‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 134 sur 237 · VI · texte numérisé non relu

VI

LES JOURS ÉPAGOMÈNES

L’année égyptienne se composait originellement de 12 mois de 30 jours ; à une époque où l'observation des phénomènes célestes avait déjà acquis une certaine précision, mais toutefois tellement ancienne que nous ne saurions y assigner aucune date, cinq jours furent ajoutés à la fin de l’année. Les Egyptiens les nommèrent : Les cinq jours en sus de

l’année: 01,1 ^ f ; les Grecs, qui furent bien

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informés de ce fait, traduisirent exactement l’expression

égyptienne par : ai è-naYÔ^vai r^épai, les jours complémentaires.

Cette année de 365 jours fut en usage jusqu’aux temps des Ptolémées, ainsi que nous l’apprend le décret de Canope; mais les Égyptiens s’étaient aperçus qu’elle ne correspondait pas avec l’année tropique; ils savaient que tous les quatre ans il devenait nécessaire d’ajouter un jour à leur année vague pour en éviter le déplacement par rapport aux phénomènes célestes ; conséquemment ils avaient connaissance de l’année fixe, et ils ont dû certainement en faire usage dans certaines circonstances. C’est là une question d’un très grand intérêt, sur laquelle se sont exercés des égyptologues très compétents, mais le sujet est loin d’être épuisé.

Le seul point que je veuille faire ressortir ici, c’est que le mot j" ^ p«n, en copte p-nne, année, signifie renouvellement ; c’est une expression heureusement choisie pour désigner Vannée, c’est-à-dire cette période dans laquelle les mouvements des corps célestes, la marche des saisons et les phénomènes de la végétation accomplissent leur série

de l’année égyptienne

avec une régularité qui a dû frapper l’homme dès son apparition sur la terre.

Mais il a fallu un temps assez long et des observations très délicates pour assigner à l’année sa mesure exacte, et la faire coïncider perpétuellement avec le renouvellement des phénomènes célestes. Dans l’origine, les Égyptiens ont dû avoir une année de 360 jours ; ce qu’il y a de certain tout

au moins, c’est qu’ils avaient attribué à leur signe année j cette valeur de 360 jours, valeur qu’ils ont conservée dans certains cas à des époques relativement modernes, et pendant lesquelles ils connaissaient certainement l’année de 365 jours.

C’est ce qu’on voit par les légendes du calendrier de Médinet-Habou, contenant les indications des denrées à fournir chaque jour pour l’usage du temple. Les quantités y sont notées par jour : quotidie, et le calcul est

ensuite fait pour l’année entière :

AAA/VNA

Faisant pour l'année et cinq jours'.

On voit qu’ici le signe \ représente seulement 360 jours ;

les cinq jours complémentaires sont indiqués à part.

Plutarque, dans son Traité d’Isis et d’Osiris, attribue l’invention des cinq jours complémentaires au dieu Thoth. Voici comment s’explique l’auteur grec :

a Rhéa ayant eu un commerce secret avec Saturne, le » Soleil, qui s’en aperçut, prononça contre elle cette impré- » cation qu’elle ne pût accoucher dans aucun mois, ni dans » aucune année; mais Mercure, qui avait de l’amour pour

1. Voir Dümichen, Kalender-Inschriften, Taf. 2, et mon mémoire sur quelques mesures égyptiennes, dans la Zeitschrift fur agyptische Sprache, Alterth., 1869, p. 57 [; cf. t. IV, p. 23-35, de ces Œuvres diverses].

» cette déesse, joua aux dés avec la Lune, et lui gagna la » soixante-dixième partie de chaque jour; il en forma cinq » jours qu’il ajouta aux 360 jours de l’année’. »

Il est difficile de reconnaître ce qu’il y a de véritablement égyptien dans cette fable arrangée à la grecque ; les textes originaux nous ont appris seulement que la déesse Nou (Rhéa), épouse de Seb (Saturne), enfanta Osiris, Haroéris, Set, Isis et Nephthys, pendant les jours épagomènes, et dans l’ordre indiqué par Plutarque. Mais ils ne nous parlent pas de l’intervention de Thoth, ni du singulier emprunt fait par ce dieu à la lumière de la lune.

Quoi qu’il en soit, tous les documents sont unanimes pour faire reconnaître à l’addition des cinq jours complémentaires une date postérieure à l’usage d’une année de 360 jours ; il résulte aussi des textes égyptiens que ces cinq jours terminaient l’année et faisaient suite au mois de Mésori. On voit notamment par le Papyrus hiératique I. 346 du Musée

de Leyde que le titre : Livre de la fin de l’année,

j ( , a pour variante :

AAAA-VA O | | | <§)

i <=> i nu <=

^ ^ Livre des cinq jours en sus de l’année.

Dans leur situation exceptionnelle, ces cinq jours avaient aux yeux des Egyptiens une importance particulière. D’abord, ils formaient autant de fêtes consacrées au culte rendu aux mânes; en second lieu, certaines cérémonies magiques, certaines prières faites pendant ces cinq jours étaient regardées comme ayant une influence directe sur les événements de l’année suivante.

Le Papyrus I. 346 de Leyde, que je viens de citer, enseigne précisément les cérémonies et les invocations qu’il convenait de faire pendant les épagomènes. Il se compose de deux livres, sous les titres de Livre de la fin de l’année, et de Livre des cinq jours en sus de l’année.

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