V O /WWW
Un conte populaire, dont le manuscrit a été découvert au musée de Saint-Pétersbourg par M. GolénischefP, parle d’un vaisseau qui remonta le Nil jusqu’au point où, selon les croyances du temps, il prenait sa source dans la mer Mystérieuse, et aborda à 147e du Double, qui paraît avoir été l’une des régions réservées par la volonté des dieux aux âmes désincarnées. Elle était gardée, comme les cimes de Bâkhou et de Manou, par un serpent gigantesque, et ressemblait assez aux îles Fortunées de la tradition grecque. Il n’était pas donné à tout le monde d’en trouver le chemin, et les vivants étaient sans doute peu nombreux qui y avaient abordé. Quiconque en sortait n’y pouvait plus rentrer : elle se résolvait en vagues et fondait au sein des flots1 2. Les quatorze îles de l’Amentit3, qui sont énumérées au chapitre
1. Sur un ancien Conte égyptien. Notice lue au Congrès des Orientalistes à Berlin, par W. Golénischeff, 1881, sans nom d’éditeur, in-8, 21 p. Imprimerie de Breitkopf et Hàrtel à Leipzig. Reproduit dans le t. ii, des Vcrhandlungen des 5tcn inter nationalcn Orientalistcn-Congresses gehalten zu Berlin, 1882, Afrikanische Sektion , p. 100-122.
2. Maspero, Les Contes populaires de l'Egypte ancienne, p. lxxii-lxxix
3. Le terme ûït, qui sert à désigner les localités énumérées dans
ce chapitre, est rendu d’ordinaire par demeure (Pierret, Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, p. 507 sqq.). Le mot signifie également
île dans bien des cas, et la description de chacune des ~ ° ait corres-
pond plus à l’idée qu on se lait d une île qu’à celle qu’on se fait d’une demeure. Ces îles furent plus tard transportées dans les jardins d’Ialou; elles sont figurées, comme l’a déjà vu Birch ( The Funercal Ritual , p. 145), dans la vignette du ch. ix {Édit. Naville , t. i, pl. exxm).
LE LIVRE DES MORTS
cxlix du Livre des Morts \ et dont les vignettes du chapitre cl représentent au naturel la forme exacte*, étaient probablement, elles aussi, situées jadis au milieu de l'Océan qui entourait notre terre ; elles ont été transportées après coup dans l’autre monde, comme plus tard les îles Fortunées cTHomère dans l’enfer romain. Encore à l’époque des premières dynasties, cette conception du séjour des âmes était des plus répandues. Dans beaucoup de tombeaux memphites, il est question du lac cl Occident , du lac d'Occident excellent, du lac d'Occident très excellent. Le mort, embarqué à bord d’un grand bateau, commande lui-même la manœuvre, et « cingle vers le champ d'offrandes, » ou « croise dans l’Amentit excellent, » ou « va, en remontant le courant, pour rejoindre le marais verdoyant d’Hathor, dame de l’Occident 1 2 3 4. » Ce voyage, une fois commencé, ne tarda pas à entraîner l ame au delà des limites de notre terre, dans une autre terre 1 (j [j ^inaccessible aux vivants. Les Égyptiens ne la plaçaient pas au-dessous du sol, comme ont fait beaucoup de peuples de l’ancien et du nouveauContinent. La nature particulière du pays qu’ils habitaient ne se prêtait pas au développement d’une conception de ce genre. Le terrain cultivable est si précieux aux bords du Nil, qu’à part certains cantons situés au cœur du Delta, on n’y enterrait point. Les cadavres étaient transportés au désert, surtout dans les collines d'Occident: le cimetière, le pays des morts, n’était pas sous lespieds des vivants, mais à côté de leur domaine. On supposa donc qu’il y avait, dans les montagnes de l’Ouest, des cavernes
Q | ^ ammahit, des couloirs staou ^ ^~'.des
galeries de carrière ou de mine khrit . coupées d’espace en espace par d’immenses chambres voûtées, qu’on appelait des