Ce nom signifie ouvert. Le mot Am mon signifie caché
HYMNES ET INVOCATIONS
solidement rivée à la personnalité du dieu unique, et se perdant dans un abîme sans fond, rempli de personnages mythologiques que les Égyptiens nommaient encore des dieux, mais qui représenteraient plus exactement des anges et des génies.
Le mal, la souffrance et la mort, fatalement liés à l’existence de l'homme sur la terre, furent naturellement considérés comme des actes de la puissance divine, aussi bien que le maintien des conditions de l'existence. Pour concilier l'idée de la bonté de Dieu avec ces nécessités fatales, les Égyptiens représentèrent la puissance divine sous ses attributs funestes, et introduisirent dans leur mythologie la notion d’une lutte originelle entre les types divins du bien et du mal. Il existe, sur ce point, une double tradition, celle de la guerre du serpent ApopLis contre Râ et celle de la révolte de Set contre Osiris.
Nous savons peu de chose sur la lutte d'Apophis contre le soleil ; mais un grand nombre des incidents de la guerre de Set contre Osiris nous sont déjà connus; tous les dieux prirent part à cette guerre, qui eut des alternatives nombreuses de succès et d'échecs pour le principe du bien. Ayant perdu de vue la majesté et l'omnipotence du Dieu incréé, les fondateurs de la mythologie égyptienne se laissèrent entraîner jusqu’à humaniser à peu près complètement leurs dieux; il y eut des batailles gagnées et perdues, des fuites, des transformations des dieux en animaux; Set, Osiris et leurs adhérents souffrirent la faim et la soif et la mort.
Osiris avait péri, victime de la trahison de Set, mais son ennemi dut à son tour céder devant les efforts d’Horus. Ressuscité par Isis, Osiris revint à la vie et fut réintégré dans son empire.
Ces mythes symbolisaient pour les Egyptiens le combat de la vie, que la mort doit fatalement terminer; mais ce triomphe est passager, comme l’a été celui de Set; la mort sera vaincue, et le défunt, nouvel Osiris, reviendra à la lumière du jour, et jouira de la vie divine, qui n’est autre chose qu’une participation au maintien de l’ordre de l'univers dans ses périodes continuelles de destruction et de rénovation. Chaque jour Apophis s’efforce de saisir le soleil dans sa bari; mais chaque jour les dieux entourent et protègent le dieu, et les élus du ciel égyptien combattent à leurs côtés. Chaque année Osiris succombe sous les coups de Set victorieux, mais aussi chaque année Set expie sa victoire éphémère,
HYMNES ET INVOCATIONS
et le dieu des bienfaits renaît avec la vie nouvelle des plantes. Les élus prennent part à cette guerre incessante; ils triomphent avec le dieu ressuscité, et font subir aux complices de Set et aux damnés, qui leur sont assimilés, des supplices éternels.
Une analyse plus complète de la doctrine égyptienne n’entre pas dans le cadre de cette notice; ce que j’en ait dit suffit à faire comprendre la vaste étendue de l'espace dans laquelle l’imagination des hiérogrammates pouvait se jouer pour la composition des hymnes sacrés. Ils oscillaient continuellement entre les hautes et nobles idées de l’unité, de la toute-puissance et de l’éternité de Dieu, et les faits mythologiques, qui descendaient, comme nous l’avons expliqué, jusqu’aux détails les plus infimes; ils sont ainsi amenés à prêter aux dieux les sentiments de la crainte, de la joie et de la douleur, les cris et les larmes, la colère et la vengeance.
La lecture des hymnes qui vont suivre donnera une idée des grandes beautés et des faiblesses qui caractérisent la poésie lyrique égyptienne.