Môme est une addition de la main de Chabas. — E. R
RAPPORT DE F. CHABAS
celui dont il me reste à parler, quoique beaucoup plus court, est au contraire une lettre missive en original. Il consiste en une page d’écriture superbe, ayant vingt-sept lignes; le papyrus était roulé sur lui-même et formait vingtcinq plis, que des éraillures 1 de la substance ligneuse rendent encore visibles; l’ayant roulé, on l’avait ployé en deux, ce qui a occasionné une éraillure' longitudinale un peu plus forte. L’adresse était écrite sur le pli extérieur, de manière à être lue facilement. Sous cette forme, il avait été lié et scellé, puis expédié soit par occasion, soit par le service des porte-lettres, qu’on trouve mentionnés dans divers documents égyptiens.
La lettre est écrite par le scribe de la table Bakenammon à son père le prophète Ramessu, d’Hermopolis. Bakenammon rend compte de diverses missions dont l’a chargé son père, notamment de la recherche d’un employé fugitif, d’origine syrienne, dont la mère était d’Aracl. Nous savions déjà que la justice égyptienne était rigoureusement observatrice des formes légales, même lorsqu’il s’agissait des esclaves; la lettre du Papyrus de Bologne confirme ce fait de la manière la plus éclatante; les démarches et les insuccès de Bakenammon dans ses sollicitations auprès des fonctionnaires publics sont véritablement curieuses à lire.
Ce papyrus est à peu près de la même époque que le premier; il n’y a pas de date, mais le nom de Ramsès II, qui y est cité, prouve suffisamment qu’il a été écrit par un fonctionnaire de ce Pharaon, ou de son successeur Ménephtah. Le type graphique ne laisse subsister aucun doute à cet égard. Ces deux documents ont été donc écrits il y a tout près de trente-trois siècles; assurément, ce sont de précieuses reliques.
Je n’ai pu étudier les autres papyrus étalés sur les parois du grenier; j’y ai reconnu cependant des manuscrits funé-
1. Correction de Chabas. L’imprimé porte « écaillures ». — E. R.
SUR LES MONUMENTS ÉGYPTIENS
raires d’une beauté rare; nul doute que la science n’ait à faire là une précieuse récolte.
Ma notice est nécessairement fort incomplète ; elle suffira, je l’espère, pour faire comprendre le mérite de la collection égyptienne de Bologne. Il y a lieu de remarquer, à ce propos, qu’aujourd’hui cette collection n’a pas seulement une grande valeur pour la science; elle représente aussi une valeur vénale considérable.
Depuis la création du service officiel des fouilles et du Musée de Boulaq, l’Egypte a presque complètement cessé d’approvisionner les musées de l’Europe. Des peines sévères frappent les fouilleurs fellahs; si, par hasard, quelques objets échappent à l’accaparement du gouvernement égyptien, ils acquièrent pour les amateurs qui se les disputent des prix exorbitants. La collection de Bologne, estimée aux prix des dernières ventes publiques faites à Paris, prix de beaucoup dépassés, représente un capital considérable. Elle mérite donc à double titre l’attention éclairée du corps municipal de Bologne. Il est urgent de la préserver des détériorations qui l’atteignent déjà. Il n’v a pas un instant à perdre pour en ordonner le classement dans une salle saine, bien éclairée et bien disposée pour l’étude. Ce sera à la fois faire acte de bonne administration et d’intelligent dévouement aux intérêts de la science.
SUR
UN VASE DU MUSÉE DE TURIN1
Parmi les objets curieux que j’ai eu la facilité d’examiner dans la belle collection égyptienne du Musée de Turin, se trouve un vase d’albâtre oriental, dont la figure est reproduite ci-contre. Sur la panse est inscrite la légende hiéroglyphique, qui se lit sans difficulté : Le dieu bon, Men-Kheper- Ra, donnant la vie. Vases 9.
Lorsqu’il m’a été présenté, ce vase était encore hermétiquement clos, au moyen d’une bouchon de la même matière, peu épais, plat par dessus, et légèrement concave par dessous, c’està-dire à la face qui pénétrait dans le goulot.
L’indication de neuf G me donna à penser que le vase avait été calibré pour servir de mesure, de telle sorte que la neuvième partie de sa contenance devrait correspondre à une unité de mesure égyptienne.
1. Publié dans la Zeitschrift fur cir/pptisclie Sprachc, 1870, p. 122-1 23
SUR UN VASE DU MUSÉE DE TURIN
M. le professeur Rossi, chargé de la conservation du Musée Égyptien, voulut bien me faciliter l’élucidation de ce point intéressant. Le vase fut descellé et trouvé plein cl’une substance aromatique, formant une masse tenace, qu’il fut assez difficile de détacher des parois.
Le vide ne fut pas parfaitement obtenu; toutefois, les croûtes restées adhérentes aux parois intérieures ne représentent que quelques centilitres au plus.
Mesurée au moyen de l’eau, la capacité du vide se trouve de 3 litres 675; en ajoutant 4 centilitres 4- pour le couvercle et pour la substance non détachée, on aurait 3 litres 72 centilitres pour contenance maximum du vase; la neuvième partie de cette quantité, soit 41 centilitres y, est la contenance de l’unité de mesure dont on a dû se servir pour calibrer le vase.
Le signe O est le figuratif de toute espèce de vases; nous ne pourrions y reconnaître le hin ( O) qu’autant fine la
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capacité eût coïncidé avec ce que nous savons de cette dernière mesure; mais il en est tout autrement, car le hin, ainsi que je l’ai démontré1, contient 45 centilitres É ou 46 centilitres.
Nous ne connaissons pas suffisamment le système des mesures en usage dans l’ancienne Égypte, pour apprécier théoriquement la question; c’est l’observation seule qui pourra nous en donner la. solution. Si d’autres vases d’indications de contenance existent dans les musées, il convient de les mesurer avec soin; la comparaison des résultats obtenus servira de guide pour la détermination des unités de mesure.
Il est toutefois une remarque à faire ici; c’est que les Égyptiens ne paraissent pas avoir été do fidèles observa-
1 . Déterminât ion métrique de deux mesures égyptiennes de capacité. Chaton, 1867 [, reproduit au t. III, p. 77-93, de ces Œucrcs diverses].
SUR UN VASE DU MUSÉE DE TURIN
teurs de l’exactitude rigoureuse; la précision mathématique était étrangère à la disposition symétrique de leurs monuments, et, qui plus est, à la confection de leurs instruments de mesurage; les coudées qui nous restent ne concordent entre elles que très imparfaitement, et les vases-mesures, à légendes certaines, n’ont pas une régularité plus grande.
Il pourrait donc se faire que le vase précieux, ayant appartenu à l’un des plus grands pharaons de l’Egypte, n’ait été compté pour neuf mesures que par la raison qu’il en contenait plus de huit. Ce serait alors un vase compté pour 9 hin d’aromates, quoiqu’il n’en contînt qu’un peu plus de huit.
Ce \ ase ne nous fournit par lui-même, quant à présent, aucune formule nouvelle concernant les mesures égyptiennes. Mais, je le répète, il y a intérêt à multiplier les évaluations de ce genre, dont les éléments pourront être rencontrés sur d’autres vases égyptiens.
La substance aromatique se composait de deux parties intimement mêlées, savoir : des grumeaux croûteux gris de nuance plus ou moins foncée et d’une matière pulvérulente blanchâtre; l’odeur est celle de la garance; mais lorsque la substance brûle, elle répand une odeur assez agréable de bitume ou de résine et d’encens. Elle s’enflamme facilement et flambe à l’instar du bitume; c’est sans doute l’un des aromates qui étaient en usage dans les temples de l’Égypte, et dont les publications de M. Dümichen nous ont procuré les recettes. Malheureusement la légende hiéroglyphique ne nomme pas la matière contenue dans le vase, et l’analyse chimique est impuissante pour déterminer les éléments qui entraient dans sa composition.
Chalon-sur-Saône, le 15 avril 1870.
SUR UN VASE DU MUSÉE DE TURIN
Examen cl'une matière désignée sous le nom de parfum de l'ancienne Egypte , par M. Péreonne 1
Le fragment de cette matière que j’ai eu à ma disposition me paraît provenir d'une masse qui, à l’origine, paraît pâteuse et suffisamment molle pour que la compression ou son simple poids lui ait fait prendre la forme aplatie. La surface est rugueuse et d'une couleur chocolat; la cassure en est fibreuse, tandis que la partie la plus centrale est blanche et de cassure d’apparence résineuse. Cette matière s’enflamme très facilement à l’aide d’une bougie, et elle brûle en répandant une odeur peu agréable, analogue à celle de la combustion des corps gras. Elle donne d’abord une masse charbonneuse boursoufflée, qui se transforme ensuite en une cendre très blanche, ayant une réaction alcaline. L’odeur aromatique de ce parfum (dans lequel on reconnaît facilement celle des résines des thérébinthacées) ne se perçoit bien que quand, la matière grasse ayant été détruite, c’est la matière résineuse qui se consume à son tour.
Après plusieurs essais préliminaires, la composition de cette matière a été déterminée au moyen de traitements successifs par le chloroforme et l'alcool bouillants. Chacun de ces véhicules a isolé une matière résineuse particulière, qui, ramollie par une légère chaleur, présente l'odeur de l’oliban ou encens, pour celle obtenue par le chloroforme, et l’odeur de la myrrhe, pour celle obtenue par l'alcool.
Le résidu épuisé par le chloroforme et l’alcool ne cède rien à l’eau; il brûle très facilement, en donnant une abondante cendre blanche, qui ne renferme que de la chaux. La combustion est accompagnée d’une odeur aromatique assez faible et dans laquelle j’ai constaté l’odeur de benjoin.
Bouilli avec de l’acide chlorhydrique étendu d’eau, ce résidu se liquéfie sans effervescence, et, par le refroidissement, la liqueur
1. Cette note a été publiée dans la Zeitschrift , 1870, p. 152. Elle avait été rédigée par IM. Péreonne, pour compléter la notice de Chabas qu’on vient de lire.
SUR UN VASE DU MUSÉE DE TURIN
est recouverte d’une couche de matière grasse, molle et colorée, tandis que la chaux se trouve en dissolution.
D’après ces expériences, je dois conclure que ce parfum a été obtenu en faisant une pâte avec de l'huile ou un corps gras liquide quelconque, et un mélange de chaux, d'oliban et de myrrhe, mélange qui aurait été additionné d'une petite quantité de benjoin.
Dans ce mélange, la chaux saponifie bientôt la matière grasse, de sorte qu’au bout d’un temps assez court, la masse est constituée par un savon calcaire, dans lequel se trouve incorporé d'une manière intime le mélange des résines odoriférantes. La matière grasse du savon calcaire doit servir de combustible, tandis que la chaux, par sa masse, doit empêcher la matière de devenir trop molle par la chaleur et de couler pendant la combustion.
La composition de ce parfum, telle que je l’ai trouvée et que je viens de la décrire, vient de m’être confirmée par un étudiant en pharmacie de l’École égyptienne. D’après lui, ce parfum est très connu en Égypte, et même très commun chez les fellahs. Il se prépare absolument, comme je viens de le dire, et il est habituellement sous la forme d'une masse allongée, aplatie, ayant à peu
près la forme d’un biscuit. Il porte le nom égyptien que voici " } > >
X qui se prononce boukhouvre-bare, ce qui signifie parfum du bord ou d’Arabie.
Bibl. égypt., t. xii.