‹ Bibliothèque égyptologique (volume 4)Chapitre 9 sur 35 · Cécile, ingénieur, dessinateur, mécanicien et architecte · texte numérisé non relu

Cécile, ingénieur, dessinateur, mécanicien et architecte

INTRODUCTION

Girard; je ne puis par conséquent vous dire s’il tient à son projet de communication. Mais il est aisé de voir que le but auquel tendent toutes les démarches de nos chefs est de nous donner cette couleur d’utilité, que vous vous plaignez d’avoir déjà dans le Delta.

» Je vous remercie de l’offre de partage que vous me faites des antiques que vous avez recueillis à Menouf. Je désire que le voyage que je compte faire à Saccara, pendant que Lepère et Coutelle y seront, me mette à même de pouvoir me piquer de générosité... »

Fèvre à Jollois

Caire, 1er ventôse an IX.

a La belle cuve placée près d’une mosquée du quartier Tailoun a été enlevée par le citoyen Coutelle et transportée au bord de l’eau, à quelque distance du fort d’Ibrahim-Bey. On l’embarque aujourd’hui.

» Tu sais, par le récit de la dernière séance de l’Institut d’Égypte séante au Caire, que l’on avait fait une partie de plaisir pour visiter les pyramides de Saccara, qu’on avait vu deux pyramides ouvertes, etc... Comme ces monuments sont de la plus haute antiquité et que l’on en a parlé, qu’on en parle, qu’on en parlera beaucoup, on veut donner quelques moyens de discourir encore sur les mêmes objets. Une Commission composée des citoyens Lepère, architecte, et Coutelle, va aller faire des fouilles aux pyramides de Gyzeh et aux pyramides de Saccara.

» Rozière ne paraît pas encore prêt à entreprendre la recherche de sa chère Bérénice... »

Lancret à Jollois

Rosette, 1er ventôse an IX.

« Nos amis du Caire t’auront sans doute instruit des diverses discussions que l’on a fait élever dans la Commis-

INTRODUCTION

sion et dans l’Institut, soit au sujet des voyages à entreprendre, soit au sujet de la réunion des travaux de la Commission. Il paraît que ce dernier objet agite cruellement l’esprit de Dutertre et Cécile. Ils vont sûrement se montrer à nu dans cette affaire, et ils auront tort à tous égards. Je suis loin cependant de trouver que l’on ait raison de s’occuper de cette matière dans ce pays-ci; puisqu’il est impossible (fort heureusement) d’y mettre l’ouvrage à exécution, il faut ne parler de rien avant que l’on soit en France. Là, le Petit Caporal saura bien se faire obéir, et il n’aura, pour cela, qu’à dire : Je désire.

» Je crois que tu conviens avec moi que le Gouvernement a des droits incontestables sur nos travaux. D’après cela, si l’on nous demande la note de nos dessins, nous la donnerons très complète, et dans cette affaire comme dans les précédentes, nous montrerons tout notre désintéressement, et j’ose dire tout notre esprit public, quoiqu’on dise que nous en manquions.

» Ce que je trouve encore de fort peu convenable, c’est que c’est l’Institut que l’on semble charger de régler les intérêts de la Commission. La Commission fera fort bien de ne le pas vouloir.

» Je remplis ma lettre de réflexions assez inutiles, parce que je n’ai rien d’intéressant à t’apprendre, et que je n’ose pas aborder le sujet du départ, sur lequel je crains d’extravaguer, tant il envahit toutes mes facultés. Cependant, puisque m’y voilà venu, il faut bien te dire que Costaz et Descostils ont mis à la voile, le 15 du mois dernier. Et comment parler de ces choses, sans dire : Qu’ils sont heureux!... »

Le 3 ventôse an IX, Jol lois put enfin rentrer au Caire, au moment où les Anglais tentaient, du côté d’Alexandrie, un débarquement combiné avec l’arrivée des troupes turques par le désert. Les membres de la Commission des Arts,

INTRODUCTION

durent, en raison des circonstances, se retirer dans la citadelle. Mais la peste faisait au Caire de tels ravages, qu’ils finirent par obtenir du général Belliard, l’autorisation de se rendre à Alexandrie. Là, les savants se heurtèrent à de nouvelles et inextricables difficultés. Jollois s’est étendu longuement dans son journal sur les incidents de Y Oiseau qui ont fait peser sur la mémoire de Menou et de Lord Keith de si lourdes responsabilités. C’est également en termes fort sévères qu’il rend compte des intrigues du sieur Hamilton, cet Anglais qui, pour embellir son propre ouvrage sur l’Égypte, n’avait rien su imaginer de plus pratique que de provoquer la confiscation des travaux de la Commission française.

A force de patience et de ténacité, on finit par venir à bout de tous ces obstacles. Dans les premiers jours de vendémiaire an X, Jollois put s’embarquer sur YAmico Sincero, en compagnie de ses amis Fèvre, Dubois- Aymé et de Villiers.

L’Expédition d’Égypte, qui s’achevait, avait été un simple épisode dans la vie de plusieurs, même parmi ceux que les circonstances avaient placés au premier rang, mais pour d’autres qui avaient consacré à cette tâche la fraîcheur de leur jeunesse et à qui le sort ne réservait pas de nouvelles et plus éclatantes faveurs, elle demeura un événement sans égal. C’est ce qui fait comprendre que, quand Bonaparte décida la publication du colossal ouvrage composé en l’honneur de l’Expédition d’Égypte, la tâche principale revint à des hommes qui n’avaient pas figuré parmi les élus de la première heure, ni fait partie de la fameuse fournée de l’Institut.

Il fallut bien s’adresser à ceux qui, profitant si bien de leur séjour sur les bords du Nil, avaient rapporté d’Égypte une moisson de documents précieux. Jollois et de Villiers furent appelés à livrer le contenu de leurs dossiers, et dans cette occasion, ils purent se féliciter une fois de plus, de l’amitié de Fourier.

INTRODUCTION

Reprenant, dès son retour en France, l’idée de Kléber, Fourier avait insisté auprès du premier Consul, pour qu’on réunit dans un seul corps d’ouvrage tous les travaux des savants français qui avaient été en Égypte. Les lettres suivantes contiennent, sur ce sujet, des indications intéressantes. De Villiers, qui avait précédé à Paris Jollois demeuré en Bourgogne, lui écrivait :

19 nivôse an X (9 janvier 1802).

« Je suis ici depuis le 7, mon cher Jollois. A mon arrivée, j’ai vuDescostils et Girard. Fourier n’est arrivé que quelques jours après moi. Martinet Alibert1 étaient ici le 8. Déjà deux ou trois diligences de Lyon sont aussi arrivées, remplies des membres de la Commission. Fourier que j’avais vu, il y a quelques jours, m’avait donné rendez-vous pour hier, à six heures du soir. Nous devions causer. J’y ai été, et voici à peu près ce qu’il m’a dit : Monge et Berthollet ont déjà leur plan arrêté pour la réunion des travaux de la Commission. Ils voudraient faire une collection de mémoires, à laquelle on joindrait une histoire des travaux de la Commission. Les mémoires seraient fournis par les membres de la Commission, et ils voudraient que je me chargeasse de la rédaction de l’histoire qui doit y être jointe. Je ne sais pas qui leur a mis dans la tête que je le ferais avec plaisir, tandis qu’au contraire, je n’en ai nullement le désir. Ma place, que j’ai reprise à l’École polytechnique, me prend tout mon temps.

» Le premier Consul lui a témoigné le désir de voir réunis les travaux de la Commission, et l’a chargé de lui proposer un moyen de parvenir à ce but. Quelles que soient les vues particulières des citoyens Monge et Berthollet, Fourier doit faire à Bonaparte son rapport, et lui proposer les moyens qu’il croit les plus efficaces. Il doit se réunir demain aux

1. Alibert, élève de l’École polytechnique, ingénieur des ponts et chaussées.

citoyens Monge, Berthollet et Lnplace. Il leur fera voir les inconvénients de la forme qu’ils veulent donner à l’ouvrage, et saura s'ils tiennent beaucoup à leurs idées. Il me dira, le 21 courant, le résultat de l’entretien qu’ils auront eu ensemble.

» Fourier est entré dans beaucoup d’autres détails que je ne pourrais faire tenir dans une lettre, mais voici une question qu’il m’a faite et que j’ai pour ainsi dire sollicitée : Dans le cas où l’ouvrage de la Commission traînerait en longueur, vous décideriez-vous à faire publier séparément les dessins du zodiaque, avec mon mémoire ? (Cela lui conviendrait fort, à ce qui m’a paru). Je ne veux pas le dire tout haut, de peur de donner le signal du démembrement de l’ouvrage, mais cela vous convient-il ? — Je n’ai pas répondu.

» J’ai vu hier Denon et une grande partie de son ouvrage. Son grand zodiaque n’est pas encore gravé. Je ne l’ai pas vu; mais le grand zodiaque circulaire l’est, et absolument tel que nous l’avons vu ensemble à Dendérah, c’est-à-dire très petit, et à ce qui m’a paru, très incorrect. Il n’a pas augmenté l’échelle de ses dessins, mais il en a mis plusieurs sur une même feuille. Le texte et les planches sont grand in-4°.

» Il me tarde bien de te voir à Paris. Viens-y le plus promptement que tu pourras. »

Fèvre à Jollois

Paris, 22 nivôse (12 janvier 1802).

« Toutes les personnes que j’ai vues désirent que les membres de la Commission des Arts réunissent leurs travaux, pour en former un ouvrage complet. En parlant au citoyen Prony 1 de ce que nous avions fait en Égypte, je n’ai pas oublié de lui faire connaître tes travaux, surtout tes

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