SUR UNE
STÈLE DU MUSÉE DE TURIN1
Le Musée égyptien de Turin est, comme on le sait, l’un des plus riches de l’Europe en monuments importants. Après en avoir fait l’expérience personnelle, j’éprouve une véritable satisfaction à reconnaître ici qu a l’attraction puissante de la collection scientifique, vient se joindre celle qu’exerce l’extrême obligeance de MM. les Officiers du Musée. C’est un devoir pour moi d’offrir à M. le Professeur Rossi mes remerciements pour les facilités qu’il m’a procurées pendant les quinze jours d’étude que j’ai consacrés à la collection égyptienne de Turin, lors de ma mission en Italie, en 1869.
Au nombre des monuments assez nombreux dont j’ai pu copier les inscriptions, se rencontre une stèle qui contient des mentions fort intéressantes. Je ne connais aucun autre texte dans lequel on trouve aussi minutieusement détaillées les félicités que les anciens Égyptiens sollicitaient des dieux pendant la durée de leur vie sur la terre, et dont ils demandaient la continuation pour leur existence d’outre-tombe. A ce point de vue, j’ai pensé que l’explication de ce monument serait bien accueillie par les lecteurs du journal égyptologique de Berlin.
1- Publié dans la Zeitschrift fur üfji/ptischc Spraclie , 1870, p. 161-105.
SUIl UNE STELE DU MUSEE DE TURIN
La stèle dont il s’agit est actuellement placée dans le vestibule des deux salles du Musée, à 1 otage supérieur. Elle porte le n° 33.
Elle a été érigée par un scribe royal (3 nCh':/}>- ypappaxEU!;), nommé Paï, fils de Eïlmi. Je dis par et non pas pour, car les vœux de longévité et les autres souhaits exprimés dans 1 inscription ne peuvent concerner qu’un vivant. Cependant, dans un des trois passages où se rencontre sa légende, Paï est qualifié de J, c’est-à-dire de dit juste ou dit véritable; mais on a reconnu que cette qualification habituelle des défunts s’appliquait aussi à des vivants. La stèle que j’étudie est une nouvelle preuve de ce fait.
A défaut de cartouche et de toute autre mention caractéristique, il est impossible d’apprécier la date de cette stèle. D’après le style des légendes, la sobriété des formes orthographiques et le type de l’écriture, il est à présumer que ce monument date de la bonne époque pharaonique. Je le crois plutôt antérieur que postérieur à la XXVIe dynastie. Le texte présente néanmoins quelques fautes, qui proviennent de l’inadve
Nous avons dit que le dédicateur Paï était un scribe royal. Il était très fier de ce titre et tenait beaucoup à n’ètre pas confondu avec les fonctionnaires ad, honorera. L’insistance apportée sur ce point par la légende de ce personnage est en elle-même un fait curieux et instructif.
Cette légende se rencontre trois fois sur la stèle. Au deuxième registre, où la forme est la plus simple, on lit :
Osii'is scribe ejjectij
1. La marque féminine ^ est déplacée pour mieux carrer le groupe. Ce déplacement ne constitue ni une faute ni une irrégularité.
Paï.
rtance du graveur, comme par exemple ^
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Au premier registre, où elle est la plus détaillée, il y a :
Scribe royal de son maître, scribe royal effectif du maître
des deux mondes.
Enfin, à la dernière ligne de l’inscription du troisième registre, la variante donne :
Scribe royal effectif de la présence.
Il semblerait que la fonction de scribe royal ne supposât pas toujours un emploi au service direct du pharaon. Ce fait a déjà été entrevu. Le titre de scribe s’obtenait à la suite d’études spéciales, d’inscriptions dans des établissements d’instruction; il était consacré et constaté par un titre, par une espèce de diplôme, donnant accès aux emplois publics. L’écrivain du Papyrus Anastasi I revendique la légitime possession de ce titre et se défend énergiquement contre le reproche qui lui était fait d’être un scribe sans école.
Mais, le titre de scribe une fois obtenu, il fallait que le titulaire fût pourvu d’un emploi, sans quoi son titre ne lui attribuait aucune fonction dans l’État.
Il est à supposer que les choses se passaient de la même manière pour les basilicogrammates; les grades de grammates, de basilicogrammates et d’hiérogrammates étaient conférés successivement, comme en France ceux de bachelier, de licencié et de docteur, et ne constituaient nullement par eux-mêmes des fonctions déterminées; ils étaient de simples tit e d’admissibilité à certains offices, de même que les grades français que je viens d’énumérer.
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Mais Paï nous apprend qu’il n’était pas seulement scribe, mais scribe ^ 1 , c’est-à-dire scribe de fait, scribe effectif, réel; il n’était pas seulement scribe royal, mais scribe royal défait, et qui plus est scribe royal du roi', et enfin scribe royal effectif de la présence, c’est-à-dire personnellement admis en la présence du pharaon.
La stèle est divisée en trois registres. Dans le premier, le défunt debout adresse l’adoration à Osiris, à Isis et à Horus assis, et leur présente des offrandes entassées sur une table. Une légende disposée en sept courtes colonnes verticales dit ce qui suit :
« Donner adoration à Osiris, prostration au Seigneur de » la vérité : qu’il accorde une longue durée de vie sans re- » vers, des années non surpassables, une sépulture excellente » après la vieillesse, à l'occident de sa ville, à la personne » du scribe royal, etc. »
Ces formules sont suffisamment connues pour la plupart; il est inutile d’en reproduire le texte hiéroglyphique; je citerai seulement la formule moins ordinaire :
Qu’il accorde une rie longue, sans reoers
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à surpasser elles.
en elle-, des années non
Ce dernier vœu correspond aux cent dix ans de vie que les Égyptiens étaient dans l’usage de souhaiter, comme représentant la plus longue durée d’existence que l’homme puisse atteindre sur la terre.
1. Les expressions de son maître, du maître des deux mondes, désignent simplement le roi.
2. En égyptien, comme en copte, e,ge, mtœ tempus, est du masculin.
3. Ce dernier membre de phrase présente quelques difficultés.
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Le deuxième registre ne contient que deux scènes du culte domestique des ancêtres. Les parents de Paï y présentent des offrandes comme si ce personnage était décédé. On sait que les Égyptiens préparaient leurs tombeaux de leur vivant, et ne montraient aucune répugnance pour les images et les cérémonies rappelant le culte funéraire. Les chefs de famille recevaient pendant leur vie cet hommage de la part de leurs enfants et de leurs neveux.
Au troisième et dernier registre, la déesse Hathor, placée dans l’arbre de vie, verse l’eau vivifiante sur les mains de Paï, qui est ici comme Osiris Paï. Cette scène ne peut effectivement avoir en vue que la vie osiridienne de notre personnage.
A droite de cette scène, se trouve l’inscription de sept lignes qui contient les curieuses mentions dont j’ai parlé plus haut. Je donne le texte de toute la partie que j’ai voulu signaler à l’attention des égyptologues. On y lit :
« Royale offrande pacifique à Osiris Khent Ament, dieu » grand, seigneur d’Abydos, qu’il accorde ctzj ®
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» tout ce qui parait sur sa table au jour de chaque jour ;
» les souffles délicieux sortant de lui;
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» ses faveurs pour qui est sur la terre1 ;
» une bonne réputation auprès des hommes ;