Geoffroy-Saint-Hilaire, Lettres à Cuvier, nos 62 et
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jamais, depuis qu'il n’existait plus d’autorité assez incontestée pour s’imposer à tous, et que, par le fait même du départ de Monge et de Berthollet, le but de l’expédition devenait de moins en moins clair. Geoffroy-Saint-Hilaire écrivait, dans un moment d’humeur, à Cuvier que « les pauvres » savants du Caire avaient été emmenés en Égypte pour » qu’on lût dans l’histoire de Bonaparte une ligne d’éloges » de plus, et qu’ils avaient été retenus, pour qu’on ne re- » trouvât pas un reproche dans celle de Kléber ».
C’était méconnaître à la fois la grande conception de l’un et les intentions généreuses de l’autre, car Kléber n’était pas coupable, quand les circonstances l’empêchaient de réaliser le vœu de Bonaparte, et d’exécuter ces instructions du 5 fructidor an VII, en vertu desquelles les membres de la Commission des Arts auraient dû passer en France sur un parlementaire, immédiatement après l’achèvement de leur mission. L’ennemi tenait alors la mer, et on ne sortait pas d’Égypte comme on voulait.
La mort de Kléber fut un désastre pour tout le petit clan qui se groupait autour de Costaz et de Fourier. Sous l’inspiration de ceux-ci, Kléber avait, à la date du 28 brumaire, pris un arrêté qui ordonnait la publication en commun des travaux des divers savants; une Commission avait été formée pour aviser aux moyens d'y procéder. « Ce fut, dit de Vil— » liers, le premier point de départ de la réunion des docu- » ments qui plus tard ont servi à la rédaction de la grande » Description d’Égypte, dont on voit que l’initiative revient » sans conteste au général Kléber. »
Ceux qui avaient contribué à l’exploration de la Haute- Égypte se trouvaient réunis au Caire pour la publication de l’ouvrage, lorsque l’assassinat du général en chef vint subitement tout changer.
La coterie qui prévalut dans les conseils du général Menou était bien différente de celle qui avait eu de l’influence à l’époque du général Kléber ; les effets s’en firent très vite
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sentir : sans qu’aucun motif spécial rendit la chose nécessaire, alors que les caisses publiques étaient absolument à sec, et que la saison ne permettait aucuns travaux, Jollois et de Villicrs, comme quelques-uns de leurs camarades, reçurent subitement l’ordre d’aller occuper des postes d'ingénieurs dans les provinces; Jollois fut envoyé à Menouf et de Villiers à Belbeis. Cette brusque mesure provoqua bien des résistances qui auraient pu assez mal tourner pourProsper Jollois, l’ancien chef de brigade de 1796, qui avait conservé tout son prestige sur ses compagnons, si les ingénieurs en chef et Lepère en particulier n’avaient fini par tenir compte de ce qu’il y avait de fondé dans les réclamations de ces jeunes gens. On laissa à Jollois le temps de soigner l’ophtalmie dont il était atteint, et il ne se mit en route pour le Delta qu’à la fin de thermidor an VIII (août 1799).
Pendant toute la durée de ce qu’il considérait comme son exil dans la Basse-Égypte, Jollois fut en correspondance avec ses amis du Caire, qui le tenaient régulièrement au courant de toutes les nouvelles qu’ils savaient l’intéresser. En raison des détails qu’ils contiennent sur les occupations des membres de la Commission des Arts, les extraits suivants de cette correspondance nous ont paru dignes d’être reproduits :
LancreV à Jollois
Le Caire, 16 fructidor an VIII.
« La partie des Pyramides a eu lieu le 14. La barque directrice n’a pas manqué, à cette occasion, de se signaler. Descostils a été de la partie, sur l’invitation de Fourier. Viard1 2, Gratien Lepère et quelques autres ont manqué d’être attaqués par les Arabes, mais heureusement ils avaient de
1. Lancret, 1776-1807, élève de l’École polytechnique, membre de l’Institut d'Égypte, ingénieur.
2. Viard, 1783-1849, élève de Fourier à l'École polytechnique, plus tard ingénieur en chef à Paris.
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bonnes jambes. Un officier moins agile qu’eux a été blessé et en partie dépouillé. »
De Villiers à Jollois
20 fructidor an VIII.
« Lancret et Viard vous ont écrit, il y a trois jours. Ce dernier vous a sans doute conté son aventure dernière et ses hauts faits dans le voyage des Pyramides. Il est bien heureux, ainsi que Lepère (Gratien), d’avoir trouvé de bonnes jambes ce jour-là. Le citoyen Minot, que vous avez vu à Siout, est l’officier qui a été dépouillé et laissé pour mort par les Arabes. Sa blessure est légère et va très bien. Nouet, Labatte1, Corabeuf, Lacypierre et Castex sont à la quarantaine. La fameuse observation de l’occultation d’Antarès n’a pas été faite avec toute l’exactitude qu’on s'était promis d’y mettre. La lune était baveuse. Il faut espérer que le Père Nouet nous contera cela un de ces jours à l’Institut. La Société tient demain sa première séance. Au 2 du mois prochain, la première séance publique. »
Pendant une partie de l’année 1800, cette correspondance s’interrompit, car Jollois put faire au Caire un séjour d’une certaine durée, au cours duquel il s’efforça en vain d’obtenir son retour en France. Au mois de novembre, il était de nouveau à Menouf, où de Villiers lui envoyait les informations suivantes :
Caire, 24 brumaire an IX.
« Dans une conversation que L. (Lancret) a eue avec L. P. (Lepère), on a parlé du départ de la Commission ou de quelques membres de la Commission. Ce dernier a dit que, parmi les mille raisons que le général Menou avait de ne pas donner des passeports aux membres de la Commission, il en voyait une qui était très forte. Il craint, dit-il,