‹ Bibliothèque égyptologiqueChapitre 123 sur 159 · Maspero, Études Égyptiennes , t. i, p · texte numérisé non relu

Maspero, Études Égyptiennes , t. i, p

4. Gayet, Musée du Loutre: Stèles de la XIIe dynastie, pl. xvii, 1. 2.

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staou; elle servit plus tard de modèle aux tombeaux que les pharaons se creusèrent dans la vallée des Rols. Une dernière théorie, la plus répandue à l’époque historique, sans doute parce qu’elle se conciliait mieux que les autres avec l 'hypothèse astronomique d’un firmament, plaçait le royaume des morts au delà des frontières du monde. Le soleil, en sortant de notre terre et de notre ciel, traversait les montagnes de l’Occident, et pénétrait dans une terre nouvelle,

dans un ciel nouveau, le Daït '

qu’il parcourait

pendant les heures de notre nuit : c’était la demeure des âmes. Ces imaginations diverses, si opposées qu’elles fussent, ne se détruisaient pas l’une l’autre: elles subsistaient pêlemêle dans les mêmes cerveaux et se fondirent tant bien

que mal au cours des siècles. L 'au delà des Égyptiens

est une sorte de pays éclectique, où l’on trouvait réalisées les conceptions les plus contradictoires. Tous les mots qui marquaient soit la tombe même, soit les îles bienheureuses, soit les souterrains, soit l’autre monde, sont employés indifféremment à le désigner dans les textes du Livre des Morts, et le conflit perpétuel qu’on rencontre dans la plupart des chapitres entre ces différents termes et les idées, souvent irréconciliables qu’ils expriment, s’est opposé dès le début et s’opposera longtemps encore à ce qu’on en comprenne aisément toutes les parties.

Ceux qui pensaient que le ciel était supporté par quatre piliers, mais qui ne faisaient pas de l’âme un oiseau muni d’ailes assez fortes pour s’élever jusqu’au firmament, n’avaient pas hésité à se servir d’une échelle pour franchir la

1 . C'est le mot qu’on traduit de façon très inexacte par l’expression de ciel inférieur. On verra dans l’article sur les Hypogées royaux une définition plus complète et la description du Daït.

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distance qui séparait les deux étages du monde. Cette échelle, dont on déposait encore un modèle dans le tombeau à l’époque gréco-romaine1, les uns croyaient qu’elle était établie à demeure sur la berge occidentale de la terre, les autres que chaque mort devait la dresser lui-même ou obtenir, grâce aux prières de ses parents, qu’elle fût dressée spécialement pour lui : « Après que le roi Teti s’est lavé sur cette même berge de la terre où se lave Râ, priant, il hausse l’échelle, et les habitants de la Grande-Demeure (les habitants du ciel, dieux ou morts?) lui tendent la main » pour l’aider à monter2. L’échelle était parfois consacrée à Hathor, parfois identifiée avec Hathor elle-même, et qualifiée fille de l’Amentit, don de Thot 3 4. Elle appartenait également à Sibou, à Horus, à Sît, à Râ; ces dieux la dressaient et en assuraient les montants de leurs mains, afin que l’homme pût sortir au ciel sans obstacle h En quittant l’échelle, il arrivait au lac de l’Autel, où le génie Niou lui accordait franc passage, puis, après s’être concilié les bonnes grâces du taureau à quatre cornes de Râ, il entrait au champ des offrandes, où il vivait en paix des provisions que ses amis prodiguaient aux dieux à son intention 5.

1. Témoin la petite échelle que j’ai découverte en 1884, dans un tom¬

beau de la nécropole d’Akhmîm, et qui est aujourd’hui déposée au Musée de Boulaq. J’ai trouvé depuis des débris d’échelles semblables, mais plus grandes, et mêmes des troncs fourchus de doum, analogues à ceux que les Arabes emploient encore et qu’ils qualifient du nom à’ échelle dans les hypogées de la XIIIe et de la XXe dynastie, à

Drah abou’l Neggah et à Gournèt-Mourraï.

2. Teti, 1. 36-37, dans le Recueil, t. v, p. 7; cfr. dans Papi Tr, 1. 200-201 ( Recueil , t. v, p. 197), l’invocation aux dieux qui apportent l’échelle.

3. Ounas, 1. 575-576, dans le Recueil, t. iv, p. 69-70; Dümichen, clcr Grahpalast des Patuamcnap, t. n, pl. xxix, 1. 30.

4. Ounas, 1. 579-583, dans le Recueil, t. iv, p. 70-71 ; Papi I”, 1. 192- 196, 199-202, dans le Recueil, t. v, p. 194-198.

5. Ounas, 1. 575-579, dans le Recueil, t. iv, p. 69-70; Dümichen, der Grahpalast des Patuamcnap, t. n, pl. xxix, 1. 30-32.

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Ce procédé naïf était en faveur aux très anciennes époques; mais, dès le temps des dynasties mempliites, on ne le trouve mentionné que dans un petit nombre de textes, toujours les mêmes, dont deux ou trois seulement ont été encore copiés à la XIIe dynastie * et sous les Saïtes 1 2 3 4 par des amateurs de religions antiques. La substitution d’une chaîne de montagnes aux colonnes permettait, en effet, qu’on se passât de lechelle. Les morts n’avaient qu’à se rendre, à pied ou en barque, au point précis où l’entrée de l’autre terre s’ouvrait dans la montagne. Selon les légendes de l’Egypte méridionale, c’était à l’occident d’Abydos, sur le prolongement d’une gorge creusée dans la chaîne libyque, un peu à l’ouestnord-ouest de la ville, et dans laquelle le soleil parait s’enfoncer , quand on le voit se coucher du site où le temple d'Osiris s’élevait jadis h La fjorrje de la Fente menait au territoire de la Fente, domaine de la première heure de la nuit*, et les morts y accouraient en foule de tous les points de l’Égypte pour sortir de notre monde. La vignette qui accompagne le chapitre cxvn du Livre des Morts les représente en route pour la porte des Couloirs. Le bâton de voyage à la main, ils posent le pied sur la pente de la montagne et commencent l’escalade5. La porte ne s’ouvrait pas sans difficulté; on n’en franchissait le seuil qu’après s’être assuré l’appui de plusieurs dieux in-

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