Revers des pages 7, 21, 22 et
pyrus présentent un aussi grand nombre de fautes considérables, faciles à reconnaître dans des phrases dont le sens est manifeste. Mais il est évident que des choses du même genre doivent exister dans quelques-uns des passages obscurs ou inintelligibles qui abondent dans le manuscrit.
Or, le nombre des passages en présence desquels le traducteur est obligé d’avouer son impuissance, est très grand; il doit lui être permis d’expliquer cette impuissance par la circonstance toute matérielle qui l’arrête; car il ne faut pas faire porter sur l'insuffisance du progrès de la science la responsabilité de ces échecs.
Indépendamment des erreurs proprement dites, le style du papyrus admet les abus orthographiques que j’ai souvent signalés comme un grave écueil dans l’investigation des textes. J’en citerai ici quelques-uns pour faire juger la difficulté :
1° La légende du 13 Pharmuti, qui était un jour funeste, dit que ce fut le jour de diriger vers l’occident et de faire revenir vers ^'Jj ; le scribe a écrit ici le nom d’Abydos en remplaçant le déterminatif ville © par le déterminatif jour ©I. Mais le sens exige qu’on lise Y Orient et non Abydos, et la légende du 15 Pharmuti prouve que c’est intentionnellement que le scribe a employé cette orthographe abusive; on y voit, en effet, l’horizon oriental désigné par les groupes
1] v. Au déterminatif ville, le scribe a ajouté pwn I Jl P © i J
ici le signe topographique qui suit habituellement le groupe
Orient. En égyptien l’on disait, comme en copte, eiM pour Y Orient et efW pour Abydos ; ce rapprochement phonétique autorisait le caprice graphique que nous venons de signaler, et qu’il ne faut pas regarder comme une erreur.
copte tôt, signifie montagne, et
2° Le groupe amu ,
qui a en égyptien la même prononciation, exprime l’idée mal, mauvais; le premier de ces groupes est employé à la place du second dans la légende du 22 Pharmuti; la
DE L ANNEE EGYPTIENNE
phrase n’aurait aucun sens si l’on ne tenait pas compte de l’abus graphique.
3° Agv, en copte juot et aioottt, exprime l’idée mourir,
â’ 611 C0P^e ■iUeov^ l’idée mère. Le scribe du calendrier Sallier s’est plusieurs fois servi du dernier de ces groupes pour exprimer l’idée mourir' .
4° Certains personnages, qui prirent part à la grande lutte de Set contre Osiris, sont désignés dans les textes sous le nom d ’ enfants de la révolte, ^ (j(J JJ JJ JJ |, soit en lettres coptes julci-ot fmg-oir; un assez grand nombre de variantes donnent au dernier groupe la forme êujt au lieu de êtuj; d’autres, et notamment le calendrier Sallier, ont simplement &iy, c’est-à-dire que, dans ce groupe, le t se déplace et se supprime même. La dernière forme se confondait d’assez près avec le groupe J cnn J43 &uj, vomir, éjaculer, souiller, pour donner lieu à des jeux graphiques pareils à ceux que nous venons de signaler. On trouve, en effet, dans la légende du 25 Paoplii, la forme ^ l(j(j ^ j J rm J43 (j(j
) !, qui ne saurait embarrasser personne ; elle nous sert au i=w=3 h n r vv~~ 1 n a & i
contraire à éliminer du dictionnaire le mot J
qui se trouve dans la même légende. Ce mot n’est autre que J m J43 (j (j ^jjj j , le scribe ayant remplacé le signe hiératique <3^*^ = J43 par Sans cette observa-
tion, cette partie du texte demeurerait absolument inintelligible.
5° On sait que la forme ” ^ du pronom de la première personne s’applique fréquemment à la deuxième. Evidemment, quoique l’orthographe soit exactement la même, la
1 . M. Goodwin a déjà signalé ce fait d’orthographe abusive : Siales Papyrus hiératiques {Rev. arch., 1860; cf. p. 78-79 du t. II de ces Œuvres diverses).
prononciation devait être différente, selon que le mot était employé pour je, moi, ou pour ta, toi ; les signes sont simplement un pléonasme graphique lorsqu’il s’agit de la deuxième personne, et dans ce cas ils ne se prononçaient pas. Le calendrier Sallier offre des exemples de ce pléonasme, par exemple dans la défense de se baigner le 17 de Tobi :
AAAAAA '
WWV\
AAAAAA
Na te
bai [j ne
/WW\A
AAAAAA V y AAAAAA
en aucune eau .
6° La durée du temps s’exprime en égyptien par le groupe ^ “ ~n o^; le copte a la même valeur. On se sert de ce mot pour les combinaisons : la durée de la vie, la durée du jour, une durée éternelle, etc. Mais, dans la légende du 22 Phaménot, pour dire la durée du jour, le scribe a fait usage des groupes ^ ^ j , substituant ainsi au mot
qui signifie durée un mot de même son qui signifierait membres, s’il était pris dans le sens que lui assigne son orthographe.
J’arrêterai ici mes citations pour ce qui a trait à ce genre de bizarreries, mais je noterai quelques exemples des fautes qui proviennent de l’inattention du scribe.
8° La défense de se livrer à aucun travail est formulée habituellement de cette manière :
Ne Jais travail aucun.
Cette défense revient au 27 Phaménot, mais avec la suppression du verbe faire. On y lit seulement : (j LJ^
Ainsi mutilée, la phrase est incomplète et incorrecte : il
de l’année égyptienne 137
faut rigoureusement un verbe après la particule impérative négative.
9° Parmi ses nombreuses et importantes fonctions, la particule Q , placée au commencement d’une phrase, possède celle d’annoncer une proposition explicative de la proposition initiale. C’est le mécanisme que j’ai expliqué dans mon mémoire sur le Papyrus Prisse'. Cette forme abonde dans le calendrier Sallier. En voici un exemple pour bien faire comprendre la question :
AAAAAA
ra
AAAAAA AAAAAA
AAAAAA 2
Est le ne tout un ce jour non il ait.
C’est-à-dire : quiconque naît ce jour-lci ne vit pas.
Mais il faut se garder de croire que toutes les phrases commençant par Q possèdent la même tournure conditionnelle; il est prouvé par des exemples non moins clairs que la particule en question s’emploie au commencement de phrases purement affirmatives.
Ce serait encore une erreur de supposer que la tournure conditionnelle exige l’emploi de cette particule. Q aurait pu être supprimé sans aucun inconvénient dans la phrase citée, dont voici d’ailleurs un équivalent direct :
Le né
1 AAAAAA J AAAAAA
en ce jour il meurt cl\
blessures.
Il est extrêmement important de ne point se laisser abuser par des théories préconçues, car on s’expose dans ce cas à se méprendre systématiquement sur le sens des phrases; les
1. Reçue archéologique, 1857 [; cf. p. 197-198 du t. Ier de ces Œuvres diverses ].