner et tracer les monuments encore subsistants, et de marquer la place qu’occupaient les autres. Les portiques, les arcs triomphaux, les bains, le théâtre ont été retrouvés et décrits, en sorte qu’on peut offrir aux arts le plan de la ville entière.
La figure de son enceinte est rectangulaire, la longueur étant parallèle au Nil. La chaîne Arabique forme en cet endroit un enfoncement, et c’est au bord de ce demi-bassin que la ville est placée; elle était traversée dans toute sa longueur par une rue ornée de part et d’autre d’une file non interrompue de colonnes corinthiennes. Tous les piédestaux sont encore placés ; aux deux extrémités se trouvent deux portiques dont l’un subsiste en grande partie; l’architecture en est belle et du goût le plus pur; les colonnes n’ont pas moins de trente pieds de hauteur, elles sont de pierre calcaire. Le portique opposé est précédé d’un monument triomphal d’un goût plus recherché; il a été élevé postérieurement par les habitants d’Antinoé, en l’honneur de l’empereur Sévère. Il présente d’abord six colonnes corinthiennes, dont chacune portait une statue. On est conduit à ce monument par une avenue de colonnes qui formait le prolongement de la grande rue, en sorte qu’il paraît que cette rue entière n’avait pas moins d’une demi-lieue de long.
Cette grande rue était traversée, dans le sens de la largeur, par un canal de plus de cent vingt pieds de large, qui
recevait les eaux du Nil. A l’extrémité, il se divisait en deux branches, et les eaux, après avoir parcouru l’enceinte, communiquaient encore avec le fleuve.
La ville était encore traversée, dans sa largeur, par une rue ornée de part et d’autre de colonnes corinthiennes dont les piédestaux sont renversés et plusieurs sont encore debout. De la première extrémité, on voit une porte très élevée ou plutôt une espèce d’arc de triomphe ; la plus grande partie est bien conservée et présente de grandes beautés, soit dans l’ordonnance des masses, soit dans l’exécution très soignée des détails. A l’extrémité opposée, on voit les restes plus dégradés d’une construction semblable. Au devant de ce premier arc de triomphe s’élèvent de part et d’autre deux portiques composés de colonnes de granit rouge ; ces colonnes subsistent encore et la plupart sont debout.
Distingué le lieu où étaient placés le théâtre et les restes d’un grand cirque. Des colonnes encore subsistantes, de grands bassins et des fourneaux nous ont fait reconnaître l’emplacement des bains. Dans la place commune aux deux rues, nous avons trouvé la statue mutilée d’Antinous; elle était presque enfouie. La tête et les pieds ont été séparés ; nous les avons inutilement cherchés. Cette statue était d’une pierre blanche et dure. Le torse, quoique défiguré, mérite encore l’attention de l’artiste.
Nous avons quitté avec regret ces lieux, dont l’ancienne magnificence se représentait à nous dans tout son éclat, et le même jour nous a offert le plus beau développement de l’art et les sources où l’heureux talent des Grecs en a puisé les éléments.
Un peu au delà d’Antinoé, sont les ruines de Belisa, et plus loin, la colline qui couronne cette première ville est percée en divers endroits où l’on a taillé des grottes. Depuis Béni-Souef jusqu’à Akhmim où nous sommes aujourd’hui, nous avons aperçu des grottes pareilles: les unes ne sont
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autre chose que des temples, d’autres des habitations particulières ; le plus grand nombre des tombeaux ou des sépulcres de momies.
Siout
Nous sommes arrivés le 14 à Siout. Cette province a deux cent mille habitants ; on peut compter cinq personnes par famille; le nombre des femmes est beaucoup plus considérable que celui des hommes. La province paye trois cent soixante-dix mille livres de France d’impositions et deux cent seize mille ardeps de grains : l’ardep vaut aujourd’hui trois ou quatre pataquès de quatre-vingt-dix médines.
Il n’y a point de fabrique de sucre à Siout ; la poterie, la teinture, les manufactures de toile ont attiré notre attention.
Aux approches de Siout, le Nil, qui, depuis Béni-Souef, est presque toujours borné par la chaîne Arabique, s’éloigne un peu plus de cette chaîne. La position de Siout présente un aspect fort agréable. Le temps des premières inondations était arrivé, et cette ville, appuyée sur les parties inférieures de la colline, semblait sortir des eaux. La grande quantité d’arbres et de petites habitations qui entourent la ville, augmente la beauté de cette vue.
On est conduit du fleuve à la ville par une chaussée au milieu de laquelle on aperçoit une grande quantité de grottes taillées dans la montagne. Les habitants de Siout ont le teint déjà très noir ; les traits de la figure sont beaux et réguliers, ce qui est surtout remarquable dans les jeunes gens. On ne peut s’empêcher de reconnaître le même caractère que dans les figures dessinées sur les monuments égyptiens.
Le 15 au matin, nous avons visité les grottes taillées dans la montagne. Il y en a peu dans lesquelles nous ne soyons entrés, et la plus grande partie ne mérite aucune attention. Quelques-unes ont servi de temples ; on en a levé le plan et
dessiné l’extérieur. Dans plusieurs, une partie des hiéroglyphes subsistent encore, les peintures y sont presque partout effacées. Une de ces grottes est fort grande, mais taillée sans aucune régularité. Quelques-unes, où se trouvaient des hiéroglyphes et des peintures égyptiennes, ont depuis servi de retraites religieuses aux chrétiens persécutés ; les autels d’Osiris ont servi au culte catholique, et l’on aperçoit des images chrétiennes peintes sur des processions isiaques. Ce qui frappe le plus dans ces grottes, c’est une quantité presque innombrable de trous, où l’on déposait des momies humaines ou des corps embaumés d’oiseaux avec leurs plumes, de chiens, de loups, de chats nouveau-nés; les restes en sont dispersés. On a fouillé cette montagne où tout est confondu, et la surface est couverte de vieilles bandelettes éparses, de plumes, de becs et d’ossements. Les prêtres chrétiens ont longtemps célébré leurs sacrifices dans ces lieux plus anciennement sacrés. Un peu plus bas, ils ont placé leur cimetière, et au pied de la montagne, on voit au loin les tombeaux des Musulmans.
Entre Siout et Minieh, le paysage cesse d’être uniforme. Au lieu des plaines de l’Égypte inférieure, on aperçoit des collines boisées, dont les enfoncements et les détours présentent des aspects très variés.
En descendant la montagne des grottes de Siout, nous remarquâmes un dessus de porte presque entièrement enfoui. Nous étant glissés avec peine par l’ouverture qui restait, nous nous sommes trouvés dans un petit temple égyptien dont la construction ressemblait assez à celle des grottes que nous avons visitées et décrites, avant d’arriver à Antinoé, mais l’architecture en était plus grossière et l’on y voyait, au lieu de colonnes, des piliers carrés. Les hiéroglyphes et les peintures sont bien conservés. Nous y avons distingué une procession d’offrandes ou suite de quatorze prêtres portant chacun les dons qu’il offre à la divinité assise.
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Le sommet de la montagne présente à droite la belle position de Siout, et de l’autre côté, le désert qui sépare les contrées cultivées des bords de la mer Rouge. Le dernier objet qui attira notre attention dans ces grottes fut la représentation d’une sorte de marche militaire, peinte sur une face intérieure. Elle est composée de quatorze hommes armés qui portent chacun un très long bouclier dont le corps paraît être entièrement couvert. Les figures ont été dessinées, et l’on a levé le plan de tout ce qui pouvait présenter quelque intérêt ; on a copié les inscriptions hiéroglyphiques qui ont paru le mieux conservées.
Gaou el-Kêbir
Nous nous arrêtâmes à Gaou el-Kébir, et nous visitâmes les ruines d’un temple égyptien qui devait être d’une étendue assez considérable. Le portique de ce temple subsiste presque entièrement ; il se divise en deux masses, dont chacune est composée de trois rangs de colonnes. Il y a trois colonnes dans chaque rang, et des dix-huit colonnes du portique, deux seulement sont renversées, ce qui paraît être arrivé depuis le temps où le Dr Pokocke voyageait en Égypte. Le plafond est composé de pierres plates de grande dimension; la porte qui sépare les deux parties du portique est ornée; on y remarque une gorge cannelée dont l’effet est agréable. Les colonnes ont plus de sept pieds et demi de diamètre dans le bas. A l’extrémité supérieure du fût, le diamètre est moindre d’environ un septième. Il est difficile de juger de la hauteur entière, parce quelles sont en face, et par le bas, nous avons pensé qu’il n’y avait pas moins de sept à huit pieds d’encombrement. La hauteur de la colonne au-dessus du niveau actuel est de plus de trente-deux pieds ; le frontispice porte une inscription écrite en caractères grecs mêlés de caractères romains ; nous avons copié la partie conservée de cette inscription : il semble qu’elle ait
été substituée aux hiéroglyphes qui s’y trouvaient d’abord, et qui de part et d’autre accompagnent encore cette inscription ; cependant les lettres sont tracées sur un plan qui n’est point au-dessous de celui des hiéroglyphes contigus. Ce portique est environné de pierres brisées et d’autres seulement renversées, et une de ces dernières a trente pieds de long, huit de largeur et d’épaisseur.
A peu de distance des colonnes, nous avons remarqué une pierre dont l’intérieur est taillé et paraît avoir servi de sanctuaire ou plutôt de tabernacle ; le sommet est taillé en pyramide et la porte est ornée de sculptures et d’hiéroglyphes bien conservés. Le chapiteau des colonnes est formé de neuf feuilles lisses, dont chacune est seulement partagée par une côte. On remarque dans la distribution des ornements quelques irrégularités, mais l’effet général est très beau. Les colonnes sont divisées par des lignes verticales et des cercles horizontaux ; on distingue sur chacune douze compartiments égaux, et chacune de ces parties de la surface offre la représentation d’un sacrifice. Le dieu assis, le prêtre qui s’avance les offrandes à la main, la table où ces mêmes offrandes, dessinées une seconde fois, sont déposées, et une multitude d’hiéroglyphes composent chacun des douze tableaux qui se trouvent sur une colonne. Immédiatement au-dessus du chapiteau, on voit des serpents entrelacés qui se couvrent en partie et forment un ornement. A peu de distance de ce monument et sur le bord du fleuve, nous avons remarqué les ruines d’un ancien édifice.
Le même jour, au soir, nous arrivâmes dans le village où les voyageurs ont remarqué le tombeau du cheik El-Hamdi. La colline orientale est presque toujours très voisine du fleuve, et toutes les fois qu’il se trouve quelque espace entre elle et le fleuve, la culture et les habitations commencent.
C’est entre deux de ces petits villages, environnés de dattiers, que se trouve la grotte El-Hamdi. Nous appelâmes
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des villageois qui étaient rassemblés sur la rive, et leur annonçâmes quë notre intention était de visiter le tombeau du cheik. Quelques-uns d’entre eux portèrent cet avis dans la montagne, et nous vîmes descendre plusieurs hommes avec des drapeaux rouges et blancs ; ils nous faisaient des démonstrations d’amitié; nous nous rendîmes au milieu d’eux, avec notre escorte.
Dans cet endroit, la montagne est séparée et la gorge étroite qui est formée y fait plusieurs détours. Cet aspect, si rare dans la contrée, pouvait être choisi avec avantage pour inspirer et entretenir les sentiments religieux. Nous arrivâmes au tombeau qui est en assez mauvais état. Là, nous apprîmes que le cheik El-Hamdi était mort depuis cent ans environ, qu’un grand nombre de Musulmans, habitants des villages voisins, venaient prier sur son tombeau, et qu’on attribuait à cet acte de piété des effets merveilleux et des guérisons presque certaines. Nous savions que, pour entretenir cette pratique à laquelle on joignait toujours des offrandes, on montrait au peuple un serpent qui passait pour être immortel et animé de l’esprit du cheik. Nous pressâmes vivement ceux qui nous avaient introduits de satisfaire notre curiosité et notre dévotion, en nous montrant le serpent. Ils nous répétèrent plusieurs fois, et en faisant tous les serments que nous exigeâmes, que ce serpent n’existait pas, et que le récit des voyageurs était faux à cet égard. Us nous dirent que le peuple accourait en foule, pour prier sur le tombeau du cheik, selon l’usage des Musulmans, et qu’eux, qui desservaient cette espèce d’oratoire, recevaient des présents peu considérables qui suffisaient pour leur nourriture; qu a la vérité, lorsque le nombre des assistants était considérable, un d’eux avait coutume de jouer avec des serpents, pour servir d’amusement; qu’il prenait ces serpents dans la montagne et les laissait échapper ensuite.
Nous demandâmes qu’ils nous fissent jouir de ce spectacle.
Aussitôt un d’eux s’éloigna, et en fort peu de temps il rapporta un serpent qu’il maniait avec beaucoup de confiance et d’adresse. Il nous le fit toucher aussi, et après avoir fait passer plusieurs fois les drapeaux sur notre tête, récité des prières dans lesquelles il invoquait le cheik, il nous passa plusieurs le serpent autour du col, et ajouta que, s’il plaisait à Dieu, nous serions exempts de maladie et d’accidents. Nous les remerciâmes d’un aussi bon augure, et notre présent, qui était assez modique, parut considérable et excita une vive reconnaissance.
Nous vîmes, à l’entrée de la grotte, quantité de pierres noircies où l’on avait fait du feu. Ils nous dirent que plusieurs des fidèles qui visitaient le tombeau immolaient des moutons et des buffles, et que la chair leur était offerte. Avant de quitter ce lieu, nous nous procurâmes à prix d’argent le serpent qu’ils avaient montré; nous en donnâmes cent méclines. Ce serpent n’a point encore été décrit par les naturalistes; nous l’avons joint à notre collection.
Akhmim
Nous visitâmes les ruines d’Akhmim. Il reste assez de pierres dans cet endroit, pour indiquer les ruines d’un temple égyptien. Ces pierres sont de grande dimension et occupent le fond d’une enceinte, environnées d’un amas de décombres. Nous en remarquâmes une qui est peinte sur l’une des faces. On y distingue encore quatre cercles concentriques placés dans un carré ; les angles paraissent avoir été occupés par des figures peintes. Nous avons compté douze divisions dans les deux cercles du milieu; dans l’aire comprise entre le premier et le second cercle, on reconnaît, mais avec peine, douze figures d’oiseaux. L’aire qui suit contient des images effacées ; la dernière couronne, qui n’est pas divisée, semble avoir contenu vingt-quatre figures d’hommes. Il est d’autant plus difficile de distinguer les images tracées sur cette pierre,
Bibl. ÉGYPT., T. VI. 12
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que la face qui les représente est tournée vers la terre, en sorte qu’on ne peut les voir qu’en s’introduisant au-dessous dans un trou fort étroit.
A peu de distance de ces ruines, en s’approchant du village, on trouve des pierres considérables dans une enceinte qui paraît avoir été celled’un ancien temple. Plusieurs de ces pierres sont ornées d’hiéroglyphes et de figures sculptées; une d’elles paraît avoir été au plafond, et l’on y voit encore des étoiles en bas-relief blanches, dont le centre est peint en rouge et qui sont placées symétriquement sur un fond bleu.
Le village d’Akhmim n’offre rien qui mérite attention. Les chrétiens sont fort nombreux dans cet endroit. Sur l’une des places, nous visitâmes une mosquée où se trouvent plusieurs petites colonnes de granit. Les habitants d’Akhmim se servent, de temps immémorial, des ruines des temples pour faire de la chaux.
Girgé
Nous arrivâmes à Girgé. Cette ville est moderne et n’offre aucune ruine. Elle produit une grande quantité de grains, du lin, de l’indigo et du sucre qu’on fabrique dans le territoire de Furchiout. Il y a dans cette province treize villes, trois cent quatre-vingt-dix-sept villages ou hameaux. On porte la population à deux cent vingt mille individus. La province paye cinq cent soixante-huit mille livres de France, en froment cinquante-sept mille sept ardeps, en orge vingtcinq mille six cents ardeps, en fèves cinq mille ardeps, en lentilles trois mille ardeps et en vesces six cents ardeps. L’ardep de froment se vend cette année trois pataquès de quatre-vingt-dix, et chaque ardep des autres grains deux pataquès.
Kené
Nous mouillâmes à Kené. Avant d’arriver à cette dernière
ville, nous nous étions arrêtés quelque temps au temple de Dendérah, qui est très peu distant de la rive occidentale.
Avant d’arriver au portique, on passe sous une porte d’une grande beauté. Les hiéroglyphes nous ont paru mieux conservés que dans aucun autre monument. La nuit ne nous a point permis d’examiner ce temple aussi longtemps que nous l’aurions désiré ; nous l’avons aperçu, quoique très indistinctement.
Ce temple est celui de tous les monuments qui font l’objet de notre voyage que nous nous proposons d’examiner et de décrire avec le plus de soin. Le granit y est déjà employé en quelques endroits; un escalier circulaire conduit audessus du temple qui est déjà considérablement encombré. Nous avons dessein de marquer dans les différents monuments que nous visiterons l’étatde l’encombrement qui parait augmenter rapidement. Il n’est pas moins utile de désigner avec beaucoup de soin le plan des édifices anciens, afin que, lorsqu’ils seront entièrement encombrés, on puisse les découvrir, dans le temps où il se trouvera une nation pour entreprendre cette recherche.
Il n’y a aucun des monuments de la Haute-Égypte, qui ne soit plus ou moins couvert de sable, et pour la plupart, le sol touche actuellement le plafond des temples. Les portiques plus élevés se laissent encore apercevoir, mais on ne peut pas juger des proportions des colonnes, parce que la partie inférieure du fût est enfouie ; au surplus, la diminution du diamètre est très sensible, la forme des chapiteaux très remarquable.
Nous sommes arrivés le 19 au soir à Kené, et le lendemain, à midi, nous avons quitté cette ville, après avoir conversé avec le général de division de l’armée française, chargé de la difficile conquête de la Haute-Égypte.
Le 21 au soir, nous nous sommes trouvés sur le territoire de Thèbes, et nous avons visité très rapidement les ruines de cette ancienne capitale les portiques, les obélisques de
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granit. Les statues colossales ne nous ont pas fait éprouver moins d’admiration que si les récits des voyageurs qui nous ont précédés nous eussent été inconnus.
Esné
Arrivés à Esné, nous avons visité, le 22 au matin, un temple qui se trouve dans cette ville. Le portique est très remarquable et mérite un examen particulier à notre retour. L’intérieur du temple est presque totalement enfoui. Nous avons fait le tour des murs extérieurs qui sont chargés d’hiéroglyphes. Dans le second entre-colonnement, à gauche de la grande porte du portique, nous avons distingué sur le plafond des sculptures importantes assez bien conservées, qui représentent les signes du zodiaque. Nous publierons un écrit particulier contenant l’interprétation de ces sculptures; elle nous servira à assigner l’époque où fut établie la sphère dont ce zodiaque fait partie. Elle remonte à quatre mille six cents ans avant l’ère chrétienne; celle de la construction du temple ne peut guère différer de plus de ... siècles. Au reste, cette seconde conjecture est fort incertaine, mais la première détermination est incontestable.
A peu de distance d’Esné se trouve un second temple et le plafond du portique représente aussi un zodiaque ou du moins plusieurs signes, mais nous ne l’avons pas examiné cette première fois avec assez de soin.
Il serait possible de pénétrer dans la partie du temple d’Esné, dont l’entrée est encombrée. Cette recherche est importante, parce qu’il est vraisemblable qu’on y trouverait d’autres monuments astronomiques.
A peu de distance de Thèbes, nous vîmes sur le rivage une sorte de gros lézard qui se cachait dans l’eau et reparaissait peu de temps après sur le bord. Quelques hommes de notre équipage le péchèrent. Cet animal, qui ressemble beaucoup au crocodile, n’avait pas été décrit; nous l’avons conservé.
Edfou
Nous nous arrêtâmes à Edfou, où nous avons remarqué un temple environné d’une double enceinte. Sur l’un des murs qui est très élevé, on voit des figures hiéroglyphiques colossales. Un escalier un peu étroit, mais très bien construit, conduit sur les terrasses. Ce mur est percé de trous presque rectangulaires qui, selon toute apparence, ont été faits longtemps après la construction du monument; ils divisent irrégulièrement les figures sculptées à l’extérieur. Nous avons visité avec attention les galeries qui aboutissent au portique antique. Le portique lui-même, les hiéroglyphes ont fixé notre attention. Nous avons inutilement cherché des signes du zodiaque; seulement au fond du portique, nous avons remarqué des étoiles, et au-dessus, des figures, dont quelquesunes se trouvent dans des constellations. Au-dessous, on remarque quatorze figures, dont la plus avancée à quatorze marches. Sur la plate-forme où conduit cet escalier, est un hiéroglyphe très compliqué; on y distingue un œil.
Nous avons donné quelques heures au premier examen de ce monument, dont le plan général est facile à saisir.
Nous nous arrêtâmes, le lendemain au soir, à Ombos, où on voit un temple digne d’être remarqué. Le portique a cinq colonnes de front et deux entrées ; le temple paraît avoir eu deux portes. Au-dessus de la corniche qui est en gorge comme toutes les autres, on voit un ornement particulier qui fait un bel effet. 11 est composé de serpents, dont la partie antérieure semble se dresser, et sur la tête se trouve une boule.
Nous avons trouvé, en visitant ce temple, une inscription grecque que nous avons copiée très exactement.
Syène
Le 25 au soir, nous sommes arrivés à Syène. Nous avons
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visité le matin la colline occidentale, qui ne présente plus en cet endroit que des masses énormes de granit. Nous y avons remarqué des blocs de cette matière que l’on avait, commencé à tailler; on reconnaît les marques des coins de fer qu’on employait pour séparer les masses : on plantait ces coins dans tel endroit où la séparation des masses était déjà indiquée par des fissures, et on suivait ces fentes autant qu’il était nécessaire, puis, ayant séparé le bloc, on commençait à le tailler. On aperçoit un dessus de porte déjà ébauché, et dont la forme se reconnaît aisément. Enfin nous avons vu un obélisque, en grande partie taillé, et à l’extrémité duquel on distingue la pyramide qui le termine.
Le lendemain 26, nous sommes partis sur le soir, pour nous rendre aux îles au-dessus de Syène. L’île d’Éléphantine contient quelques ruines, et on y voit un temple d’une dimension peu considérable, avec une espèce de portique composé de piliers. Nous y avons trouvé les restes d’une statue de granit assez grossièrement travaillée, qui a un mètre de long, et dans sa plus grande largeur, un tiers de mètre. On voit aussi les ruines d’un quai, que tout annonce être un ouvrage romain ; on n’y retrouve aucune trace du Mékias.
C’est à Syène que la chaîne occidentale cesse entièrement d’être calcaire. Jusque-là, depuis assez longtemps, elle est en grande partie composée de grès ; là on trouve des rochers granitiques. L’aspect du pays change presque tout à coup et devient beaucoup plus varié.
Les grandes barques ne peuvent remonter au delà de Syène. Nous les avons quittées le 26 au soir, et nous sommes rendus auprès de l’île appelée dans le pays Géziret el-Birbé, l’île du Temple. On l’a nommée improprement Filé ; l’île qui porte ce nom est placée au-dessus.
L’île d’Éléphantine est cultivée avec beaucoup de soins, et partout où un peu de limon sépare les rochers, on y voit le doura, une espèce de haricot appelée dans le pays bctbiê,
quelques dattiers, dont quelques-uns portent le doum. Le séné croît dans les environs de Syène, mais la bonne espèce, celle qui est la plus recherchée en Europe, est apportée par des caravanes des pays situés au-dessus de Syène, à une assez grande distance.
Le 26 au soir, nous nous trouvâmes vis-à-vis de l’ile de Birbé, où des barques nous transportèrent le 27 au matin. Cette île, qui est beaucoup moins étendue que l’île d’Éléphantine, offre plusieurs monuments. Nous les apercevions du rivage, et cette vue est très agréable. Le plan de l’ile et des monuments ayant été levé précédemment, nous ne nous y sommes point arrêtés, pour ne pas répéter cette opération.
Nous donnerons maintenant une description détaillée de chacun des monuments, à mesure que nous les visiterons de nouveau, en descendant le lleuve.
Les temples sont bâtis de grès depuis Dendérah ; on a pu y graver avec assez de facilité les hiéroglyphes. Il paraîtrait que, pour les dessins des hiéroglyphes, on se servait de patrons ; que plusieurs ouvriers passaient successivement sur la même figure, jusqu’au dernier qui l’achevait. On trouve cette suite de travaux différents dans plusieurs endroits, où ils n’ont pas été achevés.
La colline occidentale n’a point encore été visitée par nous, elle parait composée de grès.
Au-dessus de l’île d’Éléphantine, à la hauteur de celle de Birbé, des roches de granit s’élèvent du milieu des eaux du Nil et forment plusieurs îles. C’est entre cette suite de roches et la colline orientale que se trouve un bassin assez étendu; l’île de Birbé y est placée, et elle paraît comme un petit espace couvert de monuments. L’œil en embrasse facilement l’étendue : le grand temple, la colonnade qui le précède, un autre temple, le reste d’un autre se présentent à la vue. Des dattiers, des acacias et la verdure qui sépare et environne ces monuments en rendent l’aspect agréable. Géziret el-Birbé était une île sacrée. Les temples ont été
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bâtis, à différentes époques; on a construit successivement les différentes parties de ces temples, sans que l’on ait suivi le même plan. Il en résulte des irrégularités pareilles à celles que l’on remarque dans nos villes européennes. Une autre cause d’irrégularité, c’est le peu d’étendue de l’île et les sinuosités du rivage.
En outre, les monuments de cette île offrent une exécution beaucoup moins parfaite que ceux que nous avons vus et décrits auparavant dans un temple qui paraît avoir été plus récemment construit, mais qui n’est point achevé: l’exécution est beaucoup plus soignée, les sculptures des chapiteaux et des hiéroglyphes ont un degré de perfection remarquable. L’intérieur est divisé en grands cadres formés par des baguettes; deux de ces cadres seulement sont sculptés, les autres étaient destinés à l’être et sont parfaitement polis; un seul est encore piqué et l’exécution a été arrêtée, avant qu’on ne l’ait poli. Ces deux tableaux sculptés présentent des scènes religieuses. Un dieu reçoit les offrandes, un prêtre les lui présente; des hiéroglyphes, disposés dans de petits cadres, contiennent des paroles consacrées. L’habit du prêtre est très orné dans un de ces tableaux.
En général, les hiéroglyphes sont séparés par tableaux. Les faces des murs, soit intérieurement, soit extérieurement, sont divisées, souvent avec beaucoup de régularité, en grands cadres formés par des baguettes. Chaque tableau offre une scène religieuse: un dieu reçoit des offrandes, un prêtre les lui présente. Ce dernier a les mains étendues et porte les fleurs, les pains, les vases offerts. Au-dessous est la table sacrée; on y retrouve le plus souvent les mêmes objets que ceux que les prêtres présentent quelquefois. Dans le même tableau sont plusieurs dieux ou plusieurs prêtres. Les figures des dieux, lorsqu’il y en a plusieurs, sont placées à la suite, mais il paraît que l’on doit se la représenter comme également avancée.
Les dieux ont ordinairement le corps nu; les prêtres sont vêtus : leur habit est souvent orné, les figurines sont particulièrement distinguées par des bonnets. Les attributs du dieu sont presque toujours le bâton augurai et la croix à anse. La tête du chien est souvent celle de l’animal, sous la figure duquel il était adoré.
Le bâton augurai est une baguette terminée par une tête allongée qui semble être celle du chien lévrier. La croix à anse, dont on a donné tant d’interprétations différentes, est formée d’une croix surmontée d’un espèce de boucle que le dieu tient dans sa main.
Chaque tableau offre encore de petits cadres placés les uns du côté du dieu, d’autres auprès de la tête du prêtre. Plusieurs accompagnent la table qui porte des offrandes; souvent les doubles cadres, qui terminent chaque tableau, offrent dans l’intervalle une multitude de petits hiéroglyphes.
Cette écriture sacrée paraît représenter les pensées religieuses qui doivent occuper le spectateur; peut-être explique-t-elle les détails de la cérémonie, le discours du prêtre, la réponse du dieu, les sentiments de piété dont le peuple doit être animé. On doit toujours distinguer les traits qui composent cette écriture des figures qui composent les tableaux, quoiqu’on leur ait donné le nom commun d’hiéroglyphes.
Les animaux sont sculptés avec plus de perfection que les figures humaines; le dessin de la figure de l’animal est souvent plein de mouvement et de vérité.
Les tableaux hiéroglyphiques présentent quelquefois d’autres scènes que des offrandes ; des hommes enchaînés, menacés ou percés parle prêtre, à la vue du dieu, des initiations, des hommes qui sont reçus ou introduits dans le temple, d’autres qui sont élevés à la dignité du sacerdoce, des sculptures avec toutes les cérémonies sacrées des apothéoses.
Dans une scène de cette dernière espèce, la figure reçoit
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les attributs de la divinité : deux vases penchés sur lui versent les tètes du bâton sacerdotal et des croix bouclées. Le nombre des hiéroglyphes qui composent à proprement parler l’écriture est extrêmement élevé.
Dans un espace d’une grandeur déterminée et pris au hasard, si l’on compte le nombre des hiéroglyphes différents, on le trouvera très considérable.
Si l’on compare, au moyen d’un bon compas, les proportions des deux figures qui, placées dans le même temple, paraissent exactement semblables, on jugera si l’on employait des patrons.
Les hiéroglyphes placés au haut des temples, au-dessus des corniches ou au-dessous des chapiteaux, sont répétés avec symétrie; alors ils forment un ornement qui est presque toujours agréable. Dans la suite continuellement répétée de ces figures, il entre presque toujours des scarabées qui sont sculptés, des traits hiéroglyphiques. Ces traits ne sont jamais les mêmes dans les scarabées qui se succèdent, mais l’ornement ne perd pour cela rien de sa symétrie. Le contour du scarabée étant toujours le même, on ne s’aperçoit que de très près de la diversité des traits.
Ombos
Nous avons vu pour la première fois, à Ombos, un ornement singulier composé de serpents qui semblent se dresser : on les voit de face, et ils portent un globe Sur la tête. Une unité de pareilles figures forme un ornement d’un effet très agréable, il est placé souvent au-dessus des corniches.
La partie inférieure des faces de murs ou des colonnes est ornée d’une manière analogue. Ce sont des figures qui se succèdent dans un certain ordre et dont la disposition symétrique produit presque toujours un effet très agréable; on y voit souvent l’aigle qui est étendu sur le plafond de la principale entrée des temples. Dans les frises, dans les
bandes inférieures où il sert d’ornement, ses ailes sont en partie repliées. On trouve aussi le lotus souvent représenté dans ses différents états, le scarabée dont les ailes sont étendues, la couleur du scarabée contenant des traits hiéroglyphiques toujours variés.
Partout où les grands tableaux laissent quelque intervalle, on voit des traits hiéroglyphiques sculptés. Les colonnes contiennent souvent de ces cadres qui enveloppent la colonne et la divisent symétriquement; ainsi nous avons vu, à Gao, des colonnes dont chacune présente douze tableaux différents, pareils à ceux que nous avons décrits. Une autre partie des colonnes est souvent divisée par bandes verticales qui contiennent des traits hiéroglyphiques. Le haut des fûts des colonnes est orné de figures qui se succèdent symétriquement et forment, par une disposition régulière et un entrelacement, une direction agréable ; le bas des colonnes est orné d’une manière analogue. Le lotus, employé comme ornement, occupe presque toujours la partie inférieure.
Dans la plupart de ces tableaux, on aperçoit par derrière, vers le milieu du corps du prêtre, une légende qui est partout la même; de plus, on voit dans ces légendes le prêtre et le dieu placés au-dessus d’un grand nombre de traits hiéroglyphiques communs.
Les couleurs appliquées aux hiéroglyphes ne répondent pas toujours aux mêmes traits ou signes hiéroglyphiques. J’ai vu, dans le portique de l’ile de Birbé, toutes les croix bouclées que tenaient les prêtres peintes en vert; dans une autre salle du même temple, je les ai vues peintes en bleu. La petite feuille (trait hiéroglyphique) est dans le portique verte, elle est bleue dans la salle.
Les faces du passage des portes des temples sont presque toujours ornées de bâtons auguraux, de croix bouclées, attributs reconnus de la divinité. Ces deux ornements sont réunis dans une espèce de vase; aux deux extrémités sont
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deux bâtons auguraux, au milieu une croix bouclée : cette espèce d'hiéroglyphe continuellement répété orne l’intérieur des portes des temples.
J’ai mesuré avec le compas les figures qui étaient répétées, et il ne m’a pas semblé qu’elles fussent assez exactement égales pour qu’on puisse croire qu’elles soient faites avec des modèles. En beaucoup d’endroits, où la sculpture n’est que préparée, on voit des lignes rouges tracées sur le plan, et qui le divisent en une multitude de petits carreaux. C’est le moyen qu’ils employaient pour dessiner, en donnant les proportions convenables.
On remarque, sur la face extérieure de la première porte du grand temple, une inscription grecque, qui a beaucoup attiré notre attention : elle a été gravée lorsque le mur ne portait encore aucune sculpture; les figures ont retranché une grande partie de ces inscriptions. La même circonstance se représente en beaucoup d’autres endroits de cette face. Ainsi, il est évident que les sculptures égyptiennes ont été tracées après que les inscriptions furent gravées. Nous avons relevé la partie encore subsistante de ces inscriptions. Si nous parvenons à en expliquer une partie, on en pourra tirer quelque conclusion, par rapport à l’époque de ces sculptures. Des inscriptions pareilles sont actuellement placées sur des hiéroglyphes, qui ont été évidemment sculptés postérieurement.
Nous avons déjà remarqué que les constructions qu’on trouve dans l’île de Philæ sont d’époques différentes. On y distingue le grand temple, les galeries en colonnes qui le précèdent, un petit temple placé à côté du quai, et à une plus grande distance, un temple commencé et dont la structure parait plus récente. On pourrait donner à cette dernière construction une date peu éloignée, et même on serait porté à croire que les Romains, maîtres de l’Égypte, auraient pu élever ce dernier temple aux dieux égyptiens, employant les ouvriers et artistes du pays. Les sculptures
de ce dernier temple sont plus soignées, et en général, l’exécution y paraît beaucoup plus parfaite, peut-être parce qu’elle aurait été dirigée par des architectes romains.
Indépendamment des constructions dont nous avons fait l’énumération, on voit encore un ouvrage romain : c’est une espèce d’arc de triomphe. En comparant cette construction avec celle du petit temple dont nous avons parlé, on trouve des ressemblances frappantes. On voit qu’en général, dans les constructions égyptiennes, on élevait à une grande hauteur des pierres dont une partie considérable devait être retranchée.
J’ai remarqué plusieurs fois de ces carrés, au moyen desquels on préparait les dessins des figures qui devaient être sculptées. Cette méthode de réduction est encore en usage aujourd’hui; elle est fondée sur les éléments de la géométrie, quoique à la rigueur il ne soit pas nécessaire de joindre la théorie à l’usage de cette méthode. Mais on sait d’ailleurs que Thalès rapporta d’Égypte la considération des rapports des lignes, puis qu’il s’en servait pour mesurer les distances entre les objets qu’on ne peut rapprocher.
Les pierres sont appareillées exactement dans les constructions égyptiennes. J’ai remarqué, en plusieurs endroits, que les lits des assises sont bien horizontaux; d’ailleurs, il y avait, à cet égard, peu de régularité.
Il faut vérifier ces remarques et examiner si, dans les constructions que l’on sait être pl us récentes, cette partie s’est perfectionnée. Il faut aussi examiner si la hauteur des lits des assises diminue, en partant du bas de l’édifice.
On aperçoit toujours dans deux pierres contiguës deux entailles correspondantes, et qui recevaient chacune une partie d’un tenon, taillé de part et d’autre en queue d’hironde. Ce tenon, qui assemblait les pierres, ne se retrouve plus dans les ruines. Il était naturel de croire qu’il était de fer; cependant, en démolissant à dessein quelques restes intéressants de cet édifice, on a été surpris de trouver que ce
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tenon est fait de bois, ce qui ne parait guère propre à retenir des pierres d’aussi grande dimension.
Il y a cependant quelque raison de douter qu’il en fût de même partout. Nous avons vu plusieurs fois, et particulièrement à Erment, une grande quantité de trous faits dans le grès par les Arabes, dans le dessein d’en retirer ces tenons. Il est difficile de croire que, s’ils avaient toujours trouvé de bois ces pièces d’assemblage, ils eussent fait un aussi grand nombre de trous dans une matière si dure. Nous avons trouvé plus de cinquante de ces trous dans un espace très peu considérable. Au reste, on ne doit point regretter que les Égyptiens n’aient pas employé le fer en grande quantité, dans leurs constructions, car il n’y a point de doute que, dans un pays où cette matière est si rare, des hommes tels que les Arabes n’eussent fait des démolitions considérables.
Quelques personnes ont pensé que ces tenons avaient été faits de fer, dans les plus anciennes constructions, et que l’usage, qui pouvait tant chez les Égyptiens, avait retenu et pour ainsi dire consacré cette pratique, dans le temps même où la rareté du fer obligea de la remplir par le bois. Nous penserons plus volontiers qu’elle avait un autre but, celui de rapprocher autant qu’il était possible les pierres, par le changement que ces pièces de bois pouvaient éprouver, suivant qu’on les rendait plus humides, ou qu’elles devenaient plus sèches. Il est difficile, dans nos constructions actuelles, de rapprocher les pierres; peut-être obtenaient-ils cet effet par ce moyen.
Les temples égyptiens sont souvent précédés de massifs très élevés, ouverts par le milieu, et au bas desquels on voit une porte qui conduit dans les cours, au fond desquelles sont les portiques. On peut pénétrer dans l’intérieur de ces massifs, et un escalier qui s’y trouve conduit dans plusieurs chambres et sur les terrasses. De là, on découvre parfaitement l'horizon. Les autres parties du temple sont beaucoup
moins élevées, en sorte que s’il subsiste encore quelquesunes des observations des prêtres égyptiens, ce ne peut être que sur ces terrasses. Les chambres auraient pu servir de dépôt aux instruments, ou de logement aux observateurs.
Nous avons déjà remarqué que dans le temple d ’ Edfou, le massif dont nous parlons est traversé par des ouvertures qui donnent du jour aux chambres, et ces trous ont, selon toute apparence, été faits longtemps après les grandes sculptures qui décorent les faces antérieures, car ces sculptures sont tronquées irrégulièrement et défigurées par les fenêtres ; l’escalier est fait avec art, les repos sont multipliés et la pente est peu sensible.
Les faces de ces massifs sont à Edfou, parfaitement planes, et nous ne croyons pas que, sous ce rapport, il y ait rien qu’on puisse comparer dans nos constructions modernes. Ces faces ont la figure d’un trapèze, elles sont presque toujours encadrées par des figures cylindriques, dans le sens de la largeur et dans celui de la hauteur, de sorte qu’on ne voit point d’arête vive. Ces baguettes, dont l’effet n’est point agréable, sont d’ailleurs parfaitement droites, et le temps n’a jusqu’ici altéré en rien la direction. C’est sur les faces de ces massifs que se trouvent les plus grandes sculptures. Les figures sont de proportions énormes, on y voit partout des scènes religieuses, composées de dieux, de prêtres et d’offrandes. Dans la légende de ces tableaux, qui est souvent répétée dans différents temples, on voit une multitude de petites figures, dont les bras sont tenus par une chaîne commune; le bout de la chaîne est dans la main d’un prêtre, d’un guerrier ou d’un sacrificateur, qui a le bras armé et levé pour les frapper. Un dieu est placé vis-à-vis. Je me propose de mesurer avec plus d’exactitude les proportions de ces figures.
J’ai compté, dans une frise du petit temple de Philæ, cent cinquante hiéroglyphes. Il y en a plus de cent, dont aucun n’est répété deux fois; celui qui l’est le plus l’est dix fois, et
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celui qui s’y trouve le plus grand nombre de fois après ce premier est répété trois fois. On ne trouvera pas une proportion bien différente de celle-ci, quelque grand que soit le nombre des hiéroglyphes que l’on compte, de sorte qu’il y a un nombre très considérables d’hiéroglyphes, dont aucun n’est répété deux fois dans le même temple.
Il faut répéter ces expériences avec plus de détails. Le moyen qui se présente naturellement de distinguer les hiéroglyphes par numéro ne peut servir, parce que la table des hiéroglyphes différents est infinie. Il y en a au moins autant que de signes différents dans la langue chinoise, et quoique ces deux peuples ne peuvent point être comparés, comme on l’a fort bien établi, les hiéroglyphes peuvent l’être, sous quelques rapports, avec la langue riche des lettrés de la Chine. Je ne doute pas qu’il n’y ait plus de trente mille hiéroglyphes différents, et l’on ne peut guère mieux prouver qu’on a fort peu vu de monuments égyptiens qu’en soutenant que le nombre des caractères hiéroglyphiques qui diffèrent est moindre que cinq ou six cents.
On ne trouve nulle part sur les monuments de traces d’écriture différente des hiéroglyphes, quoiqu’il soit difficile de supposer qu’il n’y en avait point eu d’autre.
On trouve presque toujours les pierres les unes sur les autres, sans ciment interposé, mais dans les endroits exposés à la vue, les joints sont bouchés avec un ciment dont le grain est très fin. Nous avons déjà recueilli de ce ciment ; il est nécessaire d’en prendre en divers endroits.
Nous ne trouvons dans tous ces temples que du grès et de la pierre blanche. Certaines pièces servant d’ornements sont en granit; les dessus de portes sont presque toujours de cette dernière matière, ainsi que les obélisques, les statues colossales, les sphinx. On ne trouve dans aucun monument égyptien de colonnes de granit, et si l’on vient à penser qu’elles auraient pu être enlevées, on cherche inutilement dans le plan du temple en quel lieu elles auraient été placées.
extraits des notes de voyage de fourier
On a trouvé à Philæ, dans le grand temple, la niche où était l'épervier, dieu qui y était honoré; on a trouvé dans le même temple une autre niche semblable à la première. Ces niches sont monolithes. On en a pris les dimensions, il est nécessaire de les retenir. Il faut aussi retenir et transcrire dans les notes les dimensions des môles que nous disons avoir pu servir d’observatoires, ainsi que l’angle du talus.
Dans tous les temples égyptiens, les colonnes diminuent sensiblement, depuis le bas du fût.
On remarque aussi un talus très sensible dans les murs. Les arêtes sont inclinées à l’horizon et les faces antérieures des temples sont des trapèzes. Cette figure surprend, au premier aspect, les voyageurs européens, mais elle ne tarde point à produire un effet très agréable. Soit illusion, soit beauté réelle, l’œil finit par la désirer. Les ornements, les cadres sont disposés de manière à convenir avec cette figure du trapèze. Il en résulte un accord du tout et des parties, qui est plutôt senti que distingué.
On voit à Ombos, sur le bord du fleuve, les restes d’un temple, indépendamment du temple à deux portes dont on a parlé. Sur ce dernier, nous avons lu et transcrit une inscription grecque, dans laquelle il est question de la cavalerie d’Ombos. Je ne crois pas que l’on puisse douter qu’Ombos n’ait été placé sur le bord du Nil. Un écrivain célèbre pensa autrement, il le conclut de ce qu’on adorait dans cette ville le crocodile. On peut nier la majeure, ou bien on peut nier la mineure, pas la conséquence. Il faut voir s’il est bien prouvé qu’on adora le crocodile à Ombos, et traduire entièrement l’inscription.
On a mesuré le fût d’une colonne à Edfou, qu’on a trouvé de trente-sept pieds. Il est très vraisemblable qu’on s’est trompé; des mesures faites auparavant avaient donné des résultats très différents.
Il est nécessaire de décrire avec beaucoup d’exactitude les"
Bibl. ÉGYPT., T. VI. 13
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monuments les plus importants, parce qu une multitude de circonstances ne peuvent point entrer dans le plan ou dans les dessins. C’est à Thèbes et à Dendérah qu’il faut particulièrement s’y appliquer. Esnë demande aussi l’examen. Il faut tenir aussi une note exacte de la quantité de l’encombrement.
A Edfou, l’enfouissement est considérable, et l’on peut à peine passer; la porte de la partie la plus reculée du temple est bouchée jusqu’au-dessus. On peut pénétrer cependant dans l’intérieur d’un autre côté. Nous avons décrit les salles intérieures.
A Esné, l’enfouissement du portique est bien moins avancé. Il l’est assez cependant pour que les portes qui conduisent dans la partie la plus reculée soient entièrement bouchées. Peut-être cette partie a-t-elle été démolie, ou elle existe encore sous les maisons de la ville arabe. L’enfouissement est moindre dans les lieux où les villes anciennes n’ont point été remplacées par des villes arabes.
A Erment (Ermouthis), cet enfouissement est peu considérable, aussi le portique et le temple y ont-ils un aspect plus agréable. C’est le seul monument de l’Égypte où l’œil retrouve d’abord l’élégance grecque.
On trouve en plusieurs endroits des tableaux représentant des hommes enchaînés et frappés par un sacrificateur ou un guerrier, en présence d’un dieu. Nous n’en avons pas vu jusqu’ici, où l’on voie précisément une victime humaine accroupie et offerte aux dieux. Le premier tableau pourrait être un emblème dont le vrai sens différât en quelques points de celui qu’il présente d’abord.
Les figures sont sculptées très imparfaitement à Esné, mais les chapiteaux sont travaillés avec plus de soin qu’en beaucoup d’autres endroits. Si ces dessins sont grossiers, il paraît que c’est plutôt parce que l’art de la sculpture était peu avancé, à l’époque où le temple fut construit, que parce qu’on aurait négligé quelque chose dans l’exécution. Les
chapiteaux, qui ne contiennent que des ornements comme des plantes et des arbres, ont pu, à cette époque, être mieux exécutés.
A Elément, les sculptures des figures sont plus parfaites, quoique les chapiteaux le soient moins. Il faut vérifier cette dernière remarque. Les chapiteaux du temple d’Esné sont tous différents. Il en est de même à Ombos et en plusieurs endroits ; ailleurs, les chapiteaux sont tous les mêmes.
Les architectes n’ont point du tout eu égard à la symétrie, sous ce rapport. Il est bon de décrire ces chapiteaux. J’ai déjà reconnu que plusieurs colonnes du même portique avaient les diamètres sensiblement inégaux ; il faut vérifier cette remarque.
A Erment, les colonnes ont le fût plus allongé ; elles sont aussi très rapprochées. Cet entre-colonnement droit a la figure d’un trapèze, dont la moindre base est au-dessous de la plus grande. Cela provient de ce que la diminution du diamètre des colonnes est très sensible. Le rapprochement, dont le fût est allongé, a pour but la solidité que les Égyptiens recherchent principalement. Le talus des murs du temple, les fortes proportions des colonnes ou leur rapprochement, la réunion des extrémités dans les statues colossales, l’emploi des matières les plus dures, tout annonce qu’on a eu principalement en vue la solidité et la durée de l’édifice. La première intention des architectes égyptiens est de résister au temps, et ils n’ont mis d’élégance ou de grâce que le peu qui pouvait se concilier avec le premier objet. Le climat de l’Égypte est exempt de ces intempéries qui contribuent à la destruction rapide des édifices. Il n’y pleut point et il n’y gèle jamais. Si l’on excepte la température, l’état de l’atmosphère varie peu.
Les grottes taillées dans les collines, entre lesquelles coule le fleuve, sont très nombreuses, depuis Minieh jusqu’à Syène ; nous en avons visité beaucoup. Dans plusieurs on trouve des voûtes très bien tracées. La figure paraît être
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celle d’une anse de panier, et les extrémités de cette courbe sont perpendiculaires sur les faces. Mais nous n’avons point encore vu de voûtes bâties que l’on peut, sans équivoque, attribuer aux Égyptiens. Ignoraient-ils l’art de les construire, et craignaient-ils de retrancher quelque chose de la solidité qui était leur premier but? N’employant point les voûtes, ils plaçaient sur leurs colonnes, sur les portiques et sur les murs des temples, des pierres dont les dimensions surprennent toujours. On se demande chaque fois quelles forces ont élevé au haut de leurs édifices des masses aussi considérables.
On voit, d’après cela, que l’étendue des temples devait être comprise dans des limites assez étroites ; l’emploi des voûtes eût permis de bien plus grandes dimensions.
Il est arrivé, depuis que ces temples ont commencé à se dégrader, que quelques pierres, qui servaient de supports à ces plafonds, ont quitté leurs places. Quelques-unes des pierres du plafond se sont cassées en place ; cela est arrivé en plusieurs endroits. Dans la plupart des monuments, les pierres du plafond sont tombées, et ont brisé les chapiteaux ou rompu les colonnes voisines, qu’elles ont frappées obliquement. Il fallait qu’il y eût de grands ébranlements, pour porter quelque dommage à de tels supports, de sorte que les portiques sont le plus souvent embarrassés de grosses pierres qui sont tombées du plafond.
Les villes anciennes ont été le plus souvent remplacées par d’autres ; les décombres des maisons se sont amoncelés et ont exhaussé le sol, en sorte que les monuments des anciens Égyptiens s’enfouissent successivement et descendent de plus en plus au-dessous du sol, quelquefois même sans aucune dégradation. Les habitants des campagnes construisent aussi en boue des murs dans l’intérieur des temples, dans les galeries, les murs, les portiques; les débris de ces cabanes s’amoncellent assez rapidement. Souvent ces maisons ont été construites au-dessus même des temples.
A Edfou, je trouvai des familles de Barabras, qui étaient retirées dans les belles galeries du temple. Ces malheureux avaient été obligés d’abandonner leurs cultures; le terrain qui les nourrissait venait d’être ravagé par Osman-Bey et Hassan-Bey, que les armées françaises avaient poursuivis jusqu’au delà de Syène. Je vis une de ces familles dans une grande étable ornée de colonnes et de sculptures, dont deux des murs étaient de boue sèche, et deux autres étaient les murs même du temple; plusieurs étaient de granit; les femmes, les enfants nus et le bétail habitaient ensemble. Le père me raconta les malheurs qu’il avait éprouvés ; c’était l’histoire de plusieurs milliers de familles. Je lui demandai s’il se trouvait commodément dans cet endroit. Il me dit que oui, et me montrant un bloc de granit qui était au milieu et qu’il ne pouvait déplacer, il me dit qu’il n’y avait que cela qui le gênait.
Les temples égyptiens n’ont point de fenêtres ; ils ont seulement un peu de jour d’une ouverture fort étroite placée près du plafond ; dans quelques autres salles plus reculées, quelques ouvertures latérales font le même effet.
Les temples des Égyptiens étaient peints, et il n’y a aucun des monuments que nous avons visités qui ne présente en divers endroits les restes des couleurs appliquées sur les murs. Les corniches, les frises, les plafonds, les chapiteaux, les colonnes, enfin toutes les faces des murs, tant intérieures qu’extérieures, étaient peintes de diverses couleurs.
Le plafond est presque toujours orné d’étoiles blanches sur un fond d’azur. Souvent le fond est d’une seule couleur, par exemple blanche ou jaune, mais toutes les sculptures ont des couleurs particulières. Les feuilles des chapiteaux, les sujets qui y sont représentés, les moindres parties des ornements, ont des couleurs différentes ; les figures en basrelief ou les hiéroglyphes qui composent chaque tableau, sont enluminés. Dans certaines salles du temple, c’est la
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couleur bleue qui domine, dans d’autres c’est la verte. Les mêmes couleurs ne sont point toujours appliquées aux mêmes signes hiéroglyphiques ; je m’en suis assuré plusieurs fois; ainsi les couleurs ne sont point emblématiques. Quant au signe qui représente l’eau, je ne l’ai jamais vu que bleu et vert ; il en est de même du bâton augurai et de la croix bouclée. Les seules couleurs que l’on emploie dans les temples sont le bleu, le rouge souci, le jaune et le vert. Nous avons déjà recueilli assez de matières colorantes pour juger exactement de leur nature. Il nous a paru jusqu’ici que leur bleu est de cobalt. On a pris plusieurs de ces dessins coloriés où les peintures des chapiteaux font un effet assez agréable. On ne juge pas de même des tableaux enluminés ; cette peinture des figures, au moyen de teintes uniformes, sans ombre et sans dégradation, ne peut être que fort grossière. L’effet général devait être aussi éblouissant, et il est peut-être fort difficile aujourd’hui de se représenter l’impression que faisait éprouver un édifice considérable, peint de cette manière à l’intérieur, dans les colonnades, les portiques, et dans toutes les salles.
Il n’y avait aucune pierre du temple qui ne frit peinte de diverses couleurs, ornée de figures sculptées et couverte de signes hiéroglyphiques ; il suffisait de voir la moindre partie de l’édifice, pour recevoir une impression religieuse. On ne peut dire jusqu’à quel point un peuple, naturellement porté à la superstition et à la mélancolie, devait ressentir l’effet de tant de moyens réunis.
Plusieurs édifices grecs ou romains ont été bâtis des débris des temples égyptiens. On a démoli en partie ces monuments, pour réemployer les matériaux dans des constructions modernes en Égypte et qui sont les antiquités de l’Europe. Toutes les pierres se reconnaissent aisément, elles sont tontes sculptées d’hiéroglyphes. Il n’y en a point qui ne représente un prêtre, un dieu ou une sentence.
Il n’est resté sur cette terre, de tant d’édifices anciens
qui la couvraient, que les monuments religieux, et si quelques tombeaux cle rois ou de particuliers subsistent encore, c’est ou parce qu’ils ont été taillés dans le roc, ou parce que la religion avait consacré la demeure des mortels, et semble leur avoir porté son immortalité.
Nous avons trouvé à Esné dans deux temples, et dans le temple de Dendérah des monuments astronomiques. Je me propose d’en donner une interprétation dans un mémoire particulier. Les conclusions qu’on en tire sont d’une haute importance dans l’histoire de l’astronomie, et je regarde ces monuments comme les plus belles antiquités que nous possédions aujourd’hui.
Nous avons visité des grottes situées sur la rive orientale, un peu au-dessus du village appelé Ei-Kab ( Eléthyci ). Ces grottes sont taillées dans le grès, dont est foVmée la colline arabique. Il serait important de bien désigner leur place. On voit une voûte en anse de panier taillée dans le roc ; au fond est une niche qui contient trois statues égyptiennes. On a levé le plan de l’une de ces grottes qui mérite le plus d’attention. Il est remarquable que dans ces grottes on ne voit aucune scène purement religieuse.
Une infinité de grottes pareilles sont taillées dans la montagne, et depuis Minieli jusqu’à Syène on en trouve une quantité innombrable. Ce sont, selon toute apparence, des tombeaux de familles particulières. On y trouve, comme dans les temples, des tableaux composés de figures et de signes hiéroglyphiques, mais les scènes, au lieu d’y être religieuses, sont domestiques. Elles représentent les coutumes familières, les festins, les travaux de la campagne, les récoltes du lin, du vin, des grains, la pêche, la chasse aux oiseaux, le commerce, l’embarquement des marchandises. Le chef de la famille préside à toutes ces occupations ; il est représenté dans plusieurs endroits de ces tableaux, recevant les prémices de la récolte. Des écrivains ou autres gens veillent aux récoltes, enregistrent les produits, et on les voit
sou
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dans d’autres tableaux, lui en rendre compte. Il est le plus souvent représenté, étant assis auprès d’une femme, dont l’un des bras est appuyé sur lui ; cette seconde figure a une robe blanche de lin et plissée.
L’emplacement de l’ancienne Thèbes contient une grande quantité de monuments. Le premier que nous ayons visité est Louqsor. Les ruines des anciens édifices sont recouvertes des maisons de terre d’un village. Comme la plupart des anciens monuments en Égypte se trouvent actuellement dans des villages où l’on bâtit en terre, ces maisons, qui durent peu, forment de leurs débris des amas considérables que les pluies ne diminuent point, en sorte que le sol s’exhausse successivement. L’emplacement de chacune des anciennes villes d’Égypte est marqué par des enceintes de décombres. On n’y retrouve le plus souvent qu’une quantité infinie de morceaux de vases de terre cuite. Les villes existantes sont entourées de ces décombres qui s’augmentent chaque jour des débris de maisons qu’on y transporte. Au Caire, cette enceinte est immense. Dans un pays sujet aux pluies, ces amas seraient bientôt dispersés; en Égypte, ils subsisteront toujours.
A Louqsor, les paysans habitent l’intérieur des anciens palais des rois d’Égypte. Un palais est composé d’une longue file d’édifices et de portiques; la première entrée est une porte accompagnée de deux massifs et semblable à celle que l’on a décrite. Dans les temples, au devant de cette porte, on voit deux statues colossales; devant chaque statue est un obélisque. Les deux obélisques ne sont point égaux; l’un est moins élevé que l’autre et sa base est plus élevée. Les colosses assis ne sont point égaux et ne sont pas placés symétriquement. A l’entrée de la porte, le milieu des deux obélisques est fort éloigné de l’arc qui passerait par le milieu de la porte, perpendiculairement à son plan. Les deux statues colossales touchent pour ainsi dire la porte, et les obélisques touchent presque les statues. L’œil est frappé
désagréablement de ce rapprochement et de cette distribution irrégulière d’ornements aussi énormes. Chaque obélisque est de granit, poli avec le plus grand soin; les hiéroglyphes sont divisés en trois colonnes, dans toute la hauteur de chaque face. Celle du milieu est distinguée des autres par la perfection du poli; tous les hiéroglyphes y sont sculptés avec le plus grand soin; ils sont en creux. Chacun de ces obélisques est un ouvrage admirable, dont l’exécution surpasse peut-être l’industrie des Européens. Les statues sont des figures assises : les pieds et les parties inférieures sont unis au massif qui compose le siège, les mains sont appuyées sur les genoux. Il y a, dans toutes les parties, un repos absolu; la tête a un grand bonnet sur lequel on voit des hiéroglyphes sculptés; toute la surface est parfaitement polie. Ces statues n’ont d’autre expression que l’immobilité absolue; la face a été défigurée; le bas des obélisques est brisé en plusieurs endroits; ils sont enfouis sur une grande hauteur. Les colosses sont enterrés jusqu’au-dessous des épaules. Nous avons fait découvrir le pied des obélisques et celui des colosses; les paysans les enfouissent de nouveau, soit que ces fouilles les gênent, soit qu’ils espèrent de se fournir une occasion pareille de travailler, par les voyageurs qui leur donnent ordinairement un salaire considérable. Cet encombrement change partout l’aspect des temples, et ne permet point déjuger l’effet général des colonnes et de l’architecture; les dessins rétablis en donnent une idée plus exacte.
Après la porte d’entrée, on voit une vaste cour carrée, entourée d’une galerie de colonnes, puis on passe sous une file de colonnes énormes; de là, dans une cour entourée de colonnes; et au fond est un portique d’une grande quantité de colonnes. En la traversant, on entre dans un espace terminé à droite et à gauche par des murs qui forment différentes pièces, et en face est la partie d’un petit temple, qui est accompagné de pièces à droite et à gauche. On peut tra-
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verser le temple, et en sortant on se trouve dans un portique rectangulaire, dont on va traverser la largeur. On pénètre ensuite dans une grande salle, dont le plafond était porté par quatre colonnes, et à la suite sont encore d’autres ruines.
La ligne qui servait d’axe à ces différents édifices, depuis la porte d’entrée jusqu’au dernier portique, n’est point droite, mais elle serait composée de lignes droites et formerait un polygone, dont le contour suit constamment le cours du fleuve, disposition que nous avons déjà remarquée à Philæ. Les colonnes de Louqsor ne sont ni aussi bien exécutées ni aussi belles que dans les monuments que nous avons décrits ci-dessus; les plus grosses sont celles du portique qui termine la première cour carrée.
On remarque des différences considérables dans les colonnes qui composent le même portique; nous l’avons déjà remarqué à Esné, où l’exécution est cependant soignée. A Louqsor, dans le portique dont nous parlons, on a trouvé environ cinq pouces de différence dans les circonférences de deux colonnes. Les entre-colonnements n’étant pas exactement égaux, on a trouvé, à Louqsor, environ six pouces de différence. La construction est très défectueuse à Louqsor; le massif, dans lequel est la porte d’entrée, a éprouvé des affaissements considérables; une grande quantité de pierres sont déplacées. Ailleurs, on voit des murs composés de pierres simplement placées les unes à côté des autres, en sorte que l’épaisseur du mur se compose de deux parties différentes qui ne sont point liées, et entre lesquelles il paraît seulement qu’on a mis confusément des pierres avec du ciment. Aujourd’hui, les murs sont dédoublés et le vice de la construction est manifeste.
Le môle d ’ Edfou est parfaitement conservé et exactement plan; celui de Louqsor est tout brisé. Doit-on l’attribuer à la construction défectueuse ou à la différence d’époque?
Quoique les pluies soient rares à Thèbes, nous savons cependant qu’elles ont lieu plus que dans la plupart des
endroits de l’Égypte inférieure. C’est, une cause de destruction de plus. Au reste, les constructions que l’on voit à Louqsor ont sans doute été faites successivement, et c’est une des causes de l’irrégularité du plan; mais dans un pays tel que l’Égypte, où les monuments subsistent si longtemps, les époques les plus éloignées sont aisément confondues.
11 n’y a dans les édifices de Louqsor aucun monument astronomique; les hiéroglyphes, excepté ceux des obélisques, ont très peu de relief ou de creux. En nombre d’endroits, on n’en voit aucun, soit qu'il n’y en ait jamais eu, ou qu’ayant été peints, ils aient disparu. On voit presque partout des traces de peinture. Les môles et les autres édifices ne présentent les mêmes tableaux que dans les temples. Ce ne sont plus des scènes religieuses; on ne les retrouve que dans le petit temple que nous avons décrit.
Il faut examiner avec plus de soin la nature des tableaux et rechercher les lieux où il y avait des peintures. Il est vrai que le môle de Louqsor ne présente que des actions militaires, mais l’intérieur offre presque autant de scènes religieuses que les temples proprement dits.
Tout annonce que ce vaste édifice était un palais. Les murs en sont peints, ainsi que ceux des temples. Les môles ne paraissent en aucun endroit avoir été peints, mais la corniche de ces môles paraît l’avoir été. On peignait aussi le granit en bleu et en rouge. A Karnak, on voit un appartement dont les murs et les ornements extérieurs sont tout entiers de granit peint de diverses couleurs. En plusieurs endroits, on remarque que les palais ou les temples ont été bâtis des débris d’autres temples. Les colonnes et les murs ont été bâtis de pierres sur lesquelles on avait sculpté longtemps auparavant des hiéroglyphes. On aurait pu croire que ces pierres appartenaient à la même époque, mais il faut remarquer qu’ils sculptaient en place; d’ailleurs, ces pierres sont peintes, et j’y ai vu des cartouches contenant des sentences qui n’appartenaient pas au temple.
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Les portes qui sont placées dans les môles sont pour la plupart peintes; l’intérieur est aussi peint.
On voit quelquefois dans les constructions égyptiennes des joints obliques ; leurs escaliers ont très peu de pente, et les marches ont dans plusieurs endroits trois à quatre pouces de hauteur. D’autres fois, les escaliers sont en forme d’hélice. On voit quelquefois les pierres, qui composent les escaliers, placées obliquement et non engagées dans le mur; nous l’avons remarqué, entre autres, à Karnak.
Nous avons déjcà dit qu’ils ne connaissaient pas l’art d’engager les unes dans les autres les pierres qui doivent composer un même massif. Un mur, un môle est composé de plusieurs parties seulement rapprochées. On voit des môles dont la construction intérieure est seule restée; les murs, qui étaient placés à côté pour en former le massif, sont tombés. Quelquefois ces môles sont écrasés de leur propre poids. On en voit qui retombent en dedans. Ces défauts de construction ne se remarquent point à Edfou.
L’entrée des portes principales, à Karnak, est décorée d’obélisques, de statues colossales, de grès, de marbre, d’albâtre, de granit, de cariatides. Ces derniers ornements se trouvent quelquefois devant les colonnes des temples. On voit en plusieurs endroits, sur les portes des palais, les traces des gonds énormes sur lesquels elles roulaient. La couleur verte qu’on voit dans ces trous indique que ces gonds étaient de cuivre.
Au milieu de la gorge des portes, on voit presque toujours un globe ailé, auprès duquel sont deux serpents. Ces globes et ces serpents étaient quelquefois composés d’une matière étrangère, métallique, ou de pierres plus précieuses; on voit les marques des pitons qui les retenaient. On voit en quelques endroits, particulièrement à Karnak, des fenêtres d’une largeur assez considérable; elles sont traversées de barreaux de pierres horizontaux et verticaux. Voici dans quels cas ils plaçaient ces fenêtres : soit pour éclairer l’inté-
rieur d’une pièce fermée de toute part, et dont la porte conduisait dans un espace très éclairé, soit lorsqu’un portique très élevé est accompagné de deux portiques moins élevés, sur les derniers rangs de colonnes des moindres portiques, on élève un mur jusqu’à la hauteur des colonnes du grand portique, et l’on recouvre ainsi de dalles de pierre l’espace compris entre le petit et le grand. Les murs, élevés sur les colonnes du moindre portique, sont percés de fenêtres qui portent du jour sous ces colonnes.
On voit à Karnalc, à la suite des grands portiques dont nous parlons, un appartement considérable, entièrement bâti de granit. On traverse, pour y pénétrer, deux portes; l’une plus élevée, ornée d’obélisques de granit, conduit sous un portique où chaque colonne était ornée de cariatides, puis une seconde porte de granit, devant laquelle sont deux blocs de granit rouge, dont chaque face est sculptée avec beaucoup d’art.
La salle principale est tout entière de granit rouge. La face extérieure représentait une série de tableaux, dans lesquels le personnage principal passe par divers degrés de l’initiation. Il présente ses offrandes à plusieurs dieux; il est purifié par deux prêtres qui lui versent de l’eau sur la tête. On lui impose les mains, comme on le pratique aujourd’hui dans les religions européennes; on lui donne un bonnet en forme de mitre, on lui présente les colonnes sacrées. L’intérieur de cette même salle offre des sculptures d’un autre genre. On voit le prêtre, assis auprès de sa femme, qui tient les bras passés autour de son époux. L’amour conjugal y est représenté, dans les sculptures des murs intérieurs et des appartements voisins, d’une manière beaucoup plus sensible. La plupart des offrandes sont présentées au jeune dieu Harpocrate, dont le corps est nu et dont le membre viril est droit. Ailleurs, cette partie de son corps est séparée et dessinée en grand dans le même état; on en voit sortir la liqueur séminale.
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Cette salle est accompagnée de corridors et d’appartements, dans lesquels on pénétrait par des portes du plus beau granit noir. Au surplus, ces figures, sculptées sur le granit, sont peintes en rouge et en bleu, la couleur du granit servant de fond. Le plafond est pareillement de granit. A la suite de ces appartements, on trouve un corps de bâtiments, dans lequel il y a une grande quantité de colonnes; il est divisé en une multitude d’appartements séparés.
On voit à Karnak, dans la première cour d’entrée, une espèce de temple, dans lequel chaque colonne est ornée d’une cariatide représentant une momie, comme si ce lieu eût été destiné à une cérémonie relative aux sépultures. Plus loin, et dans un corps de logis séparé, est un temple dont les sculptures paraissent faites avec beaucoup de soin. Dans une salle reculée, obscure, qui ne reçoit qu’un peu de jour d’une ouverture faite au plafond, on trouve un tableau emblématique fort curieux. On voit dans ce même temple, au milieu de la frise, d’un côté un taureau, et de l’autre un bélier ailé.
Les grands môles sont précédés, à Karnak, d’avenues, garnies à droite et à gauche de sphinx ou de figures de lion reposé, et qui ont quelquefois une tête humaine ou de bélier, ou un corps de bélier avec une tête de lion.