‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 174 sur 237 · LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ

On sait que, pour franchir les portes du ciel occidental et prendre part à la vie divine, chaque Egyptien mort avait à subir un examen sévère, et devait être innocenté de quarante-deux péchés principaux, au châtiment desquels présidaient quarante-deux divinités, jurés des divines assises d’Osiris. Ce mythe, mal compris par les Grecs, a été transformé par eux en un tribunal humain chargé de juger les défunts avant de les admettre à la sépulture. Mais, dans la réalité, l’Egypte n’a jamais eu d’institution de ce genre ni pour les rois, ni pour les simples particuliers ; bons et mauvais, tous avaient droit aux honneurs funèbres et aux cérémonies religieuses de l’entrée à l’hypogée ; la justice humaine n’avait pas à intervenir, mais, derrière la porte du tombeau, la religion montrait à tous la justice divine attendant le défunt au sortir de la vie, et lui demandant de ses œuvres un compte méticuleux. Seul, le juste voyait s’ouvrir devant lui les demeures de la vie divine, d’où le pécheur était impitoyablement et éternellement repoussé.

Pour mériter ce titre de juste, il fallait n’avoir commis

HEBRÆO-ÆGYPTIACA

aucune faute, grave ou tout au moins avoir racheté ses iniquités par l’accomplissement des œuvres et des cérémonies prescrites par la doctrine; il fallait, en un mot, que le défunt pût déclarer devant le suprême tribunal qu’il n’avait pas commis les quarante-deux péchés dont nous venons de parler. C’est ce qu’on a appelé la confession négative.

A ces quarante-deux fautes, capitales selon la doctrine antique, la conscience craintive des Egyptiens en joignit successivement un certain nombre d’autres, sans toutefois modifier l’arrangement spécial de la confession. L’ensemble de cet examen de conscience, auquel est ordinairement jointe la scène de la psychostasie, forme le chapitre cxxv du Rituel funéraire. L’étude de ce code moral est d’un extrême intérêt.

Au nombre des vertus que le défunt devait avoir pratiquées, on doit s’attendre à rencontrer les bonnes œuvres envers le prochain. Elles s’y trouvent, en effet, et ce ne fut pas sans émotion que Champollion déchiffra le premier, dans le Livre des Morts, ce témoignage que le défunt rend de lui-même .

J’ai donné des pains à l’affamé, de l’eau à l’altéré, des vêtements au nu, un asile à l’errant' .

Ce sont précisément les termes dont se sert le Christ à l’égard des élus1 2 :

J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’ai été errant et vous m’avez donné asile ; j’ai été nu et vous m’avez vêtu.

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