FABLE DES MATIÈRES
Pages
Avertissement . v-x
Line formule des Stèles funéraires de la XIIe dynastie.. . 1-34
L'Histoire des âmes dans l’Égypte ancienne, d’après les
monuments du Musée du Louvre . 35-52
De quelques Documents relatifs aux Statues des morts. . 53-75
Le Double et les Statues prophétiques . 77-91
Sur l’expression ^ y1 Mâ-klirôou . 93-114
A propos de deux ouvrages de M. Pierret . 115-143
Premier rapport à l’Institut égyptien, sur les fouilles
exécutées en Égypte de 1881 à 1885 . 145-220
Deuxième rapport à l’Institut égyptien, sur les fouilles et
travaux exécutés en Égypte (1885-1886) . 221-281
Le Rituel du Sacrifice funéraire . 283-324
Le Livre des Morts . 325-387
Egyptian Soûls and their Worlds . . 388-406
Variétés : I. Sur un livre de M. Oberziner . 407-411
— IL Sur l’Evestre de Paracelse . 412-415
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Je ne me suis pas adonné par goût aux études religieuses; les circonstances m’ont obligé à m’y livrer. En premier lieu, mes cours à l’École des Hautes-Études et au Collège de France, quelque soin que je prisse de les faire porter au principal sur des matières d’histoire et de grammaire, touchaient souvent au dogme et à la mythologie de l’Egypte. Il fallait expliquer les épithètes et le rôle des dieux cités presque à chaque instant, et le sens de maint idiotisme égyptien, où entre un nom divin, dépend tellement de la signification qu’on attache à ce nom, qu’une demi-ligne de texte courant m’a contraint plus d’une fois à faire deux ou trois leçons de théologie. Je suivais au début, comme il était naturel, la route tracée par les grands Égyptologues qui s’étaient occupés de ces sujets : par Lepsius.par Chabas, par Dévéria, surtout par E. de Rougé, qu’on est toujours sûr de rencontrer partout au premier rang. Je croyais vraiment à l’unité du Dieu égyptien, à son immatérialité, à la sublimité de l’enseignement que donnaient ses prêtres : tout était
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Soleil pour moi comme pour mes maîtres, et l’axiome Nomma numina me paraissait être la règle certaine de toute recherche sérieuse. Le contact direct des monuments ébranla d’abord puis détruisit ma foi égyptienne; je dus reconnaître que les Égyptiens eux-mêmes ne semblaient jamais avoir professé, ni seulement soupçonné, la plupart des belles doctrines qu’on leur prêtait si généreusement. En analysant les stèles funéraires du Louvre, j’en étais arrivé à définir la nature et le rôle dece mot ha ^ , si étrangement transformé en une sorte de thème pronominal. Je me contentai d’exposer dans mes cours l’idée que je m’étais faite du double, et de la discuter avec mes élèves. C'est une coutume que je me suis imposée, dès le début, et dont je me suis bien trouvé, de ne jamais répandre une théorie nouvelle qu’après l’avoir essayée sur mes auditeurs pendant plusieurs années, et avoir vu l’effet qu’elle leur produisait, le premier mouvement de surprise passé. La doctrine du double demeura trois ans pleins à l’épreuve, et je ne me décidai à la divulguer qu’en 1878 : le Congrès des Orientalistes de Lyon me fournit l’occasion favorable.
Depuis lors, je n’ai cessé de pousser mes études dans la voie inexplorée qui venait de s’ouvrir. Il me fallut bientôt copier, publier, comprendre les quatre mille lignes d’inscriptions qui couvrent encore les Pyramides, et je ne pouvais y parvenir qu’à la condition de connaître par le détail les autres textes religieux de genre analogue. Je n’ai jamais songé à ennuyer le public de tout le labeur préliminaire que j'ai dû accomplir avant d’arriver au point où j’en suis. Les dix-neuf vingtièmes de ce travail me restent entre les mains, et je n’ai le plus souvent publié que les
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résultats, sans indiquer les procédés employés pour les obtenir. Chaque fois que l’apparition d’un ouvrage nouveau m’en offrait l’occasion, je faisais connaître mon sentiment sur des parties importantes de la religion égyptienne. Pierrot, Dümichen, Scliiaparelli, Navi lie, Lefébure, Brugsch, Lanzone, Wiedemann m’ont fourni tour à tour l’occasion d’exposer mes doctrines, de les modifier, de les corriger, de les développer. On s’est étonné d’abord, — et peut-être scandalisé, — de voir ce que devenait entre mes mains la vieille sagesse égyptienne, puis on s’est habitué à l’envisager de plus près et l’on a trouvé que, somme toute, le vrai l’emportait dans le jugement que j’en prononçais. Aujourd’hui, après quatorze ans, j’ai cause gagnée aux yeux de beaucoup de gens. Les articles que j’ai publiés autrefois sont recherchés, commentés, et, comme les Revues qui ont bien voulu les accueillir ne sont pas toujours d’accès facile aux savants qui vivent hors de France, on m’a prié de les réunir en volumes : les voici.
La Revue de i Histoire des Religions a fourni le plus gros contingent à ce recueil, puis la Revue Critique, ainsi que les Transactions et les Proceedings de la Société d’ Archéologie biblique de Londres. J’ai jugé que le mieux était de reproduire les articles tels qu’ils ont été écrits, avec les contradictions qu’ils renferment de l’un à l’autre, et qui s’expliquent par le mouvement même des études pendant ces quatorze années. Je me suis contenté de rendre uniforme la transcription des noms égyptiens, d’insérer le texte hiéroglyphique des termes et des phrases transcrits à l’origine en caractères latins, puis d’ajouter çà et là quelques mots, dans des endroits où il m’a semblé que le sens
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du morceau était devenu un peu obscur; j’ai réparti aussi au bas des pages un certain nombre de renseignements bibliographiques et de renvois, qui faciliteront les comparaisons entre les diverses parties du recueil. Les deux rapports sur les fouilles d’Egypte sont là, parce qu’ils contiennent beaucoup de détails non seulement sur les textes des Pyramides, mais sur le mobilier des tombeaux égyptiens, et qu’ils complètent ainsi la série des Mémoires consacrés au double. J’aurais pu insérer beaucoup de fragments demeurés inédits, et qui auraient peut-être éclairci divers points auxquels je n’ai jusqu’à présent touché qu’en passant. J’ai préféré n’en admettre qu’un petit nombre pour le moment, les pages Sur l'Evestrede Paracelse et Sur l’expression Mdkhrôou. Ces dernières ont eu une destinée malheureuse. Elles allaient paraître, quand je fus appelé en Egypte dans les dernières semaines de 1880: mon départ suspendit la publication, le manuscrit s’égara et je le crus perdu ; je le retrouvai l’an passé seulement, dans un amas de vieux papiers que je me préparais à brûler. J’ai cru qu’il y avait encore intérêt à le donner, fût-ce seulement pour justifier le sens que je prête depuis longtemps au terme dont il traite; j’y ai fondu la substance d'une note que j’avais insérée dans la Zeitschrift, et qui renfermait quelques textes précieux pour l’interprétation. J’ai rejeté en appendice les articles que j’avais écrits, surtout dans la Revue Critique, au temps oû j’étais encore imbu d’idées différentes. On verra, en les comparant au reste de l’ouvrage, ce qu’était l’exégèse religieuse en Égyptologie il y a vingt ans, et l’on mesurera plus aisément le chemin parcouru depuis lors.
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Je ne comptais au début (pic sur un volume de cinq cents pages, et j’en ai deux de quatre cents chacun. Je ne croyais pas avoir tant écrit sur la religion égyptienne et j'ai été étonné grandement. J’ai eu la curiosité de rechercher si j’aurais une surprise analogue, à propos de ceux de mes articles qui traitent de grammaire, d’histoire ou d’archéologie, et j’ai reconnu que là encore je ne inc rendais pas un compte exact de la somme de travail que j’ai fournie depuis mes débuts. Il y a dans tout cela beaucoup de choses qui peut-être ont été utiles en leur temps, mais qui ne valent plus la peine d’être reproduites; il y en a aussi beaucoup qu’il y aurait avantage à remettre en lumière. Il faut bien l’avouer : la nouvelle école égyptologique connaît peu nos travaux, à nous qui commençons déjà à compter dans les rangs de l’ancienne. Ils sont dispersés dans vingt recueils, difficiles à connaître, souvent autographiés de façon rebutante. Ce n’est pas notre faute, et quand je débutai, en 1867, ni moi, ni personne, nous n’avions le choix des moyens : nous acceptions de paraître où l’on voulait nous recevoir, et nous nous estimions heureux, quand on nous accordait un maigre tirage à part de vingt-cinq exemplaires que nous distribuions à nos confrères. Aujourd’hui ces brochures, et les journaux même d’où elles étaient extraites, sont introuvables : ce n’est pas la faute des savants actuels s’ils en ignorent parfois jusqu’à l’existence. D’autre part, cette ignorance est une cause de déconvenues fâcheuses : on croit découvrir chaque jour des faits qui ont été découverts, et l’on consacre de longues heures d’études à des sujets qui ont été déjà étudiés suffisamment. J’ai pu constater que les trois quarts environ de mes Mémoires géographiques
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ou historiques sont aujourd’hui comme perdus. J’espère pouvoir en rassembler prochainement la plus grande partie, et donner à cette série d 'Études religieuses une suite d’études sur l’histoire intérieure et sur la politique extérieure de l’Égypte.
G. Maspero.
Malesherbes, le 26 septembre 1892.